27.06.2008

Il faut garder l'espoir...

wimbled.jpgEn ce moment se déroule le tournoi de Wimbledon, et je voudrais en profiter pour dire que j’apprécie de voir en clair quelques parties avec Canal+ Sport. Cela fait du bien d’autant qu’on y voit des Français, mais pas seulement puisqu’avant-hier soir c’était Roger Federer lui-même qui était sur le court. Cela signifie que l’on peut sans problème faire plaisir aux téléspectateurs en dehors de Roland-Garros et de la Coupe Davis…si la France est encore en course. N’est-ce pas France Télévision ?

 Après cette énième mise au point, essayons de voir quels sont les espoirs français dans le plus prestigieux des tournois du Grand Chelem. En fait, ils se résument à Richard Gasquet, même s'il déçoit beaucoup depuis quelques mois, tellement le joueur est doué et capable de battre n’importe qui…s’il est en confiance. Pour autant peut-il battre à la fois Federer et Nadal, parce qu’une victoire dans le tournoi britannique en passera  par là ?  Difficile a priori, mais sait-on jamais ? En tout cas si cela devait se réaliser, je pense que la France tiendrait enfin son numéro 1 mondial, ce qui ne lui est jamais arrivé chez les hommes.

Il faut en effet séparer dans notre pays les hommes et les femmes, car ces dernières ont obtenu depuis les débuts de l’ére Open (1968) des résultats que les hommes n’ont jamais eus. En y incluant Françoise Durr qui a gagné Roland-Garros en 1967, les Françaises ont quand même obtenu 5 titres dans des tournois du Grand-Chelem grâce à Mary Pierce (France et Australie) et Amélie Mauresmo (Australie et Grande-Bretagne). En comparaison les statistiques chez les hommes sont faméliques. Depuis 1968, un seul titre : Noah en 1983 à Roland-Garros. En remontant jusqu’en 1946, outre Noah, une victoire cette année-là avec Marcel Bernard à Roland-Garros et une autre à Wimbledon avec Yvon Petra…et c’est tout. C’est maigre en comparaison de pays comme les Etats-Unis, l’Australie, la Suède, l’Allemagne, l’Espagne ou la Suisse.

Ces pays il est vrai ont eu la chance d’avoir pendant des années un numéro un mondial qui, évidemment, a tiré les autres joueurs de niveau international vers le haut. En enlevant les Etats-Unis et l’Australie, qui ne comptent plus leurs très grands champions (Sedgmann, Hoad, Rosewall, Cooper, Laver, Emerson, Newcombe pour l’Australie, et Seixas, Trabert, Olmedo, Smith, Connors, Mac Enroe, Sampras, Agassi pour les Etats-Unis), on observe que l’ère Borg en Suède a été suivie de l’ère Wilander puis Edberg. Derrière Becker en Allemagne, il y a eu Stich. Quant à l’Espagne, elle avait déjà dans les années 60 un numéro 1 mondial chez les amateurs, Manuel Santana, qui a gagné 2 fois Roland-Garros,  plus Wimbledon et Forest-Hills (Internationaux des Etats-Unis avant Flushing Meadow). Ensuite il y eut notamment Orantes, Gimeno, Bruguera, Ferrero et Nadal. La France hélas n’a jamais eu chez les hommes un numéro 1.

Pourtant Henri  Leconte aurait dû être celui-là, mais faute sans doute d’une motivation proportionnelle à ses extraordinaires dons naturels,  il n’a pas réalisé la carrière à laquelle il pouvait aspirer. Certains ont dit que si Leconte avait été américain ou australien, il aurait pu faire une carrière à la Mac Enroe, gaucher comme lui. On ne le saura jamais, mais personne n’a oublié qu’il a toujours réalisé ses plus grands exploits contre des joueurs qui ont dominé leur époque. N’oublions pas qu’il a été longtemps la bête noire de Lendl (8 victoires dans les tournois du Grand-Chelem) et qu’il a écrasé Sampras lui-même en finale de la Coupe Davis en 1991, alors qu’il relevait d’une opération pour hernie discale.

Alors il nous reste à espérer qu’un jour,  un joueur  français confirmera sur le plan international ses performances en junior. Les Français accumulent les vainqueurs de grands tournois… en juniors, mais ceux-ci calent toujours ou presque une fois arrivés chez les grands. Question de culture ? Peut-être, mais cette malédiction qui frappe les espoirs français finira bien par s’arrêter un jour, comme cela a été le cas chez les filles. Alors plus que jamais il faut croire en Gasquet, le plus doué de tous et de très loin, car j’en ai assez d’entendre parler de ce  Roland-Garros 1983, même si le jour de la finale j’étais très heureux. En plus, on n’a vraiment pas eu de chance, car le seul Français qui à ma connaissance ait participé à deux finales de tournois du Grand-Chelem depuis l’époque des Mousquetaires dans les années 20, Cédric Pioline en 1993 à Flushing-Meadow et en 1997 à Wimbledon, est tombé chaque fois sur un des  plus grands joueurs du siècle (Sampras).

Michel Escatafal

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09.06.2008

A propos d'une défaite annoncée

nadal et federer.jpgAujourd’hui pour changer un peu,  je vais parler de tennis à la fin d’un tournoi de Roland-Garros qui a vu l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération chez les filles avec Jankovic, Ivanovic, Safina pour ne citer qu’elles, qui commencent  à battre « l’ancienne » Maria Sharapova qui, malgré  ses 2 victoires en grand chelem,  a quasiment l’âge des précédentes.  En tout cas les trentenaires ou presque semblent à présent dépassées, et même s’il ne faut jamais jurer de rien, elles auront sans doute de plus en plus de difficultés à résister à la déferlante qui arrive.

Tel n’est pas encore le cas chez les hommes, même si le roi de la terre battue n’a que 22 ans, et le roi tout court à peine 27. Mais est-il encore le roi ? On va très vite le savoir avec le tournoi de Wimbledon qui va débuter dans deux semaines,  et celui de Flushing Meadow en septembre. Le roi va-t-il être nu cette année après avoir dominé outrageusement les dernières saisons? Beaucoup le pensent,  même s’il a l’excuse d’avoir été victime d’une mononucléose, un mal insidieux qui affaiblit le sportif et le prive d’une grande partie de ses moyens, notamment en période d’incubation, nous dit-on. On verra car ce joueur, Roger Federer, est vraiment génial et il est encore jeune.

Mais revenons un instant sur le résultat du tournoi de Roland-Garros. Le titre de mon billet est peut-être un peu sévère, mais force est de reconnaître qu’au vu des demies-finales il apparaissait impensable que Nadal ne sortît pas vainqueur de ce nouveau duel. Certains vont peut-être me reprocher de manquer de respect à un géant  du calibre de Federer, mais je réponds que c’est complètement faux, ca j’ai été et je suis toujours en admiration devant un joueur qui figure à coup sûr parmi les plus grands de tous les temps.

Est-il meilleur que l’ont été Gonzalès, Hoad, Laver ou Sampras ? Difficile à dire, même si beaucoup pensent qu’il est supérieur au meilleur Sampras, malgré les 14 succès de ce dernier en tournois du grand chelem. Et c’est vrai que Sampras n’a jamais réellement brillé sur terre-battue, et notamment à Roland-Garros, malgré le fait qu’il n’ait jamais eu à rencontrer un adversaire de la valeur de Nadal sur cette surface. Or n’oublions pas que si Nadal avait choisi de jouer au football plutôt qu’au tennis, Federer  aurait réalisé deux fois le Grand Chelem… comme Laver. Rien que cela situe la qualité de cet extraordinaire champion même s’il n’arrive pas à battre Nadal sur terre-battue.

Pourquoi ? Il ne faut pas compter sur moi pour le dire, car je ne suis pas assez compétent, et d’autre part il a eu ou a des entraîneurs (Roche, Higueras) qui ont brillé à Roland-Garros ce qui, apparemment, n’a pas suffi. Mais qui parmi les champions du passé aurait pu battre Nadal sur terre-battue ? Là aussi basons-nous sur les statistiques, et nous répondrons : « peut-être Borg ». Ce dernier, en effet, avait à son époque la même avance sur la concurrence que celle de Nadal de nos jours, ce qui lui a permis de gagner 6 fois Roland-Garros. A propos de Borg, certains disent aussi qu’il était plus fort que Nadal sur herbe puisqu’il a remporté 5 fois Wimbledon, mais est-ce bien sûr ?

Certes Nadal n’a encore jamais gagné Wimbledon, mais l’an passé il a été jusqu’en finale où il fut battu en 5 sets… par Federer  qui , de son côté,  l’emportait pour la quatrième fois consécutive. Gageons que si Nadal joue encore quelques années, et compte tenu du fait qu’il semble que Federer ait atteint son sommet, il est probable que le joueur espagnol gagnera d’autres tournois du grand chelem, et ailleurs qu’à Roland-Garros. L’avenir nous le dira, et peut-être plus tôt qu’on ne l’imagine malgré l’émergence d’un joueur comme Djokovic, bon sur toutes les surfaces.

En parlant d’avenir, je voudrais quand même en profiter pour espérer qu’enfin, entre Gasquet, Monfils et Tsonga, il y en aura bien un qui un jour remportera un tournoi du grand chelem, comme l’ont fait Mary Pierce et Amélie Mauresmo, sans oublier Yannick Noah. Après tout, ce que Safin, Leyton Hewitt,  Roddick, Krajicek, Ivanisevic ou Johansson ont réussi, pourquoi nos joueurs ne le feraient-ils pas ?

Michel Escatafal

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15.05.2008

Le tennis ça use énormément…

279829648.jpgLe tennis est un sport extrêmement exigeant qui use très vite certains organismes. En disant cela je sais qu’on va me rétorquer que des joueurs comme Rosewall, Connors ou Agassi ont continué leur carrière bien au-delà de 30 ans, au même titre d’ailleurs que Martina Navratilova qui jouait encore le double mixte il y a peu dans les tournois du Grand Chelem à…presque 50 ans. Mais ce sont les exceptions  qui confirment  la règle,  et rien ne dit qu’à l’avenir on trouvera en finale de Roland-Garros ou Flushing Meadow des joueurs trentenaires.

De nos jours le tennis devient de plus en plus dur, ce qui signifie qu’il faut taper de plus en plus fort dans la balle et être de plus en plus résistant  pour gagner des matches. Même Roger Federer  n’échappe pas à la règle, et il est obligé de se surpasser physiquement pour arriver à contrer Nadal sur terre-battue et ailleurs. Du coup il pompe énormément d’énergie qui commence à lui faire défaut à 26 ans. En disant cela  je souhaite me tromper, mais ce n’est quand même pas un hasard si  Federer n’arrive plus à gagner en 2008. Il a de plus en plus de mal à battre Nadal, y compris sur herbe, et  ne parvient  plus à battre Djokovic, ces deux joueurs étant à coup sûr les futurs patrons du circuit… s’ils surmontent  leurs  déjà très nombreux traumatismes, alors qu’ils ont respectivement 22 et 21 ans.

Justine Henin pour sa part vient de prendre une sage décision, puisqu’elle a annoncé la fin définitive de sa carrière à 26 ans ce qui confirme ce que je disais auparavant, à savoir que ces demoiselles  comme ces messieurs,  ont de plus en plus de mal à supporter les cadences infernales du tennis. Avant elle, Martina Hingis s’était retirée des courts très jeune (à 22 ans), avant de tenter un improbable come back qui s’est très mal terminé. Espérons que Justine Henin ne fasse pas cette erreur, elle qui a si bien su gérer sa carrière et tirer la quintessence de ses qualités.

En effet  aucune championne  parmi les plus grandes (7 victoires en tournois du Grand Chelem) n’a réussi à se construire un tel palmarès avec au départ tellement de handicaps. Quand on voyait jouer Justine Henin on se disait que beaucoup pouvaient  la battre avec sa taille (1,67m) surtout quand on la comparait aux sœurs Williams, à Kim Clijsters, aux joueuses russes ou à Amélie Mauresmo et  Mary Pierce. Et pourtant, elle les battait plus souvent qu’elle ne perdait contre ces joueuses.

 Elle avait certes de très bons coups de raquette, mais personne dans dix ou vingt ans ne parlera  de son service, de son revers ou de son coup droit. Si je dis cela, c’est parce que personne n’a oublié le service ou la volée de Martina Navratilova, le coup de droit de Steffi Graf, comme chez les hommes les passings de Borg ou  Nadal, le service de Mac Enroe, la volée de Sampras, le revers de Rosewall  ou Connors, le coup droit de Lendl  ou Federer.

Justine Henin paraissait simplement humaine,  et en plus elle donnait une impression de fragilité qu’elle n’avait pas, bien au contraire, et on l’imaginait volontiers gentille pour ne pas dire naïve,  alors que son attitude sur le court était parfois très ambigüe. Je pense notamment à son abandon  lors de la finale qu’elle a perdue contre Amélie Mauresmo en Australie en 2006. Mais cela, c’était aussi la résultante de sa détermination, elle qui n’était jamais battue jusqu’à la dernière balle,  et qui s’avérait  toujours plus redoutable au fur et à mesure que le match se prolongeait. Jamais ou presque dans ces cas-là elle n’avait une saute de concentration, et elle disposait en plus d’ un physique à toute épreuve qui lui permettait de jouer deux ou trois heures s’il le fallait.

L’ennui est que tout cela n’a qu’un temps, et quand la mécanique commence à casser il ne reste plus qu’à s’arrêter. On ne tire pas impunément sur son physique sans provoquer de dégâts collatéraux. Personne n’y échappe d’ailleurs, surtout chez les joueurs ou joueuses qui jouent beaucoup  sur leur physique. On ne compte plus les arrêts et les retours des sœurs Williams et de beaucoup d’autres, y compris Amélie Mauresmo et Mary Pierce. Mais les unes  et les autres qui disposaient de moyens physiques supérieurs à Justine Hénin n’ont pas, à l’exception de Serena Williams, le palmarès de Justine Henin. Cela prouve que pour arriver au sommet comme elle y a réussi, il faut un ensemble de qualités que seuls les très grands champions possèdent.

Ainsi c’est une page de l’histoire du tennis qui se tourne avec l’arrêt de la carrière de Justine Henin qui restera  avec Serena Williams la championne de la décennie 2000. Combien faudra-t-il de temps aux Belges pour retrouver un tandem comme celui qu’elle formait avec Kim Clijsters qui, elle aussi, vient de mettre un terme à sa carrière (8 titres du Grand Chelem à elles deux). Il est vrai qu’on peut se poser le même type de question en France,  car derrière Amélie Mauresmo et Mary Pierce (4 titres du Grand Chelem) où est la relève ? Alors formons des vœux  pour que nos deux championnes continuent quelque temps encore.

Michel Escatafal

10:28 Publié dans tennis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sports

08.05.2008

Pauvre tennis français !

1763307621.jpgEn lisant les journaux ce matin, je viens de découvrir que Richard Gasquet vient de gagner un match à Rome...en double avec Santoro, contre une paire italienne quasi inconnue.  Décidément le tennis français reste le temple des espoirs déçus. Chaque fois qu'un joueur réussit une grande performance, ce ne sont que cocoricos en se disant que cette fois on tient le successeur de Noah. Et puis, quelques tournois plus tard, ces joueurs retrouvent l'anonymat dans lequel ils semblent si bien se complaire.

Il y a peu, c'était Tsonga le successeur de Noah après sa finale à Melbourne, dépassant en espérance Gasquet lui-même. On oublie que Melbourne est le tournoi du Grand Chelem qui est le plus abordable pour nombre de joueurs, parce que c'est quasiment le premier de l'année, ce qui explique la réussite de certains. Même Johansson, un joueur suédois solide mais sans génie aucun, l'a emporté en 2002. Arnaud Clément pour sa part avait été en finale en 2001 avant de se faire étriller par André Agassi, ce qui était normal parce que les grands restent des grands. Et eux gagnent toute l'année !

Pour revenir au cas Gasquet, rappelons qu'il a à peu près le même âge que Nadal et que tout le monde disait qu'en junior ils étaient quasiment au même niveau. Que sont-ils devenus? Nadal a déjà gagné 3 fois à Roland-Garros et il est numéro 2 mondial. Il a décollé depuis longtemps et est parti à l'assaut de Roger Federer, au risque d'empêcher ce dernier de gagner un jour Roland-Garros et de ne pas réaliser le Grand Chelem. Combien de tournois majeurs aura-t-il gagné dans 5 ans? Sans doute 5 ou 6 ou 7 voire plus, ce qui hélas ne sera pas le cas de Gasquet à moins que ce dernier, qui est quand même très doué, ne se remette totalement en question et ne joue plus les divas à l'ombre de son père.

Pour les filles ce sera la même chose. Amélie Mauresmo et Mary Pierce retirées des courts on ne verra pas de sitôt une Française gagner Roland-Garros, Wimbledon, Melbourne ou Flushing Meadow. C'est comme cela et c'est dommage, mais est-ce que nous méritons mieux? Sans doute pas car pour nous Français, le tennis se limite à Roland-Garros, la Coupe Davis ou la Fed Cup quand nous sommes qualifiés. Cela veut dire que, contrairement à beaucoup d'autres pays, on ne voit jamais de tennis en dehors de ces évènements à la télévision. Si l'on veut voir la finale des autres tournois du Grand-Chelem, il faut avoir une parabole ou un abonnement à une chaîne cryptée, sauf si...un Français est en finale. Autant dire très rarement et, malheureusement, cela pourrait durer encore un bon moment, d'autant que même en Coupe Davis nous n'arrivons plus à faire illusion.

Michel Escatafal 

20:14 Publié dans tennis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

17.01.2008

1991, année magique pour le tennis français

1991, année magique pour le tennis français au même titre que 1983 avec la victoire de Noah à Roland-Garros. Des années magiques, notre tennis national n’en a pas eu beaucoup depuis 1946, année  où les Français avaient gagné Wimbledon (Petra) et Roland-Garros (Bernard). Notre pays n’étant pas un grand pays sportif a toujours souffert de régularité dans les résultats. Après une période d’intense domination, grâce à une génération exceptionnelle, on retombe vite dans la médiocrité et souvent pour bien longtemps. Le tennis comme le football n’y ont pas échappé. En tennis, tout le monde a entendu parler des fameux Mousquetaires, qui dans les années 20 et 30 ont largement dominé le tennis mondial avec Lacoste, Borotra, Cochet et Brugnon. Je ne les ai jamais vus  jouer bien évidemment,  puisque ils ont vécu leurs plus belles heures sur le court plus de 20 ans avant ma naissance, mais je sais que Lacoste a toujours figuré parmi les plus grands joueurs de tous les temps. Il a gagné sept tournois du Grand Chelem et son revers paraît-il n’avait rien à envier à celui de Rosewall.  Bref,  la France à l’époque était imbattable comme l’Australie dans les années 50 et 60 ou les Etats-Unis un peu après.

 

En 1991, l’équipe de France se retrouve un peu miraculeusement en finale, après avoir bénéficié de la défection des joueurs croates en demi-finale (Ivanisevic et Prpic) qui refusèrent de jouer pour la Yougoslavie. Du coup, ils se retrouvent donc en finale contre les Etats-Unis. Pour une fois, d’ailleurs, les Etats-Unis alignent leur meilleure  équipe et quelle équipe ! En effet, en simple les deux joueurs désignés sont Sampras et Agassi et en double, la paire n°1, Flach et Seguso. Autant dire que battre les Américains à Lyon ressemble à un Everest pour nos joueurs,  dont un sort tout juste d’une grave opération au dos. Ce joueur presque en convalescence s’appelle Henri Leconte. Il fallait une sacrée dose d’optimisme pour envisager la victoire dans ces conditions, même si Guy Forget était 4è mondial.

 

Le capitaine l’époque s’appelait Yannick Noah, celui qui nous avait tellement fait vibrer en 1982 en amenant l’Equipe de France en finale de la Coupe Davis et, surtout, en gagnant les Internationaux de France en 1983. Avec un tel homme il nous semblait que rien n’était impossible,  d’autant qu’il avait insufflé aux joueurs une confiance en eux inébranlable. Or en tennis, plus qu’ailleurs peut-être, la confiance est un atout capital. De plus, en valeur absolue, sur un ou deux matchs les Français pouvaient battre n’importe qui, y compris en double (la paire Forget-Leconte est la seule à avoir été invaincue dans l’histoire de la Coupe Davis). Forget venait d’ailleurs de remporter le tournoi de Bercy en battant Sampras en finale, et Leconte dans un grand jour était imbattable. Pour ma part je me souviens surtout du premier soir, le vendredi, où je devais honorer une invitation professionnelle,  ce qui m’empêchait de voir les matchs en direct. Ce fut une soirée à la fois merveilleuse et terrible. Merveilleuse parce que Leconte jouait à un niveau extraordinaire au point de pulvériser Sampras en trois sets, et horrible parce que je ne pouvais pas profiter pleinement du spectacle, même si je réussissais à m’échapper de temps à autre pour voir quelques séquences du match. Agassi ayant battu Forget ensuite, le double allait être décisif. Et là nos nouveaux mousquetaires,  galvanisés par leur capitaine Noah et par un public survolté, récitèrent une partition parfaite agrémentée de quelques coups extraordinaires qui laissèrent pantois les Américains, ceux-ci s’inclinant en quatre sets.

 

Il restait à achever le travail le lendemain, pour remporter ce fameux troisième point qui décide de la victoire finale, mais curieusement tout le monde était confiant. En effet, Guy Forget connaissait la forme de sa vie et,  s’il le fallait, Leconte était parfaitement capable sur son nuage de battre Agassi. Finalement, Forget remporta son match sans trop de difficultés en quatre sets, avec une balle de match qu’il négocia comme dans un rêve, une balle à mi-court sur laquelle il marqua un petit temps d’arrêt comme s’il voulait profiter pleinement de cet instant à la fois magique et irréel. La France avait gagné la coupe Davis 59 ans après sa dernière victoire dans l’épreuve. Qui plus est, elle l’avait gagnée face aux Etats-Unis et sa formidable armada. Elle l’avait remportée aussi face à une équipe qui était la meilleure possible, ce qui n’est pas toujours le cas. La France gagnera de nouveau en 1996, mais face à la Suède privée d’Edberg son meilleur joueur. Plus probante fut sa dernière victoire remportée  en Australie, sur herbe, avec un Nicolas Escudé  qui remporta ses deux simples dont un contre Hewit qui venait de remporter le Masters. Ce fut une très belle performance, mais la victoire de 1991 restera à jamais comme un des hauts faits d’armes du sport français.

 

Michel Escatafal