04.01.2010

Comme chaque année on espère une victoire de la France dans la Coupe Davis

coupe davis.jpgComme je l’ai déjà dit plusieurs fois sur ce site, la saison de tennis est beaucoup trop longue, la dernière épreuve (la Coupe Davis) étant à peine achevée que commencent les tournois de la saison suivante. En parlant de la Coupe Davis, j’observe que, comme chaque année, on évoque pour la France une nouvelle victoire avec plusieurs joueurs classés dans les 15 ou 20 premiers mondiaux, sans toutefois avoir un crack capable de figurer parmi les 2 ou 3 meilleurs, ce qui a priori et en toute logique nous interdit de briguer la victoire finale.  Cela étant, la Coupe Davis n’a pas toujours respecté cette logique dans la mesure où les meilleurs joueurs n’ont pas tous joué le jeu de la seule grande épreuve internationale par équipes du tennis. Malgré tout, rares sont les très grands joueurs à ne pas l’avoir remportée.

Mais comment se porte la Coupe Davis aujourd’hui ? Réponse : pour une plus que centenaire elle ne se porte pas si mal, même si elle n’a peut-être plus tout à fait les attraits qu’elle avait dans sa jeunesse ou son âge mûr. Rappelons tout d’abord qu’elle est née en 1900, et qu’elle a été remportée pour la première fois par les Américains Whitman et …Davis (le donateur du saladier d’argent), associé en double à Ward. A ce propos il faut noter, fait remarquable, que la formule avec deux simples le premier jour, le double le lendemain et les deux derniers simples (avec changement d’adversaires) le troisième jour a été conservée jusqu’à nos jours.

En revanche, l’organisation de la compétition a changé plusieurs fois avant d’aboutir à la formule en vigueur aujourd’hui avec huit nations tête de séries, quart de finalistes l’année précédente,  et les autres issues des barrages, cela depuis 1981. Auparavant, depuis  1972, il y avait des zones géographiques  et la finale se jouait entre les deux meilleurs de ces zones. En revanche, jusqu’en 1972, le pays gagnant l’année précédente recevait son challenger qui avait remporté la compétition inter zones. C’était il faut bien le reconnaître un formidable avantage, ce qui explique les longues séries de victoires de pays comme les Etats-Unis, l’Australie, et à un degré moindre la Grande-Bretagne et la France (de 1927 à 1932) avec ses Mousquetaires, Lacoste, Borotra, Cochet et Brugnon.

A noter qu’il a fallu attendre 1974 pour trouver au palmarès un autre pays que les quatre que je viens de citer. Il s’agit de l’Afrique du Sud, mais cette victoire était due essentiellement aux nombreux forfaits de pays ayant refusé de rencontrer les Sud-Africains à cause de la politique d’apartheid, encore en vigueur à cette époque.  Ensuite, le trophée reviendra à des pays comme la Suède (avec Borg en 1975), l’Italie (avec Panatta en 1976) et la Tchécoslovaquie (avec Lendl en 1980). En évoquant ces victoires, cela me fait penser aux reproches que l’on faisait à l’époque à la Coupe Davis, à savoir qu’il suffisait pour remporter l’épreuve  d’avoir dans ses rangs le numéro un mondial en simple, plus un bon joueur de double pour l’épauler.

Ce reproche était peut-être pertinent, mais il faut souligner qu’à cette époque nombre des meilleurs joueurs refusaient de jouer la Coupe Davis. Par exemple, pour ne citer que lui, Jimmy Connors n’a jamais remporté la finale de la Coupe Davis. En fait, la Coupe Davis allait voir son prestige décliner à partir l’ère dite open en 1968. Jusque là, seuls les amateurs avaient le droit de participer, et généralement la Coupe Davis validait le ticket des meilleurs joueurs, après avoir remporté un ou plusieurs tournois du grand chelem, avant de passer professionnels. Parmi ceux-ci on citera les Australiens  Sedgman, Rose, Hoad, Rosewall, Cooper, Fraser, Laver, et les Américains Gonzales, Trabert, Seixas, Olmedo, Mac Kinley.

La Coupe Davis a été aussi l’occasion pour certains pays d’afficher un nationalisme exacerbé, notamment les pays de l’Est européen ou sud-américains. Tous les contemporains de cette époque se rappellent de cette horrible finale en 1972, opposant les Roumains Nastase et Tiriac (ce dernier ne cessant d’haranguer la foule) aux Américains emmenés par Stan Smith lequel, en plus de la victoire en Coupe Davis, recevra le prix du fair-play international de l’UNESCO tellement son attitude contrastait avec celle de ses adversaires. La France elle-même, à l’époque de Noah et Leconte, reçut le pire accueil que l’on puisse attendre dans une épreuve sportive au Paraguay, dont l’équipe était emmené par Victor Pecci qui avait été finaliste à Roland-Garros en 1979.

Cette époque semble révolue de nos jours, comme d’ailleurs une partie des problèmes qui assaillaient la Coupe Davis dans les années 70, 80. De nouveau les meilleurs joueurs participent à la compétition,  Federer pour la Suisse, Nadal pour l’Espagne, Djokovic pour la Serbie, Roddick pour les Etats-Unis, Murray pour la Grande-Bretagne…Et tout cela semble redonner une certaine jeunesse à cette compétition qui, il faut bien le dire, a été pendant très longtemps à la fois magique et prestigieuse. Prestigieuse quand on voit les noms de ceux qui l’ont gagnée, et magique parce qu’en Coupe Davis les joueurs savent parfois se transcender,  et atteindre un niveau jamais égalé en tournoi individuel.

C’est comme cela qu’en 1991, Leconte et Forget ont remporté l’épreuve en battant une équipe américaine de rêve composée de Sampras et Agassi en simple et de la meilleure paire de double de l’époque, Flach –Seguso, championne olympique à Séoul en 1988. C’est comme cela aussi que François Jauffret en 1974 battit Illie Nastase, alors au sommet de sa forme, à Bucarest. Hélas, aujourd’hui, le tennis français ne possède plus ce type de guerrier, ni même un des meilleurs joueurs du monde, ce qui pourrait nous éloigner durablement d’une nouvelle victoire, la dernière remontant  à  2001.

Michel Escatafal

08.12.2009

Amélie et Justine...

justine hénin.jpgamélie mauresmo.jpgL’une est partie puis elle est en train de revenir. L’autre s’en va, et je parierais qu’elle ne reviendra jamais. C’est toute l’histoire de deux des plus grandes championnes du tennis de l’ère moderne, deux jeunes femmes qui ont été numéro un mondiale, deux championnes qui ont remporté plusieurs tournois du grand chelem (7 pour Justine et 2 pour Amélie) , deux tenniswomen qui ont gagné la seule compétition par équipe du tennis féminin. Enfin, l’une et l’autre ont été médaillée olympique, Justine battant Amélie en finale des Jeux d’Athènes. Bref, deux carrières parallèles qui ont beaucoup de points communs. Et puis en étant un peu chauvin, je dirais que ce sont deux francophones assumées dans un monde où l’on ne parle et raisonne qu’en angloaméricain.

Pourtant ces deux femmes sont très différentes à tous points de vue, et on n’a pas besoin de les connaître comme parente ou amie pour s’en apercevoir. Si Justine est une « tueuse » naturelle sur le court, Amélie a eu beaucoup de mal à se faire violence pour le devenir…un peu. Si je dis un peu, c’est parce que je suis persuadé que ses émotions l’ont empêché d’aller plus haut encore, c’est-à-dire de remporter une dizaine de tournois du grand chelem. Si je dis cela c’est en reprenant ce que tous les grands techniciens du tennis, que je ne suis pas, ont affirmé haut et fort. Elle aurait dû gagner beaucoup plus qu’elle n’a gagné tellement elle est douée, et sur ce plan il y a sans doute une vraie (petite) différence entre Justine et Amélie.

Cela dit, alors qu’Amélie se prépare à entreprendre de longues vacances, sans se presser de répondre aux nombreuses sollicitations dont elle fait l’objet, Justine se prépare à sa manière, donc de façon à la fois très professionnelle et intensive à renouer avec la compétition. En fait elle veut être prête pour l’Open d’Australie, avec au fond d’elle-même le secret espoir de réussir le même exploit que sa compatriote Kim Clijsters qui, après presque deux ans de « retraite », a remporté l’US Open. Ensuite si tout va bien, elle essaiera enfin de réaliser son grand chelem à elle en remportant le seul tournoi majeur qui manque à son palmarès, Wimbledon. A ce propos, je rappellerai qu’en 2006 c’est  Amélie qui a privé Justine de la victoire dans ce tournoi, exploit dont on n’a pas suffisamment mesuré l’ampleur à l’époque…l’actualité étant occupée à plein temps dans notre pays par la Coupe du Monde de football.

Mais me direz-vous, et si Amélie décidait dans un an ou deux de faire son retour sur le circuit, comme bien d’autres avant elle l’ont fait, après avoir annoncé leur retrait de la compétition, décision à les en croire définitive ? A vrai dire je n’y crois pas un instant et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord Amélie Mauresmo a plus de 30 ans, ce qui n’est pas un âge canonique pour une joueuse de tennis, mais cela fait quand même plus de 15 ans qu’elle est professionnelle. Ensuite, surtout après l’avoir vue hier soir dans l’émission Stade 2, je pense qu’elle est suffisamment épicurienne pour profiter enfin de la vie qu’elle peut s’offrir, après tous les sacrifices qu’elle dû faire pour devenir l’immense championne qu’elle a été. En outre, compte tenu de son palmarès, de l’aura qui est la sienne auprès des médias et du monde du sport, nous n’avons même pas besoin de lui souhaiter nos vœux de bonne réussite, tellement je suis sûr qu’elle saura faire les bons choix pour sa deuxième vie.

Après tout si nous devions la comparer à quelqu’un dans le tennis français, ce ne pourrait être qu’à Suzanne Lenglen. Pour mémoire cette grande dame domina le tennis mondial entre 1919 et 1926 avec 2 victoires à Roland-Garros en 1925 et 1926, et 6 victoires à Wimbledon entre 1919 et 1925, plus un titre olympique en 1920 à Anvers. Surnommée « la Divine », cette fille de grands bourgeois, avec un père qui décida d’en faire une championne, se caractérisait par un jeu extrêmement complet, avec un service qui valait celui de bien des joueurs. En fait sa seule faiblesse, nous dit-on, était que malgré un jeu athlétique elle était physiquement fragile. Enfin, pour compléter le résumé de la carrière de cette magnifique joueuse, nous dirons qu’elle était très en avance sur son temps, non seulement dans sa manière de jouer, mais aussi parce que 50 ans avant les professionnels du tennis elle avait inauguré la formule du « tête à tête » contre l’Américaine Hélène Wills ( qui lui succéda à la première place mondiale), contre qui elle disputa et remporta le premier « match du siècle », à Cannes en 1926, devant un parterre de têtes couronnées et de célébrités du spectacle.

Bref, S. Lenglen fut une des plus grandes joueuses de tous les temps, qui découvrit le professionnalisme bien avant son institution. Cette comparaison, Amélie Mauresmo la mérite pleinement d’autant que, pour être juste, il faut reconnaître que de nos jours la concurrence est nettement plus féroce que dans les années 20. Aujourd’hui on joue au tennis partout dans le monde, et être simplement dans les 20 ou 25 meilleurs (ou meilleures) est  déjà une belle performance. Justement Amélie Mauresmo finit sa dernière année de compétition à la 21è place, ce qui signifie que si elle a eu une magnifique carrière, elle a su aussi réussir sa sortie. Et puis j’espère qu’elle fera profiter les jeunes joueuses françaises de son immense expérience. Pourquoi pas Amélie Mauresmo capitaine de l’équipe de France de Fed Cup. Après tout ce week-end l’équipe d’Espagne a gagné la Coupe Davis avec comme capitaine Albert Costa, lequel avait remporté l’épreuve comme joueur neuf ans plus tôt.

Michel Escatafal

 

24.11.2009

Sur le Masters de tennis...

Lendl recordman Masters.jpgsampras recordman Masters.jpgLe tournoi des Masters est en train de devenir une institution du tennis, mais le mérite-t-il vraiment ? Certes il réunit chaque année, depuis 1970, les huit meilleurs joueurs de l’année, mais cette épreuve ne désigne pas nécessairement le meilleur joueur de la saison. En fait, pour être franc, je considère comme presque tout le monde que le meilleur joueur de l’année est celui qui a remporté le plus de tournois du grand chelem. L’an passé c’était Nadal, vainqueur à Roland-Garros (pour la 4è fois consécutive) et à Wimbledon, à l’issue  d’une finale à couper le souffle contre Federer. Cette année c’est Federer qui a réussi un an après Nadal le doublé Roland-Garros-Wimbledon, plus deux finales dans les autres tournois du grand-chelem (Melbourne et Flushing-Meadow).

On pourra toujours objecter que Murray (4è au classement ATP) a remporté 6 titres, contre 4 à Federer, mais personne ne nous empêchera de penser que ce dernier a réussi une année extraordinaire, et ce quelque soit le résultat du Masters. Et puis ce tournoi pour prestigieux qu’il soit vient trop tard dans la saison, une saison au demeurant beaucoup trop longue, puisque celle-ci commence au tout début de l’année pour s’achever fin novembre. Certes les meilleurs joueurs s’octroient des plages de repos, ce qui laisse la possibilité à ceux qui sont juste en dessous de remporter çà et là quelques tournois, mais le tennis perd en crédibilité à multiplier les tournois de janvier à novembre. En fait la vraie saison s’arrête à l’US Open (début septembre), et il serait logique que le Masters soit disputé dans les deux ou trois semaines qui suivent la finale du dernier tournoi du grand chelem.

Cela étant  il y a aussi une autre solution, à savoir faire disputer le Masters au tout début de l’année suivante comme ce fut le cas pendant quelques années à partir de 1978. Cependant il faut ajouter pour être juste, qu’à cette époque les Internationaux d’Australie étaient loin de jouir du même prestige qu’aujourd’hui, ce qui incitait les meilleurs joueurs, donc les qualifiés pour le Masters,  à se préparer pour cette épreuve au détriment du tournoi australien disputé sur herbe…qui n’intéressait plus personne ou presque.  D’ailleurs la simple lecture du palmarès des deux tournois entre 1978 et 1980 donne une idée de l’intérêt manifesté par les meilleurs joueurs.

En effet en janvier 1978, donc comptant comme Masters 1977, c’est Jimmy Connors qui l’emporta, puis en janvier 1979, ce fut John Mac Enroe, avant que Bjorn Borg ne l’emporte en janvier 1980 et en janvier 1981. En revanche pendant la même période (entre 1977 et 1980), les champions d’Australie ont été l’Américain Vitas Gerulaitis (son seul titre du grand chelem), puis l’Argentin Vilas en 1978 et 1979 alors qu’il n’était pas du tout un joueur de gazon…et un autre Américain, Brian Teacher  en 1980, dont ce fut le seul grand succès. Dommage que Borg n’ait pas gagné pendant cette période l’US Open, ce qui l’aurait obligé à aller en Australie pour conquérir le grand chelem !

Comme ce ne fut point le cas, nombre de personnes  se sont interrogées  à l’époque pour savoir s’il ne fallait pas remplacer les Internationaux d’Australie par le tournoi des Masters pour le grand chelem. La question s’est aussi posée chez les féminines puisqu’entre 77 et 80, le Masters féminin a été remporté par Chris Evert (1977 et 1978), puis Martina Navratilova (1979) et Tracy Austin en 1980, alors que les gagnantes à Melbourne ont été respectivement Evone Goolagong (qui était en fin de carrière) en 1977, puis Christine O’Neil en 1978, Kathy Jordan en 1979 et Hanna Mandlikova en 1980.

Heureusement cette idée de changer les épreuves comptant pour le grand chelem fut abandonnée, et quelques années plus tard le tournoi australien retrouva tout son lustre en changeant de date, passant de la période des fêtes de fin d’année à la fin janvier, et de surface puisqu’on remplaça le  gazon par le rebound ace (surface synthétique). Du coup plus personne de nos jours ne s’imagine vouloir inclure le Masters dans le grand chelem d’autant, comme je l’ai dit précédemment, que les joueurs arrivent éreintés à ce tournoi, alors que la participation aux Internationaux d’Australie est identique à celle des 3 autres tournois majeurs. Quant au tournoi des Masters, il n’est ni plus ni moins que la Super finale des tournois appelés Masters 1000.

Pour autant cette année la participation au tournoi des Masters est exceptionnelle puisqu’ à part Roddick, remplacé par le finaliste de Roland-Garros, Soderling, tous les meilleurs sont à Londres cette semaine (Federer, Nadal, Djokovic, Murray, Del Potro le vainqueur de l’US Open, Verdasco, Davydenko et Soderling). On notera au passage qu’il n’y a pas de Français, mais ce n’est pas vraiment une surprise même si la France compte plusieurs joueurs dans les 15 premiers mondiaux (Tsonga, Monfils, Simon). En outre contrairement aux années précédentes (depuis 2003), le Masters 2009 va servir à désigner le numéro un de l’année au classement officiel. 

Certes Federer semble le mieux placé, car il faudrait un extraordinaire concours de circonstances pour qu’il ne reste pas numéro un, mais il y a quand même un peu de suspens. Tant mieux pour le sport, mais j’ai quand même envie de dire tant pis pour les joueurs, dont deux d’entre eux au moins (Nadal et Verdasco) ne seront pas encore en vacances pour cause de finale de Coupe Davis. Décidément  en tennis, comme dans beaucoup d’autres sports, les saisons n’en finissent pas…au détriment de la santé des joueurs et des joueuses. Est-ce bien raisonnable ?

Michel Escatafal

01.11.2009

Deux poids, deux mesures...

agassi.jpgJe ne sais pas si c’est un coup de pub avant la sortie de son livre autobiographique le 9 novembre, ou bien s’il s’agit d’un sincère remord tardif, mais André Agassi a jeté un fameux pavé dans la mare en avouant son assuétude passagère à une drogue synthétique, et qu’il avait menti après un contrôle antidopage positif, évitant ainsi des sanctions qui auraient pu briser sa carrière. Cela étant, imaginons un instant ce qui se serait passé si au lieu d’être Agassi c’eut été …Lance Armstrong. Je vois d’ici tous les censeurs se jeter sur le septuple vainqueur du Tour, alors que finalement on a presque l’air de passer par pertes et profits les écarts d’Agassi. Deux poids, deux mesures comme je ne cesse de le dire !

 Autre chose choquante révélée par Agassi dans son livre si l'on en croit ce qu'en dit la presse, le joueur américain n’aimait pas jouer au tennis. C’est quand même quelque chose de surréaliste de la part d’un joueur qui a beaucoup gagné au tennis (8 titres en grand chelem), ce qui lui a permis aussi d’amasser une belle fortune. En revanche pour rester sur la comparaison avec Armstrong, celui-ci aime tellement le vélo qu’il a repris la compétition à 37 ans après 3 ans d’arrêt, au risque d’ailleurs d’écorner quelque peu son image d’icône absolue du cyclisme des années 2000.

Pour revenir à Agassi, notons son horrible mensonge qui lui a permis de duper l’ATP (association des joueurs) en affirmant qu’il avait absorbé de la métamphétamine par accident, croyant boire du soda. Un soda qui avait sans doute un drôle de goût ! Cela fait penser à certaines excuses loufoques dans d’autres sports, qui permettent à ceux qui sont pris au contrôle d’éviter toute sanction, alors qu’en cyclisme on peut remonter des années en arrière pour confondre les contrevenants et annuler leurs résultats. De quoi être révolté quand on aime le vélo, même si l’on apprécie les autres sports. Heureusement qu’Agassi a reconnu avoir eu honte et promis qu’on ne l’y reprendrait plus !

En tout cas tout cela n’est pas très glorieux pour les instances dirigeantes du tennis surtout s’il est vrai, comme l’affirment certains journaux, qu’on ait voulu couvrir « un des plus brillants représentants de ce sport ». Là aussi on mesurera la différence avec les instances dirigeantes du cyclisme, qui n’ont  pas eu peur de suspendre pour deux ans quelques uns des coureurs les plus représentatifs, par exemple Ullrich, Basso, Vinokourov ou Di Luca, tous vainqueurs d’un ou plusieurs grands tours.

Toutefois, et c’est rassurant, nombre de tennismen anciens ou en activité n’hésitent pas à militer pour imposer des règles très strictes au tennis pour lutter contre le dopage. Plusieurs, et non des moindres, tels Roger Federer et Rafaël Nadal, n’ont pas hésité à se déclarer déçus par cette affaire. Malgré tout cela ne va pas porter tort à André Agassi sur le plan financier les gens voyant, nous-dit-on, cette affaire comme une confession. C’est surtout ce que pensent les sponsors qui, reconnaissons-le, ne sont pas très regardants. Comme disent certains, la faute est ancienne donc on ne s’en occupe plus d’autant qu’il a avoué. D’autres estiment qu’à coté de ce qu’il a fait de positif (sic) depuis des années, tout cela n’a que peu d’importance. Ben voyons !

Et pendant ce temps un coureur allemand, Andreas Klöden,  a accepté de payer une amende de 25.000 euros pour mettre un terme à une enquête sur son implication présumée dans une affaire de dopage…qu’il a toujours niée et pour laquelle il n’a jamais été contrôlé positif. En outre, il faut noter que ce paiement de 25.000 euros n’est en aucun cas considéré par le tribunal de district de Bonn comme un aveu de culpabilité. Bref, Klöden paye pour qu’on le laisse en paix sur une affaire où on ne peut rien lui reprocher de tangible. En revanche Agassi continue à gagner des fortunes alors qu’il reconnaît avoir sciemment floué les instances du tennis, et par extension les fans de ce sport…qui en avaient fait pour beaucoup leur idole.

Certes, on me fera remarquer que le couple Agassi-Steffi Graf fait dans l’humanitaire, en offrant des programmes individuels pour les enfants défavorisés désirant faire des études supérieures, ou pour venir en aide aux enfants victimes de la guerre ou autres formes de violence. Très bien, et même bravo ! Cela dit, l’un et l’autre ont gagné tellement d’argent qu’ils sont sans doute à l’abri du besoin pour des générations. Et puis la vente de ce livre, qu’on va s’arracher dans le monde entier, va leur rapporter encore des millions d’euros d’autant qu’Agassi est connu partout dans le monde occidental et en Asie.

En revanche, si Klöden s’avisait à écrire un livre autobiographique il ne se serait sûrement pas accueilli de cette manière par les médias…et ce livre ne lui rapporterait rien du tout. Il a pourtant terminé deux fois à la deuxième place du Tour de France, et a gagné notamment Paris-Nice, le Tour de Romandie et le Tour du Pays Basque. Seulement voilà, c’est un coureur cycliste donc victime de toutes les suspicions, alors que son sport est sans aucun doute le plus dur…et le plus contrôlé de tous en matière de dopage. Le monde est vraiment cruel !

Michel Escatafal

01.09.2009

L'US Open, un des quatre grands tournois...

borg.jpgconnors.jpgJusqu’à dimanche en huit nous allons vivre deux semaines excitantes, du moins pour ceux qui aiment le tennis, avec l’US Open ou, pour parler comme les anciens, les championnats internationaux des Etats-Unis. C’est la quatrième levée du grand chelem après, respectivement, l’Australie (Melbourne), la France (Roland-Garros) et la Grande-Bretagne (Wimbledon). C’est aussi parmi les grands tournois celui qui a la particularité de s’être déroulé sur gazon jusqu’en 1974, puis sur la terre battue américaine jusqu’en 1977 et depuis sur ciment. Au passage, je rajouterais pour mon petit neveu Quentin (bientôt 15 quelque chose), qu’un seul joueur a gagné ce tournoi sur les trois surfaces, Jimmy Connors, que j’aurai l’occasion d’évoquer plus loin.

Ce tournoi est chargé d’histoire comme peut-être aucun autre parmi « les majeurs ». Il fut surtout dans le passé le fossoyeur de beaucoup d’espoirs, y compris pour les plus grands joueurs. Je n’en citerais que deux : Lewis Hoad et Bjorn Borg, deux des plus grands joueurs de tous les temps. Lewis Hoad parce qu’à 21 ans, en 1956, pour sa deuxième année de vraie carrière amateur, il échoua contre toute attente dans sa conquête du grand chelem en étant battu par son copain du même âge et australien comme lui, Ken Rosewall, qu’il avait dominé en Australie et à Wimbledon. Cette défaite inattendue fut d’autant plus cruelle pour lui, qu’elle l’obligea à attendre presque un an de plus pour passer dans les rangs professionnels avec la troupe de Jack Kramer, alors que Rosewall signa immédiatement après sa victoire à Forest-Hills.

Mais le plus malheureux de tous les grands joueurs à l’US Open fut sans conteste le Suédois Bjorn Borg. Ce dernier en effet a dominé le tennis de la fin des années 70, même si sa domination fut contestée par l'Américain Jimmy Connors, notamment à l’US Open. Malgré tout Borg est quand même le joueur qui a gagné 6 fois à Roland-Garros entre 1974 et 1981, et 5 fois Wimbledon consécutivement entre 1976 et 1980. En revanche il n’a jamais gagné l’Open des Etats-Unis ce qui, on en conviendra, est presque une incongruité. Et pourtant chaque année à partir de 1976 il en était le favori, mais chaque fois il a été victime d’une forme de malédiction ajoutée, pour être juste, au grand talent de certains de ses adversaires.

Déjà en 1975 il avait été balayé par Connors en demi-finale à Forest-Hills sur terre battue. Ensuite en 1976, il sera de nouveau battu par le même adversaire, Connors, cette fois en finale. En 1977 il est arrivé blessé à l’épaule, et doit quitter le tournoi après avoir passé les trois premiers tours. Un an plus tard, en 1978, il tombe de nouveau sur Connors en finale, après avoir battu ce dernier très facilement à Wimbledon. Problème, Connors pratiqua en finale de Flushing Meadow le meilleur tennis de sa vie et le pulvérisa en 3 sets. Et pour couronner le tout, sans que Borg ne s’en plaigne réellement, il était handicapé par une blessure aux doigts. En 1979, contre tous les pronostics, il est battu en ¼ de finale par Roscoe Tanner, un grand serveur, qu’il avait dominé en finale à Wimbledon deux mois plus tôt. En 1980 il perd en finale contre Mac Enroe qui prenait sa revanche (en 5 sets) après avoir été battu en finale à Wimbledon. Enfin, en 1981, il sera de nouveau vaincu par Mac Enroe en finale, cette fois en 4 sets. Ce sera le chant du cygne d’un joueur à qui il n’aura manqué qu'une victoire à Flushing pour se situer au niveau d’un Laver…ou d’un Federer. D'ailleurs s'il avait gagné l'US Open, il aurait sans doute fait le grand chelem car il serait allé disputer les championnats d'Australie qui, à l'époque, étaient désertés par les meilleurs.

Federer, parlons-en pour essayer de voir ce qui lui reste à gagner pour boucler complètement la boucle qu’il est en train de dessiner pour l’éternité. Déjà son prochain objectif sera de réussir enfin le grand-chelem, et donc rejoindre Donald Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969). L’exploit est possible dans la mesure où il a réalisé trois fois le petit chelem (3 victoires sur 4), et surtout parce qu’il a enfin gagné Roland-Garros cette année. A ce propos, s’il gagne à Flushing Meadow il pourra déjà réaliser le grand chelem à cheval sur deux années en gagnant en Australie. Ce n’est pas encore fait, mais il semble de nouveau sur une pente ascendante…et Nadal ne semble plus faire aussi peur. Prudence quand même, mais Federer peut encore faire le grand chelem.

Le deuxième objectif à réaliser est le plus grand nombre de semaines en étant numéro un mondial depuis que ce classement existe (1969). Pour l’instant il est devancé par Sampras (286 semaines), Lendl (270 semaines) que l’on oublie souvent alors qu’il fut un immense joueur (8 titres du grand chelem), avec des concurrents qui s’appelaient Borg, Connors, Mac Enroe pour ne citer que les plus grands, et Jimmy Connors (268 semaines). C’est sans doute l’objectif qui sera pour lui le plus facile à réaliser, d'autant qu'il en est presque à 250, surtout s’il gagne de nouveau l’US Open cette année.

Le troisième c’est d’être champion olympique. Certes on va me dire que cela n’a rien à voir avec une victoire en tournoi du grand chelem, mais ce tournoi olympique est à présent devenu incontournable. Il a raté l’occasion en 2004 à Athènes où, peu motivé, il fut battu très tôt par Berdych, et en 2008, parce qu’il n’était plus tout à fait Federer à cause de sa mononucléose qui a laissé des traces infiniment plus longtemps qu’on ne l’imaginait. Il reste Londres en 2012. Si ça se trouve il se retirera sur une médaille d’or en simple, en rappelant qu’il a déjà gagné le double avec Wawrinka l'an passé à Pékin. Et cela me permet de dire que s’il veut réellement s’investir dans cette épreuve,  il peut avoir pour objectif de gagner la Coupe Davis.

 Que faut-il pour gagner la Coupe Davis ? Au minimum un grand joueur de simple et une excellente équipe de double. La Suisse a tout cela et même mieux : Federer est numéro un mondial, son équipe de double est championne olympique, et Wawrinka figure dans les 15 ou 20 meilleurs joueurs du monde. Après tout quand Borg a gagné la Coupe Davis en 1975 l’équipe de Suède n’était pas aussi forte. Qui se rappelle en effet du nom du deuxième joueur suédois cette année-là ? Personne puisque c’était Birger Anderson qui, toutefois, va permettre plusieurs fois à la Suède de remporter le 3è point avant d'arriver en finale. Que je sache le Federer d’aujourd’hui n’est pas inférieur au Borg de l’époque, et Wawrinka est meilleur que Birger Anderson. Alors bientôt la Suisse remportant le Saladier d’argent ? Pourquoi pas.

La France a bien gagné la Coupe Davis 3 fois depuis 1991, sans avoir dans ses rangs le numéro un mondial, même si en 1991 nous avions en finale une super équipe avec Leconte qui valait bien dans ses grands jours un numéro un, et Forget qui était numéro 4, les deux formant en outre la seule équipe de double invaincue dans l’histoire de la Coupe Davis (11 victoires). Ah la France, heureusement qu’elle a eu la Coupe Davis et aussi Amélie Mauresmo et Marie Pierce, sinon nous serions au niveau ou presque des Italiens ou des Britanniques. Cela dit ces derniers ont Murray qui occupe, à ce jour, une place (2è) qu’aucun Français (homme) n’a réussi à occuper.

Michel Escatafal

30.06.2009

Oh les filles, on veut du spectacle !

mauresmo.jpgJe ne sais pas qui gagnera le tournoi féminin de Wimbledon cette année mais une chose est sûre : celle qui gagnera ne sera pas une joueuse dominatrice comme peuvent l’être chez les hommes un Federer ou un Nadal, ou comme ont pu l’être Chris Evert, Martina Navratilova, ou plus près de nous Steffi Graf. En fait, sur le circuit WTA (féminin) il n’y a pas de véritable numéro une depuis le retraite de Justine Hénin, puisque la tête du classement a été occupée par 4 joueuses en 18 mois, dont deux sans aucune victoire en tournoi du grand chelem, comme c’est le cas avec Dinara Safina ou peu avant avec Jelena Jankovic, chose extrêmement rare chez les messieurs (je ne connais que le Chilien Rios).  En tout cas cela dénote l’impossibilité de dégager une vraie hiérarchie dans les grands tournois féminins, où on a l’impression que tout le monde peut battre tout le monde. En fait les deux meilleures sont tout simplement les sœurs Williams qui, à elles deux, ont remporté 17 tournois du grand chelem au cours des dernières annnées (10 pour Serena et 7 pour Venus).

Cela dit les sœurs Williams sont loin d’avoir la constance de celles qui les ont précédées dans les palmarès des tournois du grand chelem, que ce soit Margaret Court avec 24 victoires en 14 ans, Steffi Graf avec 22 victoires en 13 ans, Chris Evert et Martina Navratilova avec 18 victoires en 13 ans l’une et l’autre, sans oublier Billie Jean King qui outre ses 12 victoires en tournois majeurs  entre 1966 et 1972 eut le grand mérite de donner une réelle impulsion au tennis féminin professionnel. Si aujourd’hui les féminines touchent des sommes quasiment équivalentes aux hommes dans les grands tournois, elles le doivent pour une bonne part à Billie Jean King. Cela dit combien de temps cela durera-t-il, si toutes les filles jouent de la même manière en tapant de toutes leurs forces et sans la moindre fantaisie mis à part,  si j’ose dire, les couinements plus ou moins stridents de ces demoiselles à chaque frappe de balle.

Force est de reconnaître que depuis 10 ans, mis à part Martina Hingis, Amélie Mauresmo et Justine Hénin, toutes ces joueuses donnent l’impression aux spectateurs et téléspectateurs de jouer exactement de la même façon, avec une sorte de désarroi pathétique quand elles tombent sur une adversaire qui leur pose quelques problèmes. Résultat, il y a de plus en plus de gens à regretter le bon vieux temps où l’on donnait en exemple à ceux qui s’initiaient au tennis…les joueuses plutôt que les joueurs. Je puis en témoigner à titre personnel car ayant appris à jouer sur le tard, mon professeur de tennis me conseillait d’aller à Roland-Garros voir jouer Chris Evert parce que c’était la perfection sur le plan technique. De nos jours au contraire, on a l’impression que toutes les meilleures ont tendance à jouer comme les anciens « crocodiles » de la terre battue, à savoir les Vilas, Solomon, Dibbs ou Higueras, ce qui explique pourquoi Wilander parle tout simplement de « filles élevées en batterie », d’autant qu’elles sont toutes ou presque issues des mêmes académies.

En outre ces demoiselles programmées très tôt pour cogner et gagner, arrivant sur le circuit très jeunes dans les bagages de leurs parents, et plus particulièrement de quelques pères que Cathy Tanvier a qualifiés « d’immondes » dans un livre souvenir, ont une carrière qui le plus souvent ne dure que quelques années, sous le poids des efforts faits dès le plus jeune âge et des blessures y afférents. Combien de ces jeunes filles gagnent quelques tournois, montent dans le classement, et ensuite disparaissent aussi vite qu’elles sont venues…comme Cathy Tanvier dont j’ai évoqué le nom, et qui fut hélas une sorte de précurseur à ce niveau. En effet, après des débuts prometteurs à 16 ans, dans les années 80, Cathy Tanvier n’a jamais confirmé et a fini sa carrière dans des conditions indignes de son talent. La « borguette », en référence à Bjorn Borg dont elle avait imité tous les tics y compris le bandeau et les boucles blondes, comme la chèvre de Monsieur Seguin s’était bien battu pendant quelque temps…avant de succomber sous de multiples pressions, sans avoir profité des avantages financiers que procure la peopolisation, au contraire de certaines de ses collègues qui pourtant ont un palmarès quasiment identique au sien.

Tout cela pour dire que les vrais amateurs de tennis regrettent des filles comme Martina Navratilova ou Jana Novotna, qui battit Nathalie Tauziat dans une finale de Wimbledon, qui étaient l’équivalent chez les hommes d’un Stefan Edberg, véritable référence sur le plan de la beauté du jeu. Du coup, de nouveau on ne parle que du tennis masculin avec les duels au sommet  qui sont nombreux entre, non seulement Nadal et Federer, mais aussi Djokovik, Murray et quelques autres comme Tsonga et Monfils dont la « folie » ravit les fans de ce sport. Avec tous ces joueurs le spectacle est garanti, et c’est pour cela que les gens aiment le tennis. Peu importe ensuite que ce soit toujours le même qui gagne ou qui se retrouve en finale comme Federer, l’essentiel c’est d’avoir droit à des finales comme celles qui ont opposé Nadal à Federer à Wimbledon l’an passé et à Melbourne cette année, où les joueurs pratiquent un super tennis pendant 3 ou 4 h. Alors attendons que la relève chez les féminines voit l’émergence d’une nouvelle Martina Hingis, en espérant que cela arrive le plus rapidement possible sous peine de voir le fossé se creuser définitivement entre les circuits féminin et masculin.

Michel Escatafal

17.06.2009

Un Britannique enfin vainqueur à Wimbledon?

lottie dod.jpgmurray.jpgBien que les Anglais ou disons les Britanniques aient inventé le tennis, lui-même issu du jeu de paume, rares ont été les grands joueurs britanniques depuis que le tennis s’est universalisé. Pire même, ils n’ont plus eu de vainqueur d’un tournoi du grand chelem depuis…1936. Ce joueur,  qui avait remporté 8 tournois du grand chelem (comme Rosewall, Connors, Lendl ou Agassi), s’appelait Frederik Perry  et il a été le premier  Britannique vainqueur à Wimbledon depuis l’année de sa propre naissance en 1909. Outre son palmarès, Fred Perry a la particularité d’avoir été d’abord le premier champion anglais d’origine modeste (son père était ouvrier), et d’avoir abandonné le pantalon pour le short en 1933 en même temps d’ailleurs qu’un autre joueur anglais, Harry Austin, et que le Français Cochet. Hors des courts il a également créé sous son nom une griffe vestimentaire bien connue.

Revenons à son palmarès pour dire qu’il fait partie des rares joueurs ayant remporté les 4 tournois du grand chelem au moins une fois, comme Budge, Laver, Emerson, Agassi et Federer. Ce club est quand  même très fermé, ce qui situe la valeur de ce joueur  qui a aussi gagné à 4 reprises la Coupe Davis (45 victoires en 52 matches joués). Bref un immense joueur qui fait partie de la grande histoire du tennis. Et en plus il fut un pionnier du professionnalisme, puisqu’il signa un contrat en 1936 pour une tournée contre un Américain du nom de Vines qui lui permettra de gagner 250.000 dollars. Ce passage chez les pros fera scandale au point qu’excédé par les polémiques Perry demandera la nationalité américaine. Depuis les Britanniques n’ont plus eu de joueur figurant parmi les tous meilleurs mondiaux. Ils auront quelques excellents joueurs comme Billy Knight, Robert Wilson, Mike Sangster, Roger Taylor, Mark Cox, John Lloyd, Buster Mottram, Tim Henman ou Greg Rusedski, mais aucune grande vedette du circuit. 

Cela dit il semble que ce temps soit révolu, car ils ont découvert il y a peu (en 2005) un joueur qui est aujourd’hui n°3 mondial après une série d’excellents résultats depuis la mi- 2008, ponctués par une place en finale de l’US Open (battu par Federer) et par 4 titres en 2009, dont le dernier remporté dimanche dernier au tournoi du Queen’s. Si l’on ajoute à cette régularité dans les performances 4 victoires de suite sur Roger Federer, cela donne aux Anglais et aux Britanniques l’occasion de rêver, et notamment d’une victoire au prochain Wimbledon. J’aurais tendance à dire : heureux Britanniques, car je crains qu’en France nous n’ayons pas pour le moment de joueurs du niveau de Murray.

J’insiste sur l’adjectif « britannique » car Murray est Ecossais, et les Anglais ont quelque peine à l’adopter et à avoir pour lui l’engouement que les Français ont eu par exemple pour Yannick Noah. Il paraît même qu’il y a des t-shirts qui fleurissent à Wimbledon sur lesquels est écrit : « Anyone but Murray ». Pourquoi nombre d’Anglais préfèrent-ils n’importe qui à Murray ? Tout d’abord parce que Murray est d’abord Ecossais avant d’être Britannique et le revendique sans ambages.  Pire même pour lui, ce qui explique l’histoire des t-shirts, il aurait dit un jour à des journalistes au moment de la dernière coupe du Monde de football : « Anyone but England ». Et comme en plus il est parfois mal embouché, cela a de quoi choquer le public policé qui arpente les courts de Wimbledon.

Il paraît qu’il a compris le danger de n’avoir pas avec lui le soutien du public s’il veut gagner Wimbledon,  et que par conséquent il fait quelques efforts en termes de communication. Cela sera-t-il suffisant face à un Federer, champion adulé partout dans le monde, si par cas il se retrouve en finale contre lui ? Je ne sais pas, mais apparemment le jeune homme est nettement meilleur raquette en main que comme communicant. Cela étant pour remporter un tournoi du grand-chelem il vaut mieux qu’il en soit ainsi, d’autant que s’il gagne à Wimbledon il trouvera nombre de conseillers pour lui donner un aspect davantage « bon chic, bon genre ».

En tout cas, en attendant de savoir si Nadal sera de la partie, le plus vieux des tournois du Grand-Chelem (créé en 1877) s’annonce somptueux, sur une surface où l’on joue très peu de nos jours en dehors du mois de juin.  Et puis il y a la tradition dans ce temple du tennis, qui pourrait paraître un peu pesante mais à laquelle tout le monde se prête de bonne grâce depuis des décennies. Les dames ont souffert de cette tradition à partir de 1884. Par exemple en 1887, on considéra que Lottie Dod avait battu son adversaire en finale Mlle Bingley (6-2,6-0)…parce qu’elle portait une jupe courte lui arrivant au haut de la cheville. Autre scandale en 1905 avec la victoire de May Sutton, l’Américaine (première étrangère au palmarès), qui a cumulé les audaces d’abord en servant au dessus-de la tête, ensuite en portant une jupe qui couvrait seulement une partie du mollet, et enfin parce qu’elle avait retroussé ses manches…ce qui paraît-il avait handicapé l’autre finaliste, Mlle Douglas (6-3,6-4). Shocking !

Michel Escatafal

 

08.06.2009

Le seul qui lui manquait...

federer.jpgAvec ce qui s’est passé hier à Roland-Garros je suis très heureux d’avoir ouvert ce site, d’autant que celui-ci s’intitule "histoire du sport". Et hier après-midi nous étions en plein dans l’histoire du tennis avec la confirmation que Roger Federer est bien un des deux ou trois plus grands joueurs de tous les temps. Certes, comme je le dis souvent, il est difficile de comparer les joueurs à des époques différentes car le jeu évolue, le matériel aussi, et la concurrence n’est pas toujours la même. Cela étant il y a quand même les grands tournois, ceux du grand-chelem, qui servent de repère même si des joueurs comme Pancho Gonzales ou Jack Kramer, qui ont été parmi les premiers à jouer chez les professionnels  (fin des années 40) avant que le tennis ne soit « open », n’ont pas pu disputer de ce fait autant de tournois du grand chelem qu’ils l’auraient souhaité.

Malgré tout nombreux sont ceux qui disent qu’il n’y a jamais eu autant de très bons joueurs qu’en ce moment…parce que le tennis s’est universalisé. Et c’est pour cela que je mets au moins à égalité Federer et Laver. L’un a remporté 14 titres du grand chelem sur quatre surfaces différentes, l’autre a fait deux fois à 7 ans d’intervalle le grand chelem (1962 et 1969). Cela dit la carrière de Roger Federer est loin semble-t-il d’être terminée car il n’a que 27 ans, et il semble toujours aussi motivé, ce qui veut dire qu’il peut encore gagner d’autres tournois du grand chelem, à commencer par le prochain Wimbledon, et même pourquoi pas réaliser le grand chelem quitte à le faire sur deux ans.

Et dire que l’an passé nombreux étaient ceux qui l’enterraient et qui prétendaient qu’il ne redeviendrait jamais numéro un mondial. Ceux-là se trompaient cruellement, et j’avoue que j’en faisais partie, mais j’étais loin d’être le seul. Certains qui ont joué au tennis à un niveau infiniment supérieur au mien allaient jusqu’à dire que sa carrière touchait à sa fin. Et puis après un titre olympique obtenu en double avec Wawrinka, beaucoup plus important qu’on aurait pu l’imaginer, après aussi que ses ennuis de santé se soient estompés, il gagna l’US Open et arriva en finale à Melbourne où Nadal le domina. Cela dit la machine était repartie, et elle pourrait l’être durablement car son jeu est quand même moins exténuant que celui de Nadal.

En tout cas il est difficile d’imaginer ce que peuvent représenter 14 victoires en tournois du grand chelem, sauf à considérer que gagner 7 matches de suite dans un tournoi où tous les meilleurs joueurs sont là est toujours un grand exploit. D’ailleurs même si l’on ne retient dans ces tournois que le nom du vainqueur, on oublie souvent par quels tourments ce vainqueur a dû passer pour l’emporter. Prenons simplement l’exemple de Rodney Laver la première année qu’il a réalisé le grand chelem en 1962. A Roland-Garros, il a sauvé une balle de match contre Mulligan, puis il a été contraint de  jouer 5 sets contre Fraser en ½ finale et contre Emerson en finale. Cela nous rappelle quelque chose, car Federer a aussi souffert  la semaine dernière contre Tommy Haas et Del Proto qui l’ont poussé jusqu’à un 5è set.

Auparavant j’évoquais l’importance de la médaille d’or remportée par Federer dans l’épreuve de double des Jeux Olympiques de Pékin. Je disais qu’il avait ressenti cette victoire comme une sorte de délivrance après une terrible défaite en 5 sets à Wimbledon, dans son jardin, contre Nadal. Pourquoi une telle délivrance ? Sans doute parce qu’il venait de remporter un titre qui restera dans l’histoire, même s’il n’aura sans doute jamais l’importance d’un titre dans un des 4 grands tournois. Après tout Roger Federer est fait pour écrire l’histoire du tennis, et je pense qu’il s’est imaginé après Wimbledon l’an passé  qu’il lui manquerait toujours un succès Porte d’Auteuil ou une médaille d’or aux Jeux, tellement Nadal faisait preuve de supériorité à cette époque. Je suppose d’ailleurs qu’un autre joueur que lui aurait envisagé d’arrêter  là une carrière déjà extrêmement brillante.

Apparemment cette idée n’a jamais effleuré Roger Federer et c’est tant mieux,  car après sa victoire à Roland-Garros qui était devenue une véritable obsession, qui sait s’il ne jouera pas désormais totalement libéré à la poursuite du seul challenge qu’il lui reste en tant que joueur de tennis, gagner les 4 grands tournois la même année…comme Rod Laver, mais sur 4 surfaces différentes alors que du temps de Laver il y avait 3 titres décernés sur herbe et un sur terre battue ce qui n’est pas du tout pareil.  Souhaitons à Roger Federer d’y parvenir, car ce joueur est vraiment un exemple pour les jeunes qui jouent et aiment le tennis, car il n’a pas que son talent à offrir sur le court. Son humilité et son respect de l’adversaire le rendent nécessairement sympathique.

Au fait combien parmi les 14840 spectateurs du court Philippe Chatrier souhaitaient la défaite de Federer ? 10, 15, 20 ? Sans commentaire. Espérons simplement qu’ils soient beaucoup plus nombreux l’an prochain parce qu’il aura en face de lui un Français. Quentin par exemple, mon petit neveu de 12 ans qui joue déjà très bien au tennis, n’a jamais eu la chance de voir un joueur français pénétrer sur le Central de Roland-Garros pour disputer la finale. Il est vrai qu’il faut remonter à 1988 (Leconte) pour trouver trace d’un Français en finale du plus grand tournoi sur terre-battue, et à 1983 pour la victoire dans un tournoi du grand-chelem (Noah). Là aussi on est dans l’histoire.

Michel Escatafal

24.03.2009

Cette année Nadal a tout pour réussir le grand chelem

nadal.jpgEt si c’était Nadal qui réalise enfin le grand chelem, ce qui n’a pas été fait depuis 1969 avec Rod Laver ? Voilà une bonne question tellement il semble que Nadal soit au dessus du lot en ce moment. Il est de loin le plus fort des joueurs actuels et il vient de gagner l’Open d’Australie, première levée du grand chelem. En outre par rapport aux grands joueurs du passé qui n’ont pas pu réaliser le fameux grand chelem, il a l’avantage d’être et de très loin le meilleur sur sa surface de prédilection, la terre battue, et de n’avoir pas en face de lui un joueur qui lui soit supérieur sur herbe ou sur les surfaces en dur. En cela il est dans une situation différente par rapport à celle de Roger Federer, qui était intouchable sur herbe et sur dur, mais qui était moins bon que Nadal sur terre battue.

Quand je parle de Federer, je parle du Federer d’il y a 2 ou 3 ans et non plus du joueur qui est, hélas pour lui, sur la pente descendante. En disant cela j’ai bien conscience que certains vont me trouver un peu trop définitif dans mes propos, mais si je le dis c’est parce que Murray commence à le battre régulièrement. Il descend tout doucement, ce qui ne veut pas dire pour cela qu’il ne gagnera plus de tournoi du grand chelem, même si cela paraît de plus en plus problématique. Certes il faut se rappeler de Jimmy Connors, que tout le monde croyait condamné à évoluer un ton en dessous de ses plus belles années après 1978, et qui soudain profita de la retraite de Borg en 1982 pour gagner Wimbledon et Flushing Meadow, et redevenir le meilleur joueur de la planète…pour un an.

En parlant de Connors, c’est lui qui aurait dû être le dernier à réaliser le grand chelem en 1974, si la Fédération Française ne lui avait pas interdit de disputer Roland-Garros parce qu'il avait participé à un circuit parallèle. Cette année là ce fut le premier succès de Borg aux Internationaux de France, mais il n'aurait pas pu empêcher Connors, qui avait 4 ans de plus que lui, de remporter le tournoi. Cette année-là Connors était dans la situation de Nadal aujourd’hui, à savoir qu’il était intouchable sur sa surface de prédilection à ce moment-là (l'herbe de Wimbledon, Melbourne et Forest-Hills) et il était suffisamment supérieur aux autres pour gagner aussi sur terre battue. Rafael Nadal a déjà gagné à Melbourne, il va gagner à coup sûr Roland-Garros, et sans doute dans la foulée Wimbledon. Il lui restera à faire ce que Borg n’a jamais pu réaliser, à savoir gagner Flushing Meadow. Mais il n’aura pas en face de lui un Connors encore à son meilleur niveau comme en 1976, ou un Mac Enroe en pleine ascension comme il l’était en 1980.

Reste une inconnue pour Nadal, à savoir sa générosité sur le court. C’est quand même un joueur qui tire beaucoup sur son physique, et qui a toujours du mal à finir ses saisons. Pour l’instant il n’a jamais pu disputer l’Open américain en pleine possession de ses énormes moyens. L’an passé il a même fait l’impasse sur la finale de la Coupe Davis contre l’Argentine, alors que cette épreuve lui tient beaucoup à cœur. Bref il va beaucoup jouer et gagner jusqu’au mois de septembre, et donc dans quel état sera-t-il à cette époque ? Saura-t-il se ménager ces indispensables plages de récupération sans lesquelles un joueur ne peut pas tenir toute la saison. Espérons-le pour lui et pour le tennis, car ce jeune homme de 23 ans a tout pour plaire.

C’est un bosseur, il est généreux dans l’effort et il a un beau tennis, même si certains estiment que sur un court il est moins aérien qu’un Federer ou autrefois un Nastase, un Mac Enroe ou un Edberg. Son jeu est quelque peu différent, mais son toucher de balle est de l’avis des experts tout à fait extraordinaire, le plus souvent décisif dans les échanges au filet. En revanche par rapport aux joueurs que je viens de nommer, son lift n’a pas d’équivalent comme celui de Borg à son époque. J’ai même lu quelque part qu’en liftant, les balles de Nadal tournaient à la vitesse de 5000 tours par minute loin devant les 4000 tours de Federer. Enfin Nadal est gaucher, ce qui est un problème supplémentaire pour ses adversaires. Bref, comme je l’ai dit précédemment il est très fort et il est le meilleur.

Un autre joueur dans le passé m’a fait un peu la même impression, Ivan Lendl. Lui aussi était très doué avec une balle très rapide, un passing-shot ravageur, une grande opiniâtreté, de la vitesse, de la détente, en somme toutes les qualités pour pouvoir aspirer au grand chelem. Il a d’ailleurs remporté 8 tournois majeurs et il a longtemps été numéro un mondial à l’ATP. Manque de chance pour lui, il est tombé à une époque où ses rivaux s’appelaient dans sa jeunesse Borg et Connors, puis ensuite Mac Enroe. Quand je vous disais que Nadal avait vraiment de la chance d’être loin devant tous les autres…pour le moment !

Un dernier mot enfin, si Nadal réalise le grand chelem on pourra vraiment dire qu’il figure parmi les plus grands joueurs de tous les temps, formule parfois galvaudée mais qui lui conviendrait parfaitement. En effet s’il n’a pas ou plus en face de lui un Rosewall comme par exemple Laver en son temps, en revanche il devra gagner sur quatre surfaces différentes ce qui suffit à situer l’ampleur de la performance. A l’époque de Laver, trois des quatre tournois du grand chelem se déroulaient sur herbe, et ensuite il fallait gagner sur terre battue. Les quatre surfaces, c'est certainement cela qui explique que le grand chelem n’ait plus été réalisé depuis 1969, ou en passe de l'être depuis 1974 en considérant que Connors l’aurait fait cette année-là, avec seulement deux surfaces différentes ? Réponse en septembre prochain.

Michel Escatafal

10.03.2009

Une grande dame du tennis français

f.dürr.jpgTout le monde ou presque connaît aujourd’hui en France Mary Pierce et Amélie Mauresmo. Normal me direz-vous, car elles ont gagné à elles deux 4 des 5 victoires françaises dans des tournois du grand-chelem depuis plus de 25 ans, la 5è rappelons-le étant la victoire de Noah à Roland-Garros en 1983. En plus, et contrairement à Noah qui n’a jamais gagné comme joueur la Coupe Davis, Mary Pierce et Amélie Mauresmo ont gagné la Fed Cup, équivalent féminin de la Coupe Davis. En revanche personne ou presque ne se rappelle de Françoise Dürr, alors qu’elle fut la première femme française à remporter un tournoi du grand-chelem depuis Simone Mathieu en 1939…et qu’elle fut aussi la première à voyager sur le circuit avec son chien, Topspin, qui devint une star en transportant les raquettes de la championne jusque sur le court.

Sa victoire à Roland-Garros date de  1967, où elle battit en finale Leslie Turner en 3 sets.  Qui plus est elle n’avait pas battu n’importe qui, puisque l’Australienne Leslie Turner avait déjà gagné 2 fois l’épreuve, dont la première en battant une des 4 ou 5 plus grandes joueuses de tous les temps,  Margaret Smith, qui a remporté 24 victoires en simple dans les tournois du grand-chelem, dont le grand-chelem en 1970. Enfin pour être complet, j’ajouterai que Leslie Turner a aussi gagné 7 tournois du grand-chelem en double dont 3 avec Margaret Smith (2 Roland-Garros et un Wimbledon).

En disant cela, je situe la portée de l’exploit qu’avait réalisé Françoise Dürr en triomphant à Roland-Garros en 1967. L’exploit est d’autant plus grand que chez les féminines il n’y avait pas d’une coté les professionnels, et de l’autre les  soi-disant  amateurs. Cela dit le palmarès de Françoise Dürr ne se limite pas à cette victoire à Roland Garros ni à ses 26 titres en simple, car elle fut aussi une très grande joueuse de double (60 titres), y compris en mixte, avec un palmarès inégalé pour une Française dans la discipline.

En effet, elle a remporté 5 titres consécutifs (de 1967 à 1971) en double dames à Roland-Garros avec Ann Jones et Gail Sherrif, plus 3 titres en double mixte (1968, 1971 et 1973) avec J.C. Barclay. A Wimbledon elle gagnera le double-mixte en 1976 avec Tony Roche, et à Forest-Hills le double dames à 2 reprises en 1969 et 1972 respectivement avec l’Américaine Darlène Hard et la Hollandaise Betty Stove. Bref, un palmarès extraordinaire, parfaitement mérité, car beaucoup de joueurs ou joueuses la voulaient pour partenaire, y compris quand elle avait largement dépassé la trentaine.

Pourtant a priori rien ne prédestinait Françoise Dürr à devenir cette immense championne qu’elle allait être. Les puristes lui trouvaient un style très personnel, ce qui signifie peu orthodoxe. Son service n’avait rien de foudroyant et était même faible, tout comme son revers qu’elle délivrait avec l’index très étendu sur le manche et le poignet cassé. En revanche elle avait un très bon coup droit et sa volée était excellente. Cela dit, ce sont  surtout les qualités physiques qui prédominaient chez cette ancienne athlète,  avec un jeu de jambes exceptionnel pour son époque.

C’est avec ces qualités et ces défauts qu’elle remportera tous ses succès, au point d’atteindre la 3è place mondiale au classement officieux de l’année 1967, après une progression régulière qui la verra atteindre la 10è place mondiale dès 1965, année de ses 23 ans.  Elle se maintiendra parmi les meilleures encore de nombreuses années, avec ses places de demi-finaliste à Roland-Garros en 1972 et 1973, et avant cela à Wimbledon en 1970. Elle aura dominé  le tennis français pendant une bonne partie des décennies 60 et 70, et il faudra attendre une vingtaine d’années pour que la relève soit assurée. Espérons qu’il faudra moins longtemps pour trouver une Française au palmarès des tournois du grand-chelem, quand Amélie Mauresmo aura tiré sa révérence.

Michel Escatafal

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