11.06.2008

Une grosse bêtise sans conséquence pour le vélo

boonen.jpgEn apprenant hier que Tom Boonen, le dernier vainqueur de Paris-Roubaix et ancien champion du monde, avait subi un contrôle antidopage positif j’ai eu très peur avant d’être en  partie rassuré, dans la mesure où ce contrôle hors compétition a révélé des traces de cocaïne. J’ai certes été soulagé, mais j’en arrive à me dire que c’est triste de parler ainsi car, que je sache, la cocaïne est une drogue  dure interdite dans la vie civile. Et Boonen hélas est tombé dedans, comme malheureusement beaucoup de jeunes gens de son âge privilégiés par la vie. Il faut quand même avoir les moyens pour s’offrir sans trop de difficultés ces « saloperies ». Et compte tenu de ce que certains sponsors étaient prêts à mettre sur la table pour s’offrir ses services la saison prochaine, Boonen a les moyens.

Cela étant, je le répète cette affaire est surtout  fâcheuse pour Tom Boonen lui-même avant de l’être pour sa profession, et c’est quand même l’essentiel. Le cyclisme n’avait certes pas besoin de cela en ce moment, mais ceux qui comme moi défendent ce sport bec et ongles auront tôt fait de répliquer qu’il n’est pas la première personnalité à se faire prendre pour ce type d’incident. J’espère simplement,  en tant qu’admirateur du champion, qu’il s’agissait simplement d’une bêtise passagère et qu’on ne l’y reprendra plus, d’autant qu’il va sans doute le payer très cher. Sa carrière jusque là très linéaire, avec toutes les victoires ou presque qu’il était susceptible de remporter (2 Tour des Flandres, 2 Paris-Roubaix, 1 Gand-Wevelgem et 1 championnat du monde) risque fort de souffrir d’un sévère coup d’arrêt.

Ce qui est dommage aussi, c’est l’image salie que peut donner un champion aussi connu que Tom Boonen qui, quoiqu’on puisse en dire, devrait servir d’exemple pour les jeunes. Peu importe les défauts de l’homme, puisque tout le monde en a, mais c’est bien pour un jeune homme ou une jeune fille d’avoir pour idole un(e) sportif(ve) qui paraisse irréprochable. Sur ce plan, Roger Federer est un merveilleux ambassadeur du sport, au même titre que l’ont été Wilander et Bernard Hinault dans les années 1980, pour ne citer que des exemples qui me viennent immédiatement à l'esprit. Certes il leur est arrivé de manifester des signes de mauvaise humeur quand tout n’allait pas comme ils le souhaitaient, mais on se disait que les gagneurs détestent perdre.

 A ce propos, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de dignité de la part de Roger Federer après la cruelle défaite que lui a infligée Nadal dimanche dernier à Roland-Garros. En ce qui concerne Wilander, j'ai le souvenir de l'avoir vu signaler à l'arbitre qu'il s'était trompé sur une balle de match en 1/2 finale de son premier Roland-Garros victorieux (en 1982). Et pas plus tard que dimanche dernier j'ai apprécié l'attitude au Grand Prix du Canada du champion du monde de Formule 1, Kimi Raikkonen, quand il a été percuté par Hamilton au feu rouge des stands après le ravitaillement. Il a simplement indiqué à son concurrent qu’il y avait un feu rouge allumé, et il est rentré tranquillement à son stand comme si de rien n’était ou presque. Cela dit, Raikkonen est quelqu’un qui sait admirablement positiver en toutes circonstances, notamment quand sa machine le lâche ce qui lui arrivé plus souvent qu’à son tour, et qui l’a privé d‘un ou deux titres de champion du monde supplémentaires.

Dans un autre style Bernard Hinault a été un merveilleux exemple pour la jeunesse. Ses formules un peu à l’emporte-pièce faisaient la joie des critiques, ses colères contre les organisateurs qui ne se souciaient pas suffisamment (selon lui) de la santé des coureurs sont légendaires, au point de faire arrêter la course en plein Tour de France, mais il ne s’avouait jamais vaincu et il y avait toujours une part d’héroïsme dans ses chevauchées à travers les routes de France et d’ailleurs. Qui ne se rappelle son attaque victorieuse dans la classique belge Liège-Bastogne-Liège en 1980  où, sous un froid glacial, il s’offrit une échappée de 100km  au cours de laquelle il eut deux doigts gelés. Qui ne se rappelle aussi ses barouds d’honneur contre Laurent Fignon dans le Tour 1984, alors qu’il n’avait pas pleinement récupéré de son opération du genou l’année précédente. Hinault avait tout pour être un exemple : il était certes le plus fort, c’était un gagneur invétéré, mais il avait en plus ce bon sens paysan qui font les hommes avec qui on se sent bien, parce qu’on apprend toujours quelque chose d’eux.

Alors tant pis si certains de ses adversaires affirmaient qu’il était dur au combat, tant pis aussi si lui-même reconnaissait que son plus grand défaut c’était la méchanceté (en course), tant pis aussi s’il n’est pas certain que la formidable ascension de l’Alpe d’Huez dans le Tour 1986, qu’il a faite avec Lemond pour arriver main dans la main loin devant tous le monde,  avait pour seul et unique but de conforter la victoire de ce même Lemond, tout cela n’est rien à côté de ce que représentait « le Blaireau » dans l’imaginaire des gens. Ceux-ci voyaient en lui le héros des temps modernes et à lui seul un bel exemple pour la jeunesse.  Mais peut-être en disant cela que j’exagère dans le dithyrambe ! Cela dit il ne faut pas m’en vouloir, car j’aime passionnément le vélo et Bernard Hinault a été réellement un merveilleux champion.

Michel Escatafal

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30.05.2008

Les meilleurs ambassadeurs de l'Ethiopie et du Libéria

1269480239.jpgMême si je ne suis pas un fanatique de ce type de reconversion pour un sportif de très haut niveau, les projets de Haïle Gebreselassie de vouloir faire une carrière politique ont quelque chose de sympathique, dans un pays qui figure parmi les plus pauvres du monde, l’Ethiopie se situant en effet  au 226è rang sur 230 en ce qui concerne le PNB par habitant. Cela étant, depuis la fin de la guerre avec l’Erythrée (1998-2000), le pays s’est engagé sur la voie du progrès au point d’avoir vu son PNB global doubler entre 2003 et 2006, et ce malgré une sècheresse meurtrière en 2006, aggravée en outre par une invasion de criquets  dans l’Est du pays en avril 2007.

Dans ce contexte que Gebreselassie, double champion olympique et quadruple champion du monde des 5.000 et 10.000 m, s’engage en politique est peut-être ce qui pouvait arriver de mieux à son pays, d’autant qu’il est à la tête d’un ensemble d’activités (immobilier, écoles, salles de sport, cinéma) qui emploient 450 personnes. Cela démontre en tout cas qu’il a su parfaitement gérer l’argent qu’il a gagné sur les pistes du monde entier, mais aussi qu’il est bon citoyen puisqu’il n’a pas hésité à investir dans son pays, ce qui était pour le moins courageux il y a encore 4 ou 5 ans. De plus, l’ébauche de son programme ministériel ou présidentiel est très sympathique, en même temps que volontariste : « L’éducation, c’est la clé » affirme-t-il, et il ajoute : « Je voudrais que l’éducation soit accessible à tous. Si les gens étaient éduqués nous n’aurions pas tous ces problèmes ».

Avec de telles paroles on ne peut que lui souhaiter une pleine réussite dans sa future carrière, qu’il souhaite riche et active puisqu’il veut devenir « ministre, voire Premier ministre ou président », même si en Ethiopie le poste de président est purement honorifique. En tout cas s’il arrive à ses fins, il fera mieux que Georges Weah, l’ancien joueur de football du Paris SG et du Milan AC, qui n’a pas réussi à se faire élire président du Libéria en 2005, malgré un score très honorable (40,5% des voix). Il est vrai qu’il a été battu, lui le novice en politique, par une économiste reconnue ayant eu des postes à responsabilité, notamment à la Banque Mondiale. Mais la nouvelle présidente élue lui a proposé le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports.

C’est le type de poste que l’on offre généralement aux anciens sportifs français qui deviennent ministre, à la notable exception de  Jacques Chaban-Delmas, ancien international de rugby, qui est devenu Premier ministre de Georges Pompidou entre 1969 et 1972. Parmi les plus connus, nous citerons Alain Calmat (champion du monde de patinage en 1965), Roger Bambuck (recordman du monde du 100m en 1968), Guy Drut (champion olympique du 110 m haies en 1976), Jean-François Lamour (champion olympique d’escrime en 1984 et 1988), sans oublier l’actuel secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte qui était jusqu’en octobre dernier le sélectionneur du Quinze de France.

Ont-ils réussi dans leurs fonctions ? Ni mieux, ni plus mal que les politiciens professionnels qu’ils sont devenus par la suite. Ils ont tous avalé les mêmes couleuvres sur le budget consacré aux sports, qui représente toujours largement moins de 1% du budget total et ce,  même si Nicolas Sarkozy quand il était candidat à la présidence de la République avait promis de porter ce chiffre à 3%. Aucun n’a réussi également à obtenir les crédits pour doter la capitale d’un vélodrome couvert entièrement voué au cyclisme, comme il y en a un peu partout en Europe, et pas davantage un stade nautique digne de ce nom. En fait, ils servent de paravent à une certaine misère qui affecte le développement du sport et de ses infrastructures,  le sport français étant considéré comme le royaume du bricolage dans nombre de disciplines.

Mais pour en revenir à Haïle Gebreselassie et Georges Weah, espérons quand même pour l’Ethiopie comme pour le Libéria, guère mieux loti sur le plan économique (228è sur 230 pour le PNB par habitant), que ces grands champions les aideront à faire reculer  la grande pauvreté qui y sévit  depuis tant d’années. En tout cas, leur nom est suffisamment connu dans le monde pour que la communauté internationale s’intéresse de plus près à leur pays, dont ils sont les meilleurs ambassadeurs.

Michel Escatafal

18.05.2008

Le sport est universel

Aujourd’hui nous n’allons pas parler de football comme tout le monde va le faire après la fin du championnat, et avant le Championnat d’Europe des Nations, parce qu’on  a déjà tout vu, tout entendu et tout lu sur le sujet…en France. En effet  il ne faut rien exagérer, car les Français restent des Français et tout ce qui ne vient pas de chez eux est sans importance. Même si je suis lecteur de l’Equipe, seul journal de sport dans notre pays (un signe !), je n’arrive pas à comprendre le pourquoi de cet ostracisme vis-à-vis de tout ce qui n’est pas français.

Pour ceux qui  comme moi  ont la chance de pouvoir suivre le sport à travers le monde, je suis tout simplement effaré par ce qui se passe en France. Prenons le cas du Tour d’Italie qui se déroule en ce moment : et bien pour la télévision française, notamment France Télévision, c’est une épreuve mineure. La preuve, le soir dans l’émission « Tout le Sport » on ne parle du Giro que pendant au mieux 15 secondes. Pourtant le plateau de cette année est infiniment supérieur à celui que nous aurons au Tour de France en juillet. Mais son traitement dans l’Equipe n’est guère meilleur. Est-ce parce qu’ASO (groupe l’Equipe) est propriétaire du Tour ? On est en droit de se poser la question.

En revanche les Italiens, et plus particulièrement la RAI (l’équivalent de France Télévision), retransmettent chaque jour l’étape du Tour de France pendant une heure ou deux,  soit presque autant que France Télévision et ce, même si les plus grands champions italiens ne sont pas là. C’est  la même chose dans la presse écrite (La Gazzetta dello Sport, Tuttosport…). Cette remarque est valable aussi pour le tennis, comme je l’ai déjà souligné ici-même, mais aussi pour l’athlétisme, l’escrime etc. En France, ces sports n’existent que si un représentant français a une chance de s’illustrer, ce qui évidemment n’arrive pas tous les jours. En fait il n’y a que le football qui ait un traitement de faveur, en grande partie d’ailleurs grâce (ou à cause) de Canal +.

En revanche les autres sports d’équipe subissent le traitement du cyclisme, de l’athlétisme, de la natation ou du tennis. On ne parle que de ce qui se passe en France. Par exemple, nous n’avons jamais droit  y compris en différé à un match de NBA et ce, même si un Français (Tony Parker) est une authentique star de la franchise qui détient le titre (San Antonio Spurs). Mais les matches de rugby de l’hémisphère Sud  qu’il s’agisse des compétitions de club (Super 12) ou entre équipes nationales (Tri-Nations) ne sont pas davantage retransmis, sauf par Canal +. Bien entendu, si l’on ne retransmet pas des matches de NBA ou des Tri –Nations, on imagine ce qui est réservé au hand-ball, au volley-ball ou au hockey  pour ne citer qu’eux, alors que ces sports sont retransmis régulièrement sur les chaînes italiennes ou espagnoles.

Mais au fond est-ce bien étonnant ? Cela fait plusieurs fois que je dénonce cet état de fait, et je suis loin d’être le seul. Les Français sont dans le sport comme ils sont en politique ou en économie. Ils sont ignares, ne connaissent pas l’histoire, et ne s’intéressent guère à ce qui se passe hors de leurs frontières. L’élection présidentielle en France est commentée abondamment partout dans le monde, y compris en Russie. Il y a un an, juste avant le premier tour, j’ai découvert les résultats d’un sondage sur une chaîne russe qui diffuse quelques heures par jour en anglais. Qui en France s’intéresse aux élections qui ont lieu à l’étranger ? Quasiment personne et c’est pareil pour le sport.

Voilà pourquoi la France reste un pays mineur sur le plan du sport international, même si au classement des médailles aux J.O. nous arrivons à faire illusion…grâce aux sports dont on ne parle jamais, sauf pendant deux ou trois jours tous les quatre ans. En revanche, dans les sports fortement médiatisés à travers le monde, nous accusons un retard considérable. Pas d’équipe de football aux J.O., pas d’équipe de basket, pas d’équipe de volley-ball, alors que tous les pays voisins y seront représentés. Quel est le seul des grands pays qui n’a pas gagné la Coupe du Monde de Rugby ? La France. Qui a gagné le championnat du monde de basket ? L’Espagne etc.

En fait, la France n’est pas une nation sportive au vrai sens du terme. Nous cédons à des modes, mais au fond de nous-mêmes nous nous contentons de jouer les donneurs de leçons. Nous l’avons vu à propos de la lutte anti-dopage, ce qui ne nous empêche pas d’avoir quelques couacs retentissants dans ce domaine (affaire Festina, nombreux cas de dopage dans le demi-fond en athlétisme…). De plus, contrairement à d’autres pays, nous ne nous donnons même pas les moyens d’être meilleurs.

 Est-il normal qu’un pays comme le nôtre, qui a une tradition importante dans le cyclisme sur piste, ne dispose pas d’une piste couverte digne de ce nom alors que les vélodromes fleurissent un peu partout dans des pays qui n’ont pas cette tradition ? Poser la question, c’est y répondre. Mais qu’on ne s’étonne pas après cela, de ne réussir dans le sport qu’au travers de quelques individualités. Cela étant, je me régale chaque jour en suivant l’étape du Giro sur la RAI, même si les Français présents là-bas ne jouent aucun rôle. La dernière semaine dans les Dolomites va être somptueuse avec les Italiens (Ricco, Di Luca) contre Contador ou Kloden.

Michel Escatafal   

21.03.2008

A propos d’exploits et de surprises…

Carquefou a donc battu à Marseille et pour un coup de tonnerre c’en est un. Pourtant Dame Coupe aime bien réserver des surprises et à vrai dire on se demande bien pourquoi, mais c’est ainsi. Est-ce de la suffisance de la part des grands clubs ? Pas nécessairement mais chacun sait que dans les sports collectifs,  il suffit que les choses ne tournent pas comme elles devraient pour que cela fasse perdre confiance à l’équipe, généralement la plus forte, et pour que la plus faible en profite.

Dans les sports individuels c’est plus difficile, mais on a vu quand même un coureur comme Walkowiak gagner le Tour de France en 1956, devant des grands champions comme Bahamontes, Brankart et Charly Gaul. A ce propos, bien qu’étant très jeune à l’époque, je me souviens très bien de ce Tour de France où chaque jour on attendait la défaillance de Walkowiak qui, finalement, n’est jamais venue. Du coup, le coureur de Montluçon a remporté la plus prestigieuse des épreuves cyclistes, alors que c’est pratiquement sa seule victoire professionnelle à part 2 étapes du Tour d’Espagne.

Chose incroyable aussi, dans le palmarès du Tour, son nom figure entre ceux de Louison Bobet et de Jacques Anquetil, deux des plus grands champions de tous les temps. Cette énorme surprise rappelle quelques victoires prestigieuses de coureurs n’ayant jamais rien gagné jusque là. A titre personnel je ne m’en souviens pas car j’étais trop jeune, mais Heinz Müller par exemple a remporté le championnat du monde sur route en 1952 au nez et à la barbe des meilleurs. Il figure au palmarès arc en ciel entre Kubler et Coppi, excusez du peu.

En athlétisme aussi nous avons enregistré une énorme surprise, la même année au Jeux Olympiques d’Helsinki,  avec la victoire de Josy Barthel le coureur de 1500m luxembourgeois. Lui aussi n’a pas remporté d’autres titres majeurs que celui-là, mais personne ne lui enlèvera sa médaille d’or olympique. Cela étant en athlétisme, dans les grands championnats, il est rare pour ne pas dire très rare que le vainqueur ne soit pas un des meilleurs. Mais cela est arrivé en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes, avec la victoire sur 100m d’une athlète biélorusse totalement inconnue, Youlia Nesterenko, dont la progression apparut d’autant plus stupéfiante aux yeux de certains qu’elle disparut des couloirs aussi vite qu’elle était arrivée.

Nous n’allons pas continuer cette énumération qui pourrait paraître fastidieuse, mais nous allons revenir au football avec la victoire d’un club de la banlieue d’Alger, le Sporting Club Union El Biar, en 1/16è de finale de la Coupe de France 1957 contre le Stade de Reims. Ce club, qui végète aujourd’hui en Ligue 2 après un long purgatoire en National, était à l’époque une très grande équipe qui quelques mois auparavant avait disputé et perdu la finale de la Coupe d’Europe. Le Stade de Reims comptait dans ses rangs quelques une des meilleurs joueurs européens (Jonquet, Penverne, Vincent, Fontaine) et bien entendu, personne n’aurait imaginé qu’une telle armada puisse être éliminée par un club aussi modeste. Et pourtant El Biar a gagné par 2 à 0 et s’est qualifié pour les 1/8è de finale.

Pour ma part comme les jeunes garçons de mon âge (10 ans) qui aimaient le football, j’ai été très triste de cette élimination. Je l’étais tellement que je m’étais décidé à écrire une lettre aux joueurs du Stade de Reims pour leur dire que, moi aussi, j’étais presque aussi déçu qu’ils pouvaient l’être. J’en profitais pour leur demander de m’envoyer un fanion du club, comme je l’avais fait avec le Real Madrid quelques semaines auparavant. Mais contrairement au Real qui m’avait répondu en m’envoyant avec le fanion une photo dédicacée de tous les joueurs ( Di Stefano, Kopa, Gento, Rial, Marquitos etc.), j’ai simplement reçu une lettre du Stade de Reims me demandant d’envoyer 10 francs pour avoir droit à un fanion du club. Quelle ne fut pas ma déception à ce moment ! Et celle-ci ne fut que partiellement adoucie par les 10 francs que me donnèrent mes parents pour acquérir l'objet tellement espéré.

Décidément le Real a toujours été grand. Il l’était déjà à cette époque d’autant qu’évoluaient dans cette équipe les meilleurs joueurs du monde, Di Stefano, Kopa, Puskas notamment, et il l’est toujours. Quand au Stade de Reims…Cela dit, n’étant pas rancunier, je suis quand même resté un fervent supporter de ce club aussi longtemps qu’il tint le haut du pavé en France et en Europe. J’ai même souhaité au fond de moi-même sa victoire en finale de la Coupe d’Europe 1959 contre… le Real Madrid. Mais les Madrilènes étaient trop forts et l’emportèrent par 2 à 0 ce qui ne me rendit pas trop malheureux. Depuis le Real a remporté 5 autres Coupes d’Europe ou Ligue des Champions qui s’ajoutent aux 4 déjà remportées entre 1956 et 1959. Et dire que le football français n’en a remporté qu’une seule en 1993. Ah si le Real était français !

Michel Escatafal

20.02.2008

Où va le sport ?

0dca111436710bc7302bcee85541c00d.jpgDécidément c’est un sale temps pour le sport en ce moment. Entre les affaires de dopage, les insultes racistes, voilà que la natation est touchée par ce que j’appellerais  un énorme scandale. En effet, on a beau me dire que cette histoire de combinaison est normale, puisque c’est de cela qu’il s’agit, je réponds que pour moi les compétitions  de natation doivent se dérouler avec les mêmes  règles pour tout le monde. Cela me fait penser à la raquette dite « spaghetti » dans les années 70, où on voyait des joueurs de tennis tout à fait ordinaires battre les meilleurs mondiaux, ou encore à ces bicyclettes qui n’avaient de vélo que le nom et qui ont permis à un coureur comme Obree, loin de figurer parmi les grands champions de la piste, de battre le record de l’heure et même  d’être champion du monde de poursuite.

Heureusement, la Fédération Internationale de Tennis a vite réagi à l’époque,  et tout est rentré dans l’ordre, ceux qui avaient bénéficié de l’avantage de la raquette « spaghetti » retournant à leur niveau antérieur. L’Union Cycliste Internationale pour sa part a mis beaucoup plus de temps à réagir avec les vélos profilés, mais elle a quand même fini par comprendre que le record du monde de l’heure à plus de 55 km ça ne faisait pas très sérieux. Espérons qu’en cette année olympique, la Fédération Internationale de Natation réagira avec plus de rapidité que l’UCI, car il y va de la crédibilité du sport. Ce n’est pas moi qui connais très peu ce sport qui le dit, mais le double champion olympique du 100 m (Van Den Hoogenband) qui prétend,  qu’avec le type de combinaison qu’utilisent certains nageurs, on gagne beaucoup de temps.

Il n’est quand même pas normal d’entendre des entraîneurs dire qu’il est très difficile de gagner des dixièmes de seconde grâce à un entrainement forcené et voir, à coté de cela, des nageurs ou nageuses pulvériser leurs meilleurs temps à coup de secondes en pleine préparation hivernale pour les Jeux Olympiques. A moins bien sûr de considérer que les fabricants de combinaison sont plus importants que la crédibilité des compétitions, comme on a pu le voir pour le programme de natation aux J.O. avec des finales programmées tôt le matin, pour faire plaisir à la plus grande chaîne de télévision américaine. Si c’est le cas, il faut arrêter de nous expliquer que le sport est une merveilleuse école de la vie etc. alors qu’en réalité le sport est hélas devenu une affaire de fric avant tout.

Un dernier mot enfin, dans un tout autre domaine. A.S.O. la société organisatrice du Tour de France et de la plupart des grandes épreuves du calendrier, nous rebat sans cesse les oreilles avec son désir de rendre le cyclisme plus propre. Ils vont même jusqu’à interdire de Tour de France et de Paris-Nice le dernier vainqueur de ces deux épreuves, au nom de la morale et de la lutte contre le dopage. Mais, à coté de ces décisions spectaculaires, ils trouvent le moyen de faire grimper le Ventoux aux coureurs participant à Paris-Nice en plein mois de mars, alors qu’ils ont forcément à peine terminé leur préparation.

 Bref, on marche sur la tête et plus personne n’y fait attention et c’est  peut-être cela le plus grave. Si on continue comme cela, le sport finira comme la politique avec des spectateurs toujours moins nombreux et qui ne se passionneront plus pour quoi que ce soit. Et ce jour là les sponsors se feront beaucoup plus rares et passeront à autre chose. Cela dit, et si c’était le prix à payer pour que le sport retrouve sa crédibilité ? Dans ce cas ce serait un mal pour un bien, et on retrouverait des nageurs en compétition en maillot de bain, et des nageuses avec une combinaison identique pour toutes.  

Michel Escatafal

30.01.2008

Mettre en accord les paroles et les actes

 8bcf84e99c66a698b6f8078a4402f92c.jpg« J'attends des nouvelles de l'UCI. Mais je m'attends à payer 45.000 euros, entre l'Agence française (AFLD) pour les contrôles et l'UCI pour le passeport sanguin. Contre rien en 2006. 45.000 euros, c'est largement le coût de deux équipes et demie. C'est un système aberrant. En tant qu'organisateur d'une course internationale, je dois payer à l'AFLD pour les contrôles. Dans le même temps, ceux des matches de L1 (football) sont à la charge de l'Etat ! » Voilà ce que disait Thierry Cazeneuve l’organisateur du Critérium du Dauphiné Libéré, une des plus belles épreuves du calendrier cycliste international depuis 60 ans, remportée par la plupart des plus grands champions de l’histoire du cyclisme ( Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond, Indurain, Armstrong…).

Le plus grave dans cette affaire, c’est que l’organisateur va se voir contraint de refuser la participation de l’équipe Agritubel, celle de Christophe Moreau notre meilleur coureur actuel et…vainqueur l’an passé. Tout cela parce que financièrement, avec l’augmentation des coûts de la lutte antidopage, il fera des pertes s’il aligne plus que les 18 équipes du Pro-Tour. Or Agritubel ne fait pas (encore) partie des équipes du Pro-Tour. C’est aberrant !

Bien entendu, je fais partie de ceux qui souhaitent un sport propre, mais je ne peux que m’indigner quand je vois que l’Etat prend à sa charge les contrôles des matches de football et pas ceux du vélo. Pourquoi cette anomalie alors que tout le monde reconnaît, y compris au plus haut niveau de l’Etat, que le Tour de France par exemple est un monument national suivi par les médias du monde entier, ce qui est loin d’être le cas du championnat de France de football qui n’intéresse pas grand monde à l’étranger.

De plus, ce système « deux poids, deux mesures » est d’autant plus aberrant que, comme je le dis souvent, le cyclisme est à coup sûr le sport qui fait le plus dans le cadre de la lutte contre le dopage. Il suffit de voir le nombre de grands champions pris dans les mailles des contrôles pour en être convaincus. Alors pourquoi le cyclisme doit payer à l’Agence Française de Lutte contre le Dopage pour diligenter des contrôles et pas le football, alors que ce sport est déjà hyper médiatisé et réalise des milliards d’euros de recettes en tous genres ?

Dire cela ne signifie nullement que j’en veux au football, sport que j’aime énormément, et ceux qui me lisent régulièrement le savent. Cela étant je m’indigne d’entendre les pouvoirs publics souhaiter que le sport soit débarrassé du fléau du dopage et ne pas accorder les mêmes facilités à tous les sports. En fait, je finis par croire que le Ministère des Sports n’a pas les moyens de ses ambitions, ou plutôt ne veut pas se les donner, d’où cette sélectivité dans l’aide à la lutte contre le dopage. Il est quand même stupéfiant, si j’ose employer le mot, de privilégier la fédération qui brasse le plus d’argent au détriment d’autres beaucoup moins riches, qui ont fait de la lutte contre le dopage leur priorité.

Bien entendu, le courroux de Thierry Cazeneuve et l’éviction probable de l’équipe Agritubel ne seront sans doute pas suffisants pour convaincre l’Etat français de mettre la main à la poche, pour permettre de mieux lutter contre le dopage dans le sport, dans tous les sports. La France souffre déjà de très lourds déficits comme l’a reconnu récemment Nicolas Sarkozy en disant que les caisses étaient vides. Il n’empêche, il y a quand même des priorités pour un gouvernement, et le sport en est une aux dires de tous les membres du gouvernement.

Alors pourquoi ne pas mettre en accord les paroles et les actes, d’autant que le secrétaire d’Etat aux Sports est quand même bien placé pour savoir les dangers que le dopage fait courir aux jeunes. Il est vrai qu’il est tellement plus facile de voler au secours de la victoire, en envoyant des félicitations quand les Français gagnent, plutôt que mettre en œuvre des mesures de santé publique, certes moins médiatiques mais tellement plus essentielles.

Michel Escatafal

27.01.2008

Un week-end qui aurait pu être tellement beau

6723c2878d1087589276def99feb2438.jpgAdieu veau, vache, cochon, couvée…Ce qui s’est passé cette fin de semaine me fait effectivement penser à la fable de La Fontaine, La Laitière et le Pot au lait. Ici même, sur ce site, je pensais que nous allions vivre un week-end de rêve avec Loeb, Tsonga et le double Clément-Llodra, Mourey, l’Equipe de France de hand-ball. Résultat, à l’exception de Sébastien Loeb qui est vraiment le meilleur rallyman de sa génération et sans doute de tous les temps, tous les autres ont été battus. Pire même, un parmi eux (le cyclo-crossman Mourey) n’a même pas pu défendre ses chances jusqu’au bout car il est tombé.

Heureusement donc, il y a Sébastien Loeb pour éviter de parler de Bérésina pour nos sportifs en ce dernier week-end de janvier. Loeb est actuellement seul au monde sur la planète des rallyes que ce soit sur asphalte, sur terre, et sans doute maintenant sur neige. Bref, il était déjà le plus fort à l’époque où il affrontait Sainz, il l’était toujours du temps où Gronhlom courrait, et il le sera sans doute plus que jamais maintenant que son  meilleur ennemi s’est retiré de la compétition. En plus, si l’on regarde la performance de son coéquipier (Sordo) il semble que la Citroën C4 soit déjà au dessus du lot. Notre superchampion n’avait pas besoin de cela.

Et les autres ? Nous avons déjà parlé de Mourey qui a chuté dans le Championnat du Monde de cyclo-cross. Tsonga a bien débuté avec le premier set en poche, mais en fait à partir du début du 3è set, on avait l’impression qu’il était redescendu de son nuage. Je ne sais pas pourquoi, mais quand je le voyais mettre des coups droits décroisés un mètre dehors, j’étais très inquiet. En fait comme tout le monde j’y ai cru quand même au 4è set, car Djokovik avait l’air très fatigué. Ce joueur serbe a l’air très bon, mais je ne suis pas certain que son physique soit à la hauteur de son revers, et disons plutôt de son talent naturel. Quand au double Clément-Llodra, on attendait mieux de sa part.

L’Equipe de France de hand-ball a pour sa part perdu son titre, mais elle n’a pas démérité loin de là. Un but a suffi pour envoyer la Croatie en finale. La France aux dires des connaisseurs, que je ne suis pas, était sans doute un peu supérieure à cette équipe de Croatie, sauf que les Croates sont capables du meilleur comme du pire. Si Tsonga avait eu la même réussite contre Djokovik qu’il a eu contre Nadal, il aurait gagné. Avec des si…Cela étant, les Français ont bien fini leur tournoi avec une médaille de bronze. C’est déjà bien, même si nous sommes déçus.

Ces Croates sont, ne l’oublions pas, les enfants et les petits-enfants de l’école yougoslave, toujours excellente dans les sports d’équipe. Les moins de 20 ans n’ont pas eu le loisir de connaître la Yougoslavie, puisque celle-ci a cessé d’exister à partir de 1991. Mais auparavant, elle avait eu une équipe Championne du Monde en basket, mais aussi en volley-ball et en hand-ball. Il n’y a qu’en football où la Yougoslavie n’a jamais rien gagné, sauf un titre olympique en 1960, mais elle a été en demi-finale de la Coupe du Monde en 1962 avec une armada de joueurs tout à fait remarquable. Parmi ceux-ci, nous citerons Durkovic qui a joué à Saint-Etienne, mais aussi Kovacevic, Galic, Sekularac et Josip Skoblar qui fit par la suite les beaux jours de l’OM. Ils furent aussi 2 fois finalistes de la Coupe d’Europe des Nations (aujourd’hui Championnat d’Europe) en 1958 et en 1968.

Voilà ce que m’inspire à chaud, si j’ose dire, ce week-end. Finalement, il est un peu à l’image du sport français, capable de coups d’éclat retentissants  mais s’inscrivant rarement dans la durée, à la notable exception de quelques cracks comme Anquetil, Killy et Périllat, Morelon, Hinault, Prost, Marie-José Pérec, Florian Rousseau ou Laure Manaudou, sans oublier l’Equipe de France de football entre 1998 et 2001.

J’en oublie certainement, notamment des escrimeurs et des judokas, mais c’est ainsi malheureusement. Et comme si le week-end que nous vivons n’était pas assez triste, je viens d’apprendre que Ladji Doucouré est obligé de faire une IRM pour son genou, suite à une chute dans une compétition américaine de second ordre. Décidément quand ça ne veut pas sourire… Cela dit, gardons quand même le moral car le Tournoi des 6 Nations va commencer et nos joueurs vont le gagner.

Michel Escatafal

25.01.2008

Un week-end chargé… de bonheur!

64bdd6e36c73d0564309f8a7ffa7eeca.jpgAvec un peu de chance le sport français va vivre un week-end exceptionnel avec Loeb au rallye de Monte Carlo, Tsonga en finale à Melbourne, Mourey au Championnat du Monde de cyclo-cross et l’Equipe de France de hand-ball qualifiée pour les demi-finales du  Championnat d’Europe. Ouf !

Pour Sébastien Loeb tout a déjà bien commencé au Monte Carlo puisqu’il est en tête avec une bonne petite avance après 5 spéciales. A priori, sauf pépin toujours possible en sport automobile, il y a de bonnes chances de le voir gagner, d’autant que son principal rival est son coéquipier. Pour Tsonga, ce sera sans doute plus difficile, mais s’il joue comme il l’a fait contre Nadal, tous les techniciens affirment qu’il devrait gagner. Quelle magnifique aventure en tout cas pour le tennis français en Australie, avec des compatriotes présents dans les finales en simple et en double (Clément et Llodra). Restent  Mourey et l’Equipe de France de hand-ball.

Pour Mourey, cela ne sera pas facile, mais d’une part il est grande forme et d’autre part le parcours ne le désavantagera pas. Par ailleurs, il ne partira pas vraiment avec l’étiquette de favori contrairement à son principal rival Boom qui vient de remporter 2 victoires coup sur coup. Alors Mourey Champion du Monde de cyclo-cross? Peut-être,  d’autant que la France attend cela depuis 12 ans avec la victoire de Dominique Arnould. Cela fait effectivement une éternité pour un pays qui a eu dans les années 50, un des plus grands champions de tous les temps avec André Dufraisse (5 fois Champion du Monde entre 1954 et 1958).

Reste enfin l’équipe de France de hand-ball. Cette équipe est de loin celle qui a rapporté le plus de titres au sport français dans les sports collectifs. Les Français ont été 2 fois Champions du Monde, Champions d’Europe et médaillés olympiques. C’est d’ailleurs une des plus fortes  probabilités  de médaille aux prochains Jeux Olympiques à Pékin. Quel dommage que dans notre pays, qui n’est pas vraiment une nation sportive, on ne fasse la part belle qu’aux sports dits médiatiques. Du coup, on ne voit quasiment pas de hand-ball à la télévision, pas plus d’ailleurs qu’on aurait vu la finale des Internationaux d’Australie si Tsonga n’avait pas été en finale. On comprend pourquoi nos meilleurs joueurs de hand-ball s’expatrient en Allemagne ou en Espagne, car là-bas au moins ils sont considérés à leur juste valeur.

Voilà donc un petit résumé du week-end, peut-être fabuleux,  qui attend ceux qui aiment le sport. D’ailleurs, c’est en cela que les vrais sportifs ont de la chance : ils sont heureux quand leur équipe gagne ou leurs coureurs, leurs joueurs, leurs nageurs, leurs athlètes, leurs patineurs, leurs boxeurs etc. Tout est bon pour faire de ces rencontres, de ces tournois, de ces compétitions une fête. C’est d’autant plus vrai que le sport peut offrir des joies universelles, car on peut apprécier aussi des sportifs d’autres équipes ou d’autres nationalités.

Si on me demande de citer un pilote de F1, je pense que le premier nom qui me viendra à l’esprit sera celui de Senna, même si j’étais très heureux quand Prost était devant lui. Pareil pour un cycliste, je crois que je citerai Fausto Coppi ce qui ne m’a jamais empêché d’être un fan absolu de Roger Rivière, Bernard Hinault, Laurent Fignon ou Laurent Jalabert. En ce qui concerne le tennis, j’ai toujours eu une admiration sans bornes pour Connors ou Mac Enroe, même si j’étais supporter de Noah quand il jouait contre eux.

Toujours à propos de tennis, pour la première fois depuis son accession au sommet, je me suis « presque » réjoui de la défaite de Federer,  en me disant que Tsonga pourra plus facilement dominer Djokovik  qu’il ne l’aurait fait avec Federer, à cause de son statut d’indiscutable n° 1. Et pourtant, j’ai beaucoup espéré que Roger Federer  gagne Roland-Garros et qu’il réalise ce grand-chelem qu’il aurait tellement mérité. Et oui, c’est tout cela le sport et c’est ce qui fait sa grandeur. Il est simplement dommage que cet état d’esprit soit bafoué de plus en plus souvent, notamment dans le football, par quelques supporters imbéciles qui n’ont d’autre objectif en se rendant au stade qu’insulter  et vilipender l’équipe adverse et ses supporters… parce qu’ils ne soutiennent pas la même équipe qu’eux.

Michel Escatafal

17.01.2008

France-Brésil, l'affiche reste toujours belle

Entre la France et le Brésil il y a une union presque fusionnelle en sport. Les deux pays ont souvent été confrontés, notamment dans deux sports hyper médiatisés, le football et la Formule 1. Il se trouve que la France et le Brésil sont deux nations parmi les plus fortes du football. Le Brésil a remporté 5 fois la Coupe du Monde, la première en 1958 en battant en demi-finale l’Equipe de France emmenée par Kopa, mais aussi Fontaine, Piantoni, Vincent, Kaelbel et Jonquet. C’est d’ailleurs lui qui fut le véritable héros (malheureux) de cette fameuse demi-finale qui opposait les deux meilleures équipes de la compétition.

En effet, et cela on l’oublie très souvent, au moment de la blessure de Jonquet son arrière central, victime d’un choc avec Vava l’avant-centre brésilien, le score était de 1 à 1. Cela voulait dire que rien n’était fait, et la manière dont Fontaine avait marqué son but à Gilmar, le gardien brésilien, laissait penser que les Français auraient pu en marquer d’autres si elle avait pu jouer à égalité de chances. N’oublions pas qu’à l’époque, il n’y avait pas de remplacement possible, ce qui signifie que la France a joué à 10 pendant une heure. Imaginons que ce soit l’inverse qui se soit produit et que dans le choc, ce soit Vava qui ait été blessé. On peut penser que les Brésiliens auraient été beaucoup moins dangereux, et que les Français déjà très forts en attaque auraient eu encore plus de facilité pour défier la défense brésilienne. La France aurait sans doute gagné la Coupe du Monde.

Avec des si, on pourrait faire beaucoup de choses, mais la réalité est là. Cela dit, je reste persuadé que si la Hongrie n’avait pas été envahie par les troupes soviétiques en 1956, provoquant l’exil de ses meilleurs attaquants, c’est elle qui aurait gagné la Coupe du Monde en Suède en 1958. Depuis cette époque, il y a eu de nombreux France-Brésil et la France l’a souvent emporté. Par exemple lors de la Coupe du Monde 1986, que nous aurions dû gagner, la France avait éliminé le Brésil aux tirs au but. Qui ne se souvient  du dernier tir de Luis Fernandez prenant à contre-pied le gardien brésilien, et propulsant la France en demi-finale où elle se fera éliminer par l’Allemagne, pourtant beaucoup moins forte. Parions que si la France n’avait pas joué sa prolongation contre le Brésil, elle l’eut emporté.

Bien entendu, nous ne pouvons pas éviter de parler de cette fameuse finale du Stade de France en 1998, où les Français l’emportèrent (3 à 0) avec deux buts de la tête de Zidane. Cette victoire qui fit chavirer tout un peuple dans le bonheur, fut un des deux plus grands succès d’une équipe bâtie par Aimé Jacquet à partir de 1996. Il est même permis de dire que l’équipe qui remporta deux ans plus tard le championnat d’Europe des Nations (en 2000) fut peut-être, au même titre que la Hongrie des années 50 ou le Brésil de 1970, la plus grande équipe de tous les temps.

Il faut noter enfin qu’en 2006, c’est encore une fois l’équipe de France, emmenée par un Zidane des grands jours qui élimina le Brésil de la Coupe du Monde en ¼ de finale, alors que les Sud-américains étaient comme d'habitude les grands favoris de l’épreuve. Au total, si nous regardons bien, il y a bien longtemps que le Brésil ne bat plus la France en compétition officielle.

Et en formule 1, est-ce que la France a souvent battu le Brésil ? En fait les seuls vrais duels entre Français et brésiliens se résument surtout à ceux ayant opposé Prost à Senna entre 1988 et 1990, c’est-à-dire avec des machines identiques ou très proches. Il y a bien eu des duels entre Prost et Piquet au début des années 1980, mais quelle que soit la qualité du pilote brésilien, il se situait un ton en dessous d’Alain Prost, même s’il fut quand même triple champion du monde. D’ailleurs quand il eut à affronter Mansell chez Williams, puis ensuite Schumacher, il eut beaucoup de difficultés. Or Mansell chez Ferrari avec Prost n’exista pas, le Français se montrant nettement supérieur.

D’ailleurs aucun équipier ne résista à Prost durant sa carrière sauf un : Ayrton Senna. Là ce fut un duel atteignant des sommets extraordinaires entre deux des 5 ou 6 plus grands champions de tous les temps. Résultat ? Senna prit nettement le dessus en qualifications, preuve si besoin en était qu’il fut sans doute le pilote le plus rapide qui ait jamais existé (avec peut-être Jim Clark dans les années 60), mais en course en revanche de domination franche il n’y eut pas. Prost était en effet très rapide sur la durée d’une course, et l’écart avec Senna diminuait au fil des tours, sauf si la piste était mouillée. En tout cas, entre 1988 et 1990, Prost fut champion en 1989, Senna en 1988 et 1990, et chaque fois avec un écart de points minime.

Depuis cette époque bénie pour la formule 1, nous n’avons jamais retrouvé de duels de cette intensité et de ce niveau, même si les duels Hakkinen-Schumacher furent parfois somptueux, même si  Alonso-Schumacher ou Alonso-Raikkonen c’est parfois grandiose.  Espérons quand même, pour terminer,  que la France à l’instar du Brésil retrouvera très vite toute sa place dans la discipline. Pour l’instant les Brésiliens peuvent compter sur un top pilote, FelipeMassa, mais aussi sur une valeur sûre, Rubens Barichello,  et un espoir avec Piquet le fils de Nelson. La France pour l’instant n’a qu’un pilote assuré de courir en 2008 : Sébastien Bourdais, quadruple champion de Champ’Car. Espérons qu’il domine son coéquipier dès le début de la saison, d’autant que celui-ci est considéré comme un grand espoir (Vettel), ce qui pourrait lui ouvrir très vite les portes d’une grande équipe.

Michel Escatafal

A quoi tient le destin d'un homme ou d'une équipe

A quoi tient le destin d’un homme ou d’une équipe ? A peu de choses finalement,  et pourtant on peut passer de l’anonymat à la légende et à la postérité sur un simple fait banal, par exemple en étant victime d’une blessure et chacun sait qu’elle relève de la vie de tout compétiteur. Quel est le sport où la crainte d’une blessure n’existe pas ? Pour ma part, je n’en connais pas. Certes il y a des joueurs, des athlètes à qui cela arrive plus souvent qu’à d’autres, mais tous ont cette épée de Damoclès sur la tête. Et puis, si la blessure n’est pas suffisante, il y a la chute pour les cyclistes tant sur la route que sur la piste. Parfois aussi, on peut profiter de cette blessure pour prendre la place d’une autre,  et réaliser des exploits auxquels on se songeait pas auparavant.

Ce fut le cas notamment au cours de la première Coupe du Monde de Rugby en 1987. A ce propos, la France n’a pas inventé beaucoup de sports, au contraire de la Grande-Bretagne à qui l’on doit entre autres le football, le tennis, le golf et le rugby, mais elle a le don de susciter la création de grandes épreuves aujourd’hui planétaires. Pour n’en citer que trois, il y a eu la Coupe du Monde de football (idée de Jules Rimet), la Coupe d’Europe des clubs Champions (idée de Gabriel Hanot) et la Coupe du Monde de Rugby (idée d’Albert  Ferrasse). A noter d’ailleurs que ces épreuves que nous créons, nous les gagnons rarement ou jamais, mais les Anglais ne sont pas meilleurs que nous.

En 1987, ce n’est pas des Anglais dont nous allons parler à l’occasion de la Coupe du Monde, mais des Australiens et des Néo-Zélandais qui étaient à l’époque les maîtres de ce sport magnifique qu’est le rugby. Cette Coupe du Monde disons-le n’avait guère attiré les médias à une époque où le rugby était encore un sport semi-professionnel, pour ne pas dire amateur. On en parlait parce que l’Equipe de France y participait mais le rugby, comme c’est encore le cas, souffrait d’une audience planétaire extrêmement réduite.

 En fait, il y a une douzaine de nations dans lesquelles le rugby est un sport qui compte : les 4 nations britanniques, la France et à un degré infiniment moindre l’Italie, puis l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Iles Fidji, les Tonga et l’Afrique du Sud qui en 1987 était interdite de compétition à cause de l’apartheid. Depuis cette époque, l’Argentine a rejoint le groupe des nations majeures grâce à une génération exceptionnelle de joueurs opérant tous en Europe. Mais quand cette génération se sera éteinte, qu’adviendra-t-il du rugby argentin ?

Comme nous le voyons, en 1987, la concurrence n’était pas féroce dans cette Coupe du Monde et l’accès au ¼ de finale facile. D’ailleurs en matches de poule  les Français avaient été médiocres, arrachant tout juste le match nul contre l’Ecosse grâce à un coup de génie de Blanco, ce qui nous permettait d’éviter les All Blacks en ¼ de finale. On avait juste passé 70 points au Zimbabwe, match au cours duquel Didier Camberabero, fils de son père Guy et neveu de Lilian, marqua 30 points ce qui constitue le record pour les Français en match international.

Didier Camberabero n’avait pas été sélectionné pour cette Coupe du Monde, mais comme un joueur  s’est blessé juste avant la Coupe du Monde, il a fallu le remplacer et ce fut lui qui fut choisi. Ensuite, même s’il disputa le match contre le Zimbabwe, il n’aurait sans doute jamais été titulaire si un autre joueur ne s’était blessé durant la compétition. Alors, on le choisit pour ses talents de buteur et on le place au poste d’ailier avec le n°14 pour la demi-finale contre l’Australie à Sydney. Et là il réussit son chef d’œuvre, lui l’ouvreur de toujours, lui le joueur dont on ne voulait pas, lui l’appelé de dernière minute. Il sera même le héros d’un match qui restera peut-être le plus accompli que le Quinze de France ait produit en réussissant presque tous ses coups de pied et en participant largement au jeu.

Il suffit de décrire le dernier essai d’Australie- France qui ouvre à la France les portes de la finale de la Coupe du Monde 1987. Nous sommes dans les arrêts de jeu,  Berbizier sort le ballon d’une mêlée dans les 30 mètres français, le transmet à Blanco en position de demi d’ouverture qui fait une passe peu précise et sans doute un peu en avant à Didier Camberabero qui, malgré tout, réussit à récupérer le ballon et donne ce que l’on appelle un coup de pied de recentrage sur lequel se précipitent un Français et un Australien qui manquent tous deux le ballon. Résultat, celui-ci dans la confusion est récupéré par les Français qui se le transmettent de main en main avec une percée de Charvet  en bout de ligne à droite.

 Celui-ci, au moment d’être pris, se retourne et redonne le ballon à Berbizier qui fait une longue passe sautée pour Lagisquet en position de centre qui perce à nouveau, se retourne et fait une passe reprise légèrement en avant par Rodriguez. Ensuite ce dernier transmet le ballon à Blanco qui après une course irrésistible de 20 mètres aplatit en coin tout près du poteau gauche. Cet essai,  transformé du bord de la touche par Camberabero donne à la France la victoire par 30 à 24.

Au total, une dizaine de joueurs différents ont touché le ballon, dont certains comme Blanco étaient au départ et à la fin de l’action. Tout y était : l’intensité, la dextérité, la chance aussi un peu pour ce que beaucoup appelleront l’essai du siècle. Des essais du siècle, il y en aura beaucoup d’autres, dont un à Twickenham marqué par Saint-André en 1993 sur un coup de génie de… Didier Camberabero.  Finalement ce joueur, beaucoup décrié à son époque, qui jouait avec une perruque à la place des cheveux qu’il avait perdus très tôt, restera dans l’histoire du Quinze de France comme un de ceux qui auront le mieux symbolisé l’esprit du rugby français.

Nous aurons bien évidemment l’occasion d’évoquer de nouveau l’histoire du rugby français tellement ce sport nous a apporté de joie et a flatté, disons-le, notre chauvinisme. Entre le grand Lourdes des années 50, les arabesques des Boniface dans les années 60, l’équipe de Fouroux des années 70, les grands chelems des années 90 et 2000, sans oublier les exploits en Coupe d’Europe du Stade Toulousain ces dernières années, nous avons de quoi dire.

Michel Escatafal

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