21.12.2009

Champions 2009

Contador Astana.jpgEdF hand.jpgChaque année à cette période on l’habitude dans les journaux sportifs de désigner le sportif de l’année, et dans  chaque pays on désigne le champion mondial et le champion national. Alors comme tout un chacun je vais y aller de mon résultat, en considérant que le sportif de l’année s’appelle Contador sur le plan mondial, devant Usain Bolt, la skieuse américaine Lindsey Vonn (2 médailles d’or aux championnats du monde), et l’italienne Federica Pellegrini  (médaille d’or sur 200 et 400m nage libre) qui est sans doute la meilleure nageuse actuelle.  Sur le plan français je citerais en premier l’équipe de France de hand-ball masculine, championne du monde, puis l’équipe de France de basket féminine, championne d’Europe, la troisième place revenant à Sébastien Loeb qui a conservé son titre de champion du monde des rallyes, devant l’équipe de France féminine de hand-ball, finaliste du championnat du monde.

Bien entendu je sais bien que ces classements sont très subjectifs, car sur le plan mondial j’aurais pu désigner aussi Roger Federer qui a fait le doublé Roland-Garros-Wimbledon, ce qui lui a permis de rentrer un peu plus dans l’histoire, avec à la clé le record de victoires en grand chelem (15)…que tout le monde pensait inaccessible il y a peu encore. On pourrait aussi me reprocher d’avoir oublié le nageur brésilien César Cielo qui a remporté les titres du 100m et du 50m nage libre aux derniers championnats du monde, et qui s’est emparé aussi du record du monde sur ces deux distances, ou encore le F.C. Barcelone, première équipe à avoir remporté tous les titres possibles la même année.

En ce qui concerne les Français, j’aurais pu sélectionner  également  le nageur Frédéric Bousquet (3 médailles aux championnats du monde) dont j’ai parlé récemment sur ce site, sans oublier le cycliste Grégory  Baugé qui a été cette année champion du monde de vitesse individuelle et par équipes, mais aussi…Thierry Henry.  Ce dernier en effet, outre qu’il a contribué grandement à la qualification de l’équipe de France de football pour la Coupe du monde, a également toute sa part dans la saison éclatante du Barça, ce qui lui a permis d’étoffer son palmarès au point qu’il soit devenu le seul joueur à avoir remporté tous les grands titres au niveau international en club (Ligue des Champions et championnat du monde des clubs),  comme en équipe nationale (Coupe du Monde, Coupe des Confédérations et championnat d’Europe). Bien entendu je ne vais surtout pas tenir compte des querelles stupides qui ont suivi le match contre l’Irlande, et qui ont fait le bonheur des médias, y compris dans notre pays… qui s’est découvert à cette occasion un nombre considérable de gens vertueux. Pauvre France !

Voilà, j’ai dit ce que je pensais de ceux qui seront de toute façon considérés  comme les grands vainqueurs de cette année. J’en connais qui vont me dire que je suis un peu chauvin avec un cycliste, Alberto Contador, au premier rang mondial. Peut-être, mais le cyclisme sur route atteint à présent une telle universalité que son champion absolu peut espérer être désigné comme le champion de tous les champions. En outre, j’ai la sensation que le vélo sur route vient de se découvrir un crack de la lignée des Bartali, Coppi, Anquetil, Merckx et Hinault, considérés comme les superchampions du siècle passé. Il ne faut pas oublier en effet que Contador vient à peine de fêter ses 27 ans, et que son palmarès est déjà considérable, ayant déjà gagné les 3 grands tours dont deux Tours de France, un Giro et une Vuelta.

On me rétorquera aussi qu’Usain Bolt a réalisé, en 2009, le même triplé aux championnats du monde d’athlétisme (100m, 200m, 4X100m) que l’an passé aux Jeux Olympiques. C’est évidemment très fort, et ça l’est tellement que cela relativise presque la portée de cette extraordinaire performance renouvelée d’une année à l’autre. Et puis Bolt apparaît tellement au dessus des autres qu’on se dit qu’il lui manque un rival, même si Tyson Gay pourrait être à l’avenir celui-là. Disons alors que Contador et Bolt méritent l’un et l’autre la palme du meilleur sportif en 2009.

On pourrait aussi me faire remarquer qu’à part Lindsey Vonn, Federica Pellegrini et les équipes de France féminines, je fais la part belle aux hommes dans mes citations. Et bien je n’y peux rien, mais il est difficile par exemple de trouver l’équivalent féminin de Bolt, mis à part l’athlète sud-africaine Semenya (800m), dont on connaît hélas les problèmes, et il n’y a plus dans le tennis féminin de Navratilova, Evert, Sélès ou Graf. Et que dire du tennis français qui est déjà tellement orphelin d’Amélie Mauresmo. Quant au cyclisme féminin, force est de constater que l’on n’a jamais remplacé la sprinteuse Félicia Ballanger au plan national, pas plus que l’éternelle Jeannie Longo…qui n’en finit plus d’essayer de réparer des ans l’irréparable outrage.

Michel Escatafal

11.11.2009

A propos de sélections nationales en rugby ou football...

S’il y a un sport où l’on naturalise beaucoup c’est bien le football, mais sur ce plan le rugby n’est pas en reste, puisqu’il n’est même pas nécessaire d’être naturalisé pour pouvoir porter les couleurs d’un pays (3 ans de présence). Toutefois, pour le rugby, l’essentiel du phénomène ne concerne réellement qu’une nation, la Nouvelle-Zélande. En outre dans le cas des Iliens portant le maillot des All Black, c’est le seul moyen pour eux de pouvoir espérer faire une belle carrière internationale. Quand je dis Iliens, je veux parler des Samoa, de Tonga et des Fidji. Il faut dire que les meilleurs joueurs issus de ces petits pays ont été parmi les plus grands rugbymen de la planète.

Je ne vais ici en citer que quelques uns et ce, pour les deux dernières décennies. Tout d’abord ceux originaires des Samoa. Le premier qui me vient à l’idée est certainement un des tous meilleurs 3è lignes de l’histoire, qui n’avait qu’un seul défaut…ne pas vouloir jouer le dimanche parce que sa religion le lui interdisait. Cela dit il avait tout pour lui, pour pouvoir marquer l’histoire de son sport, à savoir la vitesse, l’habileté balle en main et un remarquable sens du jeu. Cela lui a permis de collectionner, après son unique sélection avec les Iles Samoa, 55 sélections pour la Nouvelle-Zélande, et surtout de devenir champion du monde en 1987…contre la France en finale.

Le deuxième que je citerais est moins connu, mais était quand même un très grand joueur, Thomas Bachop. Il n’a pas la notoriété de Michael Jones, mais il totalise quand même à son poste de demi de mêlée 31 sélections pour les All Blacks, entre 1989 et 1995…et 8 pour le Japon en 1999, le règlement autorisant cette possibilité à l’époque. Tuigamala a égalemnt porté deux maillots dans sa carrière, en commençant bien sûr par celui tout noir de la Nouvelle-Zélande, et ce à 19 reprises entre 1991 et 1993 au poste de ¾ aile, avant de porter le maillot samoan (21 sélections), avec lequel il disputa la Coupe du Monde 1999. Il fut même international à XIII pour son pays.

Les Iles Tonga ont aussi constitué un bon réservoir pour l’équipe de Nouvelle-Zélande, avec en figure de proue celui qui a été longtemps considéré comme le meilleur centre du monde, avant de devenir joueur puis entraîneur de l’équipe du R.C. Toulon. D’ailleurs, ceux qui l’ont vu rechausser les crampons en fin de saison dernière pour permettre à Toulon de sauver sa place en Top 14, ont pu constater qu’il avait encore de beaux restes à 36 ans. Il est vrai qu’un joueur qui compte 74 sélections chez les All Blacks est nécessairement un immense joueur. Le 3è ligne centre So’oialo, lui aussi Tongien, est un peu moins connu chez nous, mais il est le seul joueur à avoir disputé tous les tests des All Blacks depuis 2005. C’est dire !

Enfin restent les Iles Fidji, lesquelles ont donné ces dernières années au rugby néo-zélandais deux remarquables joueurs, Rokocoko et Sivivatu. Rokocoko à 26 ans compte déjà 61 sélections, et a marqué 45 essais pour les All Blacks. Ce ¾ aile, très rapide (10s4 au 100m) et puissant, est un des meilleurs finisseurs que l’on ait connus dans l’équipe nationale néo-zélandaise. En revanche il n’a jamais porté que le maillot des All Blacks. Presque aussi fort, opérant lui aussi au poste de ¾ aile, Sivivatu n’a porté que le maillot noir des Néo-Zélandais (13 capes), comme Rokocoko à qui il ressemble comme un frère.

On le voit, malgré leur richesse naturelle en rugbymen, les All Blacks doivent beaucoup à leurs immigrés des îles environnantes. Ils ne sont pas les seuls à bénéficier de l’apport des étrangers, notamment l’Italie qui essaie de trouver des ancêtres italiens chez tous les joueurs de rugby opérant en Europe (Craig Gower, Dominguez etc.). Tous les autres pays européens ont eux aussi des joueurs étrangers ou récemment naturalisés dans leur équipe nationale, mais très peu ont réussi à se faire une place durable dans leur nouvelle équipe nationale. En France, les deux seuls qui ont réellement réussi s’appellent Tony Marsh (australien), qui compte 21 sélections au poste de centre, et le pilier sud-africain Peter de Villiers qui a porté à 70 reprises le maillot bleu. Et c’est à peu près la même proportion pour les autres nations européennes.

En football ce type de sélection internationale n’existe pas, puisqu’il faut avoir la nationalité du pays pour y jouer. Cela étant de multiples joueurs ont la double nationalité, et choisissent l’équipe nationale de leur choix, même s’ils ont déjà porté chez les espoirs ou les juniors le maillot d’un autre pays. C’est le cas de nombreux joueurs franco-africains, par exemple. En revanche la FIFA commence à s’inquiéter du nombre considérable de joueurs sud-américains qui obtiennent la nationalité de pays européens (Edson, Deco etc.), au point d’avoir peur de se retrouver avec une majorité de joueurs argentins et brésiliens pour disputer la Coupe du Monde en 2014, ce qui oblige Sepp Blatter (président de la FIFA) à envisager d’introduire un délai plus long que les 5 ans d’aujourd’hui, pour que les joueurs puissent représenter une sélection nationale autre que celle de leur pays d’origine. Cela étant le phénomène n’est pas réellement nouveau, car dans les années 50 ou 60 on pouvait changer de nationalité facilement, et porter le maillot de sa nouvelle équipe nationale sans condition d’âge, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui pour les joueurs ayant porté le maillot de l’équipe A nationale.

Di Stefano (international argentin, colombien et espagnol) l’emblématique joueur du Real des années 50, et plus encore Kubala (international hongrois, tchécoslovaque et espagnol) qui fit l’essentiel de sa carrière au Barça, sont les exemples les plus probants de ces internationaux « multipays ». Mais ils ne furent pas les seuls, surtout pour ceux jouant dans les clubs espagnols et italiens dans les années 50 et 60. Parmi ceux-ci, les Italo-Argentins Maschio, Angellilo, Sivori, les Italo-Uruguyayens Schiaffino et Ghiggia (champions du monde avec l’Uruguay en 1950), ou encore Santamaria qui joua pour l’Uruguay et l’Espagne, sans oublier Puskas le Hongrois qui joua ensuite pour l’Espagne quand il évoluait, avec Santamaria, au Real Madrid. En France le fait a été plus rare, mais Hector de Bourgoing (OGCNice et Girondins) fut à la fois international argentin à la fin des années 50, et international français entre 1962 et 1966.

Michel Escatafal

09.11.2009

Mes idoles de jeunesse

martine.jpgcoppi.jpgfangio.jpg

Quand on est jeune on a des idoles, et celles-ci sont souvent des sportifs. Quand je dis des sportifs, je devrais dire  de nos jours les vedettes des sports les plus médiatisés, ce qui entre parenthèse leur permet de gagner énormément  d'argent grâce au merchandising. Aujourd'hui dans les rues de tous les pays ou presque, on voit énormément de jeunes porter la réplique du maillot de Messi, Cristiano Ronaldo, Drogba ou Henry, pour ne citer qu’eux, ce qui n'était pas le cas quand j'étais adolescent à la fin des années 50 ou au début des années 60. Tout cela pour dire  qu'à cet âge un  jeune homme, plus peut-être qu’une jeune fille, aime à s’identifier à ceux qu’il admire.

Qui dans sa vie, à un moment ou un autre, ne s’est pas pris pour ce qu’il n’a jamais été ou aurait voulu être? J’observe d’ailleurs en écrivant ces lignes que, pour ce qui me concerne, je n’ai voulu être « un autre » que dans le domaine du sport. Pourtant ceux qui me connaissent à travers mes blogs savent pertinemment que je suis un amoureux de la littérature et de l’histoire, mais ce n’est pas pour cela que j’ai rêvé d’être un de ces grands poètes qui m’ont ému, ou un de ces hommes politiques qui marquent leur temps.

Non mes idoles quand j’avais moins de 20 ans c’étaient des sportifs, et rien que des sportifs, qui étaient coureurs cyclistes, joueurs de rugby, athlètes et plus particulièrement sprinters ou coureurs de demi-fond, pilotes de F1, boxeurs et footballeurs. Un peu plus tard la palette s’élargira au tennis…quand j’ai commencé à y jouer. Voilà pourquoi sur mon blog je parle essentiellement de ces disciplines.

Mais au fait quelles furent mes idoles dans ma prime jeunesse? Réponse, ma toute première idole fut Fausto Coppi. Très jeune à 7 ou 8 ans je suivais déjà ses résultats, notamment le Tour d’Italie 1953 et son duel avec Hugo Koblet, pour qui j’avais aussi une grande admiration, et qui perdit le maillot rose dans l’avant-dernière étape. Cette année 53 sera sa dernière grande saison, avec un titre de champion du monde sur route à la clé.

Certes il avait déjà porté à deux reprises le maillot arc-en-ciel, mais c’était en poursuite (en 1947 et 1949). Toutefois cette admiration béate pour le campionissimo ne m’empêchait pas d’être très content quand à Solingen, Louison Bobet remporta le titre mondial en 1954. Plus tard, une fois Coppi disparu, c’est pour Roger Rivière que je me prenais quand je chevauchais mon premier vélo de course, au demeurant un peu trop grand, puis ensuite pour Anquetil après la chute du double recordman de l’heure et triple champion du monde de poursuite.

A peu près à la même époque, j’étais fasciné par un autre immense champion, Juan-Manuel Fangio. J’ai toujours aimé le sport auto et la F1 en particulier. Je me souviens notamment de la paire de pilotes alignée par Mercedes en 1955 composée de Fangio et de Stirling Moss, qui n’a eu d’égale que Senna et Prost à la fin des années 80 chez Mac Laren. Cette année-là les deux hommes furent aussi associés pour former une équipe de rêve aux 24 h du Mans, endeuillées par l’accident de Levegh, lui aussi sur Mercedes, qui causa la mort de plus de 80 personnes.

Cet accident entraîna l’arrêt des voitures grises sans attendre la fin de course, et mit fin au retour de Mercedes en F1 à la fin de l’année. Il faudra attendre l’arrivée au sommet de Jim Clark avec notamment ses victoires à Pau, auxquelles j’ai assisté avec mes parents, puis sa domination au volant des mythiques Lotus (25 ou 49) pour que je retrouve pareille fascination pour un pilote qui, fait très rare, remporta aussi les 500 miles d’Indianapolis en 1965.

Cela dit à partir de 1957, époque à laquelle j’ai commencé à apprendre à manipuler un ballon de rugby, mon idole absolue s’est appelée Roger Martine. J’ai souvent parlé de lui sur ce site, mais je redis encore une fois qu’il fut à coup sûr l’un des attaquants les plus doués de l’histoire du rugby. C’était lui qui avait dit un jour cette phrase pleine de signification pour les amoureux du rugby : « Aux équipes qui chantent sous la douche, je préfère celles qui chantent sur le terrain ». En tout cas il pouvait tout se permettre dans la mesure où il avait tout pour lui.

Il avait la vitesse, le coup de rein, mais aussi une vision du jeu exceptionnelle, sans oublier un excellent jeu au pied. Il pouvait jouer avec le même bonheur à l’arrière, à l’ouverture, mais c’est au centre qu’il fit l’essentiel de sa carrière formant avec Maurice Prat une paire de centre exceptionnelle, la meilleure au monde dans les années 50. J’étais tellement admiratif que j’avais réussi à me faire coudre sur un vieux maillot rouge et bleu (couleurs du F.C. lourdes) le numéro 13, alors que je n’ai occupé que très occasionnellement le poste de centre.

Un dernier mot enfin pour parler de deux athlètes qui m’ont également fasciné, à savoir Abdou Seye et Armin Hary. J’ai parlé récemment de ce dernier pour souligner son extraordinaire départ qui lui permit d’être à la fois recordman du monde et champion olympique du 100 mètres. Quant à Abdou Seye, d’origine sénégalaise, j’ai le souvenir d’un sprinter de très grande classe, capable de courir le 100m en 10s,2, le 200m en 20s,4, et le 400m en 45s,9. Il aurait pu lui aussi être champion olympique en 1960 à Rome, mais il dut se contenter de la médaille de bronze sur 200m. Si le professionnalisme avait existé à son époque, il aurait pu devenir une sorte d’Usain Bolt avant l’heure tellement il était doué.

Bien entendu bien d’autres champions m’ont fait rêver dans ma prime jeunesse, entre autres Kopa et Fontaine les footballeurs, mais aussi le boxeur Charles Humez qui fut longtemps champion d’Europe des poids moyens, sans oublier Ray Sugar Robinson, un des 3 ou 4 plus grands boxeurs de tous les temps, ou encore les frères Boniface, autre exceptionnelle paire de centres du rugby moderne, Richard Sharp le grand ouvreur anglais, sans oublier Michel Jazy, certainement le plus grand miler que l’athlétisme français ait jamais possédé. Cela dit, comme on peut le remarquer, on ne pouvait guère m’accuser d’être trop chauvin. Il est vrai qu’entre 10 et 15 ou 16 ans, on ne se préoccupe guère de la nationalité des gens qu’on admire. Ce qui compte ce sont les émotions qu’ils nous donnent, et les émotions ne sont pas que françaises.

Michel Escatafal

04.11.2009

Décidément on en veut au sport français!

Le sport français, et plus généralement la France, sont en train de s’offrir un de ces débats dont notre pays a le secret, après le vote à l’Assemblée de la loi sur la fin du droit à l’image collectif (DIF), lequel permet aux clubs d’alléger leurs charges salariales dans des proportions non négligeables, et aux joueurs de gagner davantage en net sur leur rémunération. Bien entendu on me fera remarquer, à juste raison, que cela paraît particulièrement choquant de voir des gens gagnant un ou plusieurs millions d’euros chaque année, bénéficier d’un surplus de revenus grâce à un allégement des charges payées par leurs employeurs, en l’occurrence les clubs ou les fédérations sportives. Par exemple, rien que pour les clubs de football, cela représenterait environ 30 millions d’euros par année.

D’après le président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas, ce retour en arrière va empêcher d’engager ou de garder certains grands joueurs qui préfèreront aller monnayer leur talent ailleurs, c’est-à-dire dans des pays où la fiscalité est moins importante, et où les clubs peuvent faire n'importe quoi en matière de gestion. Et c’est bien là tout le problème. Certains clubs européens, en effet,  peuvent s’endetter de manière presque illimitée…et d’autres, comme les clubs français, sont strictement contrôlés par la DNCG (Direction nationale du Contrôle de gestion) ce qui au demeurant est une excellente chose, car cela oblige les clubs à avoir une saine gestion de leurs finances. Un joueur qui signe un contrat en France gagnera peut-être un peu moins qu’en Espagne ou en Angleterre, mais au moins il sera sûr d’être payé à la fin du mois.

Mais revenons à notre sujet, pour savoir quels sont les sports qui vont être les plus pénalisés par cette suppression du droit à l’image. Réponse, tous les sports, et d'abord ceux dont les clubs ont les budgets les moins importants. Le rugby, le basket et le hand-ball risquent de souffrir tout particulièrement ce qui est déjà en soi une première inégalité choquante…qui n’est pas souvent soulignée. J’ai entendu dire très récemment par un dirigeant de club de hand-ball que, sans ce DIC, on ne pourrait pas lutter contre les riches (ou supposés tels) clubs allemands ou espagnols. Je suppose que l’avantage est conséquent également pour le rugby, comme l’affirme sans cesse le président du RC Toulon, Mourad Boudjellal. Celui-ci en effet, comme d’autres, assimile cela non pas à une niche fiscale, mais plutôt comme un moyen de financer les salaires des joueurs.

Bien entendu je ne vais pas entrer dans les discussions de café du commerce, pour savoir s’il faut ou non conserver cet avantage fiscal pour les sportifs, tellement il est évident que certains diront que c’est inique de se battre pour cet avantage, d’autres disant au contraire que si les clubs français réussissent bien en Ligue des Champions de football, ou si les clubs de rugby attirent les stars du rugby dans l’hexagone, c’est grâce à ce dispositif. Non, ce que je voudrais souligner c’est l’incurie et l’incompétence de ceux qui nous gouvernent, ceux qui nous ont amené à un déficit budgétaire de 150 milliards d’euros, et qui font semblant de justifier la suppression d’un avantage que la quasi totalité des gens ignoraient… pour économiser quelques dizaines de millions d’euros. En outre il faut rappeler que ce système a été mis en place pour être mis en harmonie avec celui des artistes de la chanson et du cinéma, tellement aimés et appréciés du chef de l’Etat.

Alors pourquoi ce dont bénéficient les uns, ne pourraient-ils pas bénéficier aux autres ? Personnellement je pense que c’est encore une grossière erreur qu’a faite ce pouvoir aux abois, qui ne sait plus à quel saint se vouer pour essayer de boucher des trous de plus en plus béants dans nos finances publiques. Et le plus triste dans cette affaire est que cela suscite une polémique monstre dans les allées du pouvoir entre les anti- DIC, comme la ministre des sports et le ministre du budget, ceux qui sont pour le maintien du DIC comme la secrétaire d’Etat aux Sports Rama Yade, ce qui lui vaut de se faire écharper par sa collègue Nadine Morano, et le secrétaire général du parti majoritaire, Xavier Bertrand, sans compter ceux qui sont à la fois pour et contre, comme le héraut du président de la République, Frédéric Lefèvre, qui se pliera in fine aux desiderata de son chef, Nicolas Sarkozy. C’est du grand n’importe quoi, et sur ce plan je crois que le chef de l’Etat et son gouvernement méritent la médaille d’or.

En attendant, encore une fois, nous suscitons les sourires amusés des pays qui nous entourent. Décidément la France ne mérite pas ses champions, ni les épreuves qu’elle a créés (Tour de France, Coupes d’Europes de footaball, Coupe du Monde de rugby…) qui font pourtant l’admiration du monde du sport. En outre, si l’on supprime le DIC tel qu’il est aujourd’hui, chacun sent bien que cette « mesurette » va sans doute faire perdre beaucoup au sport français…sans que les finances publiques n’y gagnent quoi que ce soit. Et cela va susciter une nouvelle fois la polémique, les clubs concernés, notamment ceux du rugby, étant près à aller très loin dans la fronde, quitte à faire la grève des matches.

Cela équivaudrait à supprimer le seul plaisir qui reste à des millions de gens inquiets pour leur travail, pour leurs fins de mois, et pour l’avenir de leurs enfants devant l’ampleur d’une dette publique qui devient de plus en plus abyssale…sans que le DIC y soit pour quelque chose. Et puis le gouvernement oublie aussi une chose dans cette affaire, à savoir que Lissandro Lopez, Gourcuff, Wilkinson, Van Niekerk, Elissalde ou Karabatic font rêver les gens, alors qu’ils sont scandalisés par les avantages octroyés aux parlementaires, sans parler des retraites-chapeau des hauts dirigeants, des stock-options, du bouclier fiscal, ou des dépenses somptuaires organisées au plus haut niveau de l’Etat. Pauvre sport français, mais aussi pauvre Etat français…Vers quel abîme allons-nous tomber ?

Michel Escatafal


14.10.2009

Regrets éternels...

bliard.jpgvandenbroucke.jpgglovacki.jpgAujourd’hui je vais faire un billet où l’on va beaucoup parler de sportifs disparus récemment, à commencer par le Belge Franck Vandenbroucke, que l’on avait un peu vite comparé au grand Eddy Merckx, mais qui avait tout pour devenir un immense champion. Rarement en effet un coureur aura eu autant de dons pour le vélo, mais comme certains surdoués la vie était trop belle pour lui et il l’a consumée à grande vitesse. Il est donc décédé à 34 ans de mort subite, il y a deux jours. Paix à son âme, mais on n’oubliera pas qu’il a quand même remporté, entre autres victoires, Paris-Nice et Gand-Wevelgem en 1998 et Liège-Bastogne-Liège l’année suivante, ce qui suffit déjà à meubler un palmarès. Mais celui-ci reste mince en comparaison de ce qu’il aurait dû être.

Bien entendu la presse, notamment française, n’a pas manqué d’évoquer les problèmes de dopage à cette occasion, comme d’ailleurs elle l’a fait hier à la veille de la présentation du Tour de France, en parlant des investigations de la justice sur des seringues et autres matériels médicaux provenant des sacs poubelles de plusieurs équipes ayant participé au dernier Tour de France. Voilà où en est le sport français : faute d’avoir des champions capables de gagner le Tour de France, nous en sommes réduits à faire les poubelles…des équipes cyclistes pour trouver, éventuellement, des produits dopants. Je précise bien des équipes cyclistes, car apparemment il n’est pas question de faire la même chose pour les autres sports. Désolé, j’y reviens souvent, mais tout cela me révulse. Quand va-t-on laisser le cyclisme un peu tranquille d’autant qu’il subit déjà toutes sortes de contrôles ? En tout cas ce matin, j’espère que l’on ne parlera que sport lors de la présentation du Tour de France. Il est toujours permis de rêver !

Ceux qui nous ont fait rêver en revanche, et là je parle pour les gens comme moi nés à partir de 1946-1947, ce sont les footballeurs du Stade de Reims dans la décennie 50. J’avais moins de 10 ans lors de la première finale de la Coupe d’Europe en 1956, mais j’en ai encore un souvenir ému, même si à l’époque on devait se contenter d’écouter les matches à la radio ou lire les comptes rendus sur les journaux. Quelle tristesse pour les Français cette finale au Parc des Princes, où les Rémois ont mené plusieurs fois à la marque pour finir par s’incliner face au Real Madrid emmené par Di Stefano. Les Rémois ont en effet marqué deux buts dans les 10 premières minutes (Leblond et Templin) avant d’être rejoints avant la mi-temps où le score était de 2 à 2. Mais à la 62è minute Michel Hidalgo, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France championne d’Europe en 1984, redonna l’avantage au Stade de Reims…qui finit par se faire rejoindre de nouveau, avant d’encaisser un but à 11 minutes de la fin. C’était la fin des espoirs de Reims qui en plus aura eu la malchance de voir un tir de Templin s’écraser sur la barre à une minute de la fin du match. Regrets éternels !

Mais si j’évoque longuement cette finale, c’est aussi parce que dans les rangs du Stade de Reims il y avait ce jour-là deux joueurs qui viennent de mourir très récemment. Ces deux attaquants s’appelaient Léon Glovacki, partenaire très apprécié de Raymond Kopa avec qui ils se trouvaient les yeux fermés, et René Bliard qui lui aussi fit partie intégrante de cette prestigieuse équipe que l’on surnomme aujourd’hui le « grand Reims ». Pour l’anecdote je citerais deux faits d’armes qui ont particulièrement marqué la carrière de ces deux joueurs. Pour Glovacki, c’est lui qui a envoyé le Stade de Reims en finale de la Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) en  1954 en marquant 2 buts, dont un tir du gauche à la 139è minute du match qui trompa Buffon le gardien de l’A.C. Milan, cousin de l’actuel gardien de la Juventus.

René Bliard, pour sa part, fut lui aussi un footballeur de grande classe et un remarquable buteur, mais sa carrière fut gâchée par les blessures. Il connut donc le meilleur et le pire comme on a coutume de dire, et l’année 1958 en est le parfait symbole. Cette année-là, le 18 mai très précisément, René Bliard remportera avec le Stade de Reims la Coupe de France contre Nîmes en marquant 2 fois, dont un but à la 89è minute, ce qui permit à son club de réaliser le doublé Coupe-Championnat, mais il allait connaître peu après une grande désillusion.  Le 30 mai, en effet, René Bliard s’est blessé au cours du stage d’entraînement précédant la Coupe du Monde en Suède, et fut contraint de laisser sa place de titulaire à Just Fontaine  avec qui il était en concurrence pour occuper le poste d’attaquant de pointe. On connaît la suite, Fontaine marquera 13 buts au cours de cette Coupe du Monde (record encore à ce jour) et l’Equipe de France terminera à la 3è place. Bliard aurait-il fait aussi bien ? Nul ne le sait, mais c’était un magnifique attaquant.

Michel Escatafal

16.08.2009

Certains n'ont rien à craindre pour leur retraite...

woods.jpgMême si je savais que le golf véhiculait beaucoup d’argent, jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse offrir des sommes aussi considérables à ses principales vedettes. Tiger Woods par exemple se maintient pour la 8è année consécutive comme le leader absolu des sportifs les mieux payés, tous sports confondus. Il aurait touché, si j’en crois ce qui écrit dans le journal espagnol AS (source Forbes), la somme de 110 millions de dollars en un an (environ 77,5 millions d’euros).

Le même journal rapporte que Woods (14 victoires en grand chelem et sans doute la 15è ce week-end) a gagné 900 millions de dollars en prix, publicité et autres revenus divers durant ses 13 années de compétition comme joueur professionnel. Et entre le mois de juin 2008 et le mois de juin 2009, il aurait gagné plus du double des gains obtenus par les autres sportifs qui figurent dans ce classement des sportifs les mieux payés, en précisant qu’il s’agit de gains totaux sans déduire les impôts ou les commissions, parfois très importantes, payés à leurs représentants.

En outre As précise que les 20 sportifs qui touchent le plus d’argent, avec des revenus supérieurs à 30 millions de dollars (21 millions d’euros), ont reçu au cours des 12 derniers mois 789 millions de dollars (555,5 millions d’euros), soit un pour cent de moins que l’an passé. Et oui, la crise a touché aussi les sportifs les plus riches, ce qui ne veut pas dire que nous allons les plaindre.

Mais qui sont ceux qui suivent Tiger Woods dans ce classement ? Des noms très connus évidemment, même si certains le sont plus que d'autres. A distance considérable de Woods, nous avons le joueur star NBA des Lakers de Los Angeles, Kobe Bryant, qui avec 45 millions de dollars (31,6 millions d’euros) de revenus se situe au même niveau que ceux d’une autre légende du basket américain, Michael Jordan, aujourd'hui retiré de la compétition. C’est ce qui s’appelle une retraite dorée. A ce niveau là aussi, il y a Kimi Raikkonen, le champion du monde 2007 de Formule1…qui ne toucherait sans doute pas une telle somme s’il devait renégocier son contrat aujourd’hui, à la fois en raison de ses résultats (très moyens pour lui depuis un an et demi), et peut-être aussi compte tenu des difficultés liées à la crise que rencontrent les grands constructeurs automobiles.

Ensuite, avec 42 millions de dollars (un peu plus de 29 millions d’euros), on trouve un footballeur, sans doute pas le meilleur mais à coup sûr le plus vendeur et le plus médiatique, David Beckham, qui a un contrat avec les Los Angeles Galaxy. Son épouse peut continuer sans problèmes à s’acheter robes et chapeaux dans les boutiques du monde entier ! Avec ses 42 millions de dollars, Beckham touche deux millions de plus qu’une autre star NBA (Cleveland Cavaliers), Le Bron James. Avec 40 millions de gains (presque 28 millions d’euros), il y a un autre golfeur, Phil Mickelson (3 victoires en grand chelem dont 2 au Masters et l’autre à l’USPGA) et le boxeur philippin Manny Pacquiao, qui est peut-être le meilleur actuellement toutes catégories et fédérations confondues.

Dans la liste il y a aussi le motocycliste italien Valentino Rossi, champion toutes catégories de la moto, avec 35 millions de dollars (24,5 millions d’euros) après avoir gagné en 2008 son 8è titre de champion du monde. Juste derrière Rossi on trouve le joueur de tennis Roger Federer qui, avec 33 millions de dollars (23 millions d’euros), pourra élever sans problème, et donner a priori une belle vie à ses jumelles qui viennent de naître. Et les Français où sont-ils dans ce classement ?

Assez loin de tous ceux que je viens de citer, puisque le premier d’entre eux est Thierry Henry avec 17,7 millions d’euros, loin devant Tony Parker avec 9,6 millions, Franck Ribéry (8,3 millions), Patrick Vieira (8 millions) dont on comprend qu’il ne veuille pas trop être transféré parce qu’il aura beaucoup de mal à obtenir le même traitement, et Sébastien Loeb dont les revenus atteignent à présent 7,5 millions d’euros. Ensuite on trouve le basketteur NBA, Boris Diaw, avec 6,7 millions d’euros, puis les footballeurs Anelka, Benzema, Cissé et Makelele, tous entre 6,3 et 5,7 millions d’euros.

En revanche le rival de Rossi chez Yamaha, Jorge Lorenzo, ne s’est vu proposer que, si j’ose dire, 3,2 millions d’euros par saison pour accepter de courir chez Ducati. Quant à Contador, le meilleur des cyclistes actuels, son équipe (Astana) lui a proposé une prolongation de contrat de 4 millions d’euros par an. A ce propos je précise que dans le cyclisme, beaucoup plus qu'au football, les différences de salaires sont considérables entre les cracks et les bons équipiers. Enfin, dernière parenthèse, on peut constater que des sports comme le hand-ball, et même le rugby, sont loin, très loin des tarifs habituels du football. Un immense joueur comme Wilkinson (le demi d’ouverture du RC Toulon), peut-être le meilleur joueur de la décennie, toucherait aux environs de 0,7 millions d’euros ou si l’on préfère 700.000 euros par saison, ce qui en ferait le joueur le mieux payé du top 14. Par comparaison, je suis persuadé que de nombreux joueurs de Ligue 2 touchent une somme équivalente.

On le voit dans le sport comme dans le reste de la société il y a quelques têtes d’affiche qu’on s’arrache, en y mettant le prix... et les autres. En revanche il y a des sports qui bénéficient de revenus très importants (football, basket NBA) et tellement d’autres qui périclitent dans le plus strict anonymat. Il faut dire aussi que le traitement qui est réservé par la télévision joue énormément, sauf pour le golf, avec tout ce que cela comporte comme revenus potentiels en publicité pour les chaînes.

Et sur ce plan force est de constater, qu’en dehors de la NBA aux Etats-Unis, les sports les plus porteurs sont le football, la Formule1,le tennis avec les tournois du grand-chelem, et le vélo avec le Tour de France. Tous ces sports ont le don d’être universels de nos jours, et c’est pour cela que leur potentiel est énorme. C’est précisément cette universalité qui manque au rugby, et c’est pour cela que j’ai trouvé idiot que l’on n’ait pas donné la Coupe du Monde 2011 au Japon, pour la laisser à la Nouvelle-Zélande.

Michel Escatafal

 

08.07.2009

Ils ne sont pas français, mais suisses

bielmann.jpgRoger Federer n’a (peut-être) pas eu la chance d’être né français, car on peut s’imaginer ce que cela aurait pu donner sur le plan médiatique, d’autant qu’il est le champion des champions d’un des sports les plus pratiqués et médiatisés de la planète. J’imagine que s’il avait la nationalité française, Nicolas Sarkozy aurait fait le déplacement à Wimbledon dimanche dernier avec Rama Yade, et peut-être aussi avec Carla. Et la télévision publique aurait retransmis au minimum les demi-finales et la finale du tournoi le plus célèbre du calendrier. Ensuite il aurait été reçu à l’Elysée, et on lui aurait remis je ne sais quelle médaille qu’il n’avait pas encore eu. Tous les partis politiques auraient essayé avant 2007 de l’avoir parmi leurs soutiens pour l’élection présidentielle. Il serait déjà passé plusieurs fois chez Drucker et on connaîtrait tout de sa vie. Bref ce serait une immense star dans notre pays à l’égal de Zidane. D’ailleurs rappelons-nous la folie Noah il y a 25 ans, alors que son palmarès pèse peu à coté de celui de Roger Federer.

Hélas ou heureusement pour lui, Roger Federer est né dans un pays (la Suisse) qui est beaucoup plus tranquille que le notre, presque trop diront certains. Cela dit les journaux suisses trouvent pour la plupart qu’on n’en fait pas assez pour Federer, et que les politiciens ne savent pas l’utiliser comme ambassadeur. Surtout ils reprochent aux politiques de n’avoir pas su en faire un symbole, alors que c’est un jeune homme bien sous tout rapport, une sorte de gendre idéal comme on dirait chez nous. Il est vrai que s’il devait aller voir le président de la Confédération chaque fois qu’il fait un exploit monumental, il connaîtrait par cœur le chemin qui mène à sa résidence. Décidément ces Suisses ne sont pas comme nous Français !  Encore que…En effet, nous avons en France quelques immenses champions qui sont assez peu connus ou pas du tout. Je n’en citerais que quelques uns qui me viennent à l’idée, à commencer par Sébastien Loeb malgré ses 5 titres de champion du monde des rallyes, ou encore Julien Absalon, double champion olympique de VTT et multiple champion du monde, ou encore Brahim Asloum, seul boxeur français à avoir été champion olympique et détenteur d’un titre mondial en boxe.

Pourquoi ces champions n’ont pas la même notoriété que d’autres ? Je ne sais pas, car nous rentrons ici dans un domaine qui n’appartient plus au sport à proprement parler. Il faut avoir « un look » comme on dit, ce qui permet de devenir « un produit » qui se vend bien. Sébastien Chabal par exemple n’est pas un immense joueur de rugby, mais en revanche ses cheveux et sa stature lui donnent une image pour les publicitaires infiniment plus porteuse que celle qu’a eu Yannick Jauzion, qui pourtant a été longtemps le meilleur trois-quart centre du monde et le numéro un des joueurs français. Et puisque je parlais de la Suisse, je pense que si Hugo Koblet avait aujourd’hui 25 ou 26 ans, il serait une véritable idole, plus encore que Federer car il avait vraiment tout pour lui et notamment « un look » d’enfer. Ce n’est pas pour rien si on l’avait surnommé " le Pédaleur de charme", au contraire de son grand rival Ferdi Kubler au palmarès plus éloquent encore, mais qui ressemblait à un tâcheron à coté du bel Hugo. De fait on l’appelait "le champion hennissant" avec son nez à la Cyrano et ses grognements en plein effort.

Parmi les sportifs suisses, et pour rester dans le cyclisme, il y en a un qui a été assez vite oublié en dehors des amateurs de cyclisme, Tony Rominger. Et pourtant il a un palmarès enviable, parmi les plus beaux du cyclisme avec  entre autres victoires 3 Tours d’Espagne, un Tour d’Italie, 2 Paris-Nice, 3 Tours du pays Basque, 2 Tours de Lombardie et le record de l’heure. Malheureusement pour lui il n’avait pas « le look », et d’ailleurs son surnom dans le vélo était « le dromadaire », ce qui se passe de commentaire. Son successeur dans le cœur des amateurs de vélo suisses, Fabian Cancellera, a déjà un surnom plus parlant puisqu’on l’appelle « Spartacus ». Cela étant je ne pense pas qu’il atteindra au degré de notoriété d’Hugo Koblet, mais il s’en rapprochera pour peu qu’il continue à figurer encore un certain temps parmi les tous meilleurs coureurs actuels, comme en témoignent ses victoires dans Paris-Roubaix ou Milan San-Remo, ses 2 succès dans le championnat du monde contre-la-montre, son titre olympique dans la même spécialité ou sa victoire dans le dernier Tour de Suisse.

Parmi les champions suisses médiatisés il y eut aussi le skieur Pirmin Zurbriggen, qui dans les années 80 fut une grande star avec une médaille d’or en descente aux J.O. en 1988, puis 3 titres mondiaux en descente et au combiné en 1985 et au super G en 1987.En outre il est un des très rares skieurs à s’être imposé dans toutes les disciplines de la Coupe du Monde, qu’il a remportée 4 fois. Enfin n’oublions pas les dames avec Denise Bielmann qui fut championne du monde et d’Europe de patinage artistique en 1981, et qui a laissé son empreinte dans le patinage en étant la première femme à réaliser le triple lutz en 1978, et plus encore en inventant la pirouette qui porte son nom. Elle fut une grande star chez nos amis helvètes, tout comme la tenniswoman Martina Hingis, qui fut la plus jeune numéro 1 mondiale à moins de 17 ans et la plus jeune joueuse à avoir gagné un tournoi du grand chelem, au même âge.  Son palmarès est parmi les plus beaux du tennis open avec  5 titres majeurs en simple (3 à Melbourne, 1 à Wimbledon et 1 à Flushing-Meadow), plus 9 titres en double et un en double mixte. Elle aussi fut une star en Suisse, mais je suis sûr qu’elle l’aurait été davantage encore en France. Encore que…je n’en sois pas si sûr, car les critères pour cela sont loin d’être définis.

Michel Escatafal

24.06.2009

Pauvre sport français !

Aujourd’hui remaniement ministériel oblige, je vais dire quelques mots sur les sportifs reconvertis en politique, et qui par conséquent ont été ministres. Cela dit j’ai quand même quelque difficulté à comprendre que l’on ne mette pas à ce poste un authentique sportif. Celui-ci en effet, bien encadré, devrait quand même arriver à faire évoluer certaines choses dans le sport, notamment dans le sport de haut niveau, même si l'on est obligé de constater que tous les ministres qui ont été de brillants sportifs n’y sont pas réellement parvenus. D’ailleurs leur empreinte est quasi nulle en tant que ministre de la République, et les gens continuent à ne se souvenir d’eux que comme sportifs.

En attendant, avec la nomination de la nouvelle secrétaire d’Etat aux Sports en remplacement de l’ancien sélectionneur du XV de France Bernard Laporte, il y a peu de chances que les choses évoluent, dans la mesure où elle n’a jamais fait étalage de son goût pour le sport. En fait tout le monde a l’impression que Nicolas Sarkozy ne savait pas trop quoi faire de Rama Yade, donc elle a atterri aux sports, ce qui montre encore une fois le peu de considération que le pouvoir a pour le sport. Cela ne veut pas dire pour autant que les pouvoirs précédents en avaient beaucoup plus, même en nommant des sportifs prestigieux comme ministre, car si cela avait été le cas notre pays ne serait pas dans un tel état de délabrement en termes d’infrastructures. D’autre part nous aurions obtenu au moins une fois l’organisation des Jeux Olympiques, que nous n’avons pas organisés…depuis 1924, alors que le Comité International Olympique a été créé en 1894 sous l’impulsion d’un Français, le baron Pierre de Courbetin.

 A ce propos, comme je l’avais souligné dans un précédent article, si nous n’avons pas obtenu l’organisation des Jeux Olympiques en 2012, c’est uniquement parce que les hommes politiques professionnels se sont emparés complètement du dossier au détriment des sportifs. C’est une erreur que n’avait pas commise Tony Blair, le Premier ministre britannique de l’époque, en mettant en première ligne Sebastian Coe, double champion olympique du 1500m (1980 et 1984). On a beau dire mais face à Coe,  il valait mieux par exemple un tandem composé du ministre des Sports J.F. Lamour (ancien champion olympique d’escrime) et de Stephane Diagana, qui a été champion d’Europe et du monde du  400 m haies et champion du monde du 4X400m, plutôt qu’un Jean-Pierre Raffarin ou un Bertrand Delanoë. Ce n’était pourtant pas difficile à comprendre !

Parlons donc de ces ministres qui, à défaut d’avoir marqué leur passage dans les affaires publiques, ont été des acteurs majeurs de l’histoire du sport français. Le premier d’entre eux qui me vient à l’esprit s’appelle Alain Calmat.  Il a fait une très belle carrière de patineur, puisqu’il a été 3 fois champion d’Europe de 1962 à 1964, et une fois champion du monde en 1965. Il aurait même dû être champion olympique en 1964 s’il n’avait pas été victime d’une machination au bénéfice d’un Allemand moins talentueux que lui, Schnelldorfer. C’était l’époque où dans le patinage artistique les figures imposées comptaient autant que les figures libres, ce qui faisait le régal des juges. Je ne dis pas qu’aujourd’hui il n’y a pas encore quelques injustices, mais le système est quand même meilleur. Quant à Calmat, à 24 ans, après avoir arrêté sa carrière sur un titre de champion du monde, il reprendra ses études et  deviendra chirurgien avant de faire partie du gouvernement Fabius entre 1984 et 1986. A mon avis il était plus à l’aise sur la glace ou dans les salles d’opération que dans la politique !

Le second ministre auquel je pense fut une de mes idoles de jeunesse, Roger Bambuck. Il m’avait fait même lever à 2h du matin en 1967 lors d’un match Amérique-Europe à Montréal, où il avait dominé les sprinters américains. En 1968 il sera même un éphémère recordman du monde du 100m en 10s (manuel), avant que celui-ci ne soit battu moins d’une heure après par Jim Hines, qui sera quelques semaines plus tard champion olympique à Mexico, et Charles  Greene. Il aurait pu monter sur le podium olympique s’il n’avait été amoindri par une angine au moment des Jeux. Il aurait même dû être champion olympique du 4X100m sans un passage de témoin catastrophique entre Piquemal et lui en finale de l’épreuve. Il sera ministre du gouvernement Rocard entre 1988 et 1991. En tout cas, il restera pour moi le plus grand sprinter (homme) de l’histoire de l’athlétisme français.

Bien entendu on ne peut pas faire ce tour d’horizon sans parler de Guy Drut, champion olympique du 110m haies à Montréal en 1976, après avoir eu la médaille d’argent en 1972. C’est un exploit extraordinaire qu’avait réalisé Drut, car c’était la première fois qu’un Européen gagnait le titre suprême sur la distance. Cela dit son engagement politique (RPR)  très connu  et affirmé, ne lui avait pas permis de faire l’unanimité sur son nom. Il avait même divisé la France en deux si j’ose dire. Pour ma part j’ai retenu que ce fut un de nos plus brillants athlètes toutes périodes confondues. Pour le reste, son engagement politique lui permit d’être député-maire de Coulommiers (77) et ministre des Sports dans le gouvernement Juppé (1995-1997). Je ne me souviens plus du tout de lui dans cette fonction.

Pas plus d’ailleurs que de Jean-François Lamour qui fut ministre des Sports pendant tout le quinquennat de Jacques Chirac.  En revanche, même si je ne connais pas ce sport, je sais qu’il fut deux fois champion olympique du sabre, la première fois à Los Angeles en 1984, en l’absence des pays de l’Est, titre qu’il confirma par un titre mondial en 1987 et surtout par un nouveau titre olympique en 1988 à Séoul où, cette fois, tous les meilleurs étaient présents.  Il poursuit toujours sa carrière politique puisqu’il est député de Paris (UMP). Comme les autres champions dont j’ai parlé, on se rappellera surtout du grand champion qu’il fut dans un sport très ancien et qui  figure au programme des Jeux  Olympiques depuis 1896.

Michel Escatafal

25.05.2009

Des comparaisons imbéciles...

En lisant la presse ou en écoutant la radio ce matin j’ai été attristé par la somme d’âneries que j’y ai lu ou entendu, surtout celles concernant  l’élimination d’Amélie Mauresmo à Roland-Garros. En effet, on y faisait la comparaison…avec Charlotte Gainsbourg. C’est vraiment du grand n’importe quoi, car le cinéma et le sport de haut niveau sont tout à fait incomparables. Je ne me souviens plus de quel journal régional il s’agissait, mais il y avait même un journaliste qui reprochait à Amélie Mauresmo de n’avoir pas su faire ce que Charlotte Gainsbourg avait réussi à faire dans le film qui lui a permis d’avoir la Palme d’Or à Cannes, à savoir se dépasser. Je ne connais pas ce journaliste, mais je suis au moins certain d’une chose : il ne connaît rien au sport et il ferait mieux de se contenter de parler du cinéma.

Le sport c’est certes le dépassement de soi, mais en face il y a un adversaire qui lui aussi sait se dépasser. Le sport, surtout au plus haut niveau, c’est un ensemble de petites choses qui peut faire qu’un jour, qu’à un certain moment, on peut réussir quelque chose de magnifique, mais aussi qu’on rate des choses en apparence faciles, mais qui ne le sont jamais. Voilà pourquoi un pilote de Formule 1, y compris parmi les plus grands, fait une faute à Monaco. Cela est même arrivé en 1988 à Ayrton Senna…qui avait 48 secondes d’avance sur Prost, alors qu’il ne restait plus que quelques tours à couvrir. Comment un pilote tel que le génial Brésilien a-t-il pu taper le rail dans de telles conditions ?

Les réponses ne sont pas toutes identiques. Certains commentateurs disent que c’est en voulant récupérer le record du tour que détenait Prost que Senna commit cette erreur. D’autres disent qu’on lui avait demandé d’assurer la victoire, ce qui lui avait fait perdre de sa concentration. En fait personne ne sait, sauf que Senna n’a jamais plus commis ce type d’erreur. Et oui, dans le sport on ne recommence pas plusieurs fois une prise jusqu’à ce qu’elle donne satisfaction. Non dans le sport la plus petite erreur se paie cash…parce que c’est la nature même du sport de haut niveau de tutoyer constamment la perfection.

Un exemple me vient à l’esprit : il s’agit du fameux quart de finale entre la France et le Brésil au cours de la Coupe du Monde de football en 1986 au Mexique. Qui manqua son tir au but pour la France ? Réponse : Platini, oui je dis bien Michel Platini, qui était à l’époque le meilleur joueur du monde (3 Ballons d’Or) avec Maradona et Zico qui, pour sa part, ne transforma pas un pénalty en cours de match (arrêt de Joël Bats). Comment des techniciens de cette valeur ont-ils pu manquer quelque chose en apparence aussi facile ? Nul ne le sait. En tout cas, en sport on n’a pas droit à l’erreur…car l’erreur est souvent irréparable.

Cette erreur « disqualifiante » est arrivée à Linford Christie, le champion olympique du 100m en athlétisme (1992). En finale en 1996, il a été victime de deux  faux-départs ce  qui l’a empêché de défendre ses chances, laissant le champ libre à Donovan Bailey qui remportera la médaille d’or. C’était une faute de débutant pour un athlète comme Christie, qui avait quand même 36 ans à l’époque, donc avec une énorme expérience.  Autre exemple toujours en athlétisme, la mésaventure qui est arrivé à Mehdi Baala en 2005 aux championnats du monde sur le 1500m, dont il était le favori d’autant qu’El Guerrouj avait pris sa retraite. Et bien en demi-finale, sous les yeux horrifiés de tous ses fans, il se fait piéger en demi-finale et ne se qualifie pas pour la finale.

Dernièrement, c’est un autre type de mésaventure qui est arrivé au meilleur coureur cycliste actuel, Alberto Contador. C’était au mois de mars dernier et Contador dominait Paris-Nice autant qu’il était possible de le faire. Problème, lors de la dernière étape il oublie de s’alimenter et voit tous ses adversaires le lâcher les uns après les autres, victime d’une fringale. En quelques kilomètres, lui le grimpeur ailé, il perd plus de 3 minutes dans des cotes qui ne posent aucun problème aux non-grimpeurs. Contador  avait commis une erreur de jeunesse qui, comme pour Ayrton Senna, ne se reproduira sans doute jamais. D’ailleurs Armstrong ne s’est pas gêné pour lui faire savoir qu’il était certes le plus fort, mais qu’il avait encore beaucoup à apprendre.

On pourrait multiplier ainsi les exemples et c’est pour cela que j’en veux à ces journalistes qui parlent à propos d’Amélie Mauresmo de choses qu’ils ne connaissent pas. Amélie Mauresmo a quand même été numéro un mondiale à deux reprises entre 2004 et 2006, elle remporté deux tournois du Grand-chelem en 2006 (Melbourne et Wimbledon), le « Masters » en 2005, elle a eu une médaille d’argent aux J.O. d’Athènes en 2004 et a remporté la Fed Cup. Qui dit mieux dans notre pays depuis l’apparition du tennis « open » ? Personne. Alors de grâce évitons les comparaisons imbéciles, et ne disons surtout pas qu’Amélie Mauresmo ne sait pas se dépasser. Laissons-là plutôt se préparer tranquillement pour le prochain Wimbledon où peut-être elle va nous étonner de nouveau.

Michel Escatafal

11.04.2009

Désigner le meilleur ne peut être qu'un jeu

ali.jpgPour son numéro 20.000 le journal l’Equipe a fait un numéro spécial et s’est livré à un jeu que les gens aiment bien, à savoir désigner le meilleur…depuis 1946. N’oublions pas que l’Equipe et ses filiales ont créé le Ballon d’Or, le Champion des champions Français et mondial, le Vélo d’Or etc., et à l’occasion du passage à l’an 2000, ce journal  désigna aussi le champion du 20è siècle, Pelé. Bref ce n’est qu’un jeu, mais on s’y livre souvent. Je ne vais pas critiquer, car il m’est arrivé sur ce site de me livrer à l’exercice sur le vélo et la Formule 1. Et même si je me suis appuyé sur des statistiques très bien documentées et complètes, je sais bien que je n’ai pas forcément désigné le meilleur…parce que ce n’est pas possible. D’ailleurs comment cela serait-il possible alors qu’il est souvent difficile de désigner le meilleur de sa génération.

Il  y a certains sports tels que  le cyclisme, l’athlétisme, la natation, voire même l’automobile (F1 et rallye) où le palmarès permet quand même de faire des comparaisons crédibles, mais elles sont beaucoup plus difficiles à établir dans les sports collectifs. Un excellent défenseur au football ne sera quasiment jamais désigné comme Ballon d’Or,  alors qu’au contraire un milieu offensif ou un attaquant a les plus grandes chances s’il fait une bonne saison ponctuée par un titre. Pour mémoire, depuis 1956, seuls Yachine le gardien soviétique en 1963, Beckenbauer le libéro allemand en 1972 et 1976, Matthias Sammer lui aussi libéro allemand en 1996 et Cannavaro le défenseur central italien du Real Madrid en 2006, ont connu l'honneur d'être Ballon d'Or. C’est peu, c’est même très peu, d’autant qu’un grand gardien ou un grand défenseur peut être aussi important pour une équipe qu’un grand meneur de jeu ou un grand buteur.

Cette longue parenthèse aura déjà permis de voir la part de subjectivité qu’il peut y avoir quand on veut désigner le meilleur des meilleurs dans un sport collectif. Au rugby par exemple, la star d’une équipe est  souvent le botteur (Puig-Aubert, Barry John, Grant Fox, Jonny Wilkinson etc) parce qu'il meuble le score. Cependant un grand match de la première ligne est parfois aussi important, mais un talonneur ou un pilier est très rarement une star. Pareil nous dit-on au basket ou au hand-ball, sport que je ne connais pas sur le plan technique, mais que je connais suffisamment pour savoir que le meneur- scoreur  à la Parker est plus souvent mis en avant que le défenseur type Bruce Bowen.

Cela dit je suis quand même surpris du  classement établi par les personnalités sportives sélectionnées par l’Equipe pour désigner le meilleur sportif depuis 1946. D’ailleurs se contenter du vote d’une quinzaine de votants,  fussent-ils des grands champions du présent et du passé, pour réaliser un tel classement ne pouvait qu’entraîner quelques absences notables,  et une certaine frustration des lecteurs. Par exemple dans les 24 nominés  on ne trouve qu’une femme, Nadia Comaneci,  qui a recueilli les suffrages de Doucouré, Douillet et Merckx. Pour ma part je pense que si on avait fait appel au vote des lecteurs, il y aurait aussi eu parmi les nominées la nageuse Dawn Fraser (3 médailles d’or consécutives sur 100m nage libre aux J.O. en 1956, 1960 et 1964), la joueuse de tennis Martina Navratilova (18 titres en simple du grand-chelem) et pourquoi pas Marie-José Pérec qui a fait le doublé 200-400m aux J.O. d’Atlanta en 1996, ou encore la skieuse Marielle Goistchel  (2 titres olympiques et 7 titres de championne du monde).

Pareil pour les hommes, car si le palmarès a désigné en premier le boxeur Ali, devant Michael Jordan le basketteur et Carl Lewis l’athlète, Pelé ne venant qu’en 4è position juste devant Merckx, ce qui peut se concevoir, il y a quand même quelques absences qui étonnent.  Pour ma part je n’en citerais que quelques unes parmi les plus criardes à savoir l’immense Fauto Coppi, roi du cyclisme dans la période où jamais il n’y a eu autant de grands champions en même temps (entre 1946 et 1953), mais aussi Juan-Manuel Fangio (24 victoires en F1 en 51 grands prix entre 1950 et 1957),  ou encore Jim Clark (25 victoires en 72 grands prix entre 1960 et 1968) et Ayrton Senna ( 65 poles en 161 grands prix entre 1984 et 1994), sans oublier Rod Laver qui a réalisé 2 fois le grand chelem en tennis (1962 et 1969), Rocky Marciano le boxeur poids lourds invaincu dans les années 40 et 50, Ray Robinson le boxeur poids moyen sans doute le plus accompli de la même époque, et  Daniel Morelon qui a été double champion olympique de vitesse (1968 et 1972) et 7 fois champion du monde (entre 1966 et 1975). J’en oublie sans doute beaucoup d’autres, notamment dans des sports que je ne connais pas ou peu, qui pourtant ferait bien dans cette galerie de portraits, par exemple Nicola Karabatic le handballeur français qui a gagné à 25 ans tout ce qu’il est possible de gagner dans son sport, y compris être sacré meilleur joueur du monde.

En attendant l’Equipe a bien fait de faire un numéro spécial pour son numéro 20.000, car cela nous a permis de réfléchir à un sujet aussi léger que passionnant. Cela ne nous interdit pas d’avoir une pensée pour ceux qui souffrent dans leur chair et dans leur cœur, notamment dans les Abbruzes, région sinistrée  où le Tour d’Italie passe quasiment chaque année et qui a vu naître un grand champion, Danilo di Luca, mais aussi les victimes de la crise économique et financière, sans oublier tous ceux qui essaient de survivre au milieu des conflits à travers le monde (Irak, Afghanistan etc.). En parlant de cela j’ai quand même un regret que j’ai souvent évoqué sur ce site,  à savoir que le sport coûte aussi cher à ceux qui veulent le pratiquer, mais aussi aux supporters qui sont obligés de faire de nombreux sacrifices pour voir jouer ou courir leurs sportifs ou équipes  préférés. Hélas pour eux le business n’a que faire de ces considérations, crise ou pas. Heureusement il reste la possibilité d’aller voir les coureurs  cyclistes sur les routes. C’est un spectacle gratuit et le plus souvent grandiose. Alors profitons-en !

Michel Escatafal

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