26.08.2009
T. Sailer, sportif du 20è siècle en Autriche
Hier tous les amateurs de ski, et plus encore les anciens, ont appris une triste nouvelle, à savoir la mort d’un des deux plus grands champions de l’histoire, l’Autrichien (originaire du Tyrol) Toni Sailer. Je dis bien l’un des deux plus grands car, avec Jean-Claude Killy en 1968 à Grenoble, ils sont les seuls à avoir réussi l’extraordinaire exploit d’avoir remporté la médaille d’or des Jeux Olympiques dans les trois disciplines classiques du ski alpin.
D’ailleurs même si de nos jours on a multiplié les épreuves avec le super G, le combiné, le super combiné, personne n’a fait aussi bien chez les hommes depuis les Jeux de Grenoble. En revanche une femme, la Croate Janica Kostelic, a gagné elle aussi 3 médailles d’or aux J.O. (Salt Lake en 2002), mais si elle a été la lauréate au géant, après le combiné et le slalom, elle n’a pas gagné la descente, ce qui ne lui permet pas de situer au même niveau que Killy et Sailer.
Ce dernier avait 20 ans quand il est entré dans la légende en remportant, aux J.O. de Cortina d’Ampezzo en 1956, les trois médailles d’or (slalom, géant et descente). Il a d’ailleurs failli récidiver deux ans après aux championnats du monde de 1958, en enlevant la descente et le géant, mais il n’obtint, si j’ose dire, que la médaille d’argent en slalom battu par son compatriote Joseph Rieder. Bien entendu les deux fois il fut premier au combiné (classement sur les 3 épreuves).
En outre puisqu’on en est au palmarès, Tony Sailer a aussi réussi en 1956 un autre exploit, salué par tous les Autrichiens, à savoir remporter la même année une compétition planétaire en descente et signer le doublé Wengen-Kitzbühel. Depuis la création de la Coupe du Monde en 1966, seuls les Autrichiens Frantz Klammer (J.O.) en 1976 et Harti Weirather (championnats du monde) en 1982 l’ont fait.
Comme beaucoup de sportifs il avait un surnom, « l’Eclair noir de Kitz », qui était le titre de son deuxième film, puisqu’après avoir mis fin à sa carrière sportive en 1959, à l’âge de 23 ans, il s’était lancé avec succès dans une carrière d’acteur de cinéma (22 films), de théâtre et même de chanteur. Par parenthèse, à cette époque les skieurs étaient amateurs ce qui explique la faible durée de leur carrière sportive comparée à aujourd’hui.
Cependant en six ans qu’aura duré sa carrière sur les skis, cela aura suffi à Tony Sailer pour être l’idole vénérée de la jeunesse autrichienne, bien plus encore qu’un Jean-Claude Killy chez nous. Toutefois le contexte de l’époque en Autriche y était pour beaucoup, car l’Autriche venait tout juste de retrouver formellement son indépendance (1955). En plus le ski alpin était le sport numéro 1 du pays, ce qui n’a jamais été le cas en France.
Mais les succès de Tony Sailer dans le domaine artistique ne l’ont pas empêché de continuer à s’intéresser au sport qui fit sa gloire, puisqu’il a été directeur technique de la Fédération autrichienne entre 1972 et 1976, et ensuite directeur de course à Kitzbühel, donc responsable de la descente du Hahnenkamm, l’équivalent en terme de prestige dans le vélo de Liège-Bastogne-Liège ou Paris-Roubaix. Bref un très grand monsieur du sport en Autriche, ce qui lui a valu le titre en 1999 de « sportif autrichien du siècle ».
Je me demande d’ailleurs qui aurait bien pu lui contester dans son pays, d’autant que l’homme au bonnet à pompon blanc avait été un précurseur à son époque, en s’intéressant de très près à la technique du ski, mais aussi à la fabrication et à la préparation du matériel. Pour faire une comparaison, il était au ski l’équivalent de Fausto Coppi, qu’il a rejoint au paradis des champions immortels.
Michel Escatafal
16:25 Publié dans ski | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
12.02.2009
Un sport qui a besoin de remonter la pente

Aujourd’hui j’aimerais parler de ski, même si j’avoue humblement que je ne connais pas bien ce sport…car je n’en ai jamais fait. Certes, je connais assez bien son histoire, notamment celle ayant trait à l’époque où la France dominait le ski alpin avec Killy, Périllat, les soeurs Goitschel, Annie Famose etc., mais c’était il y a tellement longtemps que l’on commence un peu à l’oublier, d’autant que depuis l’apothéose des années 1966 (16 médailles sur 24 possibles aux championnat du monde) à 1968, on n’a plus jamais retrouvé dans notre pays une génération comme celle-là. De plus, comme j’aime bien la tradition dans le sport, j’avoue que j’ai du mal à suivre l’évolution du ski vers toujours plus d’épreuves, comme si celles qui existaient il y a quelques décennies n’étaient pas suffisantes.
Combien de médailles auraient eu aux J.O. ou aux championnats du monde avec toutes les épreuves d’aujourd’hui, les skieurs ou skieuses dont je viens de parler, mais aussi Toni Sailer le seul avec Killy (en 1968 à Grenoble) à avoir gagné la descente et les deux slaloms aux J.O. (Cortina d’Ampezzo en 1956). On a l’impression que, comme en natation, il faut sans cesse rajouter quelque chose pour intéresser les gens. Mais est-on certain pour autant qu’on y arrivera ? Là est toute la question. Pour ma part je n’y crois pas, car autrefois (fin des années 50 et années 60) on savait qu’il y avait la descente, le slalom et le slalom géant, plus le combiné qui était la moyenne des trois. Et je trouvais que c’était une bonne formule, même si je n’ai toujours pas compris pourquoi on ne décernait pas un titre olympique au vainqueur du combiné des Jeux Olympiques. En effet, celui qui remportait le combiné avait simplement droit à l’appellation « champion du monde du combiné », comme Guy Périllat en 1960, qui avait remporté le combiné aux Jeux Olympiques de Squaw Valley. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?
Aujourd’hui des titres il y en a à foison avec la descente, le super G, le combiné, le slalom, le slalom géant. Même la Coupe du Monde souffre de cette inflation de courses, car pour décerner une victoire au combiné il faut que les concurrents disputent un slalom et une descente, alors qu’on pourrait imaginer sur un week-end un mini championnat avec une configuration descente-slalom ou descente-géant, le combiné revenant au meilleur classement sur l’ensemble des deux épreuves. Tout le monde s’y retrouverait et la Coupe du Monde voudrait dire quelque chose et attirerait les télévisions, ce qui n’est pas le cas. On a même inventé une compétition par équipes aux championnats du monde…qui cette année n’aura pas lieu en raison des conditions météo. Dommage, car comme cette compétition n’intéresse pas beaucoup les grandes équipes on aurait peut-être eu une médaille.
En disant cela je ne suis peut-être pas très gentil, mais pour un pays doté de cinq massifs montagneux avec dans chacun de nombreuses stations de ski, voir que nous allons finir ces interminables championnats du monde organisés en France avec 2, 3 ou 4 médailles c’est quand même très peu. Il est vrai que quand on entend les gens de la fédération nous dire que 2 médailles ce serait très bien, et 3 un exploit, alors qu’il y en a une trentaine en jeu, c’est déjà montrer qu’on n’a pas beaucoup d’ambition. On est quand même plus ambitieux chez les nageurs. Et ça paie, car les Français y brillent de mille feux tant chez les hommes que chez les femmes. Il est vrai que la natation s’est depuis longtemps organisé pour le haut niveau, alors que le ski donne depuis des années une impression de grand bricolage… qui explique que n’avons plus de champions capables de gagner à la fois des titres planétaires (ce qui arrive parfois) et des manches de Coupe du Monde.
Enfin un dernier mot pour noter que les cérémonies protocolaires sont parfaitement ridicules, avec ces podiums où l’on voit les skieurs ayant du mal à saluer leurs supporteurs parce qu’ils exhibent leurs marques de ski qui, entre parenthèse, se mélangent avec la cohorte des sponsors inscrits sur leur combinaison, leur bonnet, les gants ou en arrière plan. Au moins pour la cérémonie protocolaire, ce serait quand même mieux que ces jeunes gens arrivent sur le podium avec leur combinaison, voire leur bonnet, mais rien de plus, d’autant qu’à l’arrivée les médaillés ont été déjà photographiés en long et en large. Bref, voilà un sport très télégénique qui mérite sans doute beaucoup mieux que ce que les fédérations en ont fait…au point de le dévaloriser à un point qu’il lui sera difficile de remonter la pente. Ils devraient penser que les sports les plus médiatisées sont ceux où la tradition est plus forte encore que n’importe quel sponsor (football, rugby, cyclisme…). Que serait le football sans la Coupe du Monde, le rugby sans le Tournoi, le vélo sans le Tour et le Giro ? Pas ce qu’ils sont en tout cas et pour eux, crise ou pas, les sponsors sont toujours là.
Michel Escatafal
19:31 Publié dans ski | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
21.01.2008
La naissance d'un crack

Cette fois on le tient le crack qu’on attendait depuis si longtemps. Je ne sais pas skier, mais je me suis toujours intéressé à ce qui se passe dans ce sport magnifique, quand il est pratiqué à ce niveau. C’est fabuleux de voir dévaler des jeunes gens à près de 140 ou 150 kmh sur une piste de descente. C’est magique de voir les slalomeurs dessiner leurs arabesques sur une pente agrémentée de piquets entre lesquels il faut absolument passer, sous peine de chuter ou d’être disqualifié. Oui le spectacle est magnifique et il est permis de se demander pourquoi, à l’instar de ce qui se passe à l’étranger, on ne voit quasiment jamais de ski à la télévision, hormis les Championnats du Monde ou les Jeux Olympiques.
Cela étant, comme nous ne sommes pas un pays vraiment sportif, la France et ses chaînes de télévision ne s’intéressent à un sport qu’à partir du moment où les Français y brillent, ou alors parce qu’un évènement se passe sur notre territoire. Et encore ce n’est pas toujours le cas, comme nous pouvons le voir en ce qui concerne le handball qui pourtant est le sport collectif qui nous a valu le plus de titres depuis 10 ans. Cela dit, gageons que si Jean-Baptiste Grange continue sur la lancée qui est la sienne depuis quelques semaines, les amateurs de ski vont être de nouveau gâtés et vont voir beaucoup de slaloms.
La France en effet semble enfin avoir trouvé en 2007 le successeur des Killy, Périllat ou Bonlieu, qui furent en leur temps les maîtres du ski mondial. Il reste à souhaiter que chez les féminines on trouve l’équivalent de Marie Goitschel pour compléter le tableau. Si nous faisons ce rappel, ce n’est pas pour remonter le temps, mais pour se remémorer quelques uns des plus beaux succès du sport français depuis une cinquantaine d’années. Et force est de constater que depuis la victoire en descente de Vuarnet aux J.O. de 1960, le ski français a multiplié les exploits au cours de la décennie 60.
Nous citerons simplement de mémoire l’extraordinaire série de succès de Périllat en 1961 où il avait gagné toutes les descentes, le triplé de Killy aux J.O. de Grenoble réalisé une seule fois auparavant et jamais égalé depuis, sans oublier les résultats des Championnats du Monde à Portillo où les Français avaient gagné 7 titres sur 8 possibles avec Marielle Goitschel (3), Annie Famose, Killy (2) et Périllat.
Sans vouloir enlever un quelconque mérite à ceux qui se sont illustrés plus tard, notamment ceux qui ont remporté une médaille d’or aux J.O. (Carole Montillet, Picard, Crétier, Vidal, Denériaz) ou qui ont remporté la Coupe du Monde (Alphand), la France attend toujours un successeur à ces champions que l’on vient de citer. Or de l’avis des spécialistes, ce successeur devrait être Jean-Baptiste Grange et tous lui voient une carrière à la Thoeni ou Stenmark, maîtres du slalom et du slalom géant dans les années 70, ou Tomba dans les années 90. Effectivement, s’il réalise les mêmes exploits que ces derniers, alors il pourra entrer dans le Panthéon où siègent Marielle Goitschel, Killy ou Périllat. De plus, la France pourra enfin compter ses médailles aux Championnats du Monde et aux Jeux Olympiques.
Il reste donc à souhaiter que ce jeune homme soit aussi solide qu’il en a l’air, car la pression des médias ne va pas tarder à se manifester. Cette pression, seuls les très grands champions savent parfaitement la gérer. Cela leur permet d’être le plus souvent à l’abri des chutes et des erreurs, surtout dans une spécialité comme le slalom spécial. C’est vrai, il en est du ski comme du vélo : les meilleurs ne tombent pas. Quelque chose me dit que Jean-Baptiste Grange est de ceux-là. La manière dont il a gagné hier à Kitzbuhel en est le parfait témoignage : il gagne la première manche et il contrôle dans la seconde. Bravo l’artiste !
Michel Escatafal
15:20 Publié dans ski | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
