07.10.2009
Le XV de France encore en chantier
Chaque automne le débat sur l’équipe de France resurgit avec plus ou moins d’acuité, surtout si les résultats n’ont pas été à la hauteur au cours de l’hiver et du printemps précédents. Et force est de constater que cette année encore, malgré une victoire contre les Gallois dans le Tournoi et les All Blacks au cours de la tournée aux Antipodes, le bilan de son sélectionneur, Lièvremont, est très mitigé. Il l’est d’autant plus qu’est venu se greffer l’affaire Bastareaud pendant la tournée en Nlle Zélande, que le staff de l’équipe de France et la Fédération n’ont pas su gérer. Et bien entendu si on regarde les journaux spécialisés, chacun a sa solution pour faire décoller, enfin, le XV de France à deux ans de la prochaine Coupe du Monde, puisque dans le rugby professionnel c’est l’épreuve qu’il faut obligatoirement gagner pour être une grande nation de rugby.
Or parmi celles qui depuis une cinquantaine d’années peuvent revendiquer l’appellation, seules la France et le Pays de Galles ne l’ont pas gagné. C’est tout de même fâcheux et, pire encore, quasiment personne ne parierait un euro, une livre ou un dollar sur les chances de victoire de notre équipe nationale en 2011. C’est triste comme constat, mais c’est ainsi. Cela étant la question qui se pose un peu partout, est celle de savoir si c’est déjà trop tard pour inverser cette tendance. Attendons de voir comment notre quinze national va négocier les tests de novembre, puis ensuite le Tournoi des 6 Nations. A la fin du mois d’avril l’an prochain nous en saurons davantage. Du moins on l’espère.
Reste le débat qui agite le Landernau du rugby, à savoir la formation d’une équipe, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est toujours en chantier depuis la fin de la dernière Coupe du Monde. Marc Lièvremont, le sélectionneur, a fait un gros brassage de joueurs au cours de sa première année en poste. Tout le monde pensait à la fin du tournoi 2008 qu’il avait son ossature, et que son groupe tournerait autour de cette ossature. En fait il n’en était rien, et ce n’est pas avec la tournée de fin de saison 2008, sans les joueurs qualifiés pour les ½ finales du championnat, qu’il allait apprendre quelque chose de plus, sauf à envoyer des « Marie-Louise » se faire massacrer par les Australiens.
Cette année, pour le tournoi des 6 Nations, certains joueurs jugés indispensables un an auparavant ne l’étaient plus. D’autres le sont peut-être devenus. Bref c’est encore le gros chantier et, contrairement à la période avec Laporte, on ne gagne plus rien. Il va donc falloir que Lièvremont et ses adjoints trouvent une équipe, sinon cela pourrait nous coûter de grosses déconvenues. Rappelons quand même que l’Angleterre a gagné la Coupe du Monde 2003 avec une équipe quasiment inchangée depuis 3 ans. Mais que faut-il faire ? Ce n’est pas moi qui vais le dire, pas plus que les sélectionneurs de « cafés du commerce ». Pour ma part je ne joue pas au sélectionneur, car il y a des gens qui ont un vécu de rugby largement supérieur au mien qui, eux-mêmes, semblent patauger.
Cela dit, il y en a certains qui croient avoir trouvé la formule en faisant appel à des étrangers. En rugby, point n’est besoin d’avoir un passeport national pour jouer en équipe nationale, contrairement à la plupart des autres sports. Il suffit d’être en France depuis 3 ans, et ne jamais avoir connu de sélection auparavant, y compris chez les jeunes ou au rugby à 7. Donc certains regardent les joueurs susceptibles de venir renforcer l’équipe de France pour 2011…et constatent que rares sont les sélectionnables étrangers supérieurs poste pour poste à leurs concurrents français. Vous me direz que c’est normal puisque les meilleurs étrangers (Wilkinson, Kelleher, Steyn, Van Niekerk, Albacete…) comptent tous un nombre considérable de sélections dans leur pays.
Quant aux autres, pour la plupart, ils sont venus chez nous car ils sont moins chers que les joueurs français, surtout si ces derniers comptent quelques sélections en équipe de France. Restent alors des joueurs comme S.B. Williams ou Gasnier issus du XIII qui, par conséquent, n’ont jamais représenté l’équipe de leur pays à XV. Certes, mais S.B. Williams est déjà dans le collimateur des Néo-Zélandais. Quant à Gasnier, il sera dans le même cas de figure s’il fait chaque dimanche, et notamment en Coupe d’Europe, des matches comme celui qu’il a fait contre Brive. En plus il sera en fin de contrat en fin de saison. On le voit ce serait bien imprudent de compter sur eux pour la Coupe du Monde 2011. Alors que le sélectionneur et ses adjoints fassent le boulot, et s’ils n’y arrivent pas, qu’ils laissent la place.
Un dernier mot enfin, pour dire que cette période que nous vivons avec le XV de France me fait penser à l’année 1972, où les sélectionneurs de l’époque ne cessèrent de procéder à des changements d’un match à l’autre. Il y en eut 5 pour former l’équipe qui débuterait le tournoi contre l’Ecosse, par rapport au match précédent contre la Roumanie qui, pourtant, avait été battue 31 à 12. Contre l’Ecosse le XV de France perdit 20 à 9. Ensuite on fit 4 changements, avec 7 Biterrois dont le cinq de devant contre l’Irlande, ce qui n’empêcha pas la France d’être battue (chez elle) 14 à 9 par l’Irlande. Contre l’Angleterre on changea 10 joueurs, mais heureusement le quinze de la Rose n’avait rarement présenté une équipe aussi faible, ce qui permit à l’équipe de France de l’emporter 37 à 12 à Colombes. Contre Galles enfin, on garda la même équipe, mais cette fois les Gallois avec leur fameuse paire de demis Edwards-Barry John étaient trop forts, et ils l’emportèrent 20 à 6 avec 3 essais. Ce jour-là Dauga disputa son dernier match international.
On le voit, le fait de changer sans cesse de joueurs n’est jamais une réussite. Heureusement cette année-là le Tournoi ne compta pas puisque Ecossais et Gallois avaient refusé de se rendre en Irlande en raison des graves évènements qui avaient ensanglanté le pays. Toutefois les Français, à la demande des Irlandais, avaient participé à un deuxième match à Dublin contre l’Irlande pour remplir les caisses de la fédération irlandaise, et avaient perdu 24 à 14. Les Français qui avaient encore changé 3 joueurs avaient une nouvelle fois montré leurs limites…faute de pouvoir s’appuyer sur une véritable méthode de jeu. On y revient toujours. Pour l’histoire, les Français feront un peu mieux l’année suivante avec 5 victoires (Ecosse, Nlle Zélande, Galles, Japon et Roumanie) pour 2 défaites (Angleterre et Irlande). L’année 1973 sera aussi historique à sa façon puisque toutes les équipes terminèrent le Tournoi à égalité avec 4 points, chacune ayant gagné deux matches.
Michel Escatafal
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29.09.2009
L'intérêt supérieur du rugby...
Décidément le rugby français marche sur la tête, et je pèse mes mots. On se moque de qui avec l’affaire Bastareaud ? Certes il n’y a pas eu mort d’homme, et j’étais le premier à réclamer des mesures justes vis-à-vis d’un jeune joueur qui avait fait une faute suffisamment grave pour être sanctionnée, mais qui en revanche ne méritait pas une longue suspension comme s’il avait blessé gravement un autre joueur. Et c’est pour cela que je suis très à l’aise pour dire que les responsables de la FFR (Fédération française de rugby) se sont montrés particulièrement nuls quant au jugement de cette affaire, celle-ci ayant eu des résonances au plus haut niveau gouvernemental. Rappelons pour mémoire, que Mathieu Bastareaud a menti sur une prétendue agression dont il aurait été victime au petit matin, pendant la tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande l’été dernier. Ce mensonge avait même provoqué un début de crise diplomatique entre la France et le pays des All Blacks, une tâche dans le décor du rugby français.
Pour revenir à la sanction, je croyais que la FFR allait quand même marquer le coup, car apparemment un incident comme celui-là n’était jamais arrivé à ma connaissance. En plus, personne ne semble être réellement au courant de ce qui s’est passé. Rien que pour cela il fallait que Bastareaud soit sanctionné, ne serait-ce que pour rappeler que quand on a la chance de porter le maillot de l’Equipe de France, on essaie de se comporter dignement si on décide de faire une petite sortie. Certes, comme disent certains dirigeants ou entraîneurs, après tout Bastareaud n’a que 21 ans ! Et alors serais-je tenté de répondre, cela veut-il dire que parce qu’on a une vingtaine d’années on est totalement irresponsable ? Ridicule comme argument, surtout venant de la part des entraîneurs qui, a priori, sont des éducateurs. Quant aux dirigeants, ils ne voient que le handicap que va subir leur club si le joueur est suspendu. En outre il arrive souvent que ce sont des gens qui ont découvert le rugby…à travers leur fonction de dirigeant, ce qui ne les excuse pas pour autant.
Donc pour revenir à Bastareaud, il ne sera même pas suspendu trois mois puisque sa peine a été ramenée à l’exécution d’activités d’intérêt général. Autant dire, rien du tout ! Cela n’a pas empêché la Commission de la FFR de se ridiculiser un peu plus en disant, à propos de la faute qu’elle reproche à Mathieu Bastareaud, qu’elle constitue « une atteinte à l’intérêt supérieur du rugby ». Rien que ça ! Alors comment se fait-il que le joueur s’en tire aussi bien si « l’intérêt supérieur du rugby » a été atteint ? Incompréhensible ! En fait cette sanction de pure forme fait plaisir à la fois aux responsables du Stade Français, à commencer par son président Max Guazzini, et à Marc Lièvremont qui d’ailleurs ne s’en cache pas, puisqu’il a affirmé que la sanction infligée à Mathieu Bastareaud « était bonne » et que le joueur « était sélectionnable ». Simplement on n’ose pas le sélectionner pour les test-matches de novembre, notamment contre…les All Blacks.
Autre chose, toujours à propos du sélectionneur, pourquoi dit-il qu’il y aurait beaucoup à dire sur cette histoire, et la façon dont elle a été traitée dans les médias ? Après tout si les médias en ont parlé c’est bien parce qu’il y a eu quelque chose. On ne va pas reprocher à ces mêmes médias d’avoir rapporté les propos de Mathieu Bastareaud, ce dernier disant qu’il avait été agressé, avant d’affirmer quelques jours plus tard que ce n’était pas vrai. Il ne faut quand même pas inverser les rôles ! Si l’image du rugby a été salie, pour parler comme Lièvremont, ce n’est pas la faute des gens qui ont rapporté des faits qu’on leur a livrés ou qui les ont commentés. En revanche je pense que, quoi qu’en pense le sélectionneur, cette histoire a été mal gérée en termes de communication par le staff du XV de France. Et si Mathieu Bastareaud est affecté par cette affaire, ce que je veux bien croire, c’est la moindre des choses, et c’est même en quelque sorte sa punition puisqu’il n’a pas été puni par les dirigeants de sa fédération.
Un dernier mot enfin, qui figure dans les communiqués délivrés à la presse, et qui ne manque pas de sel : Mathieu Bastareaud ne fera pas appel de la sanction qui est censé le frapper. Et pour cause, comme l’a dit son avocat : « nous avions sollicité que la sanction (3mois de suspension) soit ramenée à des activités d’intérêt général, et ces activités se dérouleront du 1er octobre 2009 au 30 juin 2010. Mathieu Bastareau a considéré que le fait d’aller consacrer de son temps auprès de clubs, et notamment d’équipes de jeunes, était une sanction positive et il l’a acceptée ». Finalement, il ne reste plus à la FFR qu’à remercier Bastareaud. Reconnaissons que si le rugby professionnel en est là, il ne tardera pas à souffrir des mêmes dérives que le foot business ou la Formule1.
Et dire qu’il y a 56 ans (en 1953), un des plus fameux ¾ centres de l’histoire du rugby, Jean Dauger n’a pu jouer en tout et pour tout qu’un seul match du Tournoi des 5 nations…parce qu’il avait commis le crime d’avoir joué à XIII en junior. Thomas Manterola, excellent pilier lourdais de cette époque (6 fois champion de France entre 1952 et 1960), n’aura même pas cette chance parce son amateurisme n’aurait pas été irréprochable…aux yeux des Britanniques. Heureusement que tout cela a évolué, et que la France du rugby n’a plus peur comme autrefois des sanctions de ces mêmes Britanniques. La preuve en a été donnée avec Jean-Pierre Garuet, lui aussi pilier lourdais (des années 1980). Celui-ci, en effet, connut le déshonneur d’être le premier Français expulsé en test-match, contre l’Irlande en 1984, l’arbitre ayant cru distinguer une fourchette du joueur français sur le 3è ligne irlandais O’Driscoll, lequel se refusa à tout commentaire sur l’incident.
Garuet dut même endurer au banquet d’après-match la vindicte du président de la FFR, Albert Ferrasse, qui le traita d’« imbécile», ce qui n’a pas plu au capitaine de l’époque, J.P. Rives, qui prit la défense de son joueur sous les applaudissements de ses équipiers. Après une suspension de 3 mois, effective celle-là, il allait reprendre le cours de sa carrière et ajouter 36 sélections (jusqu’en 1989) aux 4 qu’il comptait déjà. Espérons pour Bastareaud qu’il se fasse la même place que Garuet dans l’histoire du rugby français. S’il y parvient, son affaire ne sera plus qu’une anecdote supplémentaire dans le monde du rugby professionnel, même si elle n’a rien de glorieux.
Michel Escatafal
17:30 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
05.09.2009
Le R.C. Toulon a déjà gagné avec Wilkinson !
Personnellement comme je l’avais écrit ici même sur ce site j’ai toujours pensé que Jonny Wilkinson n’était pas un joueur fini, et qu’il pouvait même revenir à son meilleur niveau. Bien entendu je ne connaissais pas l’étendue de ses blessures, mais les sportifs de haut niveau n’étant pas comme le commun des mortels, il y avait de fortes chances pour que Wilkinson redevienne ce remarquable demi d’ouverture qu’il a été notamment lors des coupes du monde 2003 et 2007. Et puisque ce blog s’intitule l’histoire du sport, je citerais deux grands joueurs de l’Equipe de France des années 50 qui, après de graves blessures, sont revenus au premier plan alors qu’on les croyait perdus pour le sport, du moins au plus haut niveau. Il s’agit de Roger Martine et Michel Vannier. Je pourrais évidemment en citer beaucoup d’autres, mais leur histoire est édifiante et me fait penser à celle de Wilkinson.
Roger Martine d’abord, qui fut ma première idole rugbystique au moment où j’ai commencé à tenir dans les mains ce merveilleux ballon ovale, qui a certes des rebonds capricieux, mais qui procure un plaisir à nul autre pareil si nous arrivons à le maîtriser au pied ou à la main. Je rappelle une fois encore que Roger Martine fut certainement le plus talentueux des attaquants que notre rugby ait connu dans les années 50. Il était considéré de la même manière chez les Britanniques et autres Sud-Africains, et ces derniers (les plus anciens évidemment) se rappellent que c’est lui qui a réussi le drop de la victoire française contre les Sud’Afs chez eux, lors de la mémorable tournée de 1958. Ils se souviennent aussi que ce fut lui le vrai patron de l’attaque française à la mode lourdaise au cours de cette tournée. Et pourtant il a bien failli ne jamais rejouer au rugby, du moins au plus haut niveau, après une terrible blessure à l’épaule à Dublin contre les Irlandais. D’ailleurs il fallut attendre 3 longues années pour le revoir en Equipe de France…parce que la patrie était en danger.
C’était en 1958, et cette année-là fut pour lui l’année de tous les bonheurs avec un titre de champion de France, un de plus avec le F.C. Lourdais, avec une victoire à Cardiff contre le Pays de Galles, ce qui n’était jamais arrivé à l’Equipe de France, avec enfin la première victoire d’une équipe nationale sur le sol sud-africain depuis 1896. Cette victoire remportée sur les Springboks bouclait la boucle si j’ose dire, puisqu’elle permettait à Roger Martine de pouvoir s’enorgueillir d’avoir battu toutes les grandes nations du rugby, à savoir la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Afrique du Sud, plus les autres participants au Tournoi des 5 nations, sans oublier une nation qui est devenue majeure dans le rugby d’aujourd’hui, l’Argentine, battue à Buenos-Aires en septembre 1954 par l’Equipe de France (30 à 3). A l’époque nous savions battre les Pumas. Comme quoi même avec une épaule disloquée on peut réaliser de grandes choses !
Et puisque je parle de cette victoire de l’Equipe de France en Argentine, je voudrais rappeler que l’arrière du XV de France s’appelait Michel Vannier, qui jouait au R.C.F. C’était la 4è de ses 44 sélections, et ce jour-là Michel Vannier réussit une pénalité, deux drops et trois transformations (15 points). Il faut savoir en effet que cet arrière gaucher, à la fois adroit et très rapide (sélectionné en Equipe de France militaire d’athlétisme sur 100 et 200m), était aussi un excellent buteur. Son histoire est d’ailleurs assez intimement liée à celle de Roger Martine. Il ne jouait pas au F.C. Lourdes, mais avec Danos, le demi de mêlée de l'A.S. Béziers, il fit partie de cette fameuse Equipe de France commandée par Lucien Mias mais à moitié lourdaise, avec toute la ligne de trois-quarts composée de Rancoule, Martine, M. Prat, Tarricq, plus l’ouvreur Antoine Labazuy, et les deux immenses 3è lignes qu’étaient Jean Barthe et Henri Domec. Cette « dream team » permit au rugby français de sortir de la spirale de l’échec après deux défaites humiliantes pour ses deux premiers matches du Tournoi 1958, contre l’Ecosse et l’Angleterre, et surtout le propulsa vers les sommets pour plusieurs années.
Bien entendu celui que l’on appellera plus tard « Brin d’Osier » embarqua avec l’Equipe de France pour sa tournée d’été en Afrique du Sud. Hélas pour lui il fut victime à Springs, au cours d’un match contre une sélection appelée Eastern Transvaal, Natal and Transvaal, d’une blessure que les rugbymen connaissent bien de nos jours, à savoir un arrachement des ligaments croisés du genou. A l’époque c’était une blessure encore plus grave qu’aujourd’hui, car depuis 50 ans la médecine et la chirurgie ont fait des progrès. En tout cas en voyant cette jambe gauche désarticulée, nombreux furent ceux qui pensaient qu’on ne reverrait plus jamais Michel Vannier en Equipe de France, ni même avec son club le Racing. Et bien ils avaient tort, car il revint spectaculairement au premier plan au point de rejouer en Equipe de France dès janvier 1960, ce qui tombait bien car son remplaçant en Afrique du Sud et dans le tournoi 1959, le surdoué lourdais Pierre Lacaze, était passé à XIII. A ce moment-là ce n’était pas comme aujourd’hui, on passait à XIII pour gagner de l’argent puisque les treizistes étaient des professionnels, alors que les quinzistes étaient officiellement amateurs. Vannier poursuivra sa carrière internationale jusqu’à la fin de la tournée en Nlle Zélande et Australie en août 1961.
Pour revenir à Jonny Wilkinson, son apport est déjà décisif dans sa nouvelle équipe, le RC Toulon. Outre qu’il a déjà inscrit une cinquantaine de points au pied, malgré ses échecs au cours du dernier match, il a su se montrer un remarquable maître à jouer, mais aussi il a un effet d’entraînement considérable vis-à-vis de ses coéquipiers, à l’image de Carter l’hiver dernier à l’USAP. Il a même réussi l’exploit de redonner confiance à son remplaçant, Fauqué, qui en quelques mois est passé du rang de buteur médiocre à celui de sauveur de son équipe contre Clermont (3 coups de pied réussis, dont 2 de 50 m, en moins d'une demi-heure). Rien que pour cela Toulon peut se réjouir d’avoir recruté Jonny Wilkinson. Et ce n’est pas fini, ce qui va donner bien du souci aux équipes qui vont rencontrer le RC Toulon…mais aussi malheureusement à l’Equipe de France, à qui Wilkinson va encore faire bien des misères. Comme il exerce son talent chez nous, nous lui pardonnons bien volontiers. En tout cas, pour ma part, je suis très heureux de son retour.
Michel Escatafal
08:48 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
06.06.2009
Il reviendra après 2011...
Aujourd’hui, jour de finale du Top 14, je vais parler une nouvelle fois de rugby. Et si j’en parle c’est parce que j’ai lu un article où Dan Carter, le fameux demi d’ouverture néo-zélandais, semble avoir beaucoup de nostalgie à quitter Perpignan. Mais au fait pourquoi s’en va-t-il aussi tôt et retourne-t-il en Nouvelle-Zélande ? Tout simplement parce qu’il veut disputer la Coupe du Monde de 2011, tout joueur voulant faire partie de l’équipe "All Black" ayant la nécessité de jouer dans son pays, la Nouvelle-Zélande. C’est un règlement complètement ridicule, et surtout très désuet dans le contexte du rugby professionnel, mais c’est ainsi.
Pour la même raison on soupçonne S.B. Williams, l’ancienne vedette treiziste du RC Toulon, de n’avoir prolongé son contrat à Toulon que pour une année supplémentaire. Il espère en effet faire partie de l’équipe de Nouvelle-Zélande pour la Coupe du Monde. Il faut vraiment qu’il y ait du prestige à porter le célèbre maillot noir pour voir des joueurs en arriver à cette extrémité qui, par parenthèse, leur fait perdre pas mal d’argent. Reconnaissons qu’on est plus intelligent en France, en Angleterre ou en Afrique du Sud, sans parler de l’Argentine, les joueurs professionnels pouvant exercer leur métier ailleurs que dans leur pays tout en étant international.
En plus la fédération néo-zélandaise ne se rend pas compte à quel point les joueurs peuvent progresser en participant à des championnats où le niveau de compétition est élevé, avec des joueurs venant de tous horizons. De plus c’est aussi un frein au développement du rugby. Que vaudrait la sélection nationale argentine sans ses expatriés ? Cela dit c’est un sujet qui ne préoccupe pas les responsables du rugby néo-zélandais, comme en témoigne leur acharnement à récupérer la Coupe du Monde de 2011 au nez et à la barbe du Japon. Pourtant une Coupe du Monde au Japon aurait eu un sacré impact pour le développement du rugby, qui est certes un sport merveilleux mais qui souffre de sa faible universalité pour concurrencer sérieusement le football.
Autre chose enfin dont ne se rendent pas compte les dirigeants néo-zélandais : s’ils continuent dans cette hérésie, ils finiront par être dépassés par les autres grandes nations…parce que leurs meilleurs joueurs finiront par préférer l’argent à une hypothétique sélection "All black". Celle-ci en effet ne sera au mieux qu’un tremplin pour se faire remarquer par les grands clubs européens, et ensuite chacun partira dans ces grands clubs pour y faire carrière et fortune. Imaginons qu’on interdise à Tony Parker, Boris Diaw ou Florent Pietrus d’exercer leur talent en NBA s’ils veulent jouer en equipe de France. On connaît d’avance le résultat, ils choisiraient de jouer pour San Antonio, Charlotte ou Orlando, et ils auraient raison.
Pour en revenir à Dan Carter, tout cela en tout cas est encourageant et montre qu’il a apprécié la vie en Roussillon et que, sans doute, il reviendra après 2011. Il aura déjà apprécié le comportement extrêmement correct de ses dirigeants qui ont assumé leurs responsabilités alors qu’il n’a disputé que 5 matches avec son équipe à cause de sa grave blessure. A ce propos je pense pour ma part que c’est surtout cela qui l’a conduit à avoir l’attitude exemplaire qu’il a eue vis-à-vis de l’USA Perpignan. En tout cas voilà une histoire qui se termine (provisoirement) bien, et je suis sûr que si ce soir l’USA Perpignan emporte le Bouclier de Brennus, Carter sera le plus heureux des hommes.
En tout cas il ne sera pas le premier joueur à découvrir avec délice le championnat de France de rugby, comme on disait autrefois. Je connais au moins 3 joueurs qui ont été tellement heureux dans notre pays qu’ils y ont fait presque toute leur carrière. Il y a eu en effet de nombreux prédécesseurs à Kelleher, champion l’an passé avec le Stade Toulousain, ou Brock James qui va essayer ce soir de remporter le titre avec Clermont. Le premier qui me vient à l’idée c’est Segio Lanfranchi qui jouait à tous les postes du pack, surtout pilier, et qui a joué très longtemps au F.C. Grenoble avec qui il a été champion de France en 1954, en marquant l’essai de la victoire. International italien, il a la particularité d’avoir joué au rugby…jusqu’à 46 ans. Un autre joueur étranger a joué très longtemps dans notre championnat, le Roumain Mihaï Wusek (devenu Michel Vusec) qui avait réussi à jouer dans notre pays à la fin des années 60, ce qui n’était pas facile à l’époque. Il s’y trouva tellement bien qu’il obtint plus tard la nationalité française, d’où son changement de nom. Cet excellent arrière devint champion de France avec La Voulte en 1970 contre l’AS Montferrandaise.
Enfin dernier exemple, sans doute le plus grand de tous avant l’avènement du rugby professionnel, Franco Zani l’Agenais. Ce dernier fut champion de France avec le S.U. Agenais en 1962,1965 et 1966. C’était un joueur de très grande classe, à coup sûr le meilleur 3è ligne centre du monde à son époque. Cela dit sa notoriété n’a pas été ce qu’elle aurait dû être car il jouait pour l’équipe d’Italie qui, à l’époque, ne participait pas au Tournoi. Il n’empêche, il a tellement marqué son club qu’il a fait partie de l’équipe dirigeante du S.U. Agenais dès la fin des années 80. Alors bon vent à Carter pour son retour en Nouvelle-Zélande, et nous lui disons tous qu’il sera le bienvenu dans notre pays, à Perpignan ou ailleurs, après la Coupe du Monde 2011 puisque ce n’est pas possible avant.
Michel Escatafal
14:34 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
03.06.2009
Ils n'ont pas l'habitude de recevoir le Bouclier de Brennus

Une chose est certaine, le nouveau champion de France de rugby sera nécessairement un club n’ayant pas l’habitude de recevoir le célèbre Bouclier de Brennus. En effet jamais dans son histoire l’ASM Clermont n’a été champion de France bien que ce club, qui s’appelait autrefois l’AS Montferrandaise, ait réussi 10 fois à se hisser jusqu’en finale, ce qui est une sorte de record des perdants. Quant à l’USA Perpignan, elle n’a plus conquis ce titre…depuis 1955 ayant échoué 3 fois en finale depuis cette date, en 1977 où elle fut battue par Béziers et en 1998 et 2004 où cette fois c’est le Stade Français qui l’a privée du titre. Qui gagnera samedi prochain ? Difficile de faire un pronostic car les deux équipes sont très proches l’une de l’autre.
Pour ma part j’avoue avoir un petit faible pour l’USA Perpignan, car j’ai vécu quelques années dans la capitale catalane et je n’y ai que des bons souvenirs. Cela dit je souhaite simplement que le meilleur gagne, car ils méritent tous deux la consécration suprême sur le plan national. Ils ont quand même éliminé en demi-finales les deux clubs phares de ces 15 dernières années (12 titres à eux deux), le Stade Toulousain (7) et le Stade Français (5). Et il faut bien admettre qu’ils ont été les meilleurs de la saison régulière au cours des derniers mois. Bref, tous les ingrédients sont là pour que nous vivions une belle finale.
Cela dit il y a deux finales qui m’ont marqué concernant l’histoire de ces deux clubs, et ce pour des raisons différentes. La première c’est la fameuse finale de 1955 à Bordeaux que je me souviens avoir écouté à la radio avec mon père, supporteur du F.C. Lourdes. J’étais très jeune à l’époque (j’avais 8 ans), mais j’aimais déjà ce jeu magnifique qu’est le rugby, et j’étais fasciné par le ballon ovale que l’on m’avait offert pour Noël. Contre toute attente le grand FC Lourdes, avec ses 10 internationaux, a été battu par l’USA Perpignan et la furia de ses joueurs catalans. Les Lourdais qui menaient 6 à 0 après vingt minutes de jeu (deux drops de Jean Prat), et qui semblaient s’acheminer vers une victoire facile, furent en définitive dominés par une équipe dont on dirait aujourd’hui que ses joueurs étaient des « morts de faim ». Et c’est très justement que les Catalans l’emportaient en ayant marqué 3 essais. Les meilleurs ce jour-là avaient gagné, tout simplement.
Qui étaient ces joueurs catalans qui sont rentrés dans l’histoire ? Ceux qui se rappellent du rugby à cette époque connaissent très bien quelques uns d’entre eux, notamment les internationaux en titre ou qui allaient le devenir. Il y avait en effet le ¾ centre Monié et son ailier Torreilles, un nom qui sent bon le terroir catalan. Monié sera international deux fois en 1956 et 1957. Quant à Torreilles, il se contentera d’une sélection contre l’Ecosse en 1956 à Murrayfield, où l’Equipe de France passa un mauvais après-midi (défaite 12-0). Il y avait aussi une bonne paire de demis avec Serre à l’ouverture, bon buteur qui arrêta sa carrière très tôt à cause d’une grave blessure à la colonne vertébrale, et Gauby à la mélée qui fut international à XV et qui devint par la suite un excellent joueur de XIII. Enfin dans le pack on n’a pas oublié la 2è ligne composée de Sanac, le capitaine qui fut 10 fois international, et Roucariès au gabarit impressionnant pour l’époque (1,84m et 106 kg), qui participa lui aussi au match contre l’Ecosse en 1956. Au total, une bien belle équipe.
L’autre finale dont je me souviens très bien concerne l’équipe de Montferrand (en 1970), et ce pour plusieurs raisons. La première c’est que l’ASM comptait beaucoup d’excellents joueurs comme Gilbert Prat, Cieply, Bourdillon, Boisson et Jacques Rougerie, le père d’Aurélien qui va disputer la finale samedi. Ensuite, face à l’ASM il y avait La Voulte, petite cité ardéchoise d’un peu plus de 5000 habitants, où jouaient en plus de quelques joueurs sélectionnés en Equipe de France comme Savitsky et Noble deux internationaux qui appartiennent à l’histoire du rugby français, les frères Cambérabero. Ces derniers ont largement participé, entre autres exploits, au premier grand chelem réalisé par l’Equipe de France dans le Tournoi des 5 Nations (1968). Enfin c’était la première fois depuis 1954 (Grenoble-Cognac) que cette finale se jouait sans représentant du Sud-Ouest.
Pas grand monde à l’époque n’imaginait que l’AS Montferrandaise puisse être battue. Et pourtant elle le fut par un essai du centre Vialar à la 9è minute de jeu. Le score (3 -0) en restera là…en raison notamment de la faillite des buteurs, Pineau pour Montferrand, et beaucoup plus surprenant Guy Cambérabero qui rata tous ses tirs, y compris un drop à la dernière minute qui s’écrasa sur le poteau. En tout cas l’équipe de La Voulte Sportif avait bien été la meilleure, car elle avait remporté la victoire malgré la faillite de son buteur providentiel. Ainsi va le rugby qui aime bien faire des pieds de nez à l’histoire, à l’image de la forme de son ballon, au rebond capricieux.
Michel Escatafal
12:25 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
20.05.2009
L'histoire, y compris celle du rugby, est un éternel recommencement
Même si j’ai parlé de rugby dans mon dernier article je vais continuer aujourd’hui, tellement je suis heureux du retour de Wilkinson sur les terrains de jeu, qui plus est dans un club français. Bien sûr je connais des grincheux qui vont me dire que ce joueur est fini, qu’il est souvent blessé et que cela n’apportera rien à son nouveau club. Pour autant, il a signé au RC Toulon et « il semble y croire », comme en témoigne son envie de jouer jusqu’à 35 ans. C’est tout ce que nous pouvons souhaiter à ce magnifique joueur, à coup sûr un des plus doués qui aient foulé les terrains de rugby. N’oublions pas comme le soulignait hier soir Jean-Pierre Elissalde (le père de son fils) sur Canal+ Sport que Wilkinson est le demi d’ouverture parfait, à la fois percutant en attaque, excellent défenseur et remarquable buteur.
C’est d’ailleurs dans ce rôle qu’il a le plus marqué les esprits en France, ne serait-ce qu’en Coupe du Monde, où en deux demi-finales il a quand même marqué 33 points, soit la quasi-totalité des points de son équipe. A ce propos ses statistiques sont tout simplement exceptionnelles, puisqu’en 15 matches de Coupe du Monde sa moyenne de points ressort à 16,6 points, mais sur les 55 autres matches elle est tout aussi remarquable puisqu’elle atteint 14 points par match. Au total en 70 matches internationaux, il a marqué 1021 points (14,6 points par match). Ce jeune homme est donc un véritable métronome ou si l’on préfère une redoutable machine à gagner. D’ailleurs son palmarès le confirme puisqu’il a tout gagné ce qu’un rugbyman peut gagner…sauf la Coupe d’Europe. Il a en effet été champion du monde en 2003 (15 points en finale), il a gagné à 3 reprises le Tournoi et a été champion d’Angleterre.
Les plus optimistes diront que c’est peut-être avec le RC Toulon qu’il remportera le dernier trophée qui lui manque. Si par bonheur pour lui, et pour son nouveau club, il y arrivait, alors il aura sa statue trônant en bonne place dans la ville chef lieu du département du Var. Nous n’en sommes évidemment pas là, parce que le RC Toulon n’est pas encore en Coupe d’Europe, et parce que l’an prochain pour obtenir une place dans cette épreuve il faudra battre les « les cadors » du Top 14 que sont invariablement le Stade Toujousain, Clermont-Auvergne, l’USA Perpignan, le Stade Français, plus Biarritz, Brive, Bayonne, et le Racing-Métro qui se renforcent eux aussi. Cela étant si Philippe Saint-André, qui a remarquablement réussi en Angleterre, arrive à faire une équipe avec les troupes à sa disposition (Wilkinson, May, Sonny Bill Williams, Lamont, Robinson, Mignoni, Van Niekerk, Fernandez-Lobbe, Bruno, Emmanuelli etc.), il pourrait y avoir des surprises dans le Top 14 ce qui, par parenthèse, manque cruellement à cette épreuve depuis qu’elle a été créée.
Cela étant on est pour le moment dans le virtuel, et il faut déjà que Wilkinson redevienne « Wilko », ce qui n’est acquis pour personne et sans doute pas pour lui-même, tellement il a été souvent blessé un peu partout sur son corps. Heureusement d’ailleurs que ce n’est jamais au même endroit, ce qui laisse de l’espoir. Ensuite depuis la finale de la Coupe du Monde 2003, il a peu, très peu joué, sauf au moment de la Coupe du Monde 2007 où il a enchaîné les matches (5 en 28 jours) sans problème. Alors croisons les doigts pour qu’il puisse de nouveau montrer son talent, avec le risque pour Toulon que s’il revient à un excellent niveau il soit de nouveau sélectionné en Equipe d’Angleterre. Pour être franc, c’est ma principale crainte…car les sélectionneurs anglais ne se priveront pas d’un tel talent.
Et puisque sur ce site on évoque toujours l’histoire du sport, cela me fait penser à un autre joueur dont je parle souvent ici, Roger Martine, que seuls les plus de 55 ans ont pu voir jouer. Son histoire rappelle par certains cotés celle de Jonny Wilkinson. Alors qu’il était au sommet de son art, il fut sévèrement blessé à Dublin (en 1955) dans un match du tournoi des 5 Nations contre l’Irlande, qu’il éclaboussait de sa classe. Il fut emporté sur une civière l’épaule complètement disloquée. Certes il fut bien soigné, mais jamais il ne se remit totalement de cette blessure qui l’avait beaucoup fragilisé. Pourtant 3 ans après, en 1958, il reprit sa place en Equipe de France presque contraint et forcé, lui qui n’y pensait plus du tout. Il est vrai, comme on disait à l’époque, que la patrie était en danger parce que notre équipe nationale venait de perdre ses deux premiers matches du Tournoi contre l’Ecosse et l’Angleterre.
Alors on sélectionna tous les ¾ lourdais, donc Roger Martine. Et chose extraordinaire, avec cette Equipe de France il enchaîna les victoires les unes après les autres, battant notamment le Pays de Galles à Cardiff pour la première fois et les Springboks chez eux en tournée. Martine disputa 8 matches sur 10 possibles au cours de cette tournée en Afrique du Sud, et participa aux deux tests, à l’ouverture puis au centre, et réussit le drop libérateur au cours du deuxième test à l’Ellis Park de Johannesburg à 7 mn de la fin… un peu comme celui réussi par Wilkinson face à l’Equipe de France en ½ finale de la Coupe du Monde 2007. L’histoire y compris celle du rugby est un éternel recommencement. Alors bon vent à Jonny Wilkinson et au R.C. Toulon! Et s’il fallait un signe supplémentaire que la résurrection d’un joueur est toujours possible, malgré son épaule « en bois », Roger Martine sera le capitaine du F.C. Lourdais champion de France en 1960.
Michel Escatafal
09:36 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
16.05.2009
Histoires de finale...

Qui va être champion de France de rugby cette année ? Fatalement un des 4 clubs suivants : le Stade Toulousain ou l’USA Perpignan, ou l’ASM Clermont Auvergne ou le Stade Français, ces 4 équipes étant qualifiés avant le terme de la saison régulière. Là, il reste à disputer les demi-finales et la finale. D’ailleurs les clubs sont vraiment en phase d’approche maximale puisque certains comme le tenant du titre, le Stade Toulousain, alignent cet après-midi quelques uns de leurs meilleurs atouts pour à la fois se rassurer et faire les derniers réglages.
Autrefois, du temps du rugby amateur, il n’y avait pas le top 14 et donc il fallait surtout être prêt pour les 16è de finales après un long délayage avec « les matches de poules » comme on disait. Il faut dire qu’on était loin du top 14 puisqu’il y avait 48 clubs en 1ère division répartis en 6 poules de 8. Cela faisait moins de matches à disputer (à peine une vingtaine pour les clubs finalistes), même si le Challenge du Manoir se rajoutait au calendrier, l’équivalent au football de la Coupe de France. On n’était quand même pas encore entré dans les cadences infernales du rugby professionnel, et surtout les joueurs étaient nettement moins sollicités sur le plan physique, y compris à l’entraînement. On était bien dans une forme d’amateurisme, même si certains clubs avaient un comportement déjà assez professionnel.
Parmi ceux-ci il y en avait un qui va rafler 7 titres de champion entre 1948 et 1960, dont 6 entre 1952 et 1960. Ce club c’est le F.C. Lourdais dont j’ai souvent parlé sur ce site, parce qu’il a bercé les rêves de ceux qui jouaient au rugby, qui y avaient joué, et de tous ceux qui aimaient ce sport, au point qu’un jour alors que quelqu’un faisait à Amédée Domenech, le célèbre pilier de Brive, la remarque que son équipe n’avait pas produit beaucoup de jeu, ce dernier lança à la cantonade : « si vous voulez voir du beau jeu, vous n’avez qu’à aller à Lourdes ». Et c’est vrai que jamais jusqu’à cette époque le rugby français n’avait connu une équipe aussi forte et aussi brillante.
L’apogée de cette équipe s’est peut-être située en 1958, quand l’équipe de Lourdes battit en finale le S.C. Mazamet par 25 à 8. Cette finale valait son pesant d’or parce qu’elle opposait les équipes commandées par les deux plus grands capitaines que le XV de France ait eu jusque là, à savoir Jean Prat pour Lourdes et Lucien Mias pour Mazamet. Jean Prat c’était « Monsieur Rugby » comme l’appelaient les Britanniques, et Lucien Mias c’était le « Docteur Pack ». Rien à ajouter à ces deux surnoms. Evidemment sur le papier le F.C. Lourdes était largement supérieur avec tous ses internationaux (10 sur 15), sa ligne de trois-quarts (Rancoule, Martine, Maurice Prat, Tarricq) étant celle de l’Equipe de France qui avait battu nettement le Pays de Galles à Cardiff. Mais l’équipe de Lourdes c’était aussi son arrière Papillon Lacaze, les frères Labazuy à la charnière, et une formidable 3è ligne composée de Domec, Barthe et Jean Prat.
Il faut noter que les deux grands capitaines ne s’aimaient pas. Pourquoi ? Sans doute à cause d’une forme de rivalité entre deux figures aussi imposantes du rugby français, au point que la sortie des vestiaires retentit de deux phrases assassines que personne n’a oubliées, l’une de Lucien Mias qui apostropha Jean Prat en lui disant : « Tu n’es pas Monsieur Rugby, tu es Monsieur Anti-Rugby » ce qui était aussi profondément injuste que la réplique de Jean Prat qui n’hésita pas à lancer en direction de Mias : « Et toi, si on t’enlève ta grande gueule, il ne te reste plus rien ». Comment deux joueurs de cet acabit ont-ils pu en arriver à se dire des choses pareilles, sauf à mettre cela sur le compte de la nette supériorité lourdaise, supériorité difficilement acceptée par Mias, et sans doute une attitude un peu hautaine et méprisante de la part du leader lourdais.
Il est vrai que le match avait été très facile pour les tenants du titre d’autant qu’après 6 minutes de jeu ils avaient déjà marqué un essai…par Jean Prat et un drop…par ce même Jean Prat. Et même réduits quasiment à 14 presque toute la 2è mi-temps (Domec blessé, et pas de remplacement à l’époque), les Lourdais ont toujours eu le contrôle de la partie avec un Martine étincelant qui a amené 2 essais, les Tarnais n’ayant guère fait illusion malgré leurs excellents sauteurs à la touche et leur très bonne paire de demis (Duffaut-Serin).
Cela dit, aucune équipe n’aurait pu résister en cet après-midi toulousain à la maestria, au rythme, et à la réussite des Lourdais. Cette finale de grande qualité allait précéder de quelques semaines un des plus grands exploits du XV de France, à savoir la victoire dans la série de tests de l’Equipe de France sur l’Afrique du Sud, première équipe nationale à vaincre les Sud-Africains chez eux depuis 1896. Et cet exploit a été réalisé avec Lucien Mias comme capitaine et Roger Martine comme leader des lignes arrières.
Michel Escatafal
19:25 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
06.05.2009
Le rugby professionnel est en pleine croissance
Le rugby est en train de faire sa mue et ce n’est pas aussi simple que certains l’imaginent. Son engouement augmente dans les pays où il est bien implanté, notamment en Europe et plus particulièrement en France et dans les Iles Britanniques. Dans ces régions il réussit même l’exploit de concurrencer sérieusement le football, sport roi de la planète. Oh certes le Stade Toulousain ou le Munster sont encore loin de disposer des budgets de Manchester United, le Real Madrid, le Barça ou même l’Olympique Lyonnais, mais peu à peu on se rapproche du niveau des clubs moyens des championnats de football. Et pourtant, en termes de droits télévisés il y a un gouffre qui sépare les deux sports.
En disant cela je comprends que les dirigeants de quelques grands clubs de rugby essaient de faire bouger les choses, eux qui en plus mettent de l’argent de leur poche pour faire grandir les clubs qu’ils se sont offerts. Je ne suis pas là pour défendre les Jacky Lorenzetti (Racing-Métro), Mourad Boudjellal (R.C. Toulon), Paul Goze (USAP) ou Daniel Derichebourg (Brive), mais force est de constater que si le Top 14 est devenu aussi attrayant, ils y sont pour quelque chose avec bien entendu les dirigeants du Stade Toulousain, du Stade Français ou de Clermont, qui continuent de faire des efforts pour donner au rugby une assise supérieure à celle qu’il a de nos jours.
Ces efforts doivent absolument être couronnés par une couverture télévisée plus importante qu’elle n’est. D’abord pour l’ensemble des téléspectateurs, ce qui signifie que l’on voit davantage de rugby sur les chaînes gratuites car aujourd’hui, à part France Télévision pour quelques évènements ciblés, on n’en voit pas. Le rugby il est sur Canal+ et pas ailleurs, ce qui est une magnifique affaire pour la chaîne à péage qui paie pour l’année 29,5 millions d’euros pour le Top 14… contre 668 millions pour le championnat de Ligue 1 de football. Entre nous je comprends que les dirigeants du rugby veuillent que ça change, d’autant qu’un match Stade Toulousain contre Stade Français au stade de France rassemble près de 80.000 spectateurs, aussi sûrement qu’un grand match de Ligue 1.
Voilà ce que je voulais dire en premier sur l’actualité du rugby aujourd’hui, surtout quand on sait que les meilleurs clubs de notre pays sont en train d’attirer les meilleurs joueurs du monde. Après Umaga, Kelleher, SB Williams, Van Niekerk, Carter, bientôt ce sera au tour de Steyn et Wilkinson de rejoindre le Top 14. Reconnaissons que sur ce plan le rugby fait beaucoup mieux que le football, puisque dans le foot dès que la France se découvre un grand joueur celui-ci n’a de cesse de partir à l’étranger jusqu’à la fin de sa carrière. Au rugby c’est l’inverse, et si un joueur français s’expatrie c’est pour très vite revenir.
Bien entendu cela ne fait que confirmer ce que j’ai souvent dit sur ce site, à savoir que le rugby des champs est définitivement mort pour l’élite, les petits clubs des comités Armagnac-Bigorre ou Périgord-Agenais n’ayant plus comme vocation que de recevoir et former à leur école de rugby les futurs Jauzion, Elissalde, Pelous, Nallet, Bonnaire ou Harinordoquy. En revanche pour ce qui est de l’élite, on sait que celle-ci se trouvera désormais répartie à Paris, Toulouse, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Montpellier, Marseille, Lyon ou Grenoble, plus éventuellement quelques villes moyennes comme Perpignan ou Bayonne-Biarritz qui rassembleront les forces de tout un département ou de toute une région.
C’est un constat cruel mais c’est ainsi, et je suis le premier à le regretter moi qui ai tellement eu d’admiration pour le F.C. Lourdais, qu’il s’agisse de celui de la fin des années 50 avec les frères Prat, Martine, Lacaze, Barthe et Domec ou celui de la fin des années 60 avec Gachassin, Arnaudet, Mir, Crauste, Hauser et Masseboeuf. Je n’oublie pas non plus le Stade Montois des frères Boniface et Darrouy ou le SU Agenais de Razat, Méricq, Lacroix, Zani et Sitjar, sans oublier le Béziers d’Astre, Cabrol, Estève, Saisset et Palmié, ni le Dax des frères Albaladéjo, Lasserre, Bérilhe et plus tard Bastiat. Dourthe et Lux.
En parlant de J.P. Lux, un ancien fameux trois-quart centre, le rugby d’aujourd’hui fraîchement professionnel est en train de découvrir les problèmes que pose la montée du rugby dans les médias et le public. Bref le rugby est en train de grandir et de temps en temps il souffre des troubles inhérents à une croissance rapide. En effet, jusqu’à présent tout le monde se moquait comme de ses premières chaussettes de rugby du Challenge Européen, sorte de Coupe de l’UEFA du rugby. Et quand je dis tout le monde c’est parfaitement exact, au point que la finale de cette épreuve n’a jamais intéressé aucune ville française. Or cette année, et c’est presque une première, il n’y avait aucun club français qualifié pour les demi-finales de la Coupe d’Europe, la vraie. Du coup certains dans l’hexagone se découvrent une passion pour le Challenge Européen…parce que le CS Bourgoin-Jallieu est qualifié pour la finale, et va disputer cette finale à Gloucester…une des deux seules villes candidates, l’autre étant aussi en Angleterre.
Je reconnais bien dans cette affaire la mauvaise foi de mes compatriotes français, en précisant que je ne suis pas là pour défendre J.P. Lux, le président de l’ERC qui organise les Coupes d’Europe, mais j’ai la faiblesse de croire qu’il a raison quand il dit que la France n’était pas intéressée par cette finale il y a quelques semaines. J’ajoute même que notre chauvinisme bien connu fait qu’on n’était guère plus intéressé par la finale de la Coupe d’Europe, parce qu’il n’y a pas de club français qualifié. Et il aura fallu la séance des tirs au but retransmise par France Télévision pour donner un peu de publicité à cette finale. A ce propos, j’en profite pour dire qu’il y a beaucoup à dire sur ces tirs au but et pas seulement sur les commentaires que l'on a pu entendre çà et là.
Que fallait-il faire à part rejouer le match, ce qui était impossible en raison du calendrier ? Pour ma part je pense que la formule adoptée pour la finale Agen-Béziers en 1984 était infiniment meilleure que celle de nos jours, copiée sur le foot, car à l’époque il y avait 3 buteurs désignés dans chaque camp qui tapaient une série jusqu’à se départager. Cela éviterait ce mauvais spectacle de voir tirer des joueurs dont ce n’est aucunement la vocation, et qui ne l’ont jamais fait. Avec la formule de 1984 les buteurs avaient une vraie responsabilité, puisque c’étaient les mêmes qui butaient jusqu’à se départager. Pour Agen en 1984, je rappellerai que Montlaur a raté ses 2 tirs au but et que Viviés le buteur attitré avait manqué le second tiré sur la gauche du terrain, après avoir réussi le premier sur la droite (ligne des 22m à 15m de la ligne de touche). Si cela devait se reproduire un peu plus souvent, je crois qu’il faudra revenir à une formule de ce type avec 3 ou 5 buteurs désignés, mais toujours les mêmes, et en cas d’égalité après la 2è série en passant de 22m à 40 m. Ce serait une fin de match plus digne que celle de samedi dernier.
Michel Escatafal
16:12 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
16.04.2009
Il faut toujours de l'expérience pour faire une grande équipe
Au début je dois avouer que j’étais un peu comme tout le monde, c’est-à-dire que j’étais content de voir partir Bernard Laporte du poste de sélectionneur de l’Equipe de France de rugby. Cela faisait quand même longtemps qu’il était à ce poste, et il n’avait pas réussi à donner à l’Equipe de France le titre qui lui manque, à savoir la Coupe du Monde. Pourtant la dernière édition se jouait en France essentiellement, donc chez nous, et la déception n’en fut que plus grande, car on rêvait tous de revoir le scenario de 1998 avec le football. On connaît la suite et le désamour avec Laporte fut complet, d’où l’espoir qui a envahi les fans de rugby quand un autre sélectionneur fut nommé à sa place. Je dois d’ailleurs préciser qu’il eut été identique avec tout autre sélectionneur. Pour les amateurs de rugby en France, il faut gagner et…éventuellement pratiquer du beau jeu.
Pour l’instant l’Equipe de France ne fait ni l’un, ni l’autre, ce qui commence à provoquer une certaine impatience. Et ce n’est pas en lisant dans l’Equipe la dernière interview de Marc Lièvremont que les choses vont s’arranger pour lui. En effet, chose curieuse pour un sélectionneur, il s’est mis à porter sur la place publique un jugement sur nombre de joueurs susceptibles de jouer dans le XV de France…ou de ne plus y jouer. Parmi ces derniers, j’ai été extrêmement surpris de voir le nom de Jean-Baptiste Elissalde, sous le prétexte qu’il ne progressera plus à son âge (31 ans).
Certes cette année il a accumulé les blessures, conséquence en partie des efforts faits depuis la préparation à la Coupe du Monde 2007 jusqu’à la finale du Top 14 fin juin, mais que je sache il y a peu JBE était considéré comme un joueur de très grand talent, capable en plus d’opérer avec le même bonheur ou presque aux postes de demi de mêlée et d’ouverture. Et de fait il a réalisé une excellente Coupe du Monde en 2007 à la mêlée, et une remarquable saison 2007-2008 à l’ouverture. De surcroît il s’est avéré presque toujours un buteur fiable, tant en Equipe de France que dans son club. Enfin, si j’ai bonne mémoire, il y a un an Lièvremont le trouvait indispensable au XV de France.
Que s’est-il donc passé entre le mois de novembre, où Elissalde a été sonné par un placage dangereux de Nalaga dans le match contre les Iles du Pacifique, et ces derniers jours, pour qu’il devienne soudain « un has been » ? Réponse : Il a été blessé à plusieurs reprises, notamment au coude…par Fabien Pelous, ce qui témoigne en plus d’une certaine malchance. Cela étant est-ce une raison pour qu’il ait perdu tout son talent, au point d’être relégué dans la hiérarchie du sélectionneur en 4 ou 5è position pour le poste de demi de mêlée, où de surcroît personne ne s'est réellement imposé ? Certainement pas, et je trouve que les arguments de Monsieur Lièvremont sonnent faux. Je dirais même que c’est trop gros pour être vrai.
En outre, sans vouloir me mettre à la place du sélectionneur, on peut imaginer qu’un JBE parfaitement reposé aurait pu apporter à l’Equipe de France, pour la tournée aux antipodes du mois de juin, sa fraîcheur, son envie, et plus encore son expérience à une équipe qui en manque cruellement. Alors si je comprends bien il ne reste plus qu’à souhaiter, horreur, qu’un joueur ait un empêchement pour voir de nouveau JBE avec le maillot bleu. C’est triste à dire, mais je ne pense pas qu’avec de pareilles méthodes on construira une équipe compétitive pour la Coupe du Monde 2011. Si cela continue on va finir par regretter Bernard Laporte. Il avait peut-être des défauts, mais au moins avec lui nous avions des résultats, même si nous n'avons pas obtenu celui que nous espérions tous en 2007. On attend toujours ceux de Lièvremont, et je crains qu’il ne faille les attendre longtemps encore avec un tel management.
En outre ce que semble oublier Lièvremont c’est que généralement les plus grandes équipes sont celles qui font preuve de stabilité, notamment aux postes clés. C’est d’ailleurs pour cela qu’on disait à l’époque du rugby amateur, qu’une équipe n’est jamais aussi forte qu’à la fin d’une longue tournée. Et de fait on a vu plusieurs grandes équipes naître au cours d’une tournée et battre chez eux des adversaires supposés plus forts. Je ne citerai qu’un exemple dans l’histoire du rugby national qui en est la parfaite démonstration. C’était en 1958.
Cette année-là l’Equipe de France n’avait pas remporté le Tournoi des 5 Nations, mais en 4 matches elle allait montrer qu’elle était de loin la meilleure équipe de l’hémisphère Nord, après deux défaites concédées au début du tournoi contre l’Ecosse à Murrayfield (9-11) et contre l’Angleterre à Colombes (0-14), dans un match où les Français eurent 3 joueurs blessés avec un pack réduit à …6 unités. Cela dit, malgré ces circonstances atténuantes, les sélectionneurs avec à leur tête Roger Lerou décidèrent d’apporter 7 changements à l’équipe. Celle-ci aura une ossature lourdaise avec 7 joueurs opérant dans la meilleure équipe de club de l'époque, dont toute la ligne de ¾. Cette équipe pulvérisa les Australiens (19-0), battit pour la 1ére fois les Gallois chez eux (16-6), puis les Italiens en Italie (11-3) et enfin les Irlandais à Colombes (11-6).
Problème pour aller en Afrique du Sud, cette équipe allait subir une invraisemblable série de forfaits dont ceux de Crauste, la grande révélation du Tournoi en 3è ligne, mais aussi Henri Domec l’autre 3è ligne aile, Antoine Labazuy l’ouvreur lourdais, et Maurice Prat l’hôtelier, qui ne pouvait s’absenter en pleine saison dans la cité mariale. Bref, on fit un peu de rafistolage et on partit en Afsud, comme on disait, avec Mias comme capitaine et Roger Martine comme dépositaire du jeu lourdais pour les lignes arrières. On connaît le dénouement de l’aventure avec 10 matches joués, pour 5 victoires, 3 défaites et 2 matches nuls, mais surtout une victoire et un match nul dans les deux tests-matches. Pour la 1ére fois depuis 1896, une équipe nationale avait battu l’équipe d’Afrique du Sud chez elle dans les tests. Comme quoi la cohésion a quand même du bon, même si dans cette équipe il y avait beaucoup de talent tant au niveau du pack (Moncla, Barthe, Mommejat, Roques, Quaglio et Mias le capitaine conquérant), qu’à celui des lignes arrières (Danos, Dupuy, Lacaze et l’incomparable Roger Martine). De l'expérience, de la cohésion, c'est tout ce qui manque aujourd'hui au XV de France. Et on se prive de JBE!
Michel Escatafal
17:22 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
25.03.2009
Le plus grand buteur de tous les temps
Quand on aime le sport et que l’on ne peut plus « réparer des ans l’irréparable outrage » pour parler comme quelqu’un (Jean Racine) qui n’avait jamais joué au rugby, l’idéal est d’avoir un site. En effet, on peut y exprimer ce que l’on ressent au présent, mais aussi évoquer l’histoire des sports que l’on connaît soit parce qu’on les a pratiqués, soit parce qu’on les a suivis depuis notre plus jeune âge, soit aussi parce qu’on en a entendu parler par notre entourage quand on était trop jeune pour apprécier. Et aujourd’hui je vais parler d’un joueur de rugby extraordinaire comme le ballon ovale n’en a peut-être jamais connu. Je dis le ballon ovale parce que Puig-Aubert a commencé sa carrière à XV, où il fut champion de France à l’âge de 19 ans (en 1944) avec l’USAP (Perpignan). Aussitôt après, il passa à XIII comme on disait à l’époque et signa au mois d’octobre à l’AS Carcassonne, club mythique du rugby à XIII.
Robert Aubert Puig, son vrai patronyme, est né le 24 mars en 1925 à Andernach (Allemagne). C’est donc une date importante pour le ballon ovale. Ce Catalan fils d'un militaire de carrière, d'où son lieu de naissance, était un artiste et un génie du jeu pour parler comme tous les observateurs avertis du rugby des années 40 et 50. C’était aussi ce que l’on appelle « un personnage » hors des terrains de jeu, et nul doute que s’il avait 20 ou 25 ans aujourd’hui ce serait une immense star. Il faut dire qu’il avait vraiment de la chance d’être aussi doué, dans la mesure où il en a toujours pris à son aise avec la diététique habituelle des sportifs de haut niveau. Sur ce plan il rappelle un peu Jacques Anquetil qui, lui aussi, était ce que l’on appelle « un bon vivant ». Mais aux yeux de ceux qui l’ont connu Puig-Aubert, grand fumeur devant l’Eternel d’où son surnom de « Pipette », le surpassait largement au point qu’il pesait 65 kg quand il jouait à XV et qu’il est monté à 90 kg à la fin de sa magnifique carrière.
Maintenant parlons quand même de son talent. Cet ancien athlète de bon niveau était à la fois rapide et technique, et d’une adresse diabolique qui faisait l’admiration de tous. A cela s’ajoute un jeu au pied fabuleux qui en a fait un des plus grands buteurs de tous les temps, si ce n’est le plus grand. Sur les coups de pied placés il avait des pourcentages de réussite proches de celui des meilleurs buteurs actuels. Or à cette époque, que je connais bien pour avoir commencé à taper dans mes premiers ballons de rugby, il n’y avait pas le tee et les ballons étaient différents de ceux que nous connaissons de nos jours. Bien entendu Puig-Aubert était aussi capable de passer des drops dans toutes les positions, du pied droit comme du pied gauche, de près comme de loin, voire même très loin. J’ai lu qu’il passa un drop tiré de la ligne médiane et du bord de la touche, qui donna la victoire au XIII de France à la dernière seconde d’un match contre une sélection de Brisbane en juillet 1951. Bref, je le répète, ce petit bonhomme de 1,67m chaussant du 50 avait tous les dons pour évoluer sur un terrain de rugby avec un ballon ovale. A ce propos je n’ai qu’un regret, mais en disant cela je suis chauvin, c’est qu’il n’ait pas continué sa carrière à XV car je pense que sa gloire en eut été encore plus grande, du moins en France et en Europe.
Cela étant sa gloire est éternelle en Nouvelle-Zélande et en Australie, ce qui n’est pas rien dans le monde du rugby. Et puis il a quand même été fait chevalier de la Légion d’Honneur dans notre pays, a été désigné champion des champions en 1951 qui aura été sa grande année et celle du XIII de France, puisque pour la première fois dans un sport collectif une équipe de France devenait la meilleure de la planète. Il est simplement dommage que ce que l’on appelait le Goodwill Trophy n’ait pas eu l’appellation de Coupe du Monde, compétition qui sera effectivement créée en 1954 où la France sera finaliste. En tout cas en 1951 (entre juin et août) la France avait gagné contre l’Australie, qui dominait et de loin le rugby à XIII, sa série de tests (3 victoires à 1) chez son adversaire.
Cette victoire valut aux Français de voir près de 15.000 Australiens, très fair-play, venir à Perth dire au revoir à leurs brillants vainqueurs, avant que ceux-ci ne défilent à leur retour à Marseille devant plus de 100.000 supporteurs enthousiastes juchés sur 27 Peugeot 203 au nom de chacun des joueurs. Il est vrai qu’il y avait de quoi être enthousiaste avec un bilan fabuleux qui après un crochet en Nouvelle-Zélande s’était soldé par 21 victoires, dont la série de tests, 5 défaites, et 2 nuls. Les Français avaient marqué 706 points, dont 221 par le seul Puig-Aubert en rappelant qu’un drop ou une pénalité valait 2 points à XIII et non 3 comme à XV, et en avaient encaissés seulement 419. Les Français étaient les plus forts, comme l‘ont confirmé en fin de saison de nouvelles victoires sur l’Empire britannique à Hull, l’Angleterre à Marseille et la Nouvelle-Zélande à Paris et Bordeaux. Fermez le ban !
Tous ces succès auxquels Puig-Aubert avait largement contribué, valurent à ce dernier de se voir offrir un pont d’or à l’époque, avec une grosse prime à la signature, pour jouer en Australie deux ou trois ans. Les sommes en jeu dépassaient en euros constants celles que touchent les meilleurs joueurs de rugby de notre époque. Curieusement, surtout pour ceux qui sont nés il y a moins de 30 ans, Puig-Aubert préféra les promenades sur les remparts de Carcassonne à une nouvelle vie sur un nouveau continent…trop loin des amis qu’il était habitué à côtoyer chaque jour. Je ne crois pas qu’aujourd’hui il ferait le même choix, mais nous ne sommes plus au milieu du 20è siècle.
Il arrêtera sa carrière internationale en 1956, après avoir été 46 fois sélectionné en Equipe de France et marqué 361 points, puis sa carrière tout court en 1960, à l’âge de 35 ans. Il deviendra ensuite représentant de commerce de différentes firmes d’apéritifs et spiritueux tout en restant proche du jeu qui l’avait fait roi, au point d’être à la fin des années 60 sélectionneur du XIII de France. Au total il eut une carrière très longue et une vie très intense, avant de rejoindre le paradis des rugbymen en 1994 à l’âge de 69 ans.
Michel Escatafal
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