09.10.2009
Pourquoi le golf et le rugby aux J.O.?
Ainsi le golf et le rugby à 7 vont intégrer la grande fête olympique en 2016 à Rio de Janeiro, en attendant peut-être le football en salle pour les Jeux Olympiques suivants. Cette nouvelIe, je l’avoue, ne me réchauffe pas le coeur, et je suis persuadé que nombre d’amateurs de sport sont comme moi. Pourquoi ? Tout simplement parce que je ne vois pas ce que les Jeux Olympiques ont à gagner à accueillir deux nouveaux sports, et j’ai du mal à comprendre ce que cela va apporter au rugby et au golf. Je sais bien que l'ancien président du CIO, Antonio Samaranch, voulait que les Jeux Olympiques offrent au public tous les sports, y compris les plus médiatisés, mais pour ma part j’ai toujours pensé que c'était un peu injuste pour les athlètes amateurs qui se préparent pendant 4 ans dans l'espoir de décrocher une médaille d’or.
Que va bien pouvoir apporter à Tiger Woods une médaille d’or aux Jeux Olympiques ? De l'argent? Certainement pas, et en plus il est déjà le sportif le plus payé dans le monde. Alors quoi? Je ne sais pas, mais si c’est lui qui remporte le titre en 2016, je crains qu’il ne vole la vedette à de nombreux participants, pourtant tout aussi méritants que lui. Quant au rugby à 7, malgré l’enthousiasme manifesté par l’entraîneur de l’équipe de France, Thierry Janeczek, je doute fort que ce tournoi olympique puisse rendre le rugby plus universel. D’ailleurs qui s’intéresse dans les grands pays de rugby au rugby à 7 ? Personne, comme personne ne savait jusqu’à ce matin qui entraînait cette équipe de France. Et cela m’amène à poser une première question, à savoir quelle équipe va être envoyée dans ce tournoi olympique ? Est-ce que les grands clubs européens accepteront de laisser partir leurs meilleurs joueurs pendant plusieurs semaines, en 2016, en rappelant que les internationaux auront participé l’année précédente à la Coupe du Monde, ce qui signifie qu’ils sortiront tout juste d’une saison ultra longue, commencée en Juillet-août 2015 et terminée fin juin 2016.
Je doute que cette équipe de France de rugby à 7 soit la plus compétitive, la remarque étant vraie pour les autres grandes nations du rugby à XV. Dans ce cas, je ne vois pas l’intérêt de voir le rugby figurer parmi les sports olympiques. Si on participe aux Jeux Olympiques, c’est avec ses meilleurs éléments et sa meilleure équipe, sinon ce n’est pas la peine d’y aller. Certes on va me dire qu’il y a bien le basket, et que depuis 1992 la plupart des meilleurs joueurs de la planète jouent pour leur équipe nationale. Idem pour le hand-ball, mais le rugby ce n’est pas la même chose, pas plus que le football. D’ailleurs j’observe que le tournoi olympique de football ne réunit que quelques vedettes dans des équipes où ne figurent pas la plupart des meilleurs joueurs.
Tout cela pour dire que les Jeux Olympiques n’ont aucune obligation à devenir une foire de plus en plus gigantesque, au point que nombre de pays n’osent pas se lancer dans la course à l’organisation, tellement cela coûte cher. Pour ma part je serais pour un retour aux sources en ce qui concerne le programme olympique avec une priorité aux sports dont on ne parle que les années olympiques, avec l’athlétisme, la natation et le cyclisme sur piste comme produits d’appel pour les sports individuels, et le basket et le hand-ball pour les sports collectifs. A coté de ces sports universels, il y aurait tous les autres sports qui ont des compétitions mondiales et qui sont pratiqués çà et là dans le monde. Cela aurait le mérite de limiter les coûts, donc de pouvoir organiser ces jeux dans tous les continents et non pas seulement dans quelques grands pays, tout en intéressant les téléspectateurs du monde entier grâce aux audiences générées par les sports les plus médiatisés.
En revanche, le football, le rugby, qui nécessitent en plus de grosses infrastructures, mais aussi le vélo sur route, le tennis, le golf, pour ne citer qu’eux n’ont rien à faire au programme olympique. Le tennis et le golf ont leurs tournois du grand chelem qui réunissent les meilleurs joueurs quatre fois par an. Quant au vélo sur route, il y a les trois grands tours, les classiques et les championnats du monde. De toute façon, une médaille d’or aux J.O. ne vaudra jamais un Wimbledon pour un joueur de tennis, un Masters pour un joueur de golf ou un Tour de France pour un champion de vélo. Les champions de ces sports (Tiger Woods, Federer, Nadal, Contador ou Armstrong) n’ont pas besoin des Jeux Olympiques pour être des stars planétaires, alors que personne ou presque (à part les initiés) ne connaît le nom des meilleurs lutteurs, kayakistes, judokas ou escrimeurs !
Voilà ce que m’inspire l’arrivée du golf et du rugby dans le programme olympique. Ces sports n’appartiennent pas à la grande histoire des Jeux Olympiques, ce qui est aussi le cas d’autres sports, professionnels depuis des décennies. En France, Anquetil malgré sa médaille de bronze en 1952 aux 100km c.l .m. quand il était amateur, Kopa, Crauste, Hinault, Noah, Platini ou Zidane ne doivent rien aux J.O. quant à leur notoriété. En revanche Micheline Ostermeyer, Jean Boiteux, Christian d’Oriola, Alain Mimoun, Colette Besson, Thierry Rey, Pascale Trinquet, Pierre Quinon, Marie-Jo Pérec, Jean Galfione, Laura Flessel, Tony Estanguet, Laure Manaudou, Emilie Le Pennec, Steeve Guenot et Alain Bernard, pour ne citer qu’eux, sont devenus ce qu’ils sont grâce à leurs médailles d’or aux Jeux Olympiques. C’était même pour eux la récompense suprême, la seule susceptible de valider des années et des années de travail. Et sans les Jeux Olympiques, le handball serait-il devenu ce qu’il est aujourd’hui en France et dans le monde ? Certainement pas. Alors laissons à ces sports la possibilité de se développer grâce aux J.O., et n’occultons pas les exploits de leurs meilleurs représentants chaque année bissextile, en raison de la présence aux épreuves olympiques de quelques stars dont on parle à longueur d’année.
Michel Escatafal
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03.10.2009
Heureux Brésiliens!

Ainsi Rio de Janeiro a été désignée pour accueillir les Jeux Olympiques en 2016. Pourquoi pas ? Si on regarde la concurrence il n’y avait que des villes représentant des pays ayant déjà accueilli les Jeux, parfois même depuis peu. Les Etats-Unis ont eu les Jeux de 1984 à Los Angeles, puis ceux de 1996 à Atlanta. L’Espagne de son coté a eu ceux de Barcelone en 1992. Quant à Tokyo, cela remonte à plus loin (1964), mais pour les gens qui ont plus de 50 ans cela ne fait pas très longtemps. En revanche, jamais l’Amérique du Sud n’avait obtenu l’organisation des J.O., et qui mieux que le Brésil pouvait organiser cet évènement planétaire sur le continent sud-américain. Pour mémoire, je rappellerais que le Brésil se rapproche à grand pas des dix plus grandes puissances économiques dans le monde, qu’il est peuplé de plus de 190 millions d’habitants…et que c’est un pays qui compte dans le sport.
Certes, il compte surtout à travers quelques disciplines comme le football, le volley-ball, le beach volley, la Formule 1, ce qui explique qu’il n’ait remporté que 12 médailles d’or en tout aux Jeux Olympiques. Malgré tout c’est quand même un pays sportif, avec quelques stars planétaires qui sont considérés comme les plus grandes de l’histoire de leur discipline. Je n’en citerais que deux, Pelé et Ayrton Senna. Aujourd’hui je pense que leur sportif numéro un s’appelle Cesar Cielo, champion olympique en natation du 50 m libre et double champion du monde du 50 et du 100m, distance dont il détient le record du monde.
Ils ont eu aussi un numéro un mondial en tennis avec Gustavo Kuerten, 3 fois vainqueur à Roland-Garros, mais aussi quelques athlètes de très haut niveau, notamment dans l’épreuve du triple saut. Les meilleurs d’entre eux ont été Da Silva (champion olympique en 1952 et 1956), Prudencio (fin des années 60) et de Oliveira (années 1970), sans oublier Esmeralda Garcia chez les féminines au milieu des années 80. Tous ces athlètes ont détenu le record du monde. On n’oubliera pas non plus Joaquim Cruz qui fut champion olympique du 800m en 1984, battant notamment Sebastian Coe.
Grâce à ces Jeux Olympiques de 2016, le Brésil va être paré sur le plan des infrastructures sportives pour des décennies, dans la mesure où il va aussi organiser la Coupe du monde de football en 2014. Heureux Brésiliens, surtout si nous faisons la comparaison avec la France qui, de son coté, n’a pas organisé les Jeux Olympiques depuis 1924. En disant cela j’avoue un regret, mais si nous n’avons pas obtenu cette organisation c’est que sans doute nous ne le méritions pas. En attendant, nous sommes un pays en voie de développement sur le plan des infrastructures.
Passons à autre chose maintenant pour regretter que le C.I.O. (Comité International Olympique) fasse joujou avec le programme de certains sports, faisant fi de la tradition. Je veux bien que les gens du C.I.O. ne soient pas des spécialistes de toutes les disciplines, mais je pense qu’ils devraient laisser aux fédérations le choix des épreuves, et non imposer des règles qui ne correspondent pas nécessairement à ce qui a fait la grandeur de tel ou tel sport. Prenons le cas du vélo : on a déjà supprimé le km, épreuve emblématique du cyclisme sur piste, qui existait depuis 1928 (vainqueur l’Américain Gray en 1mn 13s), et bien maintenant c’est le tour de la poursuite individuelle, alors que cette épreuve figure au programme des J.O. depuis 1964 à Tokyo (victoire du Tchèque Daler en 5mn 04s sur 4 km). En outre la poursuite individuelle est inscrite au programme des championnats du monde depuis 1946 (amateurs et professionnels), et a vu triompher des coureurs comme Coppi, Rivière ou Francesco Moser chez les professionnels, ou Baldini chez les amateurs, tous anciens recordmen de l’heure.
Bien sûr on peut me faire remarquer que j’aime particulièrement le vélo et son histoire, ce qui est tout à fait exact, et que l’omnium rassemble toutes les épreuves de la piste avec un sprint lancé de 200m, un scratch de 5 km, une poursuite de 3 km, une course aux points de 15km avec 6 sprints, et un c.l.m. de 1 km. Il n’empêche, pour tous les amateurs de vélo, l’absence de la poursuite individuelle aux J.O. s’ajoutant à celle du km serait un rude coup. Mais il va falloir s’y faire, car le C.I.O. a décidé qu’il n’y aurait que 5 épreuves (vitesse, vitesse par équipes, keirin, poursuite par équipes et omnium) chez les hommes comme chez les femmes qui, jusqu’à présent, n’avaient droit qu’à 3 courses contre 7 aux hommes. Cela dit, j’observe que sur les 5 épreuves prévues il y en a quand même 2 qui appartiennent à la grande tradition olympique, la vitesse et la poursuite olympique avec 4 coureurs. Heureusement !
Evidemment cette modification des épreuves cyclistes sur piste ne sera pas pour les Brésiliens un sujet de préoccupation important, car jusqu’à présent ils n’ont guère brillé dans le cyclisme sur piste contrairement, par exemple, à leurs voisins argentins qui ont remporté la médaille d’or à Pékin de l’Américaine (hommes). Je ne leur connais qu’un titre de champion du monde juniors en 1982 dans la course aux points, remporté par Mauro Ribeiro qui n’a d’ailleurs pas laissé de trace chez les professionnels, y compris sur route (3 victoires). Ils n’ont pas brillé davantage chez les routiers, même si je connais un coureur brésilien qui court chez Liquigas avec Basso et Kreuziger, dont le nom est Fischer. Cela dit son classement UCI ne le situe qu’à la 232è place, avec seulement 2 points marqués. La mondialisation du vélo n’a pas encore touché le pays des Carioca, mais le fait que les J.O. se déroulent au Brésil pourrait les aider à développer des écoles de cyclisme. En tout cas, ils auront un beau vélodrome à leur disposition à partir de 2016. A cette date peut-être aurons-nous le nôtre ? Après tout nous l’attendons depuis les titres de Trentin (km et tandem avec Morelon), Morelon (vitesse) et Rebillard (poursuite) en 1968.
Michel Escatafal
15:53 Publié dans Jeux Olympiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
27.08.2008
Le bricolage est la reine des disciplines dans le sport français
En regardant les résultats des Jeux Olympiques, je dirais qu’ils sont honorables sans plus. En effet, au classement des médailles d’or, la France se situe au 10è rang. C’est loin de notre place en ce qui concerne la richesse nationale produite puisque, l’an passé, nous étions en 5è position. Cependant, si nous comptabilisons toutes les médailles, nous nous retrouvons à la 7è place ce que, d’ailleurs, ne manque pas de souligner le secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte. Alors quelles conclusions en tirer, et que faut-il faire pour que la France fasse mieux ?
Tout d’abord, au risque de me répéter, je pense que le principal problème du sport français est que nous vivons dans le bricolage, alors que les grands pays de sport font du professionnalisme à outrance. Certes, ce professionnalisme ne se manifeste pas dans toutes les disciplines, mais là où ils ont décidé de porter leurs efforts, ces pays sont très forts et engrangent les médailles aux J.O. ou aux championnats du monde. En disant cela je mets à part la Chine, les Etats-Unis et la Russie qui ont un potentiel supérieur à celui des autres nations. A ce propos, ce n’est pas un hasard si ces trois nations ont remporté à elles seules 110 des 302 médailles d’or en jeu, 84 autres pays se partageant les restes.
Parmi ceux-ci il y en a trois qui ont un total de médailles voisin du nôtre, mais avec une notable différence : ils ont ramené dans leur escarcelle beaucoup plus de médailles d’or. Ces pays sont la Grande-Bretagne (19 médailles d’or sur un total de 47 médailles), l’Allemagne (16 médailles d’or sur un total de 41) et l’Australie (14 médailles d’or sur un total de 46). C’est avec ces pays que nous devons faire des comparaisons, y compris avec l’Allemagne même si j’ai lu que cette nation bénéficiait encore de certaines structures de feu la RDA, ce qui n’est pas vrai. Il suffit de regarder les résultats des Allemands en athlétisme (1 médaille), en natation (3 médailles) et en aviron (2 médailles), alors qu’autrefois la RDA faisait une véritable razzia dans ces sports.
Aujourd’hui, les Allemands sont ceux qui nous ressemblent le plus. Ils ont le même nombre de médailles que nous, Français, et tout cela dans un grand nombre de disciplines. Cela signifie que l’Etat n’est plus présent comme il l’était auparavant, tant en ce qui concerne la détection que la politique de l’élite, sans qu’il ait été remplacé par des fonds en provenance du privé ou des jeux de hasard. C’est cela que j’appelle le bricolage, même si l’Allemagne garde quand même un net avantage sur nous en ce qui concerne les installations. L’Allemagne par exemple n’a aucune peine à organiser dans plusieurs villes des évènements planétaires, par exemple en 2009 les championnats du monde de natation, alors que nous Français en sommes bien incapables…faute de stade nautique digne de ce nom.
Les Britanniques et leurs cousins Australiens ont, en revanche, décidé de porter leur effort sur quelques disciplines bien ciblées, quitte à faire l’impasse sur de nombreuses autres où ils n’ont pas de réelle tradition, ou tout simplement parce que cela exigerait trop d’investissement pour des résultats à la fois aléatoires et lointains. Cela est d’autant plus vrai, que même la Chine a pu s’apercevoir que les résultats dans certains sports exigent des efforts considérables, avant d’être couronnés de succès. Pour preuve, l’athlétisme chinois n’a récolté en athlétisme que 2 médailles de bronze, à comparer avec la Belgique (1 médaille d’or et 1 en argent) et plus encore avec la Jamaïque et ses 6 médailles d’or, plus 3 en argent et 2 en bronze.
Cela étant, les efforts faits dans quelques disciplines par Britanniques et Australiens ont été extrêmement payants. Sur les 19 médailles d’or remportées par la Grande-Bretagne, 7 sont dues au cyclisme sur piste (photo du vélodrome de Manchester), dont j’ai souligné dans une précédente note les moyens importants dont il disposait, et 4 à la voile. L’Australie pour sa part a remporté 6 de ses 14 médailles d’or, et 21 de ses 46 médailles dans la seule natation, ce qui est moins significatif que pour le cyclisme en Grande-Bretagne, car l’Australie est depuis très longtemps une place forte de la natation dans le monde (Dawn Fraser, les Konrads, Murray Rose, Wenden, Thorpe, Hackett etc.). Néanmoins, cela montre que l’Australie a su préserver sa tradition ce que nous avons beaucoup de mal à faire en France, notamment dans le cyclisme sur piste, le judo et même l’escrime.
En résumé, même si l’on ne peut qu’être satisfait de voir que nos 41 médailles sont réparties dans 16 sports différents, il est quand même dommage que la France soit quasiment absente des palmarès dans des disciplines aussi importantes que l’athlétisme, l’aviron, sans parler des sports collectifs. Rappelons quand même que si nous avons remporté le titre olympique en hand-ball, malgré des moyens très inférieurs aux nations que nous avons dominées, nous étions absents dans tous les autres sports collectifs, ce qui est un comble pour un pays comme le nôtre.
Mais, comment pourrait-il en être autrement alors que, contrairement à d’autres pays, nous n’avons ni véritable politique de prospection, ni véritable politique de l’élite. Quand nous avons remporté 4 titres olympiques en cyclisme sur piste…en 1968 (Morelon en vitesse, Trentin au km, Morelon-Trentin en tandem, et Rebillard en poursuite), les pouvoirs publics avaient promis que nous aurions très rapidement un vélodrome couvert destiné uniquement à la discipline. 40 ans plus tard, nous n’avons toujours pas ce vélodrome. Dans un autre ordre d’idées, le club champion de France de basket 2007, la Chorale de Roanne, a été obligé de jouer l’Euroleague dans une salle située…à 120 km (Clermont Ferrand). Sans commentaire.
Michel Escatafal
10:14 Publié dans Jeux Olympiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sport
14.08.2008
Les belles matinées de Pékin

Décidément les matinées sont belles aux Jeux Olympiques pour les Français, avec chaque jour une médaille d’or, dont une en lutte qui est une discipline que la plupart des Français ne connaissent pas, moi y compris, et qui pourtant figure parmi les sports les plus anciens qui puissent exister. C’est cela la magie des Jeux, et c’est bien ainsi. Et puis, entre hier et aujourd’hui, on a un peu moins parlé de Phelps car, s’il est le plus complet des nageurs de la planète, il n’est pas le plus rapide. Celui-ci en effet est français, et il s’appelle Alain Bernard.
C’est évidemment un exploit retentissant qu’a réalisé Bernard, car d’une part le 100 m est la distance reine de la natation, comme en athlétisme, mais aussi parce qu’après sa déconvenue en finale du relais 4X100 m, il a su se remobiliser pour remporter le titre olympique sur 100 m nage libre. Il a aussi démontré que si les Français savent être des perdants magnifiques, ils peuvent aussi répondre présent le jour J, celui où ils sont attendus. Peu de compétiteurs français ont dans l’histoire réussi ce type de performance. En tout cas en natation ce fut rarement le cas.
On a plusieurs fois connu des Français, recordmen du monde, se présenter en favoris aux Jeux Olympiques et échouer en finale. En remontant très loin, il y a eu Jean Taris en 1932 à Los Angeles qui était le favori du 400 m et qui termina 2è, puis ensuite Alex Jany, multiple recordman du monde du 100 m et du 200 m, qui ne fut même pas médaillé en individuel en 1948 à Londres, tout comme Alain Gottvalles qui termina 5è du 100 m à Tokyo en 1964, alors qu’il détenait lui aussi le record du monde. C’est pour cette raison qu’on avait peur que le syndrome de la peur fasse de nouveau ses effets, même si au vu des séries et des demi-finales on se doutait que Bernard était costaud dans sa tête.
En fait son parcours olympique ressemble beaucoup à celui de Jean Boiteux, champion olympique du 400m en 1952 à Helsinki. Comme Boiteux, Bernard figurait parmi les grands favoris. Comme Boiteux, il a pulvérisé en demi-finale le record olympique. Comme Boiteux enfin, c’est dans les 20 derniers mètres qu’il arracha la victoire pour l’emporter d’extrême justesse (6/10è pour Boiteux et 11 centièmes pour Bernard). Enfin comme Boiteux, cette médaille d’or est une première pour la natation française car, si Boiteux fut le premier nageur français champion olympique, Bernard sera pour l’éternité le premier français champion olympique du 100m.
En fait la seule réelle différence entre les deux nageurs se situe au niveau de l’âge. Boiteux avait 19 ans quand il fut champion olympique, alors que Bernard a 25 ans. Cela étant, à l’époque un nageur de 25 ans était considéré comme vieux, alors qu’aujourd’hui au même âge il a encore un bel avenir devant lui. L’immense Popov, pour ne citer que lui, était encore champion du monde du 50 m et du 100 m en 2003, à 32 ans. En parlant du titre de champion du monde, c’est à présent le seul qui manque à la panoplie d’Alain Bernard. Nul doute qu’il va réparer tout cela très vite.
Un dernier mot enfin à propos d’Alain Bernard, et je le consacrerai à son second, l’Australien Eamon Sullivan. C’est un beau perdant, car il a déclaré tout de suite après la course : « Alain mérite son titre ». Compte tenu de son parcours tout au long des Jeux cela mérite un coup de chapeau, car n’oublions pas qu’il a déjà battu deux fois le record du monde pendant les compétitions. En tout cas le 50 m qui reste à disputer, et où les deux hommes vont de nouveau s’affronter, s’annonce passionnant. Les records vont sans doute valser dans les heures qui viennent.
Espérons enfin que ce titre va permettre à Laure Manaudou de retrouver un peu de sa superbe. Sans connaître la natation, on peut quand même affirmer que même si elle a perdu beaucoup de temps dans les changements qui ont touché sa vie, elle n’a pas perdu sa classe. Alors pourquoi pas un déclic ? C’est ce que nous lui souhaitons, d’autant que c’est quand même elle qui a déclenché cette vague qui porte de nos jours la natation française.
Michel Escatafal
08:25 Publié dans Jeux Olympiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
11.08.2008
Trop, c'est trop !
Au risque de paraître iconoclaste, je m’interroge sur l’exploit que cela représenterait si Phelps gagnait 8 médailles d’or aux Jeux Olympiques, battant ainsi le record de Mark Spitz avec ses 7 médailles d'or à Munich en 1972. Loin de moi l’idée de minimiser la valeur de l’exploit, mais par rapport à certaines disciplines la natation est un peu un cas à part parmi les sports olympiques, en raison du grand nombre d’épreuves qui sont offertes aux nageurs dans les 4 styles.
Il y a le 50m, le 100m, le 200m, le 400m, le 800m, le 1500m en nage libre plus le 100 et le 200m dans les autres nages (dos, papillon et brasse), plus le 200m et le 400m 4 nages, plus les relais 4X100m, 4X200m en nage libre, plus les relais en 4 nages, plus je ne sais quoi d’autre car je suis sûr que j’oublie des épreuves. Alors comme un grand nageur est parfaitement capable d’être excellent en crawl et en papillon ou en crawl et en dos, avec autant d’épreuves à sa disposition il peut effectivement faire une véritable razzia aux Jeux Olympiques ou aux championnats du monde.
C’est un peu comme si en cyclisme sur route il y avait aux Jeux Olympiques une épreuve de 50 km, une autre de 100km, voire même une autre de 200 km, plus une course de côte de 25 km, une autre de 50 km, un contre la montre de 25km, plus un autre de 50 km, plus encore un contre la montre par équipes etc. Là aussi on pourrait très bien imaginer qu’un super crack type Merckx ou Hinault, qui étaient les meilleurs contre la montre, mais qui étaient aussi très forts en montagne, tout en étant capables de régler au sprint un peloton, puisse remporter 5 ou 6 médailles d’or. Et bien je suis heureux qu'on n'en soit pas là, et que jamais on en arrive à ces extrémités car trop, c’est trop. La remarque vaut aussi pour la gymnastique avec sa multitude d’appareils, et donc de médailles offertes aux concurrents.
Un grand champion comme Phelps n’a pas besoin d’autant de médailles d’or pour montrer qu’il est le meilleur nageur de la planète. Cela étant il faut savoir raison garder, et la multitude de titres que tel ou tel nageur peut remporter ne peut que nuire à la crédibilité de son sport, d’autant que cela dépend aussi du bon vouloir de ceux qui assurent l’organisation des épreuves. En athlétisme par exemple, il y a des Jeux Olympiques où il est impossible de doubler, par exemple le 200m et le 400m ce qui par parenthèse est nul. Malgré tout, même si c’était possible, un athlète ne pourrait pas avoir plus de trois ou quatre médailles d’or comme en témoignent les palmarès, puisque deux seulement (Jesse Owens et Carl Lewis) ont réussi le quadruplé (100, 200, 4X100m et longueur) en athlétisme depuis 1896.
En attendant, j’ai bien regretté ce matin que les Français ne privent pas Phelps d’une médaille d’or au relais 4X100m nage libre. Pourtant, comme tout le monde, je pensais que c’était gagné quand j’ai vu Bernard partir avec plus d’une longueur d’avance. Hélas, comme souvent, les Français ont échoué…de très peu. Ils font de beaux perdants, même si la performance est remarquable. Qui sait si cela ne débloquera pas Alain Bernard pour aller quand même chercher une médaille d’or sur 100m. Mais la concurrence s’annonce rude avec les deux Américains et l’Australien (Sullivan) qui a battu le record du monde. Il est vrai que réussir un parcours parfait dans un relais, et le rééditer en finale d’une course individuelle n’est pas forcément la même histoire. Je connais peu la natation, mais j’ai entendu plusieurs techniciens dire que Lezak, celui qui a avalé Bernard à la fin du relais, était surtout très fort en relais. Tant mieux si c’est vrai parce que fort il l’est, incontestablement.
Michel Escatafal
15:59 Publié dans Jeux Olympiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
07.08.2008
Le football n'a pas sa place aux Jeux Olympiques
Même s’il compte quelques vainqueurs prestigieux, même si quelques uns des plus grands joueurs de l’histoire ont inscrit leur nom au palmarès, j’ai toujours considéré que le football n’avait pas sa place aux Jeux Olympiques. Il a d’ailleurs longtemps été le symbole de l’hypocrisie du mouvement olympique, avec la participation des meilleures équipes de l’Est européen qui étaient composées de soi-disant amateurs, alors que les pays qui avaient un secteur professionnel affiché ne pouvaient envoyer que leurs amateurs. Ensuite, les meilleures nations de l’Ouest ont envoyé des espoirs ou des joueurs disons moins forts que ceux de l’équipe nationale, la vraie. Enfin, maintenant chaque pays peut faire jouer trois joueurs de plus de 25 ans…à condition que les clubs qui les emploient soient d’accord. Tout cela apparaît bien compliqué et fait désordre.
Sepp Blatter, le tout puissant patron de la FIFA, se sent soudain bien embarrassé de voir que finalement ce n’est pas lui qui commande réellement sur la planète football, mais les richissimes clubs européens. Alors si on accorde à un Ronaldinho le sésame pour participer, c’est parce que le club qui l’emploie (Milan A.C.) espère le trouver en meilleur état après trois semaines de compétition que s’il était resté découvrir les charmes plus ou moins discrets de la capitale lombarde. En revanche pour Messi c’est beaucoup plus compliqué, et Barcelone refuse de laisser partir pour la durée du Tournoi olympique son meilleur joueur.
A cela s’ajoute l’indifférence totale du public et des supporters pour les Jeux Olympiques, en ce qui concerne le football. Les supporters en France et ailleurs sont bien plus préoccupés par les renforts qui vont arriver dans leur club favori que par le tournoi olympique. Pour eux seuls comptent comme compétitions internationales, la Coupe du Monde et le Championnat d’Europe des Nations. Tout le reste appartient aux compétitions de clubs, c’est-à-dire les compétitions européennes et nationales. Pourquoi Lyon a-t-il dépensé 60 millions d’euros en transferts sans acheter une « star internationale », alors que plusieurs étaient sur le marché ? Voilà le type de question qui intrigue les supporteurs, et non de savoir quel pays va devenir champion olympique. D’ailleurs ils ne savent même pas qui participe et qui ne participe pas.
Pour revenir à l’histoire du football aux J.O., il est curieux de constater que le football est une des plus vieilles disciplines olympiques. Il a fait son entrée aux Jeux en 1908 et, sauf en 1932, il a toujours fait partie intégrante de l’histoire des J.O., y compris depuis l’apparition de la Coupe du Monde en 1930. Cela étant, comme je l’ai dit précédemment, pendant presque une trentaine d’années (à partir de 1952 jusqu’en 1980), les pays socialistes envoyaient leur meilleure formation contrairement aux nations occidentales, ce qui explique que l’on trouve au palmarès des Jeux des pays comme la grande Hongrie de Puskas, Kocsis, Czibor, Hidegkuti ou Bozsik, la Yougoslavie de Vidinic, Jusufi, Durkovic ou Galic, ou encore la Pologne de Deyna, Lubanski ou Gadocha. En revanche, pendant cette période nulle trace de pays ayant remporté la Coupe du Monde.
La France a curieusement été le premier pays occidental depuis la Suède en 1948 à remporter le titre olympique en 1984 avec des joueurs dont on pouvait dire qu’ils appartenaient à l’équipe B. On y trouvait des noms assez connus comme Rust qui était le troisième gardien des Champions d’Europe 1984, mais aussi Jeannol, Bibard, Guy Lacombe l’entraîneur de Rennes, Xuereb ou Brisson. Pas des stars, mais des bons joueurs de club. Ce fut suffisant pour battre en finale une équipe pompeusement appelé du Brésil qui, en réalité, était une équipe de club renforcée (Internacional Porto Alegre). Cela ne faisait pas trop sérieux comme compétition planétaire.
Tout cela ne peut que me conforter dans mon idée de voir le football disparaître des Jeux. Ce serait d’autant plus souhaitable que des Messi ou Ronaldinho ne peuvent que voler la vedette aux anonymes des disciplines dont on ne parle que tous les quatre ans. De plus, ce n’est pas la priorité des joueurs que de participer à ce tournoi, même si les professionnels sélectionnés et présents à Pékin se disent heureux d’être là. En revanche, je serais un peu plus circonspect pour le tennis, même si je suis a priori contre la participation des tennismen à la fête olympique.
Au moins tous les meilleurs affirment que leur but est de remporter une médaille d’or. De plus le palmarès, depuis le retour du tennis aux Jeux en 1988 chez les hommes comme chez les femmes, a fière allure avec des joueuses comme Steffi Graf, Jennifer Capriati, Lyndsay Davenport, Venus Williams, Justine Henin, et chez les hommes Mecir, Agassi, Kafelnikov, sans oublier la paire allemande Stich-Becker en double pour ne citer qu’eux. Enfin, cette année la participation sera digne d’un tournoi du grand chelem avec 17 des 20 meilleurs joueurs mondiaux et 18 des 20 meilleures joueuses. Alors va pour le tennis, mais pas pour le football.
Michel Escatafal
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05.08.2008
Souvenirs des Jeux Olympiques

La période des Jeux Olympiques est propice aux souvenirs de tous ordres parce qu’ils n’ont lieu que les années bissextiles. Alors quand il y a un évènement marquant on s’en souvient généralement pendant très longtemps. C’est aussi pour cela qu’un titre olympique est la référence suprême dans la plupart des disciplines sportives. Dans une carrière une olympiade c’est très long, et si on manque une occasion d’avoir une médaille, il faut attendre quatre ans pour espérer se rattraper. C’est d’ailleurs pour cette raison que de très grands champions, qui ont marqué l’histoire de leur sport, n’ont jamais été champion olympique (Dave Sime, Ron Clarke, Ryun, Cram, Stones etc. pour ne citer que des athlètes). A cela s’ajoutent aussi les problèmes de boycott, comme ce fut le cas en 1980 et 1984.
Mais si les Jeux Olympiques ont un tel prestige, c’est aussi parce qu’on y trouve tous les ingrédients de ce qui fait la beauté et la grandeur du sport de compétition. Pendant la période des Jeux, il y a toujours des évènements qui témoignent à la fois de l’obstination souvent payante dans le sport, de la difficulté à assumer le statut de favori, ou de la possibilité qu’a un grand champion de se surpasser quand il vient d’être confronté à l’échec, sans oublier l’extase que peut procurer une victoire inattendue, dont j’ai déjà parlé ici même sur ce site à propos de Colette Besson en 1968.
Le premier souvenir des J.O. que j’ai à titre personnel remonte à 1956, et la victoire d’Alain Mimoun à Melbourne. Evidemment je ne me rappelle pas tous les détails de ce triomphe car j’avais à peine 10 ans, mais je me rappelle quand même du gros titre du journal Sud-Ouest, qui est le quotidien de ma région d’origine, qui saluait l’exploit de Mimoun. Ce dernier en effet était un peu considéré, si j’ose l’image, comme « un poilu » de l’athlétisme français. D’abord il avait 36 ans, et tout le monde l’imaginait sur le déclin, ce qui était une évidence. Ensuite il allait disputer son premier marathon. Enfin, jusque là il n’avait jamais gagné de médaille d’or ni aux Jeux Olympiques, ni aux championnats d’Europe, qui étaient les seules grandes compétitions existantes à l’époque.
Cela dit, il avait quand même des excuses, car toute sa carrière a coïncidé avec celle d’un extraordinaire coureur appelé Emil Zatopek, sans doute un des deux ou trois plus grands coureurs de fond de l’histoire. Ce dernier réussira même un exploit extraordinaire aux J.O. d’ Helsinki en 1952, en remportant le 5 000 m, le 10 000 m et le marathon. Et derrière cet extraterrestre, qui trouvait-on ? Alain Mimoun, qui termina 2è du 10 000 m à Londres en 1948, puis 2è du 5 000 et du 10 000 m en 1952. Cela faisait donc trois médailles d’argent à son palmarès des Jeux Olympiques, mais il manquait l’or. On connaît la suite, Alain Mimoun remporta haut la main le marathon, et devint champion olympique en cette année 1956 de tous les bonheurs pour lui, puisqu’il se maria cette année-là et eut une fille qu’il appela Olympe. Enfin, dernière anecdote pour les superstitieux, on lui avait attribué le dossard n°13. Comme quoi…
Aux Jeux Olympiques, le plus difficile est parfois d’assumer le rôle de favori. J’ai parlé il y a peu de la mésaventure de Michel Jazy sur 5000 m à Tokyo en 1964. J’aurais pu aussi y ajouter celle du nageur Alain Gottvallès à ces mêmes Jeux, qui venait de battre le record du monde du 100 m nage libre à Budapest peu avant, et qui termina 5è de la finale, et bien d’autres encore dans d’autres sports qui étaient sans doute les meilleurs, mais qui ne parvenaient pas à concrétiser en grande compétition, et notamment aux Jeux. Même l’immense championne qu’était Jeannie Longo a dû attendre les Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 pour obtenir la médaille d’or olympique sur route. Et pourtant elle avait déjà dix titres de championne du monde à son actif, et elle dominait comme personne ne l’a jamais fait le cyclisme féminin sur route et sur piste.
En revanche, Guy Drut en 1976 assuma de manière extraordinaire son rôle de favori en devenant le premier non américain vainqueur du 110 m haies aux Jeux Olympiques. Quinon en 1984, en remportant la médaille d’or, confirma ce que tout le monde savait à l’époque, à savoir que la perche française était la meilleure du monde, surtout en l’absence de Bubka pour cause de boycott. Morelon, en cyclisme sur piste, confirma également avec facilité son rôle de grand favori en remportant en 1968 et 1972 le tournoi de vitesse. L’émotion n’avait pas de prise sur ces champions aux nerfs d’acier.
Enfin, il y a ceux qui savent trouver les ressources pour rebondir après un échec cruel. Pour rester dans le cyclisme sur piste, je vais parler de Florian Rousseau, le digne successeur de Morelon. Champion olympique du kilomètre à Atlanta en 1996, champion du monde de vitesse de 1996 à 1998, il paraissait imbattable en arrivant à Sydney en 2000, son seul rival semblant être son compatriote Gané qui l’avait battu contre toute attente en finale de la vitesse aux championnats du monde 1999. Or qu’arriva-t-il à Rousseau à Sydney dans le tournoi de vitesse ? Tout simplement il dut affronter Gané en ½ finale, et l’affrontement fut tellement dur que Rousseau arriva en finale complètement épuisé. Il fut donc battu par un coureur américain qu’il dominait d’habitude sans problème, un certain Nothstein qui remporta à cette occasion le seul titre de sa carrière.
Cette défaite qu’il trouvait humiliante lui donna envie de jouer sa chance à fond sur une épreuve nouvelle aux J.O., le keirin, qu’il n’appréciait pas vraiment. Il courut la finale dans un état presque second, prêt à prendre tous les risques pour démontrer qu’il restait le meilleur sprinter. Après des qualifications assez chaotiques, où il fut contraint de passer par les repêchages au premier tour, il se battit comme un lion en finale pour rester en bonne position jusqu’au dernier tour où il se savait imbattable. Il réussit, et devint le premier champion olympique du keirin. La boucle était bouclée, il pouvait se retirer en paix quelques temps plus tard, avec son image d’icône du sprint français, et devenir par la suite l’entraîneur des sprinters …sur qui nous comptons beaucoup pour avoir des médailles à Pékin. Espérons que les élèves soient dignes de leur maître.
Michel Escatafal
10:28 Publié dans Jeux Olympiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
17.04.2008
Le mal des J.O.
Je ne veux pas jouer les anciens combattants, ce que je ne suis pas ayant eu la chance de naître après la deuxième guerre mondiale, mais je voudrais rappeler que s’il y a autant de problèmes à propos des Jeux Olympiques à Pékin, c’est uniquement à cause de la démagogie et de la voracité financière du Comité International Olympique. En disant cela je pèse mes mots car, finalement, tout tourne autour de l’argent et des intrigues qui vont avec, ne serait-ce que pour désigner les villes ou régions ou états chargés d’accueillir les Jeux.
L’argent, et l’hypocrisie qui l’accompagne, a d’ailleurs toujours été un problème aux Jeux Olympiques. A cause de lui, il y a eu des Jeux un peu partout y compris dans des endroits peu fréquentables, notamment à Berlin en 1936, où chacun savait (ou aurait pu imaginer) que c’était le dernier coup de pouce à donner à un régime abject qui commençait à effrayer toute l’Europe. Pour d’autres raisons, à cause de l’argent aussi, il y a eu pendant très longtemps un affrontement qui n’a pas toujours été à armes égales, entre les ressortissants des pays communistes de l’Est européens, véritables athlètes d’Etat donc professionnels, et ceux des pays occidentaux qui étaient amateurs.
Même s’ils arrivaient peut-être à toucher un peu d’argent sous une forme ou une autre, ces derniers risquaient la suspension à vie s’ils étaient seulement soupçonnés de professionnalisme. Quelle pudibonderie de la part des membres du CIO et notamment de son président dans les années 50 ou 60, Avery Brundage, qui si mes souvenirs sont bons était lui-même milliardaire. Dans ces conditions, il était de règle de voir des athlètes ou des nageurs, pour ne citer qu’eux, arrêter très tôt leur carrière sportive (avant 20-25 ans) pour préparer et assurer leur avenir ailleurs, dans la mesure où leur sport n’était pas admis au professionnalisme. Ce fut le cas jusque dans les années 80.
Ensuite, avec l’arrivée de Monsieur Antonio Samaranch à la tête du C.I.O., on ouvrit toutes grandes les vannes de l’argent pour que celui-ci coule à flots. Les résultats ont dépassé toutes les espérances, d’autant que cette ouverture a presque coïncidé avec l’effondrement du communisme. Le capitalisme triomphant allait s’emparer aussi des Jeux Olympiques, et rien ne serait trop beau, ni trop grand, pour cette manifestation planétaire chaque année bissextile. Mais comme chacun sait l’argent ne fait pas le bonheur, et il n’a pas fait celui des J. O.
Les Jeux Olympiques où les participants étaient surtout heureux de participer appartiennent plus que jamais au passé. De nos jours il faut gagner à tout prix, ou au moins obtenir une médaille. Quand je dis à tout prix, tout le monde comprend que je fais allusion au dopage qui, toutefois, existait bien avant l’ère Samaranch plus particulièrement dans les pays de l’Est (dopage d’Etat). Il en est de même de l’époque où les Jeux Olympiques permettaient à certains sports, parmi les plus anciens, d’exister grâce à eux sur le plan international. Enfin, les compétiteurs qui se retrouvaient tous pendant quelques semaines dans le village olympique, image suprême de la fraternité sportive notamment pendant la guerre froide, sont de moins en moins nombreux, les stars préférant une suite dans un hôtel prestigieux.
Tout cela était prévisible, mais aujourd’hui les Jeux Olympiques sont devenus une machine infernale où ses membres, et notamment son président, sont plus puissants que des chefs d’Etat. Pourquoi ? Parce que leur pays a parfois besoin des Jeux pour asseoir son assise internationale, comme ce fut le cas en 2001 pour la Chine, ou pour revigorer provisoirement son économie comme pour la Grèce la fois précédente, sans oublier les arrière-pensées électorales de ceux qui promeuvent une candidature, et là les exemples sont encore plus nombreux. Bien entendu tout cela n’est pas sans risque sur l’équité sportive, ni sur l’évolution du sport dans certaines disciplines.
Ainsi certains sports qui n’ont rien à faire aux Jeux Olympiques, y ont été admis presque sans l’avoir demandé, parce que leur attraction télévisuelle est indéniable, donc susceptible de rentabilité pour des médias tels que NBC ou TF1. En revanche, les sports dits mineurs n’intéressent plus personne ou presque parce qu’une médaille en lutte, en haltérophilie ou au tir à l’arc n’a aucune valeur marchande.
Pour ma part, même si je n’ai aucune compétence technique sur ces sports, je me souviens très bien des deux médailles d’argent en lutte de Daniel Robin aux J.O. de Mexico, ou de la médaille d’argent de Daniel Senet aux J.O. de Montréal en haltérophilie. A l’époque ils avaient été fêtés comme il se doit sur le plan national. Ce ne serait plus le cas aujourd’hui et c’est dommage, car les efforts faits par ces compétiteurs sont aussi importants que ceux des stars de l’athlétisme, sans parler des sacrifices de tous ordres y compris financiers.
Pire encore, pour faire de la place à certains sports à la mode, le beach- volley par exemple, on n’hésite pas à diminuer le nombre d’épreuves dans certaines disciplines, voire à menacer de supprimer des sports plus anciens. C’est le cas de l’escrime qui a perdu les épreuves par équipes de fleuret masculin et d’épée féminine, alors qu’il y avait une grande tradition olympique. Il en est de même pour le kilomètre en cyclisme sur piste, et nous pourrions citer de nombreux exemples comme ceux-là. La boxe elle-même fut un temps menacée, alors que les Jeux Olympiques ont révélé quelques uns des plus grands champions de l’histoire de ce sport (Patterson, Ali, Foreman, Leonard etc.).
En outre, après avoir attiré les basketteurs professionnels de NBA, les joueurs de tennis, les coureurs cyclistes sur route, on rêve de séduire les footballeurs, les rugbymen et les golfeurs. Là ce serait « du lourd » en termes de notoriété et en retombées financières, à condition toutefois que ces derniers jouent davantage le jeu que les stars américaines de la NBA, pour qui les Jeux sont loin d’être une priorité, ou que les joueurs de tennis beaucoup plus intéressés par une victoire à Wimbledon, Roland-Garros ou Flushing Meadow. Il est vrai que pour Kobe Bryant, Amare Stoudemire ou Roger Federer, une victoire aux J.O. ne leur apporterait rien en termes de notoriété (ils n’en ont pas besoin), ni sur le plan financier (ils n’en ont pas davantage besoin). La remarque vaut pour les meilleurs footballeurs ou pour Tiger Woods le golfeur.
En conclusion, je vais redire une nouvelle fois qu’il est bien triste de voir le sport et les Jeux Olympiques à la totale merci de l’argent. Je dirais aussi que ce qui arrive aux dirigeants du C.I.O. avec les Jeux de Pékin, ne m’attriste pas plus que cela. S’ils avaient donné les Jeux ailleurs qu’à Pékin en 2001, par exemple à Toronto, Paris ou Osaka qui étaient aussi des villes candidates, ils n’auraient pas ce type d’ennuis. Il y aurait encore moins de risque si les Jeux avaient lieu tous les quatre ans dans une ville désignée à cet effet. Seulement voilà, le facteur économique reste le plus important.
Cela étant, le Comité Olympique International avait simplement oublié que certaines personnes sur cette terre ont quelques valeurs enfouies au fond de leur conscience, et comme elles rencontrent un écho de plus en plus important dans ce monde de marchands, les manifestations hostiles ne font que commencer. Espérons toutefois que ce ne sera pas un simple feu de paille, car les différents gouvernements des grands pays, entre autres la France, vont mettre toute leur énergie à éviter des difficultés à leur ami chinois, tellement important sur le plan commercial.
Michel Escatafal
09:52 Publié dans Jeux Olympiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : débats de société
