07.10.2009

Le XV de France encore en chantier

lièvremont.jpgChaque automne le débat sur l’équipe de France resurgit avec plus ou moins d’acuité, surtout si les résultats n’ont pas été à la hauteur au cours de l’hiver et du printemps précédents. Et force est de constater que cette année encore, malgré une victoire contre les Gallois dans le Tournoi et les All Blacks au cours de la tournée aux Antipodes, le bilan de son sélectionneur, Lièvremont, est très mitigé. Il l’est d’autant plus qu’est venu se greffer l’affaire Bastareaud pendant la tournée en Nlle Zélande, que le staff de l’équipe de France et la Fédération n’ont pas su gérer. Et bien entendu si on regarde les journaux spécialisés, chacun a sa solution pour faire décoller, enfin, le XV de France à deux ans de la prochaine Coupe du Monde, puisque dans le rugby professionnel c’est l’épreuve qu’il faut obligatoirement gagner pour être une grande nation de rugby.

Or parmi celles qui depuis une cinquantaine d’années peuvent  revendiquer l’appellation, seules la France et le Pays de Galles ne l’ont pas gagné. C’est tout de même fâcheux et, pire encore, quasiment personne ne parierait un euro, une livre ou un dollar sur les chances de victoire de notre équipe nationale en 2011. C’est triste comme constat, mais c’est ainsi. Cela étant la question qui se pose un peu partout, est celle de savoir si c’est déjà trop tard pour inverser cette tendance. Attendons de voir comment notre quinze national va négocier les tests de novembre, puis ensuite le Tournoi des 6 Nations. A la fin du mois d’avril l’an prochain nous en saurons davantage. Du moins on l’espère.

Reste le débat qui agite le Landernau du rugby, à savoir la formation d’une équipe, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est toujours en chantier depuis la fin de la dernière Coupe du Monde. Marc Lièvremont, le sélectionneur, a fait un gros brassage de joueurs au cours de sa première année en poste. Tout le monde pensait à la fin du tournoi 2008 qu’il avait son ossature, et que son groupe tournerait autour de cette ossature. En fait il n’en était rien, et ce n’est pas avec la tournée de fin de saison 2008, sans les joueurs qualifiés pour les ½ finales du championnat, qu’il allait apprendre quelque chose de plus, sauf à envoyer des « Marie-Louise » se faire massacrer par les Australiens.

Cette année, pour le tournoi des 6 Nations, certains joueurs jugés indispensables un an auparavant ne l’étaient plus. D’autres le sont peut-être devenus. Bref c’est encore le gros chantier et,  contrairement à la période avec Laporte, on ne gagne plus rien. Il va donc falloir que Lièvremont et ses adjoints trouvent une équipe, sinon cela pourrait nous coûter de grosses déconvenues. Rappelons quand même que l’Angleterre a gagné la Coupe du Monde 2003 avec une équipe quasiment inchangée depuis 3 ans. Mais que faut-il faire ? Ce n’est pas moi qui vais le dire, pas plus que les sélectionneurs de « cafés du commerce ». Pour ma part je ne joue pas au sélectionneur, car il y a des gens qui ont un vécu de rugby largement supérieur au mien qui, eux-mêmes, semblent patauger.

Cela dit, il y en a certains qui croient avoir trouvé la formule en faisant appel à des étrangers. En rugby, point n’est besoin d’avoir un passeport national pour jouer en équipe nationale, contrairement à la plupart des autres sports. Il suffit d’être en France depuis 3 ans, et ne jamais avoir connu de sélection auparavant, y compris chez les jeunes ou au rugby à 7. Donc certains regardent les joueurs susceptibles de venir renforcer l’équipe de France pour 2011…et constatent que rares sont les sélectionnables étrangers supérieurs poste pour poste à leurs concurrents français. Vous me direz que c’est normal puisque les meilleurs étrangers (Wilkinson, Kelleher, Steyn, Van Niekerk, Albacete…) comptent tous un nombre considérable de sélections dans leur pays.

Quant aux autres, pour la plupart, ils sont venus chez nous car ils sont moins chers que les joueurs français, surtout si ces derniers comptent quelques sélections en équipe de France. Restent alors des joueurs comme S.B. Williams ou Gasnier issus du XIII qui, par conséquent, n’ont jamais représenté l’équipe de leur pays à XV. Certes, mais S.B. Williams est déjà dans le collimateur des Néo-Zélandais. Quant à Gasnier, il sera dans le même cas de figure s’il fait chaque dimanche, et notamment en Coupe d’Europe, des matches comme celui qu’il a fait contre Brive. En plus il sera en fin de contrat en fin de saison. On le voit ce serait bien imprudent de compter sur eux pour la Coupe du Monde 2011. Alors que le sélectionneur et ses adjoints fassent le boulot, et s’ils n’y arrivent pas, qu’ils laissent la place.

Un dernier mot enfin, pour dire que cette période que nous vivons avec le XV de France me fait penser à l’année 1972, où les sélectionneurs de l’époque ne cessèrent de procéder à des changements d’un match à l’autre. Il y en eut 5 pour former l’équipe qui débuterait le tournoi contre l’Ecosse, par rapport au match précédent contre la Roumanie qui, pourtant, avait été battue 31 à 12. Contre l’Ecosse le XV de France perdit 20 à 9. Ensuite on fit 4 changements, avec 7 Biterrois dont le cinq de devant contre l’Irlande, ce qui n’empêcha pas la France d’être battue (chez elle) 14 à 9 par l’Irlande. Contre l’Angleterre on changea 10 joueurs, mais heureusement le quinze de la Rose n’avait rarement présenté une équipe aussi faible, ce qui permit à l’équipe de France de l’emporter 37 à 12 à Colombes. Contre Galles enfin, on garda la même équipe, mais cette fois les Gallois avec leur fameuse paire de demis Edwards-Barry John étaient trop forts, et ils l’emportèrent 20 à 6 avec 3 essais. Ce jour-là Dauga disputa son dernier match international.

On le voit, le fait de changer sans cesse de joueurs n’est jamais une réussite. Heureusement cette année-là le Tournoi ne compta pas puisque Ecossais et Gallois avaient refusé de se rendre en Irlande en raison des graves évènements qui avaient ensanglanté le pays. Toutefois les Français, à la demande des Irlandais, avaient participé à un deuxième match à Dublin contre l’Irlande pour remplir les caisses de la fédération irlandaise, et avaient perdu 24 à 14. Les Français qui avaient encore changé 3 joueurs avaient une nouvelle fois montré leurs limites…faute de pouvoir s’appuyer sur une véritable méthode de jeu. On y revient toujours. Pour l’histoire, les Français feront un peu mieux l’année suivante avec 5 victoires (Ecosse, Nlle Zélande, Galles, Japon et Roumanie) pour 2 défaites (Angleterre et Irlande).  L’année 1973 sera aussi historique à sa façon puisque toutes les équipes terminèrent le Tournoi à égalité avec 4 points, chacune ayant gagné deux matches.

Michel Escatafal

03.10.2009

Heureux Brésiliens!

cruz.jpgcielo.jpgAinsi Rio de Janeiro a été désignée pour accueillir les Jeux Olympiques en 2016. Pourquoi pas ? Si on regarde la concurrence il n’y avait que des villes représentant des pays ayant déjà accueilli les Jeux, parfois même depuis peu. Les Etats-Unis ont eu les Jeux de 1984 à Los Angeles, puis ceux de 1996 à Atlanta. L’Espagne de son coté a eu ceux de Barcelone en 1992. Quant à Tokyo, cela remonte à plus loin (1964), mais pour les gens qui ont plus de 50 ans cela ne fait pas très longtemps. En revanche, jamais l’Amérique du Sud n’avait obtenu l’organisation des J.O., et qui mieux que le Brésil pouvait organiser cet évènement planétaire sur le continent sud-américain.  Pour mémoire, je rappellerais que le Brésil se rapproche à grand pas des dix plus grandes puissances économiques dans le monde, qu’il est peuplé de plus de 190 millions d’habitants…et que c’est un pays qui compte dans le sport.

Certes, il compte surtout à travers quelques disciplines comme le football, le volley-ball, le beach volley, la Formule 1, ce qui explique qu’il n’ait remporté que 12 médailles d’or en tout aux Jeux Olympiques. Malgré tout c’est quand même un pays sportif, avec quelques stars planétaires qui sont considérés comme les plus grandes de l’histoire de leur discipline. Je n’en citerais que deux, Pelé et Ayrton Senna. Aujourd’hui je pense que leur sportif numéro un s’appelle Cesar Cielo, champion olympique en natation du 50 m libre et double champion du monde du 50 et du 100m, distance dont il détient le record du monde.

Ils ont eu aussi un numéro un mondial en tennis avec Gustavo Kuerten, 3 fois vainqueur à Roland-Garros, mais aussi quelques athlètes de très haut niveau, notamment dans l’épreuve du triple saut. Les meilleurs d’entre eux ont été Da Silva (champion olympique en 1952 et 1956), Prudencio (fin des années 60) et de Oliveira (années 1970), sans oublier Esmeralda Garcia chez les féminines au milieu des années 80. Tous ces athlètes ont détenu le record du monde. On n’oubliera pas non plus Joaquim Cruz qui fut champion olympique du 800m en 1984, battant notamment Sebastian Coe.

Grâce à ces Jeux Olympiques de 2016, le Brésil va être paré sur le plan des infrastructures sportives pour des décennies, dans la mesure où il va aussi organiser la Coupe du monde de football en 2014. Heureux Brésiliens, surtout si nous faisons la comparaison avec la France qui, de son coté, n’a pas organisé les Jeux Olympiques depuis 1924. En disant cela j’avoue un regret, mais si nous n’avons pas obtenu cette organisation c’est que sans doute nous ne le méritions pas. En attendant, nous sommes un pays en voie de développement sur le plan des infrastructures.

Passons à autre chose maintenant pour regretter que le C.I.O. (Comité International Olympique) fasse joujou avec le programme de certains sports, faisant fi de la tradition. Je veux bien que les gens du C.I.O. ne soient pas des spécialistes de toutes les disciplines, mais je pense qu’ils devraient laisser aux fédérations le choix des épreuves, et non imposer des règles qui ne correspondent pas nécessairement à ce qui a fait la grandeur de tel ou tel sport. Prenons le cas du vélo : on a déjà supprimé le km, épreuve emblématique du cyclisme sur piste, qui existait depuis 1928 (vainqueur l’Américain Gray en 1mn 13s), et bien maintenant c’est le tour de la poursuite individuelle, alors que cette épreuve figure au programme des J.O. depuis 1964 à Tokyo (victoire du Tchèque  Daler en 5mn 04s sur 4 km). En outre la poursuite individuelle est inscrite au programme des championnats du monde depuis 1946 (amateurs et professionnels), et a vu triompher des coureurs comme Coppi, Rivière ou Francesco Moser chez les professionnels, ou Baldini chez les amateurs, tous anciens recordmen de l’heure.

Bien sûr on peut me faire remarquer que j’aime particulièrement le vélo et son histoire, ce qui est tout à fait exact, et que l’omnium rassemble toutes les épreuves de la piste avec un sprint lancé de 200m, un scratch de 5 km, une poursuite de 3 km, une course aux points de 15km avec 6 sprints, et un c.l.m. de 1 km. Il n’empêche, pour tous les amateurs de vélo, l’absence de la poursuite individuelle aux J.O. s’ajoutant à celle du km serait un rude coup. Mais il va falloir  s’y faire,  car le C.I.O. a décidé qu’il n’y aurait que 5 épreuves (vitesse, vitesse par équipes, keirin, poursuite par équipes et omnium) chez les hommes comme chez les femmes qui, jusqu’à présent, n’avaient droit qu’à 3 courses contre 7 aux hommes. Cela dit,  j’observe que sur les 5 épreuves prévues il y en a quand même 2 qui appartiennent à la grande tradition olympique, la vitesse et la poursuite olympique avec 4 coureurs. Heureusement !

Evidemment cette modification des épreuves cyclistes sur piste ne sera pas pour les Brésiliens un sujet de préoccupation important, car jusqu’à présent ils n’ont guère brillé dans le cyclisme sur piste contrairement, par exemple, à leurs voisins argentins qui ont remporté la médaille d’or à Pékin de l’Américaine (hommes). Je ne leur connais qu’un titre de champion du monde juniors en 1982 dans la course aux points, remporté par Mauro Ribeiro qui n’a d’ailleurs pas laissé de trace chez les professionnels, y compris sur route (3 victoires). Ils n’ont pas brillé davantage chez les routiers, même si je connais un coureur brésilien qui court chez Liquigas avec Basso et Kreuziger, dont le nom est Fischer. Cela dit son classement UCI ne le situe qu’à la 232è place, avec seulement 2 points marqués. La mondialisation du vélo n’a pas encore touché le pays des Carioca, mais le fait que les J.O. se déroulent au Brésil pourrait les aider à développer des écoles de cyclisme. En tout cas, ils auront un beau vélodrome à leur disposition à partir de 2016. A cette date peut-être aurons-nous le nôtre ? Après tout nous l’attendons depuis les titres de Trentin (km et tandem avec Morelon), Morelon (vitesse) et Rebillard (poursuite) en 1968.

Michel Escatafal

29.09.2009

L'intérêt supérieur du rugby...

bastareaud.jpgDécidément le rugby français marche sur la tête, et je pèse mes mots. On se moque de qui avec l’affaire Bastareaud ? Certes il n’y a pas eu mort d’homme, et j’étais le premier à réclamer des mesures justes vis-à-vis d’un jeune joueur qui avait fait une faute suffisamment grave pour être sanctionnée, mais qui en revanche ne méritait pas une longue suspension comme s’il avait blessé gravement un autre joueur. Et c’est pour cela que je suis très à l’aise pour dire que les responsables de la FFR (Fédération française de rugby) se sont montrés particulièrement nuls quant au jugement de cette affaire, celle-ci ayant eu des résonances au plus haut niveau gouvernemental. Rappelons pour mémoire, que Mathieu Bastareaud a menti sur une prétendue agression dont il aurait été victime au petit matin, pendant la tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande l’été dernier. Ce mensonge avait même provoqué un début de crise diplomatique entre la France et le pays des All Blacks, une tâche dans le décor du rugby français.

 

Pour revenir à la sanction, je croyais que la FFR allait quand même marquer le coup, car apparemment un incident comme celui-là n’était jamais arrivé à ma connaissance. En plus, personne ne semble être réellement au courant de ce qui s’est passé. Rien que pour cela il fallait que Bastareaud soit sanctionné, ne serait-ce que pour rappeler que quand on a la chance de porter le maillot de l’Equipe de France, on essaie de se comporter dignement si on décide de faire une petite sortie. Certes, comme disent certains dirigeants ou entraîneurs, après tout Bastareaud n’a que 21 ans ! Et alors serais-je tenté de répondre, cela veut-il dire que parce qu’on a une vingtaine d’années on est totalement irresponsable ? Ridicule comme argument, surtout venant de la part des entraîneurs qui, a priori, sont des éducateurs. Quant aux dirigeants, ils ne voient que le handicap que va subir leur club si le joueur est suspendu. En outre il arrive souvent que ce sont des gens qui ont découvert le rugby…à travers leur fonction de dirigeant, ce qui ne les excuse pas pour autant.

 

Donc pour revenir à Bastareaud, il ne sera même pas suspendu trois mois puisque sa peine a été ramenée à l’exécution d’activités d’intérêt général. Autant dire, rien du tout ! Cela n’a pas empêché la Commission de la FFR de se ridiculiser un peu plus en disant, à propos de la faute qu’elle reproche à Mathieu Bastareaud, qu’elle constitue « une atteinte à l’intérêt supérieur du rugby ». Rien que ça ! Alors comment se fait-il que le joueur s’en tire aussi bien si « l’intérêt supérieur du rugby » a été atteint ? Incompréhensible ! En fait cette sanction de pure forme fait plaisir à la fois aux responsables du Stade Français, à commencer par son président Max Guazzini, et à Marc Lièvremont qui d’ailleurs ne s’en cache pas, puisqu’il a affirmé que la sanction infligée à Mathieu Bastareaud « était bonne » et que le joueur « était sélectionnable ». Simplement on n’ose pas le sélectionner pour les test-matches de novembre, notamment contre…les All Blacks.

 

Autre chose, toujours à propos du sélectionneur, pourquoi dit-il qu’il y aurait beaucoup à dire sur cette histoire, et la façon dont elle a été traitée dans les médias ? Après tout si les médias en ont parlé c’est bien parce qu’il y a eu quelque chose. On ne va pas reprocher à ces mêmes médias d’avoir rapporté les propos de Mathieu Bastareaud, ce dernier disant qu’il avait été agressé, avant d’affirmer quelques jours plus tard que ce n’était pas vrai. Il ne faut quand même pas inverser les rôles ! Si l’image du rugby a été salie, pour parler comme Lièvremont, ce n’est pas la faute des gens qui ont rapporté des faits qu’on leur a livrés ou qui les ont commentés. En revanche je pense que, quoi qu’en pense le sélectionneur, cette histoire a été mal gérée en termes de communication par le staff du XV de France. Et si Mathieu Bastareaud est affecté par cette affaire, ce que je veux bien croire, c’est la moindre des choses, et c’est même en quelque sorte sa punition puisqu’il n’a pas été puni par les dirigeants de sa fédération.

 

Un dernier mot enfin, qui figure dans les communiqués délivrés à la presse, et qui ne manque pas de sel : Mathieu Bastareaud ne fera pas appel de la sanction qui est censé le frapper. Et pour cause, comme l’a dit son avocat : «  nous avions sollicité que la sanction (3mois de suspension) soit ramenée à des activités d’intérêt général, et ces activités se dérouleront du 1er octobre 2009 au 30 juin 2010. Mathieu Bastareau a considéré que le fait d’aller consacrer de son temps auprès de clubs, et notamment d’équipes de jeunes, était une sanction positive et il l’a acceptée ». Finalement, il ne reste plus à la FFR qu’à remercier Bastareaud. Reconnaissons que si le rugby professionnel en est là, il ne tardera pas à souffrir des mêmes dérives que le foot business ou la Formule1.

 

Et dire qu’il y a 56 ans (en 1953), un des plus fameux ¾ centres de l’histoire du rugby, Jean Dauger n’a pu jouer en tout et pour tout qu’un seul match du Tournoi des 5 nations…parce qu’il avait commis le crime d’avoir joué à XIII en junior. Thomas Manterola, excellent pilier lourdais de cette époque (6 fois champion de France entre 1952 et 1960), n’aura même pas cette chance parce son amateurisme n’aurait pas été irréprochable…aux yeux des Britanniques. Heureusement que tout cela a évolué, et que la France du rugby n’a plus peur comme autrefois des sanctions de ces mêmes Britanniques. La preuve en a été donnée avec Jean-Pierre Garuet, lui aussi pilier lourdais (des années 1980). Celui-ci, en effet, connut le déshonneur d’être le premier Français expulsé en test-match, contre l’Irlande en 1984, l’arbitre ayant cru distinguer une fourchette du joueur français sur le 3è ligne irlandais O’Driscoll, lequel se refusa à tout commentaire sur l’incident.

 

Garuet dut même endurer au banquet d’après-match la vindicte du président de la FFR, Albert Ferrasse, qui le traita d’« imbécile», ce qui n’a pas plu au capitaine de l’époque, J.P. Rives, qui prit la défense de son joueur sous les applaudissements de ses équipiers. Après une suspension de 3 mois, effective celle-là, il allait reprendre le cours de sa carrière et ajouter 36 sélections (jusqu’en 1989) aux 4 qu’il comptait déjà. Espérons pour Bastareaud qu’il se fasse la même place que Garuet dans l’histoire du rugby français. S’il y parvient, son affaire ne sera plus qu’une anecdote supplémentaire dans le monde du rugby professionnel, même si elle n’a rien de glorieux.

 

Michel Escatafal