01.11.2009

Deux poids, deux mesures...

agassi.jpgJe ne sais pas si c’est un coup de pub avant la sortie de son livre autobiographique le 9 novembre, ou bien s’il s’agit d’un sincère remord tardif, mais André Agassi a jeté un fameux pavé dans la mare en avouant son assuétude passagère à une drogue synthétique, et qu’il avait menti après un contrôle antidopage positif, évitant ainsi des sanctions qui auraient pu briser sa carrière. Cela étant, imaginons un instant ce qui se serait passé si au lieu d’être Agassi c’eut été …Lance Armstrong. Je vois d’ici tous les censeurs se jeter sur le septuple vainqueur du Tour, alors que finalement on a presque l’air de passer par pertes et profits les écarts d’Agassi. Deux poids, deux mesures comme je ne cesse de le dire !

 Autre chose choquante révélée par Agassi dans son livre si l'on en croit ce qu'en dit la presse, le joueur américain n’aimait pas jouer au tennis. C’est quand même quelque chose de surréaliste de la part d’un joueur qui a beaucoup gagné au tennis (8 titres en grand chelem), ce qui lui a permis aussi d’amasser une belle fortune. En revanche pour rester sur la comparaison avec Armstrong, celui-ci aime tellement le vélo qu’il a repris la compétition à 37 ans après 3 ans d’arrêt, au risque d’ailleurs d’écorner quelque peu son image d’icône absolue du cyclisme des années 2000.

Pour revenir à Agassi, notons son horrible mensonge qui lui a permis de duper l’ATP (association des joueurs) en affirmant qu’il avait absorbé de la métamphétamine par accident, croyant boire du soda. Un soda qui avait sans doute un drôle de goût ! Cela fait penser à certaines excuses loufoques dans d’autres sports, qui permettent à ceux qui sont pris au contrôle d’éviter toute sanction, alors qu’en cyclisme on peut remonter des années en arrière pour confondre les contrevenants et annuler leurs résultats. De quoi être révolté quand on aime le vélo, même si l’on apprécie les autres sports. Heureusement qu’Agassi a reconnu avoir eu honte et promis qu’on ne l’y reprendrait plus !

En tout cas tout cela n’est pas très glorieux pour les instances dirigeantes du tennis surtout s’il est vrai, comme l’affirment certains journaux, qu’on ait voulu couvrir « un des plus brillants représentants de ce sport ». Là aussi on mesurera la différence avec les instances dirigeantes du cyclisme, qui n’ont  pas eu peur de suspendre pour deux ans quelques uns des coureurs les plus représentatifs, par exemple Ullrich, Basso, Vinokourov ou Di Luca, tous vainqueurs d’un ou plusieurs grands tours.

Toutefois, et c’est rassurant, nombre de tennismen anciens ou en activité n’hésitent pas à militer pour imposer des règles très strictes au tennis pour lutter contre le dopage. Plusieurs, et non des moindres, tels Roger Federer et Rafaël Nadal, n’ont pas hésité à se déclarer déçus par cette affaire. Malgré tout cela ne va pas porter tort à André Agassi sur le plan financier les gens voyant, nous-dit-on, cette affaire comme une confession. C’est surtout ce que pensent les sponsors qui, reconnaissons-le, ne sont pas très regardants. Comme disent certains, la faute est ancienne donc on ne s’en occupe plus d’autant qu’il a avoué. D’autres estiment qu’à coté de ce qu’il a fait de positif (sic) depuis des années, tout cela n’a que peu d’importance. Ben voyons !

Et pendant ce temps un coureur allemand, Andreas Klöden,  a accepté de payer une amende de 25.000 euros pour mettre un terme à une enquête sur son implication présumée dans une affaire de dopage…qu’il a toujours niée et pour laquelle il n’a jamais été contrôlé positif. En outre, il faut noter que ce paiement de 25.000 euros n’est en aucun cas considéré par le tribunal de district de Bonn comme un aveu de culpabilité. Bref, Klöden paye pour qu’on le laisse en paix sur une affaire où on ne peut rien lui reprocher de tangible. En revanche Agassi continue à gagner des fortunes alors qu’il reconnaît avoir sciemment floué les instances du tennis, et par extension les fans de ce sport…qui en avaient fait pour beaucoup leur idole.

Certes, on me fera remarquer que le couple Agassi-Steffi Graf fait dans l’humanitaire, en offrant des programmes individuels pour les enfants défavorisés désirant faire des études supérieures, ou pour venir en aide aux enfants victimes de la guerre ou autres formes de violence. Très bien, et même bravo ! Cela dit, l’un et l’autre ont gagné tellement d’argent qu’ils sont sans doute à l’abri du besoin pour des générations. Et puis la vente de ce livre, qu’on va s’arracher dans le monde entier, va leur rapporter encore des millions d’euros d’autant qu’Agassi est connu partout dans le monde occidental et en Asie.

En revanche, si Klöden s’avisait à écrire un livre autobiographique il ne se serait sûrement pas accueilli de cette manière par les médias…et ce livre ne lui rapporterait rien du tout. Il a pourtant terminé deux fois à la deuxième place du Tour de France, et a gagné notamment Paris-Nice, le Tour de Romandie et le Tour du Pays Basque. Seulement voilà, c’est un coureur cycliste donc victime de toutes les suspicions, alors que son sport est sans aucun doute le plus dur…et le plus contrôlé de tous en matière de dopage. Le monde est vraiment cruel !

Michel Escatafal

29.10.2009

Le fuoriclasse madrilène

contador verbier.jpgPour Alberto Contador l’année 2009 aura été celle de tous les succès ou presque. Elle a été d’autant plus belle qu’il a eu à affronter la vedette absolue du cyclisme du début du 21è siècle, Lance Armstrong. J’ajouterais même que sans le retour d’Armstrong, son succès dans le Tour de France 2009 eut été loin d’avoir le même éclat. Certes,  n’en déplaise à ses laudateurs, le septuple vainqueur du Tour n’était pas de taille à lutter avec Contador, mais il avait avec lui un atout considérable, à savoir une équipe à sa totale dévotion ou presque. En fait compte tenu de l’absence dans la course de Benjamin Noval, son ami et confident dans le peloton, on peut même dire qu’Alberto Contador se sentait extrêmement seul dans cette équipe Astana. Cela a même fait dire à certains qu’il avait gagné le Tour tout seul, ce qui d’ailleurs était la marque d’une méconnaissance totale de ce sport.

Cela dit Contador n’a pas gagné que le Tour, et même si sa saison l’an passé paraissait un peu plus fournie en grandes victoires avec le doublé Giro-Vuelta, il a quand même animé avec brio toutes les courses par étapes  auxquelles il a participé. On n’oublie pas ses victoires d’étapes dans Paris-Nice, notamment la montée de Lure, mais aussi ses premières places au Tour d’Algarve et au Tour du Pays Basque, qui est devenu aujourd’hui une épreuve de référence parmi les belles courses à étapes. Certes ses qualités de grimpeur peuvent s’exprimer pleinement dans ce type d’épreuve, mais il a aussi gagné l’étape contre-la-montre, ce qui n’est pas une surprise tellement il est devenu un des tous meilleurs rouleurs du peloton, comme il l’a démontré à Annecy pendant la « grande boucle » en battant Cancellara.

Tout cela lui a valu de terminer  à la première place du classement mondial UCI, et d’être élu Vélo d’Or pour la 3è année consécutive. Par parenthèse  l’Espagne est  omniprésente dans ce classement UCI, puisque le second de Contador est Valverde, vainqueur entre autres de la Vuelta et du Dauphiné Libéré. Quand au 3è de ce classement mondial, le champion olympique Samuel Sanchez, s’il n’a pas gagné d’épreuves du Pro Tour il a fait preuve d’une grande régularité au cours de la saison, avec notamment une belle seconde place au Tour d’Espagne. Ensuite on trouve deux coureurs qui ont connu des fortunes diverses en cours de saison, mais qui ont réussi un ou deux exploits majeurs.  Andy Schleck (4è)  a remporté Liège-Bastogne-Liège et a terminé second du Tour, et Cadel Evans (5è) a remporté le titre de champion du monde après avoir connu beaucoup de malheurs pendant le Tour de France. A noter que le premier Français, SylvainChavanel, est 22è de ce classement mondial, loin devant  Fédrigo qui occupe la 51è place. Quelle tristesse pour le pays de Bobet, Rivière, Anquetil, Poulidor, Hinault, Fignon ou Jalabert ! Toutefois la France a peut-être trouvé son champion  avec Sicard, champion du monde de la catégorie espoir et vainqueur du Tour de l’Avenir.

Refermons cette longue parenthèse pour revenir à Contador qui pour moi, comme pour beaucoup de coureurs et de suiveurs, est un véritable super crack. D’abord, comme tous les plus grands, il a gagné très tôt le Tour de France (24 ans). Ensuite il est devenu très rapidement un coureur complet, comme le furent quelques uns des plus grands grimpeurs qui ont marqué l’histoire du cyclisme. Bartali a gagné nombre d’étapes contre-la-montre, comme plus tard Charly Gaul qui a même battu  Anquetil dans le Tour de France 58 (Châteaulin 46 km). Quant à Fausto Coppi, il figure à la fois parmi les plus grands rouleurs et les meilleurs grimpeurs de tous les temps. Incontestablement Contador est en bonne compagnie.

Les grimpeurs ont été longtemps catalogués en deux catégories, avec des coureurs comme Bartali et Coppi capables de passer plusieurs cols en tête dans la même journée, et d’autres comme Contador qui font le dernier col de l’étape à une allure extraordinaire, après un démarrage qui laisse sur place ses adversaires. Dans les deux cas, les grands grimpeurs font un maximum de dégâts chez la concurrence, et plus encore si j’ose dire si les conditions de course sont très dures. Autre caractéristique, les grimpeurs se révèlent très tôt dans la carrière car ils peuvent exploiter rapidement ce don particulier qui les rend irrésistible. Parmi les coureurs en activité Andy Schleck, sans aucun doute le meilleur grimpeur après Contador, n’a que 24 ans. Bartali et Coppi étaient déjà les meilleurs en montagne à 20-22 ans. Charly Gaul a commencé à marquer les esprits à l’âge de 23 ans. Quand à Contador, tout le monde se rappelle ses démarrages dans le premier Tour de France qu’il a remporté (en 2007) dans le col de Peyresourde ou au Plateau de Beille, alors qu’il avait 24 ans.

Ces fameuses attaques de Contador * parlons-en, notamment celles qu’il avait lancées  contre Rasmussen, à  qui il avait fait très mal malgré la forme stupéfiante que tenait ce dernier dans le Tour de France 2007 avant que son équipe ne l’oblige à abandonner. Alberto Contador rééditera ces exploits dans l’Angliru pendant la Vuelta 2008, et  bien sûr lors du dernier Tour de France à Arcalis et à Verbier. A chaque fois il a démontré une fantastique capacité à changer de rythme qui condamne ses adversaires très rapidement, surtout si ceux-ci essaient de le suivre, erreur à ne surtout pas commettre. Problème,  si les adversaires ne réagissent pas très vite, Contador sera très rapidement loin devant, et la perte de temps peut-être considérable en quelques kilomètres. En cela, si j’en crois ce que disait  Géminiani,  on peut le comparer à Bartali qui montait par saccades 100 mètres debout sur les pédales, 100 mètres sur la selle, puis ensuite il mettait une ou deux dents de plus et là il n’y avait plus rien à faire.

Un dernier mot enfin, contrairement à ce qu’on pourrait croire, quels que soient les dons des meilleurs grimpeurs pour l’effort en montagne, ils sont quand même obligés de travailler leur explosivité, ce travail pouvant se faire aussi  bien sur le plat qu’en montagne. D’ailleurs la technique de Contador est presque parfaite que ce soit dans ses démarrages, les mains sur les poignées de frein et  les épaules juste au dessus du guidon, ou dans le cours de son ascension. En tout cas, vu son jeune âge, Contador n’a pas fini de nous étonner d’autant qu’il arrive dans la force de l’âge pour un coureur cycliste. Il lui restera ensuite, après avoir gagné encore plusieurs grands tours, à faire l’effort de se préparer pour les classiques à sa portée (Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Walonne, l’Amstel ou le Tour de Lombardie), sans oublier les championnats du monde (route et contre-la-montre). Et quand il aura accompli cette œuvre, le fuoriclasse madrilène pourra  se retirer en regardant d’égal à égal les Merckx, Hinault, Coppi, Bartali, Bobet ou Anquetil.

Michel Escatafal

* Voir sur le site web d’Alberto Contador (rubrique blogs à visiter) la partie multimedia dans menu

27.10.2009

A propos d'épopées européennes

bastia.jpgDans l’histoire du football français il y a eu des situations paradoxales, voire même très paradoxales, avec une équipe qui brille en Coupe d’Europe alors que personne ne comptait sur elle. Ce fut le cas avec le S.C. Bastia en 1977-78. Pourtant rien ne prédestinait les Bastiais à devenir des finalistes de la Coupe de l’UEFA en 1978. A priori ce club avait peu de moyens, des structures plutôt indigentes (stade Furiani), bref le SC Bastia était un club voué à disparaître très rapidement dans la compétition. En plus au premier tour le tirage au sort n’avait pas été tendre, puisque les Bastais devaient affronter les Portugais du Sporting de Lisbonne, une très bonne équipe de valeur européenne, qui n’avait certes pas la réputation de Benfica, deux fois vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions, mais qui avait quand même remporté la Coupe des coupes en 1964, après avoir éliminé Lyon en demi-finale.

Cela étant cette équipe de Bastia avait un excellent entraîneur, ancien international du Toulouse F.C., Cahuzac, lequel allait tirer la quintessence d’un groupe de joueurs de très grande valeur, dont on se demande encore comment ils avaient pu atterrir  à Bastia. Dans cette équipe en effet il y avait un excellent gardien breton, Pierrick Hiard, puis à l’arrière de très bons défenseurs comme Marchioni ou Cazes, les deux latéraux, et deux défenseurs centraux de grand talent, Guesdon et le stoppeur Orlanducci qui ont postulé un certain moment en équipe de France (1 sélection pour Orlanducci).  Ensuite on trouvait au milieu du terrain des joueurs comme  Félix Lacuesta , un surdoué en provenance de Saint-Etienne,  tout comme J.F. Larios (17 sélections). A ces deux joueurs il fallait ajouter Franceschetti et Claude Papi (3 sélections), sans doute à l’époque le meilleur meneur de jeu français…après Michel Platini.

Enfin en attaque on retrouvait deux joueurs de grand talent qui ont commencé la saison comme titulaires, Félix et Mariot (1 sélection),  remplacés en cours d’année pour cause de blessure par deux éléments qui allaient s’avérer décisifs, Krimau,  le buteur remplaçant de Félix,  et de Zerbi (18 ans à l’époque)  pour suppléer Mariot.  Le plus extraordinaire était que ces deux joueurs remplaçants étaient totalement inconnus à ce moment-là. Et pourtant ils furent remarquables, notamment Krimau qui marqua deux buts au prestigieux Torino à Turin. Je dis prestigieux parce qu’à l’époque le Torino était un club huppé en Italie, avec des joueurs comme les défenseurs Caporale et Salvadore et des attaquants comme Graziani et Pulici qui formaient un redoutable tandem.

Mais l’équipe corse était tellement soudée que plus rien ne pouvait lui arriver jusqu’à la finale. La preuve, en quart de finale le SC Bastia pulvérisait les Allemands de l’Est de Carl Zeiss Iena, notamment à l’aller où Bastia l’emporta par 7 buts à 2, avec  notamment deux buts de Félix (70 et 78è minute) qui venait de remplacer Krimau. L‘exploit était vraiment grand, car ces Allemands de l’Est étaient de sérieux clients puisque  trois ans plus tard ils allaient en finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe. Et Bastia avait réalisé cet exploit sans leur grande vedette  Johnny Rep, ancien joueur du grand Ajax d’Amsterdam, arrivé à Bastia en provenance du F.C. de Valence. Au total les Bastiais allaient remporter 7 victoires pendant cette campagne européenne, en éliminant successivement  le Sporting de Lisbonne, puis Newcastle, Torino, C.Z. Iena et les Grasshoppers de Zurich.

Restait à gagner la finale contre le grand PSV Eindhoven de l’entraîneur,  ex-excellent joueur de Saint-Etienne, Kees Rijvers. Bastia fera match nul à Furiani au match aller (0-0) sur une véritable patinoire, avant d’être logiquement battu par Eindhoven au match retour  à Eindhoven par 3 à 0. Les Néerlandais n’étaient pas tellement plus forts que les Corses, mais surtout ils disposaient en fin de saison de forces plus vives que celles des Bastiais. Comme on dirait aujourd’hui, ils avaient un banc beaucoup plus fourni que celui des Bastiais. Ce fut la fin de la belle épopée européenne de Bastia, avec cette équipe que les Corses eux-mêmes appelaient « di quadri soldi », mais qui allait enflammer la France et faire connaître la célèbre tête de Maure partout en Europe.

Jamais aucune autre équipe ne fera autant vibrer les supporters de notre pays, à l’exception de l’Olympique de Marseille en 1991 et surtout en 1993 avec leur victoire en C1, et à un degré moindre l’équipe des Girondins de Bordeaux de 1996, qui parviendra en finale de la Coupe de l’UEFA… pour laquelle elle ne s’était qualifiée que grâce à feu la Coupe Intertoto. Les Girondins furent  battus eux  aussi en finale, mais par le Bayern de Munich. Pour mémoire ces Girondins, dirigés par Gernot Rohr, avaient à cette époque dans leurs rangs trois jeunes joueurs qui seront plus tard de tous les triomphes de la plus belle équipe de France de tous les temps, à savoir Zidane, Dugarry  et Lizarazu. Pas étonnant au fond qu’ils aient réussi pareils exploits, notamment celui d’avoir terrassé en quart de finale le grand Milan A.C.où jouaient Maldini, Desailly, Viera et Georges Weah, avec 2 buts de Dugarry au match retour à Bordeaux. Entre l’épopée bastiaise et celle de Bordeaux, que de merveilleux souvenirs !

Michel Escatafal