11.10.2009
Comme si le dopage n'existait que dans le vélo...
Parmi les informations relevées hier samedi, il en est une qui est complètement passée inaperçue, à savoir que le Comité olympique italien (Coni) avait indiqué que Fabio Cannavaro, footballeur de la Juventus, n'avait pas commis d'infraction de dopage, après avoir pris seul de la cortisone pour soigner une piqûre d'abeille. Le procureur chargé de l'affaire, Ettore Torri, a précisé qu'il allait recommander au tribunal anti-dopage de ne pas poursuivre le joueur. Curieux que pareille affaire ne fasse pas plus de quelques lignes dans les grands médias. En disant cela, je tiens à préciser que ce n’est pas le cas de Cannavaro qui me préoccupe, mais plutôt ce qui se serait passé si, par exemple, la même chose était arrivée… à Lance Armstrong. J’imagine déjà les gros titres des journaux, et toutes les âneries proférées par les forumers…plus particulièrement en France. Il suffit de lire tout ce qui a pu être dit lors du dernier Tour de France sur le retour d’Armstrong, la vitesse à laquelle Contador monte un col, ou le fait que Wiggins soit passé avec bonheur de la piste à la route. Comme si Contador était le premier grand grimpeur de l’histoire du vélo, ou si un poursuiteur capable d’être champion olympique (2 fois) et du monde (3 fois) n’était pas nécessairement un coureur de grande classe !
C’est surtout cela qui me choque dans la lutte contre le dopage. On dirait que celle-ci est essentiellement concentrée sur le cyclisme, comme si c’était le seul sport touché par ce fléau. D’ailleurs il suffit de voir ce qui s’est passé avec l’affaire Puerto pour en être convaincu. Qui a été inquiété à propos de ce vaste réseau de dopage sanguin ? Que des cyclistes, avec au minimum deux ans de suspension (par exemple Basso), et parfois la fin de carrière pour certains coureurs (Ullrich). Le CONI (Comité Olympique italien), qui vient d’absoudre Cannavaro a même été jusqu’à suspendre pendant deux ans Alejandro Valverde de toute course sur le territoire italien, ce qui a privé ce dernier de la possibilité de disputer le Tour de France. Bref on est en plein dans l’atmosphère des romans de Kafka.
Cela dit, pour être juste reconnaissons que le CONI est aussi très sévère avec les coureurs cyclistes italiens, comme peut en témoigner Alessandro Petacchi, suspendu un an suite à un contrôle positif après avoir été blanchi par la Fédération italienne de cyclisme…parce que le CONI avait contesté cette décision devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Pour mémoire, suite à un contrôle Petacchi avait des urines contenant un taux de salbutamol de 1320 nanogrammes par millilitre, le seuil toléré étant de 1000. Ce médicament utilisé pour soigner l’asthme est interdit au-delà d’un certain seuil lorsqu’il n’est pas assorti d’une autorisation d’usage thérapeutique. Bref, on avait été très sévère pour Petaccchi, à qui en plus on avait enlevé les 5 victoires d’étapes remportées dans le Giro cette année-là. On l’a été d’autant plus que le TAS avait reconnu que la surdose n’avait pas été prise dans l’intention d’améliorer la performance. On est quand même plus cool en Formule 1, où même si un pilote d’une écurie avoue avoir causé sciemment un accident pour favoriser son coéquipier, on n’enlève même pas la victoire au coéquipier qui a profité de cette ignominie.
Décidément les instances et les médias de toutes sortes n’aiment pas beaucoup le vélo ! Pourquoi au fait ? Parce que c’est un spectacle gratuit, donc qui attire des foules considérables sur les bords des routes? Je ne sais pas, mais le résultat est là : on ne cesse de vilipender le vélo, alors que c’est le sport qui est le plus contrôlé en terme de dopage. C’est d’ailleurs le seul où le résultat n’est jamais véritablement entériné pendant des années, dans la mesure où on peut revenir plusieurs années en arrière sur les contrôles, au fur et à mesure que l’on progresse dans la lutte anti-dopage. Cette année encore, de nouvelles analyses ont été diligentées à partir d’échantillons prélevés l’an passé concernant des coureurs « ciblés », ce qui a fait écrire en juillet au journal l’Equipe que ces nouvelles analyses « promettent probablement quelques mauvaises surprises à venir pour les intéressés ». Manque de chance pour l’Equipe qui a perdu une occasion de ne rien écrire, et heureusement pour le vélo et les coureurs, tous ces tests se sont avérés négatifs !
Et puis même si tout va bien, il y a l’AFLD (Agence Française de lutte contre le dopage) qui est là pour venir à la rescousse des contempteurs du cyclisme. C’est curieux d’ailleurs, cette AFLD on ne l’entend pratiquement que sur le vélo! Il est vrai que j’oublie toujours que le cyclisme est le seul sport où on se dope. Je suis vraiment incorrigible, comme le sont les centaines de milliers de spectateurs qui se pressent sur le bord des routes des épreuves routières de mars à Octobre. Combien étaient-ils sur les pentes du Ventoux lors du dernier Tour de France ? 500.000 nous dit-on, ce qui n’est pas rien. En fait le seul endroit où le cyclisme n’attire pas vraiment énormément de monde, c’est Monaco. Cependant, il y avait quand même 80.000 personnes au départ du Tour 2009, autant que pour le grand prix de F1, mais les commerçants n’étaient pas satisfaits…parce que les spectateurs ont peu dépensé sur place. Evidemment les gens qui dépensent plusieurs centaines d’euros par personne un jour de grand prix, au demeurant de moins en moins nombreux, ne sont pas les mêmes (pour la plupart) que ceux qui assistaient au départ du Tour.
Toutefois, cela ne veut pas dire que le vélo ne brasse pas des sommes considérables, même si elles sont supérieures dans le foot, en NBA ou en Formule1. La principauté de Monaco précisément a investi 6,2 millions d’euros pour accueillir la première étape du Tour de France, ce qui n’est pas rien. Une bonne équipe de Pro-Tour avec un coureur capable de faire un podium sur le Tour nécessite un investissement annuel allant de 12 à 20 millions d’euros, ce qui n’est pas rien non plus. En tout cas, crise ou pas, les nouveaux sponsors fleurissent à nouveau…ce qui montre que le vélo reste très attractif. Il est vrai que le Tour de France ou le Giro sont regardés par des millions de téléspectateurs chaque jour pendant 3 semaines, et dans le cas du Tour sa couverture est universelle, aux 4 coins du monde. Pas étonnant que Quick-Step, Garmin, Caisse d’Epargne et Sky, guettent avec anxiété si Astana va perdre ou non sa licence Pro-Tour auquel cas Contador, vainqueur de 4 grands tours en 3 ans, serait libre de s’engager dans l’une de ces équipes. De nouveaux sponsors qui s’engagent, des spectateurs toujours plus nombreux et enthousiastes sur les routes, un cyclisme qui s’universalise de plus en plus, voilà ce qui réjouit les amateurs de vélo, n’en déplaise aux cassandres qui pariaient sur son déclin.
Michel Escatafal
18:29 Publié dans dopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
07.08.2009
10 matches et 2 ans...
Ce matin j’ai appris que Rashard Lewis a été contrôlé positif à la testostérone. Ce Rashard Lewis est une vedette de la NBA, même si en France on ne le connaît pas ou si peu, qui joue à Orlando, franchise de valeur puisqu’elle a été jusqu’en finale la saison dernière. Le joueur d’ailleurs n’a pas nié, ni poussé des cris d’orfraie, simplement il a reconnu avoir pris un complément alimentaire sans savoir que dans ce produit il y avait de la testostérone. Après tout pourquoi pas ? R. Lewis va donc être suspendue par la NBA conformément au règlement, et il va écoper de 10 matches de suspension. En cyclisme, si un coureur se fait prendre de cette manière il aura droit automatiquement à 2 ans.
Quelles conclusions peut-on tirer de tout cela ? Qu’il y a deux poids, deux mesures, dans le sport en matière de dopage, ce que je ne cesse de dénoncer sur ce site et sur d’autres auxquels je participe. Que le jugement des gens est faussé à propos du dopage, notamment venant de la part de ceux qui n’y connaissent rien, à commencer par les « bobos » de la politique. C’est curieux qu’on attaque sans cesse le Tour de France et le vélo dans notre pays, mais pas les autres sports. J’ai même lu quelque part qu’un parti écologiste s’était indigné parce que les 500.000 spectateurs présents sur les pentes du Ventoux avaient laissé des tonnes de déchets sur place.
Voilà une belle indignation, mais je n’entends jamais personne protester pour les détritus laissés dans les allées ou autour des stades après un match de football par exemple. Il est vrai que pour aller au stade les gens, souvent très peu fortunés, ont payé au minimum 10 euros pour avoir une place, au demeurant peu confortable à ce prix, alors que les spectateurs sur le Ventoux ont pu assister gratuitement au spectacle proposé par le Tour de France. Oh certes je ne suis pas naïf, je sais bien qu’ASO gagne de l’argent dans le businesse de la Grande Boucle, mais c’est la société qui est ainsi, et ce n’est pas en critiquant sans cesse le Tour de France qu’on changera la société. Il y a des injustices plus criantes dans le monde !
Une chose est sûre, le vélo est sans doute le second sport capable de susciter autant d’engouement auprès des spectateurs derrière le football. Pour preuve, il suffit de regarder les derniers kilomètres du Tour de Pologne ou du Tour du Portugal, qui ont lieu en ce moment, pour découvrir les milliers de gens qui se pressent pour assister au passage des coureurs. Il suffit aussi de voir la joie des fans de vélo assistant à la remise des maillots distinctifs sur les podiums des diverses épreuves, pour s’apercevoir que dans ce monde de plus en plus dur, pour ne pas dire de plus en plus cruel, ils ont au moins la joie d’approcher de près les coureurs y compris les plus grands, ce qui leur est souvent interdit dans les autres sports dits majeurs.
Voilà pourquoi au risque de lasser, mais je m’en fiche, je défends toujours et partout le vélo ce qui ne m’empêche pas d’apprécier d’autres disciplines sportives. Voilà pourquoi, si je suis pour les contrôles anti dopage, je souhaite que l’on soit objectif avec le vélo qui est, de loin, le sport le plus contrôlé au point de susciter sans cesse la polémique, parce qu’à force de vouloir courir après les tricheurs on en arrive à faire et dire tout et n’importe quoi. Le passeport biologique par exemple qui devait être la panacée, se révèle être simplement un instrument supplémentaire pour permettre de vérifier si un coureur a des variations significatives dans ses formulations sanguines lesquelles, nous dit-on, peuvent aussi être dues à des phénomènes n’ayant rien à voir avec le dopage. Toutefois, d’après les spécialistes, l’introduction du passeport biologique a permis de faire évoluer certains comportements, ce qui est déjà une grande victoire pour le cyclisme.
J’ai lu avec intérêt que les fédérations bénéficiaient avec ce passeport d’informations leur permettant d’orienter leurs contrôles en fonction des épreuves auxquelles participaient les coureurs (classiques, épreuves à étapes), et tous les chercheurs reconnaissent que ce passeport fait peur à ceux qui seraient tentés de prendre un produit encore indétectable, parce que fatalement il y aura des variations dans ses paramètres sanguins. Même les plus malins ou les mieux protégés vis-à-vis des contrôles savent qu’un jour ou l’autre ils peuvent se faire prendre, y compris avec effet rétroactif. C’est quand même une belle avancée en attendant le passeport endocrinien qui sera encore plus efficace, car certaines populations ont des marges de manœuvre pour se doper que d’autres n’ont pas.
Que peut-on faire de plus dans le vélo, sachant que même si on critique l’UCI (Union Cycliste Internationale) c’est à coup sûr la fédération internationale qui fait le plus pour la lutte contre le dopage. Elle sert aussi d’exemple pour le ski et le biathlon notamment. Et surtout elle trouve des cas positifs, y compris parmi ses meilleurs coureurs, ce qui montre que le vélo est précurseur dans ce domaine. D’ailleurs nombre de chercheurs affirment qu’on trouve dans certains sports, non cités, des profils correspondant à ce qui était observé dans le cyclisme…il y a dix ans. Depuis 10 ans l’UCI a mis en place une politique, sans doute encore imparfaite, mais les résultats sont là. Alors Messieurs les censeurs, regardez un peu ce qui se passe ailleurs avant de pourfendre sans cesse le cyclisme, au point de laisser accroire que le vélo est le seul sport touché par le dopage ! De toute façon les spectateurs et les téléspectateurs ne vous écoutent pas, et se moquent bien de tout ce que vous pouvez raconter !
Michel Escatafal
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20.07.2009
Encore une exception française!
Alors que le Tour de France est en train de vivre son deuxième jour de repos, je voudrais encore une fois souligner les passions malsaines qu’il suscite auprès du public français. En effet, au lieu de s’émouvoir de l’ambiance pour le moins bizarre pour ne pas dire délétère qui règne au sein de l’équipe Astana, avec un Armstrong qui a beaucoup de mal à se faire à l’idée qu’il n’est plus le meilleur, et bien sur les divers forums des journaux comme d’ailleurs dans les discussions de cafés du commerce on ne cesse d’évoquer le sempiternel sujet du dopage. Comme si la pharmacopée était l’élément essentiel du Tour de France !
Le plus triste dans cette affaire est que l’immense majorité des gens qui évoquent le dopage à tout propos ne connaissent absolument rien au vélo, qui a toujours été pour eux un simple moyen de locomotion, ou au mieux l’objet de quelques balades le dimanche matin. Cela ne les empêche pas de disserter longuement sur le sujet du dopage, et donc de discréditer le cyclisme autant qu’ils le peuvent. J’ai lu par exemple qu’il était impensable qu’un coureur comme Wiggins puisse suivre les meilleurs en montagne alors que l’an passé il ne pouvait pas passer les cols. C’est vrai que la révélation Kohl en 2008 est encore présente dans tous les esprits, mais ce n’est pas parce qu’un coureur a été confondu et a avoué s’être dopé que tous les autres le font. Il ne faut pas obligatoirement tout confondre.
Un rouleur comme Wiggins capable de réaliser 4mn 15s sur 4 km est nécessairement un coureur de grande classe, surtout en ayant perdu quelques kilos pour pouvoir briller sur la route et notamment dans la montagne. Je rappellerais simplement que Roger Rivière qui fut certainement le meilleur de tous dans l'exercice de la poursuite était capable de suivre les meilleurs dans les cols. Et Coppi qui fut deux fois champion du monde de poursuite n’était-il pas le meilleur grimpeur de sa génération ? Et Rudi Altig, autre grand poursuiteur, n’a-t-il pas remporté un Tour d’Espagne ? On me répondra qu’ils n’ont pas perdu 6 kg comme le coureur britannique, ce qui est vrai. Mais doit-il pour autant être immédiatement suspecté parce qu’il se situe à présent parmi les meilleurs dès que la route s’élève ?
A mon avis non, jusqu’à preuve du contraire. Idem pour Contador, les frères Schleck et les autres, car cela voudrait dire que l’exploit est interdit parce qu’immédiatement suspecté. Décidément il y a quelques décennies je finis par croire que c’était le bon temps, car si Coppi ou Koblet accomplissaient un exploit personne ne se préoccupait de savoir ce qu’ils avaient pris. Je ne veux pas dire pour autant que je suis contre les contrôles anti-dopage, au contraire, mais je veux pouvoir apprécier une belle « giclette » de Contador ou un beau sprint de Cavendish, sans tout de suite me demander s’ils ont pris quelque chose. Pour être franc cela ne me traverse même pas l’esprit…d’autant que le meilleur reste toujours le meilleur.
Pour terminer, je voudrais simplement dire à ceux qui passent leur temps à dénigrer le vélo qu’ils arrêtent de dire des âneries. Si le Tour de France ne les intéresse pas qu’ils cessent d’en parler, et qu’ils laissent les millions de spectateurs et de téléspectateurs rêver autant qu’ils peuvent le faire. Au passage j’observe que malgré toutes ces insinuations sur le dopage, les gens sur le bord de la route sont toujours aussi nombreux et vibrent toujours autant aux exploits de Contador, Schleck ou Armstrong, comme ils ont vibré à ceux de Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Gaul, Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond ou Indurain.
Alors que les moralistes de tout poil qui trouvent normal de boire cinq ou six cafés par jour pour tenir le coup à leur boulot, de prendre du viagra pour essayer d’être performant dans certaines circonstances, d’user de boissons énergétiques pour faire semblant de courir quand ils font un footing, bref que tous ces zozos mènent leur vie comme ils en ont envie, mais qu’ils cessent de médire sur les coureurs et ceux qui les admirent. J’observe à ce propos que c’est chez nous, en France, pays de la surconsommation médicale, que l’on parle le plus de dopage. Encore une exception française !
Michel Escatafal
21:53 Publié dans dopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
07.04.2009
Les Allemands doivent se tourner vers l'avenir

Manifestement les Allemands ont de gros problèmes existentiels avec le dopage, problèmes sans doute exagérés si on prend pour référence sportive le cyclisme. On peut même dire que cela frise le ridicule, car après avoir vu les chaînes de télévision cesser de retransmettre le cyclisme, cette fois ce sont les organisateurs d’une course de moindre importance, le Grand Prix de Cologne, qui deviennent grotesques en organisant leur course avec des équipes portant les couleurs de leur pays, donc sans publicité. Pour ma part je ne suis pas un fana de la pub, mais je sais bien que le cyclisme ne vit que grâce au sponsoring, et je trouve ce type de décision attristant d’autant que nombre d’équipes parmi les meilleures ne participeront pas. De plus, le dopage peut exister dans le sport même sans sponsoring.
Mais au fait pourquoi les Allemands se sentent à ce point concernés par le dopage ? La réponse est que, finalement, ils n’en finissent pas de s’accuser de tous les maux, et donc de culpabiliser, en raison des pratiques dopantes qui sévissaient en RDA et qui concernaient tous les sports. Hier encore j’ai vu que 5 entraîneurs d’athlétisme ont reconnu leur participation au dopage à grande échelle opéré par la RDA. Bien sûr cela n’a rien de glorieux, et cette tricherie organisée a permis de récolter beaucoup de médailles a priori indues, mais hélas les Allemands de l’Est étaient loin d’être les seuls à avoir eu recours à des pratiques illicites et dangereuses pour la santé des athlètes qu’ils entraînaient. Ce n’est pas une excuse, mais même à l’Ouest on ne marchait pas nécessairement partout à l’eau claire. Ben Johnson n’était pas Est-Allemand, et pourtant c’était un fameux tricheur. De plus, quand la RDA a disparu du paysage politique en 1990, les pratiques dopantes dans le sport ne se sont pas arrêtées, loin de là.
C’est vrai que ces gens-là ont empêché des athlètes propres de battre des records du monde ou d’être champions olympiques, comme je l’ai dit ici même sur ce site (le 14-03), mais de là à refuser de voir l’avenir sous de meilleurs auspices, il y a un pas qu’on ne doit pas franchir. Je rappelle simplement que le nombre de coureurs cyclistes dopés pris au contrôle est en constante diminution chaque année, et que l’AFLD (Agence française de lutte contre le dopage) estime que le cyclisme a fait de gros progrès dans le domaine. La remarque est valable aussi pour l’athlétisme où le filet s’est resserré sur quelques gros poissons. Et je rappelle aussi que quelques grands champions, y compris certains issus de l’Allemagne de l’Est, ont été parmi les meilleurs et le seraient sans doute encore aujourd’hui s’ils avaient l’âge de participer aux compétitions.
Je ne donnerais que deux noms parmi les plus prestigieux, le sprinter Lutz Hesslich et le nageur Roland Matthes. Ils ont été l’un et l’autre parmi les plus grands de l’histoire de leur sport et personne ne s’aviserait de dire le contraire. Lutz Hesslich a été de l’avis de Daniel Morelon le plus grand sprinter avec ses 4 titres de champion du monde de vitesse en 1979, 1983, 1985 et 1987 et plus encore 2 fois champion olympique en 1980 et 1988. Certes il n’a pas le palmarès de Morelon (7 fois champion du monde de vitesse amateur et 2 fois champion olympique de la discipline), ni celui de Nakano qui a remporté 10 titres en professionnels entre 1977 et 1986, mais de l’avis de tous il était d’un niveau au moins équivalent, d’autant que sans le boycott de 1984 il aurait sans doute remporté un 3è titre olympique.
En outre il a eu à affronter des adversaires d’un calibre supérieur (Hubner et Kopylov notamment) à ceux qu’ont affronté Morelon et plus encore Nakano. Hesslich était à la fois très véloce et doué d’un remarquable sens tactique. Alors je ne sais s’il prenait quelque chose, mais dans tous les cas de figure il a été le meilleur sprinter de son époque avec Nakano. Lequel des deux aurait gagné s’ils s’étaient affrontés en tête à tête, ce qu’ils n’ont pas pu faire à cause de la stupide règlementation de l’époque séparant les amateurs et les pros ? Personne ne le sait, d’autant que leur seule vraie référence est le Français Yavé Cahard qu’Hesslich a battu en finale des J.O. de Moscou en 1980, et que Nakano a battu en finale des championnats du monde professionnels en 1983.
L’autre monstre sacré de l’ex RDA dont je voudrais parler est un nageur, spécialiste du dos, Roland Matthes. Dans le panorama ô combien controversé de la natation est-allemande, Matthes constitua une remarquable exception avec sa musculature légère (1,89 m pour 75 kg) qui ne prêta jamais à aucun soupçon de pratique dopante. Les techniciens disaient de lui qu’il avait un style d’une extraordinaire pureté, et beaucoup estiment encore aujourd’hui qu’il fut le meilleur dossiste de tous les temps. Il régna totalement sur la nage sur le dos, au grand désespoir des Américains, pendant une période très longue pour l’époque, entre 1967 et 1974 qui lui permis de battre 16 records du monde.
Il fut champion olympique à Mexico sur 100m et 200m dos et conserva ses titres à Munich en 1972, et mieux encore il a gagné pendant cette période toutes les épreuves individuelles auxquelles il a participé, avec notamment 4 titres européens, et 3 titres mondiaux (1973 et 1975). Il fut aussi un excellent nageur en papillon (il détint le record d’Europe du 100m) et en 4 nages où là aussi il fut recordman d’Europe (200m). Il termina sa carrière en 1976 en remportant une médaille de bronze aux J.O. de Montréal. Bref, lui aussi a marqué l’histoire de son sport sans que personne n’imagine qu’il fut dopé…parce qu’il était tout simplement le plus fort. Alors je dis à nos amis allemands qu’ils cessent de se culpabiliser, et qu’ils fassent en sorte de se tourner vers l’avenir plutôt que sur le passé.
Michel Escatafal
22:15 Publié dans dopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
03.02.2009
Des décisions qui dérangent...
Personne ne peut mettre en doute ma passion pour le rugby, première discipline qui m’a fait découvrir les joies du sport. Mais je suis quand même déçu d’apprendre qu’il n’y aura pas de contrôle sanguin pendant le Tournoi des 6 Nations, contrairement aux promesses faites, pour la simple raison « que cela n’est pas utile », si l’on en croit le responsable de la commission antidopage de l’épreuve, John Davis. Certes cela est en partie vrai, puisqu’un contrôle sanguin ne peut mettre en évidence que des modifications biologiques liées à la prise d’hormones.
De plus on nous dit que ces tests ne sont véritablement efficaces que s’ils sont pratiqués grâce à un maillage très serré, notamment pendant les périodes hors compétition…comme cela est pratiqué systématiquement chez les cyclistes, alors que dans nombre d’autres sports ce maillage est pour le moins souple. Malgré tout, même si ce type de contrôle sanguin recèle des insuffisances, je ne crois pas que ce soit un bon signe envoyé au titre de la lutte contre le dopage…au moment où le vélo est en train de dépenser des sommes folles pour essayer de devenir « plus blanc que blanc ».
Cela étant le plus ahurissant dans le cadre de la lutte contre le dopage se situe ailleurs, plus exactement dans le fait que l’AFLD (Agence française de lutte contre le dopage) s’apprête à soumettre les arbitres des sports collectifs (football, rugby et handball) à des contrôles. Mais pourquoi donc les arbitres ? Je ne sais pas, mais si cette mesure est adoptée on n’empêchera pas les gens de se dire que c’est de l’argent jeté par la fenêtre, et surtout que cet argent serait beaucoup mieux employé à intensifier la lutte contre le dopage des joueurs, compte tenu du coût très élevé des procédures de contrôle.
Cela fait d’autant plus désordre que dans le même temps on entend dire que les capitaines des équipes professionnelles seront obligés de se localiser pour, je suppose, être soumis à des contrôles inopinés…ce qui est là aussi ennuyeux. Pourquoi seulement le capitaine ? Je n'ai pas la réponse, mais tout cela ressemble furieusement à du bricolage organisé, surtout en comparaison avec ce qui se fait dans le vélo, où tous les coureurs du circuit Pro Tour sont susceptibles d’être contrôlés à tout moment. J’ai lu quelque part qu’Armstrong a été contrôlé une douzaine de fois depuis l’annonce de son retour. Quant à Basso, qui sort d’une suspension de deux ans, il n’a cessé de faire l’objet de contrôles inopinés tout le temps qu’il a été suspendu.
D’ailleurs si Tom Boonen a été contrôlé positif à la cocaïne c’est bien à cause d’un test inopiné en mai, c’est-à-dire à une période située entre les classiques du printemps et les épreuves à étapes. Mais il n’y a pas que les équipes Pro Tour a subir ce type de contrôles, car les équipes Continental Pro sont elles aussi contrôlées, même si certains coureurs ou directeurs sportifs protestent parce qu’ils estiment que ces équipes là…ne le sont pas assez. Il n’empêche, Emmanuele Sella vainqueur de 3 étapes au cours du dernier Giro, est tombé dans les mailles du filet (EPO de la dernière génération) à l’occasion d’un contrôle hors compétition diligenté par l’UCI (Union Cycliste Internationale).
En disant cela je ne fais que répéter ce que je dis à intervalles réguliers sur ce site, à savoir que la lutte contre le dopage exige un maximum de moyens et de professionnalisme, mais aussi de volonté de la part des dirigeants. Seulement voilà, si des fédérations internationales aussi importantes que celles du football, du rugby ou du tennis décrètent que le dopage n’existe pas dans leur sport et que les contrôles ne sont pas utiles, il est évident qu’on ne trouvera pas les tricheurs mis à part quelques idiots imprudents. Cela ne signifie pas pour autant que le dopage soit généralisé dans ces sports, mais ce serait quand même mieux de le vérifier. Ce le serait d’autant plus que le vélo ne serait plus injustement stigmatisé comme il l’est depuis quelques années, alors que 7 coureurs seulement ont fait l’objet d’un contrôle positif lors du dernier Tour de France, dont 4 avec un produit indécelable jusque là.
Michel Escatafal
23:08 Publié dans dopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
14.10.2008
Enfin une bonne nouvelle...
Aujourd’hui je suis très en colère contre de nombreux journalistes qui ont largement outrepassé leurs droits et leurs devoirs d’information. Je pense notamment à ceux de Stade 2, dont je parlais ici même la semaine dernière, qui avaient cité des tas de noms… qui finalement ne figurent pas parmi les coureurs ayant pris de l’EPO CERA. C’est tout bonnement scandaleux de faire jeter l’opprobre sur des coureurs dont les échantillons étudiés confirment qu’ils ne se sont pas dopés.
Pour ma part je ne comprends pas comment les consultants, tous anciens coureurs, peuvent laisser les journalistes avec lesquels ils travaillent nourrir des rumeurs infondées en donnant des noms, sans le moindre début de preuve. Et tout ça pour faire dans le sensationnel, et pour montrer qu’on ne parle pas la langue de bois. En tout cas, ils auraient dû tourner sept fois la langue dans leur bouche, plutôt que proférer de pareilles accusations à un moment où le sport qu’ils sont sensés servir subit des attaques de toute part.
Ils auraient dû au contraire souligner ce que nous sommes nombreux à affirmer, à savoir que le cyclisme fait de gros efforts pour éradiquer le dopage dans le peloton ou sur les pistes. Certes, il y a toujours des gens qui trichent, la preuve, mais si l’on attrape les tricheurs c’est parce qu’on les cherche et parce qu’on cherche ce qu’ils ont pu prendre. L’EPO CERA était, il y a peu encore, totalement indécelable et c’est pour cela que certains n’ont pas pu résister à la tentation. Cela étant, je mets sur le même plan pour ce qui concerne le tort fait au vélo les tricheurs et ceux qui en voient partout.
Voilà ce que j’avais à dire ce soir en apprenant cette nouvelle finalement assez réjouissante, qui montre que sur 180 coureurs ayant pris le départ du Tour de France, il y en a seulement sept à avoir été convaincus de dopage. Certes c’est encore sept de trop, mais on est loin des chiffres annoncés ça et là. Et j’espère que l’année prochaine, quand le Tour de France sera terminé, nous en aurons aucun à avoir été pris dans les mailles du filet. Cela permettra en outre de confirmer que le peloton est réellement en train de faire sa mue. D’ailleurs, il suffit de voir les écarts qui sont faits dans les grands tours pour s’apercevoir qu’il n’y a quasiment plus d’exploits…stupéfiants.
19:19 Publié dans dopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport
