04.11.2009

A propos du Giro 2010...

maillot rose.jpgSamedi dernier a été présenté le Giro d’Italia 2010, et le moins que l’on puisse en dire au premier abord est que ce sera un beau Giro, digne de la grande course à étapes qui un temps rivalisait avec le Tour de France. Ce Tour d'Italie 2010 marquera aussi l’anniversaire de la première des cinq victoires du campionissimo, Fausto Coppi, ce dernier âgé de 20 ans et 9 mois. Cela c’est pour l’histoire. Et puisque nous parlons de Fausto Coppi, je pense qu’il aurait aimé ce Giro car celui-ci va être très montagneux.

Je ne vais pas détailler le parcours, mais cinq jours de haute montagne avec des rampes aussi mythiques que le Gavia, le Zoncolan, le Mortirolo, le Tonale, sans oublier l’étape contre-la-montre de Plan de Corones, cela va sans doute faire une belle sélection où seuls les plus forts émergeront. En outre tous les ingrédients seront réunis, puisque nous aurons aussi un contre-la-montre par équipes, et un peu plus de 25 km en individuel les premier et dernier jours. Cela dit les rouleurs seront loin d’avoir la part aussi belle que les grimpeurs.

Qui participera à ce Giro ? A priori il y aura le vainqueur de l’an dernier, le Russe Menchov, plus les meilleurs italiens (Cunego, Basso, Pellizzoti), sans oublier Carlos Sastre, le vainqueur du Tour de France 2008. Cela pour ceux qui vont lutter pour la victoire finale. Mais il va aussi y avoir de très beaux sprints avec Mark Cavendish, le toujours jeune Petacchi, Bennati, Farrar, ou encore Ciolek et Greipel. Bref que du beau monde, même si on regrettera l’absence des Schleck, d’Evans, et surtout de Contador. A ce propos, je pense que ce dernier reste et restera obsédé par le Tour de France…tant qu’Armstrong n’aura pas dit adieu pour de bon au vélo, et au Tour. Dommage quand même, car ce Giro était taillé sur mesure pour le campionissimo espagnol.

Je suis persuadé que même si le Giro devait quelque peu entamer ses réserves, il serait à coup sûr absolument imbattable dans les deux épreuves (Giro puis Tour), pour la bonne raison qu’il lui suffirait de se fixer deux ou trois rendez-vous pour assommer ses adversaires. Cela étant s’il s’est mis dans l’idée de courir après le record d’Armstrong, pourquoi pas ? Malgré tout les fans de vélo souhaitent tous qu’un jour Contador marche sur les traces de Coppi qui, ne l’oublions pas, fut le premier à réaliser le doublé Giro-Tour, avant d’être imité par Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Indurain et Pantani. Rien que des grands ou des très grands !

Et puisque nous sommes dans l’histoire du Giro, je vais vous faire part de quelques anecdotes qui m’ont spécialement marqué. Tout d’abord, il y a les 12 secondes d’écart entre Magni, le vainqueur du Giro 1955, et un Fausto Coppi vieillissant. Cet écart fut longtemps un record dans les grands tours jusqu’aux 8 secondes entre Lemond et Fignon dans le Tour de France 1989. Ensuite, en 1956, il y a l’extraordinaire remontée de Charly Gaul dans une étape apocalyptique entre Merano et Trente, où l’ascension du monte Bondone a permis à « l’Ange de la montagne », régénéré par un bain d’eau chaude au pied du col, de gommer un retard dépassant le ¼ d’heure, ce qui lui donna la victoire finale. Il y a aussi la victoire de Berzin en 1994, premier Russe à remporter l’épreuve.

Et je n’oublie pas la performance de Jalabert en 1999, qui aurait sans doute remporté ce Giro…si Pantani n’avait pas été là avec son taux hématocrite surélevé. Je reste persuadé que Jalabert s’est « suicidé » en essayant de suivre le grimpeur italien, lors des étapes de montagne précédant le contrôle positif du " Pirate". Si Pantani avait été contrôlé trois jours auparavant, Jalabert n’aurait pas fait tous ces efforts et aurait gagné ce Giro.

Enfin, j’ai vibré à la victoire des Français qui ont gagné le Giro, que ce soit Anquetil (1960 et 1964), Hinault ( 1980, 1982 et 1985), ou Laurent Fignon en 1989, lequel avait été « volé » de la victoire en 1984 au bénéfice de Moser. Louison Bobet lui-même, un peu plus de vingt ans auparavant (1957) avait été injustement battu de 19 secondes par Nencini…à cause de Charly Gaul qui avait choisi d’aider Nencini. J’étais tellement en colère à l’époque (j’avais à peine 10 ans) que j’ai toujours plus ou moins soutenu, par la suite, les adversaires du grimpeur luxembourgeois.

Michel Escatafal

29.10.2009

Le fuoriclasse madrilène

contador verbier.jpgPour Alberto Contador l’année 2009 aura été celle de tous les succès ou presque. Elle a été d’autant plus belle qu’il a eu à affronter la vedette absolue du cyclisme du début du 21è siècle, Lance Armstrong. J’ajouterais même que sans le retour d’Armstrong, son succès dans le Tour de France 2009 eut été loin d’avoir le même éclat. Certes,  n’en déplaise à ses laudateurs, le septuple vainqueur du Tour n’était pas de taille à lutter avec Contador, mais il avait avec lui un atout considérable, à savoir une équipe à sa totale dévotion ou presque. En fait compte tenu de l’absence dans la course de Benjamin Noval, son ami et confident dans le peloton, on peut même dire qu’Alberto Contador se sentait extrêmement seul dans cette équipe Astana. Cela a même fait dire à certains qu’il avait gagné le Tour tout seul, ce qui d’ailleurs était la marque d’une méconnaissance totale de ce sport.

Cela dit Contador n’a pas gagné que le Tour, et même si sa saison l’an passé paraissait un peu plus fournie en grandes victoires avec le doublé Giro-Vuelta, il a quand même animé avec brio toutes les courses par étapes  auxquelles il a participé. On n’oublie pas ses victoires d’étapes dans Paris-Nice, notamment la montée de Lure, mais aussi ses premières places au Tour d’Algarve et au Tour du Pays Basque, qui est devenu aujourd’hui une épreuve de référence parmi les belles courses à étapes. Certes ses qualités de grimpeur peuvent s’exprimer pleinement dans ce type d’épreuve, mais il a aussi gagné l’étape contre-la-montre, ce qui n’est pas une surprise tellement il est devenu un des tous meilleurs rouleurs du peloton, comme il l’a démontré à Annecy pendant la « grande boucle » en battant Cancellara.

Tout cela lui a valu de terminer  à la première place du classement mondial UCI, et d’être élu Vélo d’Or pour la 3è année consécutive. Par parenthèse  l’Espagne est  omniprésente dans ce classement UCI, puisque le second de Contador est Valverde, vainqueur entre autres de la Vuelta et du Dauphiné Libéré. Quand au 3è de ce classement mondial, le champion olympique Samuel Sanchez, s’il n’a pas gagné d’épreuves du Pro Tour il a fait preuve d’une grande régularité au cours de la saison, avec notamment une belle seconde place au Tour d’Espagne. Ensuite on trouve deux coureurs qui ont connu des fortunes diverses en cours de saison, mais qui ont réussi un ou deux exploits majeurs.  Andy Schleck (4è)  a remporté Liège-Bastogne-Liège et a terminé second du Tour, et Cadel Evans (5è) a remporté le titre de champion du monde après avoir connu beaucoup de malheurs pendant le Tour de France. A noter que le premier Français, SylvainChavanel, est 22è de ce classement mondial, loin devant  Fédrigo qui occupe la 51è place. Quelle tristesse pour le pays de Bobet, Rivière, Anquetil, Poulidor, Hinault, Fignon ou Jalabert ! Toutefois la France a peut-être trouvé son champion  avec Sicard, champion du monde de la catégorie espoir et vainqueur du Tour de l’Avenir.

Refermons cette longue parenthèse pour revenir à Contador qui pour moi, comme pour beaucoup de coureurs et de suiveurs, est un véritable super crack. D’abord, comme tous les plus grands, il a gagné très tôt le Tour de France (24 ans). Ensuite il est devenu très rapidement un coureur complet, comme le furent quelques uns des plus grands grimpeurs qui ont marqué l’histoire du cyclisme. Bartali a gagné nombre d’étapes contre-la-montre, comme plus tard Charly Gaul qui a même battu  Anquetil dans le Tour de France 58 (Châteaulin 46 km). Quant à Fausto Coppi, il figure à la fois parmi les plus grands rouleurs et les meilleurs grimpeurs de tous les temps. Incontestablement Contador est en bonne compagnie.

Les grimpeurs ont été longtemps catalogués en deux catégories, avec des coureurs comme Bartali et Coppi capables de passer plusieurs cols en tête dans la même journée, et d’autres comme Contador qui font le dernier col de l’étape à une allure extraordinaire, après un démarrage qui laisse sur place ses adversaires. Dans les deux cas, les grands grimpeurs font un maximum de dégâts chez la concurrence, et plus encore si j’ose dire si les conditions de course sont très dures. Autre caractéristique, les grimpeurs se révèlent très tôt dans la carrière car ils peuvent exploiter rapidement ce don particulier qui les rend irrésistible. Parmi les coureurs en activité Andy Schleck, sans aucun doute le meilleur grimpeur après Contador, n’a que 24 ans. Bartali et Coppi étaient déjà les meilleurs en montagne à 20-22 ans. Charly Gaul a commencé à marquer les esprits à l’âge de 23 ans. Quand à Contador, tout le monde se rappelle ses démarrages dans le premier Tour de France qu’il a remporté (en 2007) dans le col de Peyresourde ou au Plateau de Beille, alors qu’il avait 24 ans.

Ces fameuses attaques de Contador * parlons-en, notamment celles qu’il avait lancées  contre Rasmussen, à  qui il avait fait très mal malgré la forme stupéfiante que tenait ce dernier dans le Tour de France 2007 avant que son équipe ne l’oblige à abandonner. Alberto Contador rééditera ces exploits dans l’Angliru pendant la Vuelta 2008, et  bien sûr lors du dernier Tour de France à Arcalis et à Verbier. A chaque fois il a démontré une fantastique capacité à changer de rythme qui condamne ses adversaires très rapidement, surtout si ceux-ci essaient de le suivre, erreur à ne surtout pas commettre. Problème,  si les adversaires ne réagissent pas très vite, Contador sera très rapidement loin devant, et la perte de temps peut-être considérable en quelques kilomètres. En cela, si j’en crois ce que disait  Géminiani,  on peut le comparer à Bartali qui montait par saccades 100 mètres debout sur les pédales, 100 mètres sur la selle, puis ensuite il mettait une ou deux dents de plus et là il n’y avait plus rien à faire.

Un dernier mot enfin, contrairement à ce qu’on pourrait croire, quels que soient les dons des meilleurs grimpeurs pour l’effort en montagne, ils sont quand même obligés de travailler leur explosivité, ce travail pouvant se faire aussi  bien sur le plat qu’en montagne. D’ailleurs la technique de Contador est presque parfaite que ce soit dans ses démarrages, les mains sur les poignées de frein et  les épaules juste au dessus du guidon, ou dans le cours de son ascension. En tout cas, vu son jeune âge, Contador n’a pas fini de nous étonner d’autant qu’il arrive dans la force de l’âge pour un coureur cycliste. Il lui restera ensuite, après avoir gagné encore plusieurs grands tours, à faire l’effort de se préparer pour les classiques à sa portée (Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Walonne, l’Amstel ou le Tour de Lombardie), sans oublier les championnats du monde (route et contre-la-montre). Et quand il aura accompli cette œuvre, le fuoriclasse madrilène pourra  se retirer en regardant d’égal à égal les Merckx, Hinault, Coppi, Bartali, Bobet ou Anquetil.

Michel Escatafal

* Voir sur le site web d’Alberto Contador (rubrique blogs à visiter) la partie multimedia dans menu

15.10.2009

Le Tour 2010 est fait pour un grimpeur

ocana.jpgcontador.jpgC’est un beau Tour de France 2010 que nous ont concocté les organisateurs, ce qui permettra aux spectateurs et téléspectateurs de se régaler pendant 3 semaines aux exploits des Contador, Schleck, Evans, Wiggins ou Armstrong, pour ne citer qu’eux. C’est même un parcours excellent pour nous tenir en haleine sur la durée du Tour, contrairement à cette année où les Pyrénées ont été escamotées, ce qui nous a valu une fastidieuse remontée vers les Alpes, via les Vosges. Je dis fastidieuse parce qu’en plus la course a été cadenassée par la volonté de l’équipe Astana, qui ne voulait pas que Contador s’impose trop vite à Armstrong.

Cette année donc nous allons démarrer par un prologue de 8 km, suffisant pour voir qui est en forme, mais très insuffisant pour faire une quelconque différence significative. Cependant les coureurs ne perdent rien pour attendre car au cours des 4 premiers jours le danger sera partout présent pour les favoris, à Spa d’abord (3è étape) même si les coureurs des grands tours sont généralement à l’aise sur ces parcours accidentés des classiques ardennaises. C’est même là qu’ils réalisent souvent quelques uns de leurs plus grands exploits (Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault etc.). Mais c’est surtout le lendemain que ce sera intéressant avec les 13 km de pavés avant Arenberg.

Evidemment ces 13 km ne seront pas un obstacle insurmontable pour des coureurs habitués à courir Paris-Roubaix (Cancellara, Boonen, Hushovd etc.), mais je suis curieux de voir comment Contador va passer ces pavés, sachant que ce n’est pas le terrain où il est le plus à l’aise, loin de là. Il pourrait même y laisser quelques plumes, ce qui nous permettra de le voir attaquer peut-être un peu plus tôt et un peu plus fort que prévu, dès la première vraie étape de haute montagne avec arrivée à Morzine, juste après le passage dans le Jura (aux Rousses). Pour ma part je me réjouis de cette ville-étape, car je n’aurai pas beaucoup à me déplacer pour voir les coureurs puisque j’habite tout près, à Saint-Claude. Pour avoir souvent roulé sur ces routes, il ne faut pas attendre de grosses différences dans le final, surtout que l’étape est courte.

Le reste des Alpes n’est pas à négliger, mais le Tour ne sera sans doute pas fini à Gap, ni à Mende où Jalabert fit son seul véritable exploit dans le Tour de France en 1995. Il restera encore les Pyrénées qui seront le gros plat de résistance de cette édition 2010. Pour avoir grimpé des cols dans les Alpes et les Pyrénées, j’ai toujours trouvé les cols pyrénéens plus durs que ceux des Alpes, à part le Granon à Serre-Chevalier qui est vraiment très difficile, même s’il ne fait qu’une douzaine de kilomètres. Cela dit l’arrivée au sommet du Tourmalet vaudra sans doute son pesant d’émotion car le col est très long (18 km) et la pente moyenne est très élevée (presque 8%). En plus même si c’est dans l’autre sens, les coureurs auront deux fois à franchir ce col, mais l’arrivée à Pau amène rarement de grandes différences parce que trop loin du dernier col. En revanche je ne connais pas l’arrivée à Ax 3 Domaines, mais je suppose qu’elle ne doit pas être très facile même si son kilométrage et son pourcentage moyen (6%) n’ont rien de très impressionnant, surtout pour les coureurs professionnels.

Il restera enfin le seul vrai contre-la-montre entre Bordeaux et Pauillac qui fera une cinquantaine de kilomètres. A mon humble avis, le Tour sera déjà joué et cette étape couronnera certainement celui qui aura déjà le maillot jaune. Et qui ce sera ? Réponse sans langue de bois : Contador. Sauf accident ou méforme improbable, Contador va gagner son 3è Tour de France, d’autant qu’il semble fait pour lui. C’est le meilleur escaladeur du peloton, et c’est aussi un des tous meilleurs contre-la-montre après Cancellara qu'il a battu cette année à Annecy. Alors qu’est-ce qui pourrait empêcher Contador de gagner, sauf accident ? Peut-être son équipe, car je doute qu’Astana 2010 soit aussi forte qu’Astana 2009. Nul doute que les équipes des autres favoris essaieront de le mettre en difficulté dans les premières étapes, compte tenu que c’est la seule chance de battre le crack espagnol. Mais s‘il passe correctement les pavés, donc sans perdre trop de temps, il aura déjà presque course gagnée, d’autant que les sprinters vont s’efforcer de contrôler la course sur les 6 ou 7 étapes qui leur sont favorables.

Cela étant à quoi ressemble ce Tour dans l’histoire en plus du fait qu’Henri Desgranges, premier maître d’œuvre du Tour de France, eut décidé de d’ajouter les Pyrénées au programme du Tour en 1910, ce qui lui valut d’être traité d’assassin par Trousselier ou par Lapize, on ne sait pas trop, même si pour presque tout le monde ce ne pouvait être que Trousselier, vainqueur en 1905. En tout cas en 1910 le vainqueur fut Lapize, devant le Luxembourgeois Faber, vainqueur en 1909. A noter qu’à l’époque le classement se faisait par points, ce qui sera le cas encore jusqu’en 1912 (vainqueur le Belge Odile Defraye). Et puisque nous sommes dans l’histoire du Tour dans les Pyrénées je voudrais rappeler que Luchon a longtemps été une ville étape incontournable du Tour de France, puisqu’il fallut attendre 1939 pour que Tour ne s’y arrête pas. Mais dès la reprise de 1947, Luchon fut de nouveau au rendez-vous pour la victoire de Bourlon. Ce sera encore le cas l’année prochaine.

Et si je devais comparer le parcours de ce Tour de France 2010 à un Tour du passé, ce pourrait être à celui de 1973. Déjà le départ avait lieu aux Pays-Bas (La Haye). Ensuite on était passé à Roubaix, puis on était descendu dans les Alpes, avant 3 grosses étapes dans les Pyrénées avec des arrivées à Pyrénées 2000 (victoire de Van Impe), Luchon encore (Luis Ocana) et Pau (P. Torres). Ensuite on était monté vers Paris en évitant, comme cette année, la Bretagne et la Normandie. Et qui fut vainqueur en 1973 ? Réponse, l’Espagnol Luis Ocana qui avait écrasé le Tour de toute sa classe, un peu à la Merckx absent cette année-là. En 1973 le Tour avait aussi été très montagneux avec 48 cols à escalader et 10 étapes sur 20 influencées par la montagne. Bref un Tour fait pour un grimpeur, comme en 2010,  avec un podium composé exclusivement d’excellents escaladeurs (Ocana, Thévenet et Fuente).

Un dernier mot enfin, cette année-là Ocana, le grimpeur-rouleur, avait assommé quelques uns de ses principaux adversaires…sur les pavés lors de l’étape Roubaix-Reims. Il avait pris par exemple plus de 2mn 30 dans cette étape à Zoetemelk et 7 mn 32 à Fuente, redoutable grimpeur, le meilleur de l’époque d’après Eddy Merckx. Ocana en effet avait attaqué une cinquantaine de km après le départ de Roubaix dans le boyau de Quérénaing, et cette offensive se poursuivra jusqu’à l’arrivée grâce à la présence auprès d’Ocana de 4 coéquipiers, à savoir Vasseur, Cattieau qui prendra ce jour-là le maillot jaune, Mortensen le Danois et…Johnny Schleck, le père des deux frères Franck et Andy. Cela étant Johnny Schleck était surtout un très bon équipier, et avait moins de classe que Franck et surtout qu’Andy considéré comme le principal rival d’Alberto Contador cette année et sans doute les années à venir.

Michel Escatafal

28.09.2009

La mondialisation a aussi touché le vélo, et c’est heureux !

evans, kolobnev et rodriguez.jpgIl y a quelques décennies le monde du vélo se conjuguait en français, en italien, en espagnol ou en néerlandais. Je devrais dire le vélo sur route car il en allait un peu différemment sur la piste, où les anglosaxons étaient un peu plus présents, comme l’Anglais Réginald Harris qui fut 4 fois champion du monde de vitesse (en 1949, 1950,1951et 1954), ou encore l’Australien Sydney Patterson, champion du monde de poursuite en 1952 et 1953. Toutefois le cyclisme professionnel était dominé par 4 ou 5 pays d’Europe Occidentale, à savoir la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, plus la Suisse. Il suffit d’ailleurs de consulter les résultats du Tour de France, du Giro, de la Vuelta et des championnats du monde,  pour s’apercevoir que la victoire revenait systématiquement à un des coureurs de ces pays, plus quelques succès individuels de coureurs luxembourgeois  ou allemands. Cela jusque vers la fin de la décennie 60.

Puis cela a commencé à changer d’abord sur la piste, où de plus en plus de coureurs britanniques ou australiens, puis américains, ont commencé à récupérer des titres. Parmi ceux-ci je citerais l'Anglais Hugh Porter, champion du monde de poursuite professionnel en 1968, 1970, 1972 et 1973, mais aussi Doyle, lui aussi poursuiteur et anglais (1980 et 1986), ou encore l’Australien Bishop, champion du monde de poursuite en 1983. Comme nous le voyons, l’extension à d’autres nations traditionnelles s’est faite d’abord sur la piste. Mais la route ne va pas être en reste avec l’arrivée au sommet de coureurs venus d’ailleurs, principalement de Colombie. Au passage je rappellerais que la Colombie retransmet le Tour de France depuis 1983, mais les chaînes colombiennes (RCN et Caracol) avaient de bonnes raisons de le faire, car leurs coureurs étaient devenus des vedettes en Europe.

Je n’en citerais que trois, Lucho Herrera, Fabio Parra et Martin Ramirez. Tous portaient les couleurs de leur sponsor colombien « Cafe de Colombia », et furent des protagonistes influents de la décennie 80. Lucho Herrera d’abord, un des plus remarquables grimpeurs que le cyclisme ait produit, remporta entre autres victoires le Tour d’Espagne en 1987, et deux fois le Dauphine Libéré en 1988 et 1991. Fabio Parra pour sa part n’a pas gagné de grand tour, mais a remporté deux étapes du Tour de France en 1985 et en 1988, année où il monta sur le podium à la 3è place. Enfin Martin Ramirez connut son heure de gloire en 1984, quand il remporta le Dauphiné Libéré devant…Bernard Hinault. L’année suivante il remportait le Tour de l’Avenir. Depuis cette époque les coureurs colombiens ont eu quelques beaux champions, comme par exemple Botero qui fut champion du monde contre-la-montre en 2002 et vainqueur du Tour de Romandie 2005, mais les Colombiens sont moins présents qu’il y a une vingtaine d’années.

Ensuite ce fut l’arrivée des Américains et des Australiens.  Le premier crack américain est bien connu, car il figure parmi les plus grands champions de sa génération, Greg Lemond. Il fut tout d’abord champion du monde sur route en 1983, premier Américain à remporter ce titre depuis la création par l’UCI du championnat du monde professionnel en 1927. Pour l’anecdote il ne fut que le 3è si on comptabilise la victoire de Banker en 1898 et de Taylor en 1896, championnats organisés par l’International Cyclist Association à partir de 1892. Ensuite Greg Lemond remportera 3 Tours de France, un Dauphiné Libéré et un autre championnat du monde. A coup sûr le meilleur coureur avec Fignon de la fin des années 80.  D'autres coureurs américains s’illustrèrent comme Jonathan Boyer, avant Hincapie, Leipheimer et Landis pour ne citer qu’eux. Bien entendu le meilleur de tous fut Lance Armstrong, champion du monde en 1993 à 22 ans, puis 7 fois vainqueur du Tour de France (1999-2006), ce qui constitue le record absolu.

Chez les Australiens, le premier vrai grand routier fut Philip Anderson qui s’est constitué un très beau palmarès avec des victoires à l’Amstel, au Dauphiné Libéré, au Tour de Suisse, à Créteil-Chaville (Paris-Tours) et au Tour de Romandie. Le « Kangourou », comme on l’appelait, allait être le premier coureur d’une belle lignée jusqu’à Cadel Evans qui a remporté hier, enfin, la grande victoire après laquelle il courait depuis si longtemps, le championnat du monde sur route. Il s’est montré pour une fois offensif, qui plus est au bon moment, et a bien mérité son titre pour l’ensemble de son œuvre, après 2 secondes places au Tour de France, une autre au Giro et une 3è au dernier Tour d’Espagne.

Sa seule victoire majeure avait été, jusque là, le Tour de Romandie en 2006. Il d’ailleurs tellement peu l’habitude de gagner, disent les mauvaises langues, qu’il a oublié de lever les bras. Cela étant, comme c’est souvent le cas pour les éternels seconds, il faut dire que la malchance ne l'a jamais épargné, comme l’an passé avec sa chute dans le Tour de France, ou cette année avec sa crevaison au pire moment dans le Tour d’Espagne. En tout cas il est entré dans l’histoire en devenant le premier Australien champion du monde sur route. Coïncidence, l’an prochain les Mondiaux sur route auront lieu en Australie. Gageons que lui comme Rogers, triple champion du monde c.l.m., s’efforceront d’être prêts pour cet évènement majeur dans leur pays, même si nous savons d’ores et déjà que le parcours sera peu sélectif.

Et oui il va falloir s’y habituer. Depuis quelques années le cyclisme sur piste et sur route parle beaucoup l’anglais. Cette langue est même devenue la plus usitée dans le peloton, la mode de l’expression en anglais ayant envahi également le cyclisme. Il est vrai qu’outre les Américains et les Australiens, il y a aussi les Britanniques, comme Wiggins passé de la piste à la route avec bonheur, qui en outre vont s’offrir une équipe bien à eux (Sky) avec de gros moyens semble-t-il. En plus il y a les coureurs de l’Est, autrefois confinés à l’intérieur de leur frontières politiques, et qui depuis la chute du communisme sont devenus eux aussi des acteurs majeurs du vélo, comme ils le furent chez les soi-disant amateurs jusqu’au début des années 1990. Au fait qui a terminé 2è hier du championnat du monde ? Le Russe Kolobnev. On comprend dans ces conditions que les Français aient de plus en plus de mal à se faire une place de choix dans le peloton, en espérant que Sicard soit enfin le crack attendu. En attendant, même s’il m’est arrivé de critiquer l’UCI, reconnaissons que sous son égide le cyclisme est vraiment devenu un sport universel.

Michel Escatafal

24.09.2009

Cancellara et l'histoire du maillot arc-en-ciel

cancellara.jpgFabian Cancellara vient de remporter son 3è titre de champion du monde contre-la-montre à Mendrisio, ce qui le situe comme le coureur le plus performant, avec l’Australien Rogers, depuis que ce championnat du monde existe, en 1994. Et si l’on fait la comparaison avec le Grand Prix des Nations c.l.m. d'autrefois, qui était considéré comme le véritable championnat du monde, il reste en très bon rang puisqu’il se situe derrière Jacques Anquetil (9 victoires) et Bernard Hinault (5 victoires), à égalité avec Charly Mottet, vainqueur à 3 reprises. Certains vont me dire qu’il ne faut comparer que ce qui est comparable, car les premiers grand prix des Nations (de 1932 à 1956) faisaient 140 km avant de descendre doucement à 90 km dans les années 70, 80 et 90, alors que le championnat du monde c.l.m. se déroule lui sur une distance légèrement inférieure à 50 km.

Cela étant, même s’il y avait 20 ou 30 km de plus le résultat serait le même, car Cancellara est bien le meilleur rouleur de son époque, dans la grande tradition des rouleurs suisses, Koblet,  Graf, Gisiger, Rominger ou Zulle, pour ne citer qu’eux, d’autant que l’an passé il a été sacré champion olympique à Pékin. Il est tellement le meilleur qu’un seul coureur l’a battu dans la discipline ces derniers mois, à savoir Alberto Contador dans l’étape d’Annecy du Tour de France sur 40 km. Et encore le crack espagnol, au demeurant excellent rouleur et champion d’Espagne de la spécialité, avait bénéficié si j’ose dire d’une côte au milieu du parcours dont il avait tiré un maximum de bénéfice, pour l’emporter finalement de 3 secondes.

Dans le cyclisme les courses contre le chronomètre ont le mérite d’être celles où il y a le moins de surprise…parce que fatalement c’est le meilleur spécialiste qui l’emporte. D’ailleurs si l’on regarde simplement le dernier Tour de France on s’aperçoit que Cancellara  avait gagné la première étape de 15  km devant Contador. La vérité du début du Tour était quasiment la même que celle de la fin. Et gageons que si Contador s’était présenté (en forme) au départ de l’épreuve d’aujourd’hui, il est très vraisemblable qu’il aurait eu la médaille d’argent, le parcours de Mendrisio étant plus plat que celui d’Annecy.

Bravo donc à Cancellara qui est en train de se confectionner un magnifique palmarès, avec en plus de ses 3 titres mondiaux et son titre olympique contre-la-montre, Paris-Roubaix, Milan-San Remo, le Tour de Suisse et Tirreno-Adriatico. Tout cela alors qu’il n’a que 28 ans, ce qui signifie que son palmarès va encore s’étoffer dans les années à venir, et pourquoi pas dès dimanche prochain sur la course en ligne. Ce serait d’ailleurs une première que ce doublé c.l.m.-route aux championnats du monde, ce qui lui vaudrait de rentrer dans l’histoire. Certes la question se pose de savoir si le circuit de Mendrisio ne sera pas trop dur pour Cancellara, avec son raidillon à 10%, mais il ne faut pas oublier qu’il est en super forme et qu’il passe de mieux en mieux la montagne.

Il a quand même gagné le Tour de Suisse, même si la concurrence n’était pas extraordinaire, et surtout on l’a vu dans le Tour de France, l’an passé comme cette année, emmener le peloton à des allures vertigineuses y compris quand la route commençait à s’élever. En fait tout dépendra de la façon dont se déroulera l’épreuve, notamment à partir de quel moment elle sera réellement durcie. Cependant il est clair que la « giclette » de Cunego pourrait faire merveille lors du dernier tour dans le raidillon, auquel cas il sera très difficile à Cancellara de suivre. Malgré tout beaucoup le placent au moins comme un bon outsider pour enfiler le beau maillot arc-en-ciel.

C’est vrai que ce maillot en impose au point que je n’ai jamais voulu en porter un à l’entraînement, comme le faisait certains de mes copains, coureurs du dimanche. Pour moi c’était comme une décoration que seul le vainqueur du championnat du monde avait le droit de porter. Je devrais d’ailleurs dire les vainqueurs car il y a les routiers et les pistards, mais aussi le cyclocross et à présent le VTT et le BMX. Tous ont droit à ce magnifique maillot distinctif qui est celui qui fait le plus rêver, après toutefois le maillot jaune de vainqueur du Tour de France. Pour les Italiens il y a aussi à un degré moindre le maillot rose du Giro, mais l’avantage du maillot arc-en-ciel c’est qu’on le porte toute l’année.

Parfois il arrive que le vainqueur du Tour s’empare aussi la même année du maillot arc-en-ciel. C’est rare dans l’histoire du cyclisme, même très rare, et c’est pour cela que je vais citer le nom des 5 coureurs qui ont accompli cet exploit : Georges Speicher en 1933, Louison Bobet en 1954, Eddy Merckx en 1971 et 1974, Stephen Roche en 1987 et Greg Lemond en 1989.  Il arrive aussi parfois que le titre de champion du monde sur route échoit à un inconnu, dont c’est le seul titre de gloire, mais sur un circuit comme celui de Mendrisio ce serait étonnant.

Là aussi je vais en citer quelques uns parce que ce sont des gens qui ont quand même eu beaucoup de chance : Heinz Muller n’a gagné qu’une course, le championnat du monde  en 1952, Ottenbros champion du monde en en 1969 qui, en plus de son titre, n’a remporté que deux fois la Flèche des polders en 1968 et 1969, Rudy Dhanenens, champion du monde en 1990 qui a gagné en 1986 la course Mandel-Lys-Escault et la même année une étape du Tour de France. En revanche Koblet, Anquetil, Ocana, Fignon ou Kelly n’ont jamais porté de maillot arc-en-ciel. Il est vrai que jusqu’en 1994, le championnat du monde c.l.m. n’existait pas. Dommage, ils ont gagné le grand prix des Nations.

Michel Escatafal

21.09.2009

Valverde a gagné sa Vuelta

valverde.jpgAvec la fin du Tour d’Espagne remporté par Alejandro Valverde s’achève la saison des courses à étapes, et le dernier des trois grands tours. Heureux Espagnols qui, par ailleurs, ont remporté ce week-end le championnat d’Europe de basket, et se sont qualifiés pour la finale de la Coupe Davis. De quoi faire rêver les Français ! Cela dit, pour avoir suivi au jour le jour la course sur la chaine publique espagnole TVE, j’avoue que j’ai été un peu déçu, car si Valverde a gagné cette Vuelta 2009 ce ne fut pas un grand cru.

Elle manquait trop de grands animateurs, après il est vrai un Tour de France très difficile pour tous les protagonistes, y compris les principaux. On avait déjà noté, bien avant le départ, que Contador serait absent et ne défendrait pas son titre acquis l’an passé, tout comme bien sûr Armstrong qui n’est intéressé que par le Tour, tandis que les frères Schleck n’étaient là que pour venir chercher quelques jours de course avant le championnat du monde, ce qui n’a d’ailleurs pas plu aux organisateurs.

Donc Valverde a enfin gagné son premier grand tour, le plus facile pour lui, ce qui lui a donné apparemment l’ambition de courir les prochaines années le Tour de France pour le gagner. Disons tout de suite qu’il aura beaucoup de mal à réussir dans son entreprise car, comme le dit J.F. Bernard dans l’Equipe, le Tour de France et même le Tour d’Italie c’est un cran au-dessus, certainement trop élevé pour Valverde. Certes ce dernier est un coureur complet, à savoir bon grimpeur, bon rouleur et même assez rapide au sprint, mais cet ensemble de qualités est insuffisant pour remporter un Tour de France, où il faut être au minimum un excellent grimpeur et un excellent rouleur. Parfois même cela suffit d’être un grand grimpeur comme les Espagnols Bahamontes en 1959 ou à un degré moindre Carlos Sastre l’an passé. Bahamontes en revanche n’a jamais gagné le Tour d’Espagne, mais il en a remporté deux fois le classement des grimpeurs.

A ce propos Bahamontes, dit l’Aigle de Tolède, a fait partie avec Charly Gaul des plus grands escaladeurs de l’histoire, juste derrière les deux campionissimi Bartali et Coppi. Bahamontes n’avait pas la classe des deux cracks italiens, mais il était aussi très loin du sérieux que ces derniers manifestaient en toute occasion, lui qui était plutôt un amuseur public. Par parenthèse tous les amateurs de cyclisme de l’époque ont rapporté son premier fait d’armes dans le Tour. C’était en 1954 (année de la 2è victoire de Louison Bobet), il venait de franchir son premier col en tête, le Col du Romeyere (1069m qui donne accès au Vercors), mais arrivé au sommet il se mit à déguster une glace, se coucha dans le fossé en attendant les autres qu’il aspergea avec son bidon, avant de se joindre à eux dans la descente. C’était le début d’une longue série d’exploits, puisqu’en plus de sa victoire au classement général en 1959, il remportera 6 fois le classement du meilleur grimpeur.

Certains anciens comparent volontiers Contador à Bahamontes avec son allure en danseuse et ses démarrages foudroyants dans les cols. Cela dit Contador est ce que les Italiens appellent un fuoriclasse, et si l’on devait faire une comparaison ce serait plutôt avec Bartali qu’il faudrait la faire en termes d’efficacité globale.  Tout cela pour dire que Valverde, puisque c’est de lui dont je parlais auparavant, sera toujours inférieur en haute montagne à Contador, mais aussi à Andy Schleck, qui sont de purs escaladeurs capables de placer de terribles accélérations, et de poursuivre leur effort pendant plusieurs kilomètres à allure élevée.  En outre, malgré ses qualités de rouleur, il est impensable que Valverde puisse inquiéter  Contador sur un chrono de 40 ou 50 km, ce dernier s’étant permis de battre Cancellara dans le contre-la-montre d’Annecy lors du dernier Tour de France. Il n’est même pas dit que si Valverde avait été là cette année, il eut battu Andy Schleck qui a beaucoup progressé dans l’exercice, même si cela reste son talon d’Achille.

Enfin pour clore le débat, Valverde a gagné cette Vuelta avec moins d’une minute d’avance sur Samuel Sanchez (55s) qui n’est quand même pas un coureur de grand tour, et  1mn 32 sur Evans dont on connaît les limites actuelles, mais qui aurait pu menacer beaucoup plus le leader s’il n’avait perdu plus d’une minute sur crevaison lors de la 13è étape au moment d’attaquer la dernière ascension.  Même Basso, loin du Basso dominateur dans le Giro 2006 après ses deux ans de suspension, ne termine qu’à 2mn12s au classement général. Tout cela pour dire que si Valverde était sans doute le meilleur avec Evans dans cette Vuelta, son succès doit être relativisé du moins pour envisager une victoire dans le Tour où tous les « gros bras » sont là, et  au sommet de leur forme.

Et puis, en plus de ses adversaires, il y a le fait que Valverde n’est pas sûr de pouvoir courir l’année prochaine, si sa suspension de deux ans qui vaut pour l’Italie est élargie au monde entier, en raison de son implication présumée dans l’affaire Puerto. Là aussi je voudrais dire qu’il est absolument anormal que l’on mette autant de temps avant de rendre une décision de ce type, d’autant que les faits remontent déjà à 3 ans. Décidément  il y a des choses à revoir dans la lutte contre le dopage, surtout chez les cyclistes qui subissent moult contrôles de toutes sortes.

En attendant Valverde va essayer de conclure son excellente saison, à la fin de cette semaine, par un titre de champion du monde qui lui a souvent échappé de peu. Il aura fort à faire avec les Italiens Cunego et Ballan, mais aussi Cancellara et d’autres auxquels on ne pense pas. Espérons qu’il y aura un ou deux français dans le final pour nous donner l’occasion de rêver. Cela fait tellement longtemps qu’un Français n’a pas été champion du monde. La dernière fois c’était en Espagne, en 1997, avec Brochard qui avait remporté la route, et Laurent Jalabert qui avait remporté l’épreuve contre-la-montre. On dirait que cela fait une éternité. Cela étant si les Espagnols occupent les deux premières places du classement UCI avec Contador, suivi de Valverde, le premier Français est 22è (Chavanel) et le second, Fédrigo, est 50è. Cela ne nous empêche pas d’y croire un peu, si les principaux favoris se neutralisent. Toutefois, ce championnat n’a pas lieu à Lourdes, mais à Mendrisio.

Michel Escatafal

28.08.2009

Une Vuelta 2009 attrayante...

Vuelta 09.jpgDemain  commence le Tour d’Espagne, troisième des grands tours après le Tour de France et le Tour d’Italie. Cette année il va faire un exercice nouveau pour lui mais habituel pour le Tour et le Giro, à savoir commencer loin de ses bases avec 4 étapes en Hollande et en Belgique avant, pour des raisons d’organisation (transfert de 1400 km), une journée de repos juste après l’arrivée à Liège. A ce propos, si j’en crois la presse espagnole, c’est la folie à Assen où doit se dérouler le prologue de 4,5 km, avec en plus une classique  cyclotouriste qui va attirer 11.000 participants, ce qui démontre une fois pour toutes que, n’en déplaise à ses détracteurs qui n’ont jamais grimpé la plus petite côte, le cyclisme reste un sport très, très populaire. Combien seront-ils autour du circuit d’Assen pour le prologue? Des dizaines de milliers de spectateurs à vouloir passer une belle après-midi de sport avec, pour couronner le tout, quelques uns des tous meilleurs coureurs du monde.

 

En fait pour que la joie des spectateurs soit totale, il aurait fallu que Contador et Armstrong soient au départ. Cela dit, même à sa grande époque, Armstrong ne s’est guère aventuré à la Vuelta (4è pour une seule participation en 1998). Quant à Contador, il s’estime trop fatigué pour pouvoir embrayer la Vuelta dans la foulée d’un Tour de France qu’il a certes gagné avec beaucoup de marge, mais qui l’a vidé nerveusement plus encore que physiquement. Cela d’ailleurs ne pourra que faire plaisir aux contempteurs  du cyclisme qui s’apercevront que, malgré sa très grande classe, Contador n’est pas un extraterrestre, et qu’il a besoin de souffler à la fin d’une saison qu’il a commencée en février au Tour d’Algarve.

 

Pourtant un Contador motivé et en pleine forme aurait à coup sûr gagné cette Vuelta d’une jambe, tellement elle semblait taillée pour lui avec pas moins de 5 arrivées au sommet, et 8 étapes de moyenne et haute montagne. Il est vrai que l’Espagne est un pays montagneux, ce qui explique pourquoi cette nation a toujours eu dans son histoire de grands grimpeurs, notamment Trueba (années 40), Bahamontes (années 50 et 60), Julio Jimenez (années 60), Fuente (années 70), Lejaretta et Delgado (années 80) et à présent Contador. Fermons la parenthèse, et notons que cette accumulation de difficultés, même s’il manque peut-être des ascensions mythiques comme l’Angliru ou les Lagos de Covadonga, pourrait laisser penser que l’unique rival de Contador sur le Tour de France, Andy Schleck (Luxembourg), lui aussi remarquable grimpeur, pourrait profiter de l’aubaine d’autant que l’ensemble des 3 contre-la-montre ne représente que 60,5 km, ce qui n’est pas pour lui déplaire.

 

Problème, dans quel état physique se trouve le cadet des frères Schleck, sachant qu’il a été victime d’une chute au cours de la Clasica San Sebastian ? Nul ne le sait, et peut-être pas lui-même car sa préparation a été quelque peu tronquée et, d’autre part, il avait annoncé avant sa chute qu’il ne concourrait pas pour la victoire finale. On verra, car un champion reste un champion et après avoir été 2è du Giro en 2007, et encore 2è du Tour cette année, cela ferait bien s’il ouvrait son palmarès dans les grands tours avec la Vuelta. En plus cela clôturerait de la meilleure manière une saison remarquable avec sa victoire à Liège-Bastogne-Liège.

 

Je ne vais pas faire le tour des autres favoris, les journaux en parlent suffisamment, sauf pour dire que même en l’absence de Contador la participation est relevée avec Basso, qui semble s’être bien préparé, Evans qui a besoin de se réhabiliter après son calamiteux Tour de France, Kreuziger qui s’affirme de plus en plus, et Valverde qui voit là une occasion de s’offrir enfin un grand tour après quelques belles victoires dans les classiques. La liste n’est pas exhaustive car il y a aussi Cunego, mais lui c’est plutôt pour préparer le championnat du monde qu’il est là, et enfin Vinokourov qui revient après deux ans d’absence pour contrôle positif au Tour de France. Deux ans sans compétition c’est beaucoup, surtout à 36 ans, et tout le monde n’est pas Armstrong.

 

Puisque je parle d’Armstrong, en regardant le palmarès de la Vuelta je m’aperçois que depuis 50 ans c’est le seul grand crack avec Indurain et Fignon à ne pas avoir remporté l’épreuve. Il est vrai que pour Armstrong sa saison s’arrêtait quasi systématiquement à la fin du Tour de France, en tout cas à partir de 2001 jusqu’en 2006. Pour Indurain c’est plus étonnant car d’une part il est espagnol, et d’autre part il n’avait pas peur de doubler les grands tours la même année. Rappelons qu’il a remporté 5 Tours de France et 2 Tours d’Italie et qu’il a réalisé deux fois le doublé Giro-Tour. En revanche il n’a jamais fait mieux que 2è à la Vuelta (en 1991). Par contre au palmarès, depuis le début des années 60, il y a tous les autres grands champions de chaque époque avec Anquetil, Poulidor, Janssen, Gimondi, Pingeon, Ocana, Merckx, Hinault, Zoetemelk, Delgado, Rominger, Ullrich et Contador.

 

Autre particularité, cette épreuve sourit assez souvent aux Français, de Jean Dotto en 1955 à Laurent Jalabert en 1995, en passant par Stablinski (1958), Anquetil (1963), Poulidor (1964), Pingeon (1969), Hinault (1978 et 1983) et Caritoux (1984). Je ne sais pas ce qu’il en sera cette année, mais il va être intéressant de voir si Le Mevel confirme sa 10è place au Tour de France. S’il faisait un peu mieux encore dans ce  Tour d’Espagne, on pourrait continuer de croire en lui pour les prochaines années, mais la concurrence sera rude avec, outre les favoris, tous les Espagnols à l’affut d’une bonne performance (Mosquera, Samuel Sanchez etc.). Heureux cyclisme espagnol qui compte dans ses rangs le meilleur coureur actuel (Contador), le champion olympique (S.Sanchez), plus Valverde qui est un des tous meilleurs dans les classiques et les courses à étapes, sans oublier Sastre le vainqueur du Tour 2008, absent cette année à la Vuelta après avoir participé au Giro et au Tour!

 

Autre chose, si en Espagne les aficionados ont l'air moins obsédés par le dopage que chez nous en France, l'organisateur rappelle qu'il y aura quand même beaucoup de contrôles puisqu’on va dépenser 250.000 euros pour les diligenter. Quel autre sport fait plus ou même autant ?  Pour changer de sujet, certains voudraient revenir à la formule antérieure avec un Tour d’Espagne en avril. Personnellement je suis d’accord avec l’UCI qui préfère la Vuelta en septembre, pour étendre la saison de février à octobre. De plus avec la Vuelta en septembre, on a un grand tour à chaque saison  avec le Giro au printemps, le Tour en été, et la Vuelta qui se termine à la fin de l’été et au début de l’automne.

 

En outre cela permet à certains coureurs d’arriver très affûtés aux championnats du monde. Je suis persuadé que, quand il le voudra réellement, Contador participera dans la foulée d'un Tour d'Espagne à ces championnats du monde (route et contre-la-montre) avec de bonnes chances de succès. D’ailleurs les coureurs qui brillent à la Vuelta sont souvent sur les podiums mondiaux. Quelle meilleure préparation qu’une grande course à étapes pour être en forme ? En tout cas pour nous spectateurs ou téléspectateurs, ce sont 3 semaines passionnantes qui s’annoncent. J’en profite pour vous donner mon favori : Ivan Basso. Ce serait le 5è italien seulement à remporter l’épreuve, après Conterno en 1956, Gimondi en 1968, Battaglin en 1981 et Giovanetti en 1990.

 

Michel Escatafal

11.08.2009

Nous n'avons que ce que nous méritons!

Deux nouvelles intéressantes aujourd’hui sont rapportées dans les journaux, qui montrent bien que dans notre pays on nage en plein délire sur le dopage. Quand je pense à tout ce qui peut être dit sur le sujet à propos du cyclisme, j’hallucine ! Ce matin en lisant le site Web de l’Equipe,  j’apprends que deux joueurs de football professionnels français pourraient être sanctionnés pour ne pas avoir indiqué leur localisation pour d’éventuels contrôles inopinés à l’AFLD (Agence Française de lutte contre le Dopage).  On apprend en outre qu’à la mi-juillet, 19 joueurs avaient fait l’objet d’un rappel, et que 13 autres s’étaient vus infliger un avertissement. Plus cocasse encore, les instances du football français, sans s'opposer sur le fond, jugent  « excessives les obligations faites aux joueurs ». Et pour être encore plus clair, le président de la FFF, Jean-Pierre Escalettes, estime «que la localisation des joueurs est matériellement très peu réaliste». On croit rêver quand on pense au sort qui est réservé aux coureurs cyclistes !

Au passage j’en profite pour rappeler qu’Armstrong a subi presque une quarantaine de contrôles inopinés depuis son annonce de retour à la compétition, et qu’on a fouillé en plein Tour de France de fond en comble  les véhicules de l’équipe Astana (Armstrong, Contador, Kloden…)…pour ne rien trouver d’anormal, sans que quiconque n'y trouve à redire. Pire encore, malgré tous ces contrôles ou fouilles, on entend sans cesse parler du dopage dans le vélo, et très rarement ailleurs. Et s’il fallait une nouvelle preuve qu’il y a deux poids et deux mesures dans le sport professionnel, il suffit de lire toujours sur le même site que les cinq athlètes jamaïquains contrôlés positifs après leurs épreuves de sélection nationales, fin juin, ont finalement été autorisés par leur fédération à disputer les Mondiaux de Berlin qui débutent samedi, parce que le produit stimulant ne figure pas sur la liste des produits incriminés par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA)…qui devrait une fois pour toutes édicter des règles plus simples.

Et c’est sans état d’âme que le président de la commission antidopage de la Jamaïque, Kent Gammon a annoncé : «Nous n'avions pas d'autre choix que de blanchir les athlètes». Pour mémoire je rappellerai que le cycliste français Clément Lhôtellerie a été licencié par son équipe Vacansoleil,  et ne court plus, pour avoir été contrôlé positif au même produit que les sprinteurs jamaïcains (le Methylhexamine)  le 26 avril dernier,  à l’issue de Liège-Bastogne-Liège. Cette substance en effet est soumise à une autorisation à usage thérapeutique délivrée par l’UCI…que le coureur n’avait pas. Bref, les seuls sportifs à ne pas avoir droit à l’erreur sont les coureurs cyclistes. Et en plus ce sont les seuls (ou presque)  qu’on accuse d’être tous dopés. Désolant !

Et puisque je parle de vélo je vais continuer en déplorant, une nouvelle fois, que le cyclisme français ne pèse plus du tout au niveau international, au point que l’Equipe de France n’aura droit qu’à 6 coureurs pour le prochain championnat du monde sur route…faute de figurer dans le top 10 des nations. Et oui, le pays de Louison Bobet, Jacques Anquetil, Bernard Hinault, Laurent Fignon et Laurent Jalabert, ne figure qu’en 13è position du classement des nations, calculé en additionnant les points des 5 meilleurs représentants de chaque pays dans les épreuves du Pro Tour et du calendrier historique, en clair les grandes courses labellisées comme telles.

A ce propos je rappellerais que dans le top 10 figurent l’Espagne, l’Italie, l’Australie, l’Allemagne, la Russie, le Luxembourg, la Belgique, la Grande-Bretagne, la Norvège et les Etats-Unis. Ces pays pourront donc aligner 9 coureurs au départ de la course en ligne du championnat du monde, mais pas la France, ni les Pays-Bas qui sont 12è, ni la Suisse qui est 14è.  Cela fait bizarre quand même de voir trois grandes nations à tradition cycliste comme la France, la Hollande (pays de Jan Janssen, Kuiper, Zoetemelk, Raas) et la Suisse (pays de Kubler, Koblet, Rominger) ne pas figurer dans les dix premières, alors que le Luxembourg, la Norvège ou la Grande-Bretagne en font partie. Il est vrai que le mode de sélection favorise outrageusement  les places dans les grandes courses, au point qu’il suffit d’avoir un Andy Schleck ou un Cavendish pour être assuré de voir son pays figurer dans le top 10. Au point aussi qu’il suffit qu’un coureur comme Cancellara ait raté son début de saison pour faire tomber son pays (la Suisse) dans les profondeurs du classement.

A ce propos je défie quiconque de pouvoir citer le nom de 9 coureurs luxembourgeois ou norvégiens…parce qu’à peine s’ils les ont dans les rangs professionnels, alors que notre pays recense 165 coureurs pros. Cela étant si nous avons le nombre il manque la qualité…et surtout un grand champion. Combien les français ont-ils gagné de grandes courses cette année?  Réponse : aucune. En fait les Français ne semblent intéressés que par le Tour de France…et la Coupe de France. Problème, même s’ils font bonne figure dans la Grande Boucle, cela n’est pas suffisant pour marquer des points UCI, et comme ils font souvent de la figuration dans les autres épreuves, on se retrouve au niveau où nous sommes et c’est dommage.

D’ailleurs quand on consulte le classement UCI des coureurs on s’aperçoit que le premier coureur français est Sylvain Chavanel à la 38è place avec 107 points (le tiers des points de la France). Plus éloquent encore, la France avec tous ses coureurs est devancé en nombre de points (301) par le seul Contador qui est 1er avec 507 points, mais aussi par A. Schleck, second avec 334 points, par Kreuziger le Tchèque , 3è avec 310 points, et par Cavendish, 4è avec 304 points. Sans commentaire ! En fait comme l’a dit plus brutalement Hinault il y a quelques semaines,  les Français ne savent plus gagner, ni bien figurer dans les grandes épreuves. En plus nous n’avons ni un grand coureur à étapes, ni un grand sprinter. Bref nous sommes largués, et comme le disait Hinault il faut se poser des questions.  

Espérons simplement que les juniors, plutôt brillants aux championnats du monde de la catégorie, prendront vite la relève et surtout confirmeront au plus haut niveau. Arnaud Demare, en effet, a remporté la médaille d’argent sur la course en ligne, et Kevin Labeque a terminé 5è de la course contre-la-montre à 12 secondes de la médaille de bronze sur 26 km. Cela sera-t-il suffisant pour redorer à court terme le blason du cyclisme français sur route ? Espérons-le, même si nous sommes nombreux à être méfiants. Et dire que sans vélodrome digne de ce nom, notre équipe sur piste est parmi les meilleures depuis si longtemps ! Cela dit, et je ne cesse de le répéter, notre pays qui se complaît  comme aucun autre dans les polémiques stériles sur le dopage n’a que ce qu’il mérite. Nous ne sommes pas un pays sportif, et cela ne concerne pas que le vélo !

Michel Escatafal

27.07.2009

Vive le Tour 2010 !

patrick Sercu.jpgLe Tour de France 2009 est fini, vive le Tour de France 2010 ! Voilà ce que l’on dit chaque année à la même époque à la fin de la « Grande Boucle » qui a vu cette année la victoire d’un très grand coureur, Alberto Contador. Rappelons qu’à 26 ans et demi, il a déjà remporté 2 Tours de France, un Giro, une Vuelta, plus Paris-Nice et 2 Tours du Pays Basque. C’est un palmarès qui suffit déjà à le faire entrer dans les 35 plus beaux palmarès du cyclisme depuis 1945. On peut d’ores et déjà dire qu’à la fin de sa carrière il aura rejoint les plus grands, en tout cas le top 10 des plus beaux palmarès où figurent Merckx, Hinault, Anquetil, Coppi, Kelly, Armstrong, Bartali, Indurain, Van Looy et Gimondi.  En tout cas il appartient déjà au club très fermé des coureurs ayant gagné les 3 grands tours, avec Anquetil, Merckx, Gimondi et Hinault.

Son principal adversaire dans les années à venir, sauf révélation soudaine, sera à coup sûr Andy Schleck. Ce dernier,  à tout juste 24 ans,  a déjà terminé 2è du Tour de France (2009) et du Giro (2007), sans oublier une victoire cette année dans la doyenne des classiques, Liège- Bastogne-Liège. Là aussi point de démonstration supplémentaire, ce jeune homme a la grande classe. Il grimpe remarquablement bien, il commence à rouler correctement, donc il a tout pour être le successeur de Charly Gaul, dernier Luxembourgeois vainqueur d’un grand tour (un Tour de France en 1958  et deux Tours d’Italie en 1956 et 1959). Cela nous laisse augurer, dès l’année prochaine sans doute, d’un de ces duels dont le cyclisme a tellement besoin pour entretenir sa légende.

Il y a quand même un troisième coureur qui mérite la citation dans le Tour de France qui vient de s’achever, à savoir Mark Cavendish dont j’avais déjà parlé en début d’année. Il a pleinement confirmé ses extraordinaires capacités de sprinter, en enlevant 6 étapes cette année dans le Tour de France portant son total à 10, plus 3 étapes dans le Giro portant son total à 5. Si l’on ajoute à cette collection une victoire dans une des plus belles classiques du calendrier, Milan-San Remo, là aussi on voit que le cyclisme sur route s’est découvert un phénomène pour quelques années, car lui aussi n’a que 24 ans.  En tout cas après avoir été un remarquable pistard, puisqu’il fut deux fois champion du monde de l’américaine en 2005 et 2008, il est en train de devenir une grande star du cyclisme sur route.

Qui pourra le battre au sprint dans les années à venir ? A priori personne, tellement il domine son sujet. En outre son équipe semble parfaitement rodée pour l’amener là où il faut et quand il faut, pour lui permettre d’exercer « son jump » dans les deux cents derniers mètres.  En tout cas il est tellement au dessus du lot dans les derniers hectomètres, qu’il n’a quasiment jamais besoin de jeter son vélo sur la ligne pour remporter un sprint. Cependant et c’est un pronostic qui n’engage que moi, je lui verrais bien un rival si toutefois Théo Bos persiste dans sa reconversion sur la route. Ce coureur hollandais, connu jusque là pour ses remarquables qualités de pistard (3 fois champion du monde de vitesse en 2004, 2006 et 2007, mais aussi du km en 2005, et du keirin en 2006), a en effet décidé cette année  de devenir routier, après des J.O. décevants pour lui l’an passé, et il a déjà gagné deux ou trois courses…au sprint bien entendu.

Pourra-t-il aller jusqu’à battre Cavendish dans les grandes courses ? Nul ne le sait encore, même si ses débuts ont été  assez encourageants. Il devra d’abord acquérir la résistance pour passer le cap des 180-200 km et 250 -260 km pour les classiques Pro-Tour, ensuite il devra apprendre à frotter et à éviter les manœuvres dangereuses, ce qui lui a valu une suspension d’un mois récemment, enfin il faudra surtout qu’il soit patient car tout cela ne viendra pas d’un coup. S’il y parvient c’est bien le seul qui semble pouvoir rivaliser dans les derniers mètres avec Cavendish. Cependant nous en sommes pour le moment au stade des hypothèses, et rares ont été les champions de vitesse à avoir réussi à devenir de très bons routiers.

Il y a bien eu Oscar Plattner, le Suisse, qui après avoir été champion du monde de vitesse amateur en 1946 avait remporté deux épreuves suisses sur route, mais il était revenu très vite à la piste ce qui lui a permis de remporter le titre mondial en vitesse chez les professionnels en 1952. En fait je ne vois guère que Patrick Sercu,  qui fut champion olympique du km en 1964, puis champion du monde de vitesse amateur en 1963 et professionnel en 1967 et 1969, grand coureur de « six-jours » dont il détient le record de victoires, qui puisse s’enorgueillir d’un joli petit palmarès sur la route. Il a remporté notamment 6 étapes du Tour de France et a même réussi à ramener le maillot vert à Paris en 1974, ce que Cavendish n’a pu réaliser cette année. Enfin, plus près de nous, un autre coureur suisse, Urs Freuler, a été à la fois champion du monde de keirin (1984 et 1985) et a remporté une étape du Tour de France en 1981. Bref, pour Théo Bos ce n’est pas gagné, mais cela vaut la peine d’essayer.

Un dernier mot enfin, il semble que « le coup de gueule » de Bernard Hinault il y a quelques semaines ait été salutaire, du moins le pense-t-il, au risque de faire hurler quelques directeurs sportifs qui ont été ses coéquipiers autrefois. Les Français se sont très bien comportés cette année avec 3 victoires d’étapes (Voeckler, Fédrigo et B. Feillu), et surtout avec 4 coureurs dans le top 20 et 7 dans les 30 premiers. C’est un beau tir groupé. Il manque simplement un jeune espoir capable de venir « titiller » les Contador et Andy Schleck pour la conquête des futurs maillots jaunes ou roses. Peut-être qu’il existe, mais qu’on ne le connaît pas encore. L’espoir fait vivre !

Michel  Escatafal

24.07.2009

Gaul, Contador...

gaul.jpgAujourd’hui j’ai une nouvelle fois envie de réagir à toutes les stupidités que je lis sur les divers forums et même, ce qui est plus grave, dans des journaux dits sérieux. Cependant je suis surtout choqué quand j’entends qu’un ancien grand champion comme Greg Le Mond s’y met lui aussi. Parmi les « forumers » il y en a 99% qui ne sont jamais monté sur un vélo de course, et leur avis est totalement sans intérêt. Ils n’y connaissent rien et ils parlent, ce qui est une des caractéristiques de la nature humaine. Les gens aiment  bien disserter sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas du tout, comme on peut le constater quand ils évoquent  tel ou tel auteur…qu’ils n’ont  jamais pris la peine de lire. C’est pareil pour le vélo, mais quand c’est un très grand champion c’est plus gênant. Que se passe-t-il donc dans la tête de Greg Le Mond pour s’en prendre ainsi aux coureurs actuels, et donc pour contribuer à alimenter les polémiques stériles sur le dopage dans le vélo.

Pour ceux qui connaissent l’histoire du sport, et du vélo en particulier, je veux rappeler que le donneur de leçon Le Mond a quand même gagné le Tour de France en 1989 avec un vélo qui n’était pas vraiment règlementaire à l’époque, avec son guidon de triathlète. Or quand on sait qu’il a battu Laurent Fignon (qui n’utilisait pas ce type de matériel) de 8 secondes à l’arrivée, cela signifie que sans sa machine spéciale il n’aurait pas remporté ce Tour de France. Il était donc normal qu’il y ait de la suspicion sur sa victoire, même si elle portait un peu moins sur le dopage que de nos jours. Question de mode !  Et la dite suspicion s’est faite plus ample encore, quand Le Mond  a remporté le titre de champion du monde à Chambéry, toujours en 1989, en battant au sprint le Russe Konyshev et Sean Kelly qui étaient tous deux infiniment plus rapides que lui.

Et puisqu’on est dans l’histoire du vélo je voudrais signifier, une fois pour toutes, qu’il n’y a rien d’anormal à voir un coureur passer les cols en tête dans le Tour ou le Giro, et être aussi vainqueur de la grande étape contre-la-montre, performance qu’a réussie hier Contador sur les bords du lac d’Annecy.  Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Merckx, Hinault,  en sont quelques uns des plus prestigieux exemples…parce que c’étaient des « fuoriclasse ». J’aurais pu ajouter Armstrong, mais je ne veux pas ajouter de la polémique aux polémiques. Tout cela signifie que Contador est  le nouveau roi du cyclisme sur route, et qu’il est le meilleur de sa génération. Un coureur qui à 26 ans a déjà remporté les trois grands tours (France, Italie et Espagne) est nécessairement un immense champion. Sur ce plan on peut déjà le comparer aux plus grands parmi les plus grands.

Mais au fait pourquoi Contador suscite-t-il autant la suspicion de certains censeurs ? Parce qu’il monte soi-disant les cols à une vitesse supersonique, et qu’en outre il est capable de battre les meilleurs à la fin du Tour de France dans un contre-la-montre de 40 km. Est-ce si inédit comme performance ? Je réponds non. Tout d’abord il faut préciser que si Contador a gagné hier l’étape contre-la-montre du Tour de France sur 40 km, il a bénéficié pleinement de la difficile côte de presque 4 km aux trois-quarts du parcours. Sans cette cote c’est Cancellara qui aurait gagné. J’ajoute que Contador n’a pas fait dans cette étape des différences extraordinaires, car le second (Cancellara) est à 3 secondes et le troisième (Ignatiev)  à 15 secondes. Et que dire de Christophe Moreau qui finit 8è à 45 secondes, et même de Sandy Casar qui termine à la 40è place à 2mn 45 secondes. Contador n’a donc pas écrasé la course comme on peut le lire dans certains commentaires.

On est loin des différences faites à  certaines époques dans les courses contre-la-montre, par exemple dans le Tour 1993 à Madine (59 km),  où Indurain reléguait le second (Bugno le double champion du monde) à plus de 2mn,  malgré une crevaison. Dans le même ordre d’idées quand on s’extasie sur la performance de Contador dans la montée de Verbiers, il faut rappeler qu’il n’a pris que 43 secondes à Franck Schleck en 5,6 km d’ascension,  et entre une minute et une minute et demie sur ses principaux rivaux (Armstrong 9è à 1mn35s), ce qui est peu. Pourquoi ne dit-on jamais cela ? Pourquoi en est-on toujours à suspecter tout le monde de tricherie, alors qu’il suffit de regarder les chiffres et l’histoire du vélo pour s’apercevoir que la domination de Contador est somme toute banale. C’est le champion de sa génération et Andy Schleck, le Luxembougeois, sera son plus dangereux rival.

Et puisque je parle d’un Luxembourgeois, cela me fait une transition toute trouvée pour  revenir  aux succès remportés par un grimpeur ailé dans les courses contre-la-montre en mettant à part ceux que j’appelle, comme les Italiens, les fuoriclasse. Je veux parler bien sûr de Charly Gaul, celui qu’on appelait « l’Ange de la montagne » tellement il paraissait facile dès que la route s’élevait. Tous les connaisseurs estiment qu’il figure parmi les plus grands grimpeurs de tous les temps. Il avait d’ailleurs un gabarit fait pour la montagne avec ses 62 kg pour 1,68m. Il était donc un peu plus petit que Contador (1,76m) et un peu plus léger (69kg), mais les deux gabarits sont assez comparables à époques différentes. Cela n’a pas empêché Charly Gaul de remporter  nombre d’étapes contre-la-montre dans le Giro et le Tour. En 1958 il a même battu une des références absolues dans la spécialité, Jacques Anquetil, sur 46 km. En disant cela, je veux simplement rappeler que Contador n’est donc pas le premier grimpeur ailé à bien rouler. Que ceux qui se posent des questions étudient d’abord l’histoire du vélo !

Michel Escatafal

 

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