31.12.2009

Fausto Coppi, le meilleur des meilleurs

le meilleur des meilleurs.jpgDans l’histoire du sport il y a quelques figures mythiques et légendaires qui resteront à jamais comme les références absolues de leur discipline. Et bien entendu, plus ce sport est universel et plus grande est la gloire de ceux qui ont contribué à sa légende. Ils ne sont d’ailleurs pas très nombreux…parce qu’on n’arrive pas à leur trouver de défauts dans l’exercice de leur métier, ce qui permet de gommer leur imperfection d’humain. D’ailleurs, pour la postérité, ils sont considérés comme des demi-dieux, sorte d’Heraclès des temps modernes. Pour ma part je ne citerais que Pelé, le footballeur, Ray Sugar Robinson le boxeur, et Fausto Coppi, le champion cycliste surnommé le campionissimo. Certes quelques autres monstres sacrés méritent aussi une place à part (Merckx, Hinault, Fangio, Senna, Blanco, Marciano, Mohammed Ali, Leonard, Owens, Elliot, El Guerrouj, Bekele, Bolt, Phelps, Di Stefano, Laver, Federer, Michael Jordan, Tiger Woods, etc.), mais Pelé, Robinson et Coppi avaient incontestablement une autre dimension.

Bien entendu si je parle une nouvelle fois de Fausto Coppi sur ce site, c’est parce qu’il y aura très exactement 50 ans (le 2 janvier 1960) que l’immense champion italien est décédé à Tortona à l’âge de 40 ans, victime de la malaria après un séjour en Haute-Volta (Burkina Faso aujourd’hui) en compagnie de quelques autres grands champions (Géminiani, Anquetil, Rivière, Anglade, Hassenforder) où il avait pu sacrifier à la chasse, sa grande passion. Oui déjà 50 ans, et même si à l’époque j’avais à peine 13 ans, je m’en souviens comme si c’était hier. Déjà j’étais fou de vélo, entre autres grâce aux exploits de Fausto Coppi, et c’est avec tristesse que j’avais assisté à la lente agonie cycliste du champion qui n’en finissait plus d’achever une carrière extraordinaire, la plus belle à coup sûr de l’histoire à cette époque.

Et pourtant cette carrière tellement brillante, sur la route comme sur la piste, avait été interrompue pendant plus de deux ans (1943 à 1945) en raison de la deuxième guerre mondiale à laquelle il participa comme soldat, ce qui lui valut d’être fait prisonnier et d’attraper une première fois la malaria. En outre cette période où le monde était à feu et à sang avait provoqué, évidemment, l’arrêt des plus grandes compétitions du calendrier (Tour de France, Giro, classiques, championnats du monde).

Quelle serait l’ampleur du palmarès de Coppi sans la guerre ? Personne ne peut le dire avec certitude, mais il est vraisemblable qu’il aurait remporté en plus de tout ce qu'il a gagné au moins trois ou quatre Tours d’Italie, deux ou trois Tours de France, quelques Tours de Suisse, plusieurs grandes classiques et championnats du monde sur route.  Sans doute serait-il tout près d’Eddy Merckx au nombre de grandes courses gagnées, avec toutefois une très grande différence de concurrence. N’oublions pas que la fin des années 40 et le début des années 50 ont regorgé de très grands champions, comme Bartali, Koblet, Kubler, Magni, Bobet et Van Steenbergen, pour ne citer qu’eux. Jamais Merckx n’a eu à affronter une telle pléiade de concurrents hors norme. Il en sera de même pour Hinault quelques années plus tard.

Peut-être est-ce pour cela que, 50 ans plus tard, le mythe Coppi existe toujours, l’amour des fans étant nourri d’une génération à l’autre. Il est vrai que Coppi incarne un modèle absolu, tellement absolu que les coureurs actuels, y compris les plus jeunes, ne prononcent son nom qu’avec infiniment de respect. Peut-être aussi que sa mort subite, absurde, lui a donné un supplément de sacralité, et a contribué à enrichir encore un peu plus une légende où l’épopée et le tragique se côtoyaient, mais où le campionissimo finissait toujours par triompher. Cela avait permis à l’ancien apprenti charcutier de Novi Ligure de découvrir les plaisirs de la vie de star, comme nous dirions aujourd’hui, sans oublier les rencontres avec les grands du monde de son époque : Orson Wells, Maurice Chevalier…et Winston Churchill.

Il fut aussi à sa façon une sorte de précurseur, n’hésitant pas au début des années 50 à afficher son amour pour Julia Occhini, appelée aussi la Dame Blanche, après avoir laissé son épouse légitime, véritable crime dans l’Italie de l’immédiate après-guerre. Mais surtout il l’avait été par son comportement dans le métier de coureur cycliste. Il avait senti l’importance du personnel médical autour de lui, de la diététique avec une alimentation équilibrée, de l’entraînement en montagne, autant de choses banales de nos jours, mais inédites à l’époque.

Enfin, on ne le soulignera jamais assez, c’était un homme généreux au vrai sens du terme, ce qui lui permit de recevoir l’affection et le respect de tous, à commencer par ses pairs, les autres coureurs. Et pourtant dans ses grands jours, beaucoup l’ont maudit tellement il semblait facile là où les autres « finissaient à pied » comme on dit dans le jargon du vélo. Cela dit, sa supériorité était telle parfois que celui qui arrivait second derrière lui considérait cela comme une victoire. Ce fut notamment le cas de Maurice Diot à l’issue de Paris-Roubaix en 1950. Bref, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises dans ce blog, Fausto Coppi a été et restera sans doute pour l’éternité « le meilleur des meilleurs ».

Bonne et heureuse année 2010, avec beaucoup d’exploits sportifs pour nous faire rêver.

Michel Escatafal

26.12.2009

Ils ne réussiront pas à nous gâcher le plaisir...

équipe Astana.jpgEn cette fin d’année, traditionnelle période de fêtes, ceux qui aiment le sport devraient être théoriquement d’humeur joyeuse, à la fois en repensant à ce qui s’est passé au cours des 12 derniers mois, et aux espoirs que l’on formule pour l’année nouvelle. Malheureusement il y a comme on dit « les affaires », et elles touchent invariablement le cyclisme. Avant hier matin par exemple j’ai lu ceci qui m’a laissé sans voix : «  L’étau se resserre autour d'Astana, l'équipe avec laquelle Alberto Contador a remporté le Tour de France 2009 et Lance Armstrong ravi la troisième place pour son retour à la compétition ». Voilà ce qui est écrit dans le journal Le Monde  qui indique en outre que, selon le parquet de Paris, la formation kazakhe avait commis une « infraction pénale »  pendant le dernier Tour. Pourquoi infraction pénale? Parce qu’on aurait découvert dans les poubelles et les chambres d’hôtel d’Astana des kits de perfusion, des seringues et aiguilles de différente taille.

Décidément, à en croire les journaux, les responsables des équipes cyclistes ne sont pas très dégourdis ! Laisser traîner des matériaux aussi sensibles que des seringues ou des kits de perfusions dans les chambres, qui plus est destinés à doper les coureurs, apparaît vraiment comme le comble de la bêtise. C’est tellement stupide que j’ai tout simplement envie de dire que c’est inimaginable. A qui fera-t-on croire pareilles fables? Vraiment notre pays est en train de se ridiculiser tant et plus avec cette nouvelle affaire qui, encore une fois, touche le cyclisme. Pas étonnant que l’on puisse lire çà et là que nous faisons en France dans « l’anti ibérisme » ou l’anti américanisme » primaires, et ce d’autant plus qu’on nous dit dans le même temps que, pour le moment, on n’a pas identifié de produits interdits. Mais qui se préoccupe de la présomption d’innocence dans le vélo ?

Reconnaissons qu’on est quand même moins regardants dans d’autres sports! Au contraire même, on fait sans vergogne la promotion d’un livre où un grand champion de tennis avoue avoir pris des produits interdits, à l’époque où il était en activité…sans que cela ne gêne personne dans les médias ou ailleurs. Je n’ose imaginer l’hallali si Lance Armstrong avait avoué la même chose…parce qu’il appartient au gotha du vélo. Or en France les médias, et quelques cercles de toutes sortes, détestent le vélo sans que d’ailleurs on ne sache pourquoi. A moins que ce ne soit parce que notre pays n’ait plus, depuis la retraite de Laurent Jalabert, un coureur capable de remporter un grand tour, ni même de figurer parmi les vingt premiers mondiaux.

Quelle belle excuse pour certaines instances de se réfugier derrière le dopage pour expliquer pourquoi le pays de Bobet, Anquetil, Rivière, Hinault ou Fignon est incapable de leur trouver un successeur. Il l’est tellement que Sicard, vainqueur la même année du Tour de l’Avenir et du championnat du monde espoirs, n’a pu se révéler que parce qu’il courrait pour une formation espagnole. Voilà où nous en sommes dans le cyclisme français ! Alors je renvoie à leurs chères études ou à leur incompétence ceux qui ne cessent de dénigrer les coureurs étrangers…surtout ceux qui gagnent.

Plus amusante encore, si j’ose dire, est l’attitude de ceux qui parlent du vélo sans le connaître, et chacun sait qu’ils sont nombreux dans les divers forums de nos journaux. Or, pour avoir le droit de parler du vélo, il faut au moins une de ces trois conditions : l’aimer, l’avoir pratiqué en compétition ou être au fait de sa riche histoire. Hélas, tous les gens qui passent leur temps à dénigrer ce magnifique sport populaire ne remplissent aucune de ces conditions. Voilà pourquoi ils sont tellement ridicules quand ils abordent le sujet ! Et puis franchement notre pays, qui rencontre aujourd’hui tellement de difficultés de tous ordres, n’a-t-il pas mieux à faire que fouiller les poubelles des chambres des coureurs du Tour de France pour essayer de « pincer » tel coureur ou telle équipe? Vraiment il y a quelque chose d’indécent que je ne supporte plus dans toutes ces affaires. Quel crime ont donc commis les coureurs cyclistes pour qu’on s’acharne sur eux de cette manière, d’autant qu’ils sont les sportifs les plus contrôlés?

Après tout, pourquoi tant de gens vont voir ces champions sur les routes du Tour de France, du Giro ou de la Vuelta, sinon pour rêver un peu dans un monde où les occasions de le faire deviennent de plus en rares, au point que même dans nos pays développés des centaines de SDF meurent chaque année à la moindre vague de froid. Décidément ce monde est fou…et il est bien dommage que les belles âmes qui dissertent sur le cyclisme ne manifestent pas la même indignation devant les inégalités les plus criantes de notre société. Et sur ce plan force est de reconnaître qu’en France nous sommes les meilleurs, loin, très loin devant les autres. Nous méritons incontestablement la médaille d’or des donneurs de leçon, d’autant que les Français sont paraît-il les plus gros consommateurs de médicaments de la planète. Cela dit ces commentateurs de pacotille ne réussiront pas à gâcher le plaisir que nous éprouvons en voyant en action Contador, Schleck, Evans et autres Armstrong, et je souhaite à tous mes lecteurs de bonnes fêtes.

Michel Escatafal

30.11.2009

La nouvelle vie de Contador

contador alberto.jpgAinsi Alberto Contador a décidé de finir son contrat avec Astana, qui deviendra l’an prochain Samruk-Kazyna, avec une équipe en grande partie renouvelée suite à la scission avec la structure mise en place par Johan Bruyneel depuis 2007. Celui-ci, en effet, a évidemment décidé de suivre Lance Armstrong pour manager sa nouvelle équipe Radio Shak, emmenant avec lui une douzaine de coureurs liés auparavant à Astana. Du coup Alberto Contador va se trouver à la tête d’une équipe sans doute moins forte, moins puissante, mais beaucoup plus homogène que cette année et même que les années précédentes. A-t-il fait le bon choix en restant dans l’équipe kazakhe ? L’avenir seul le dira, mais s’il a choisi de finir son contrat c’est sans doute qu’il a considéré que c’était la meilleure solution pour lui…et ses plus fidèles coéquipiers.

Autre chose, le fait que les patrons d’Astana aient décidé de donner les pleins pouvoirs au Français Yvon Sanquer, dont tout le monde dans le milieu du cyclisme reconnaît le sérieux, avec pour premier directeur sportif Martinelli, lui aussi très considéré parmi ses pairs, a certainement beaucoup contribué à amadouer le clan Contador pour l’année qui arrive…et éventuellement pour plus tard. En tout cas pour Contador il n’y a pas de doute, il aura une bonne équipe parce que celle-ci sera soudée autour de son leader, et complètement motivée pour lui permettre de remporter son 3è Tour de France, seul véritable objectif de l’équipe. D’ailleurs tout est déjà prêt, ou presque, en ce qui concerne les préparatifs de la prochaine saison, y compris le premier rassemblement de la nouvelle équipe du 9 au 17 décembre autour de Pise…que le leader sera obligé d’interrompre parce qu’il doit recevoir le trophée (un de plus) de leader du classement Pro Tour pour l’année 2009.

Cela dit, même si le Tour de France sera l’objectif numéro un, rien n’empêchera l’équipe Samruk-Kazyna de remporter ça et là quelques succès de prestige avec des coureurs comme Vinokourov ou Gasparotto, notamment pendant la campagne des classiques. Quant à Contador, gageons qu’il se chargera de s’offrir quelques belles courses, ne serait-ce que pour le conforter dans ses certitudes au niveau de sa préparation. Cela lui permettra de meubler un palmarès déjà considérable, avant de le voir dans les prochaines années s’attaquer à des défis à sa mesure, par exemple une victoire dans Liège-Bastogne-Liège ou dans la Flèche Wallonne, ou encore le doublé Giro-Tour. Mais comme je l’ai dit dans un précédent billet, il semble évident que le Tour de France restera sa préoccupation principale tant que Lance Armstrong sera dans le peloton…surtout après ce qui s’est passé cette année dans la Grande Boucle.

A propos du Tour de France, même si celui-ci semble taillé pour lui à part quelques kilomètres sur les pavés dans le Nord, Alberto Contador aura incontestablement fort à faire, car lui et son équipe vont avoir à faire face à plusieurs grosses armadas emmenées par un ou plusieurs leaders très forts. Parmi celles-ci on citera Saxo-Bank avec Andy Schleck aidé entre autres par Cancellara, Voigt, Larsson, ou encore Liquigas avec des coureurs comme Basso, Nibali, Pellizzoti et Kreuziger, sans oublier évidemment Radio Shak avec Armstrong entouré de Kloden, Leipheimer ou Popovych, formation à la moyenne d’âge très élevée, mais ô combien expérimentée.

En face chez Samruk-Kazyna, la nouvelle structure Astana, on n’aura pas réussi à compenser la saignée infligée par l’équipe d’Armstrong et Bruyneel (12 coureurs), mais le recrutement, pas encore terminé nous dit-on, a été quand même intéressant avec la signature d’excellents professionnels comme Oscar Pereiro le vainqueur du Tour 2006, de la Fuente un excellent grimpeur, les Italiens Gasparotto et Tiralongo (8è du Tour d’Espagne), sans oublier l’apport d’Alexandre Vinokourov qui a montré depuis son retour à la compétition qu’il n’avait pas perdu ses qualités. En outre Vinokourov est un monument d’expérience, ne reculant devant aucun sacrifice pour atteindre son but. Pour ma part, je suis convaincu qu’il participera au Tour de France 2010, et qu’il sera dans ce cas un atout considérable pour Contador comme capitaine de route.

De plus Contador pourra compter à 100% sur son fidèle Benjamin Noval…que Bruyneel n’a pas voulu sélectionner cette année, mais aussi sur Dani Navarro, Jesus Hernandez. Ainsi dans son équipe pour le Tour 2010, qui comptera à coup sûr Pereiro et de la Fuente, Alberto Contador se sentira comme chez lui avec autour de lui 5 compatriotes. Il ne devrait pas y avoir « les incompréhensions » que l’on a connues en 2009 chez Astana. Toutefois il n’est pas besoin d’être un supporter de Contador pour savoir que le principal rival de Contador dans le prochain Tour de France sera Contador…comme l’a admis Andy Schleck ces derniers jours. Cela signifie que, sauf chute ou maladie, Contador a une telle marge sur ses rivaux qu’il semble imbattable dans un grand tour. En fait il n’y a qu’Armstrong pour croire, ou plutôt pour faire semblant de croire, le contraire, ce qui ne veut pas dire pour cela que Contador ne sera pas contraint à une vigilance de tous les instants sur les routes de France en juillet. Pour prendre un seul exemple dans l’histoire du vélo, rappelons-nous que Charly Gaul archi favori du Tour 1956 alors qu’il venait de gagner le Tour d’Italie, ne gagna pas ce Tour qui revint à Walkowiak, lequel remporta là sa seule victoire significative chez les professionnels.

Michel Escatafal

18.11.2009

Le record de l'heure a besoin d'un rafraîchissement

francis faure.jpgrivière.jpgGraeme_Obree.jpgPour tout amateur de cyclisme, le record du monde de l’heure reste un de ces monuments qui ont fait la grandeur de ce sport. D’ailleurs quand on regarde le palmarès de ce record on s’aperçoit qu’il comporte quelques uns des plus grands noms de l’histoire du vélo. Parmi ceux-ci je citerais le Français Lucien Petit-Breton en 1905 (41,110 km) qui remporta le Tour de France en 1907 et 1908, Maurice Archambaud, autre Français, en 1937 (45,817 km), Fausto Coppi en 1942 (45,848 km), Jacques Anquetil (46,159 km) en 1956, l’Italien Baldini (46,393 km)en 1956 également, Roger Rivière qui le battit à deux reprises (1957 et 1958), et le porta à sa deuxième tentative à 47,346 km en dépit d’une crevaison, ce qui en fait sans doute en valeur absolue la plus belle performance, et Eddy Merckx en 1972 (49,431 km à Mexico, en altitude).

Aujourd’hui le record est détenu depuis 2005 par un inconnu tchèque, Ondrej  Sosenka, avec 49,700 km réalisés à Moscou sur le vélodrome olympique, lequel jouit d’une réputation de rapidité extraordinaire puisque de nombreux records sur piste y ont été battus. Il le faut d’ailleurs, car on se demande comment ce coureur, au palmarès quasiment vierge sur la route comme sur la piste, et qui ne s’est jamais plus signalé à l’attention du grand public depuis son record, sauf pour un contrôle positif lors d’un test antidopage en 2008 aux championnats tchèques, a pu s’approprier un record aussi prestigieux, succédant au palmarès à Boardman et Merckx.

Cela dit, il faut préciser que le record d’Eddy Merckx, qui datait de 1972, avait été battu à plusieurs reprises depuis cette date, par Francesco Moser en 1984, le premier homme à avoir dépassé les 50 km (50,808 km puis 51,151 km à Mexico), puis par l’inconnu britannique Obree à trois reprises, la dernière en 1994 (52,713 km), par Indurain en 1994 avec 53,040 km, par Rominger à deux reprises qui porta ce record à 55,291 km, et par Chris Boardman qui réussit 56,375 km lors de sa deuxième réussite.

Toutes ces performances, plus ahurissantes les unes que les autres, ne sont plus considérées aujourd’hui comme des records de l’heure… parce que réalisées sur des machines qui s’éloignaient de plus en plus des vélos traditionnels. Elles ne sont plus considérées aujourd’hui que comme des « meilleures performances dans l’heure » par l’UCI, ce qui n’est pas une première dans l’histoire du vélo, puisqu’un certain Francis Faure sur un vélo dit « couché » avait réalisé 45,055 km dans l’heure en 1933, performance qui n’a pas été homologuée, supérieure aux deux records officiels du Néerlandais Van Hout (44,588 km) et du Français Maurice Richard (44,777km), battus en août 1933.

En fait l’Union Cycliste Internationale (UCI) veut que ce record soit battu uniquement grâce à la performance physique, et non par  la technologie. Un Graham Obree, avec ses machines improbables, avait en effet parcouru en 1993 la distance de 51,596, puis de 52,713 km en 1994, sans parler de ses deux titres mondiaux en poursuite en 1993 et 1995, juché sur un vélo surréaliste et dans une position invraisemblable à l’avant de sa machine. D’ailleurs s’il fallait une preuve de l’avantage que procuraient les vélos non traditionnels, il suffit de se rappeler que le Britannique Boardman avait parcouru en 1996 la distance de 56,375 km à Manchester, alors que son record (officiel) sur une machine conventionnelle était de 49,441 km, réalisés en 2000 sur le même vélodrome de Manchester.

A présent le record de l’heure a absolument besoin d’être rafraîchi, et c’est pour cela que je suis heureux de voir qu’un coureur comme le Suisse Cancellara, champion olympique et triple champion du monde du contre-la-montre, veut s’y attaquer. Il devrait pouvoir réaliser sans trop de problèmes plus de 50 km. Il n’est sans doute pas le seul à avoir cette performance dans les jambes. Alberto Contador, par exemple, à la sortie du Tour de France et après un minimum de préparation, pourrait lui aussi battre la barrière des 50 km, tout comme le Britannique Wiggins, double champion olympique et triple champion du monde de poursuite individuelle.

Cela redonnerait du lustre à ce record mythique dans le cyclisme sur piste que tout superchampion se doit de battre, même si tous les superchampions ne l’ont pas battu, faute d’avoir voulu s’y attaquer. Hugo Koblet, par exemple, qui était un remarquable pistard aurait dû être recordman du monde de l’heure, tout comme Bernard Hinault à qui rien ne paraissait impossible dans ses plus belles années. Alors attendons encore un peu, sans doute l’an prochain sur le nouveau vélodrome (piste de 250 m en bois) de Montichiari (Brescia), lequel doit ouvrir ses portes en mai et qui semble le mieux placé pour accueillir Cancellara .

Michel Escatafal

04.11.2009

A propos du Giro 2010...

maillot rose.jpgSamedi dernier a été présenté le Giro d’Italia 2010, et le moins que l’on puisse en dire au premier abord est que ce sera un beau Giro, digne de la grande course à étapes qui un temps rivalisait avec le Tour de France. Ce Tour d'Italie 2010 marquera aussi l’anniversaire de la première des cinq victoires du campionissimo, Fausto Coppi, ce dernier âgé de 20 ans et 9 mois. Cela c’est pour l’histoire. Et puisque nous parlons de Fausto Coppi, je pense qu’il aurait aimé ce Giro car celui-ci va être très montagneux.

Je ne vais pas détailler le parcours, mais cinq jours de haute montagne avec des rampes aussi mythiques que le Gavia, le Zoncolan, le Mortirolo, le Tonale, sans oublier l’étape contre-la-montre de Plan de Corones, cela va sans doute faire une belle sélection où seuls les plus forts émergeront. En outre tous les ingrédients seront réunis, puisque nous aurons aussi un contre-la-montre par équipes, et un peu plus de 25 km en individuel les premier et dernier jours. Cela dit les rouleurs seront loin d’avoir la part aussi belle que les grimpeurs.

Qui participera à ce Giro ? A priori il y aura le vainqueur de l’an dernier, le Russe Menchov, plus les meilleurs italiens (Cunego, Basso, Pellizzoti), sans oublier Carlos Sastre, le vainqueur du Tour de France 2008. Cela pour ceux qui vont lutter pour la victoire finale. Mais il va aussi y avoir de très beaux sprints avec Mark Cavendish, le toujours jeune Petacchi, Bennati, Farrar, ou encore Ciolek et Greipel. Bref que du beau monde, même si on regrettera l’absence des Schleck, d’Evans, et surtout de Contador. A ce propos, je pense que ce dernier reste et restera obsédé par le Tour de France…tant qu’Armstrong n’aura pas dit adieu pour de bon au vélo, et au Tour. Dommage quand même, car ce Giro était taillé sur mesure pour le campionissimo espagnol.

Je suis persuadé que même si le Giro devait quelque peu entamer ses réserves, il serait à coup sûr absolument imbattable dans les deux épreuves (Giro puis Tour), pour la bonne raison qu’il lui suffirait de se fixer deux ou trois rendez-vous pour assommer ses adversaires. Cela étant s’il s’est mis dans l’idée de courir après le record d’Armstrong, pourquoi pas ? Malgré tout les fans de vélo souhaitent tous qu’un jour Contador marche sur les traces de Coppi qui, ne l’oublions pas, fut le premier à réaliser le doublé Giro-Tour, avant d’être imité par Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Indurain et Pantani. Rien que des grands ou des très grands !

Et puisque nous sommes dans l’histoire du Giro, je vais vous faire part de quelques anecdotes qui m’ont spécialement marqué. Tout d’abord, il y a les 12 secondes d’écart entre Magni, le vainqueur du Giro 1955, et un Fausto Coppi vieillissant. Cet écart fut longtemps un record dans les grands tours jusqu’aux 8 secondes entre Lemond et Fignon dans le Tour de France 1989. Ensuite, en 1956, il y a l’extraordinaire remontée de Charly Gaul dans une étape apocalyptique entre Merano et Trente, où l’ascension du monte Bondone a permis à « l’Ange de la montagne », régénéré par un bain d’eau chaude au pied du col, de gommer un retard dépassant le ¼ d’heure, ce qui lui donna la victoire finale. Il y a aussi la victoire de Berzin en 1994, premier Russe à remporter l’épreuve.

Et je n’oublie pas la performance de Jalabert en 1999, qui aurait sans doute remporté ce Giro…si Pantani n’avait pas été là avec son taux hématocrite surélevé. Je reste persuadé que Jalabert s’est « suicidé » en essayant de suivre le grimpeur italien, lors des étapes de montagne précédant le contrôle positif du " Pirate". Si Pantani avait été contrôlé trois jours auparavant, Jalabert n’aurait pas fait tous ces efforts et aurait gagné ce Giro.

Enfin, j’ai vibré à la victoire des Français qui ont gagné le Giro, que ce soit Anquetil (1960 et 1964), Hinault ( 1980, 1982 et 1985), ou Laurent Fignon en 1989, lequel avait été « volé » de la victoire en 1984 au bénéfice de Moser. Louison Bobet lui-même, un peu plus de vingt ans auparavant (1957) avait été injustement battu de 19 secondes par Nencini…à cause de Charly Gaul qui avait choisi d’aider Nencini. J’étais tellement en colère à l’époque (j’avais à peine 10 ans) que j’ai toujours plus ou moins soutenu, par la suite, les adversaires du grimpeur luxembourgeois.

Michel Escatafal

29.10.2009

Le fuoriclasse madrilène

contador verbier.jpgPour Alberto Contador l’année 2009 aura été celle de tous les succès ou presque. Elle a été d’autant plus belle qu’il a eu à affronter la vedette absolue du cyclisme du début du 21è siècle, Lance Armstrong. J’ajouterais même que sans le retour d’Armstrong, son succès dans le Tour de France 2009 eut été loin d’avoir le même éclat. Certes,  n’en déplaise à ses laudateurs, le septuple vainqueur du Tour n’était pas de taille à lutter avec Contador, mais il avait avec lui un atout considérable, à savoir une équipe à sa totale dévotion ou presque. En fait compte tenu de l’absence dans la course de Benjamin Noval, son ami et confident dans le peloton, on peut même dire qu’Alberto Contador se sentait extrêmement seul dans cette équipe Astana. Cela a même fait dire à certains qu’il avait gagné le Tour tout seul, ce qui d’ailleurs était la marque d’une méconnaissance totale de ce sport.

Cela dit Contador n’a pas gagné que le Tour, et même si sa saison l’an passé paraissait un peu plus fournie en grandes victoires avec le doublé Giro-Vuelta, il a quand même animé avec brio toutes les courses par étapes  auxquelles il a participé. On n’oublie pas ses victoires d’étapes dans Paris-Nice, notamment la montée de Lure, mais aussi ses premières places au Tour d’Algarve et au Tour du Pays Basque, qui est devenu aujourd’hui une épreuve de référence parmi les belles courses à étapes. Certes ses qualités de grimpeur peuvent s’exprimer pleinement dans ce type d’épreuve, mais il a aussi gagné l’étape contre-la-montre, ce qui n’est pas une surprise tellement il est devenu un des tous meilleurs rouleurs du peloton, comme il l’a démontré à Annecy pendant la « grande boucle » en battant Cancellara.

Tout cela lui a valu de terminer  à la première place du classement mondial UCI, et d’être élu Vélo d’Or pour la 3è année consécutive. Par parenthèse  l’Espagne est  omniprésente dans ce classement UCI, puisque le second de Contador est Valverde, vainqueur entre autres de la Vuelta et du Dauphiné Libéré. Quand au 3è de ce classement mondial, le champion olympique Samuel Sanchez, s’il n’a pas gagné d’épreuves du Pro Tour il a fait preuve d’une grande régularité au cours de la saison, avec notamment une belle seconde place au Tour d’Espagne. Ensuite on trouve deux coureurs qui ont connu des fortunes diverses en cours de saison, mais qui ont réussi un ou deux exploits majeurs.  Andy Schleck (4è)  a remporté Liège-Bastogne-Liège et a terminé second du Tour, et Cadel Evans (5è) a remporté le titre de champion du monde après avoir connu beaucoup de malheurs pendant le Tour de France. A noter que le premier Français, SylvainChavanel, est 22è de ce classement mondial, loin devant  Fédrigo qui occupe la 51è place. Quelle tristesse pour le pays de Bobet, Rivière, Anquetil, Poulidor, Hinault, Fignon ou Jalabert ! Toutefois la France a peut-être trouvé son champion  avec Sicard, champion du monde de la catégorie espoir et vainqueur du Tour de l’Avenir.

Refermons cette longue parenthèse pour revenir à Contador qui pour moi, comme pour beaucoup de coureurs et de suiveurs, est un véritable super crack. D’abord, comme tous les plus grands, il a gagné très tôt le Tour de France (24 ans). Ensuite il est devenu très rapidement un coureur complet, comme le furent quelques uns des plus grands grimpeurs qui ont marqué l’histoire du cyclisme. Bartali a gagné nombre d’étapes contre-la-montre, comme plus tard Charly Gaul qui a même battu  Anquetil dans le Tour de France 58 (Châteaulin 46 km). Quant à Fausto Coppi, il figure à la fois parmi les plus grands rouleurs et les meilleurs grimpeurs de tous les temps. Incontestablement Contador est en bonne compagnie.

Les grimpeurs ont été longtemps catalogués en deux catégories, avec des coureurs comme Bartali et Coppi capables de passer plusieurs cols en tête dans la même journée, et d’autres comme Contador qui font le dernier col de l’étape à une allure extraordinaire, après un démarrage qui laisse sur place ses adversaires. Dans les deux cas, les grands grimpeurs font un maximum de dégâts chez la concurrence, et plus encore si j’ose dire si les conditions de course sont très dures. Autre caractéristique, les grimpeurs se révèlent très tôt dans la carrière car ils peuvent exploiter rapidement ce don particulier qui les rend irrésistible. Parmi les coureurs en activité Andy Schleck, sans aucun doute le meilleur grimpeur après Contador, n’a que 24 ans. Bartali et Coppi étaient déjà les meilleurs en montagne à 20-22 ans. Charly Gaul a commencé à marquer les esprits à l’âge de 23 ans. Quand à Contador, tout le monde se rappelle ses démarrages dans le premier Tour de France qu’il a remporté (en 2007) dans le col de Peyresourde ou au Plateau de Beille, alors qu’il avait 24 ans.

Ces fameuses attaques de Contador * parlons-en, notamment celles qu’il avait lancées  contre Rasmussen, à  qui il avait fait très mal malgré la forme stupéfiante que tenait ce dernier dans le Tour de France 2007 avant que son équipe ne l’oblige à abandonner. Alberto Contador rééditera ces exploits dans l’Angliru pendant la Vuelta 2008, et  bien sûr lors du dernier Tour de France à Arcalis et à Verbier. A chaque fois il a démontré une fantastique capacité à changer de rythme qui condamne ses adversaires très rapidement, surtout si ceux-ci essaient de le suivre, erreur à ne surtout pas commettre. Problème,  si les adversaires ne réagissent pas très vite, Contador sera très rapidement loin devant, et la perte de temps peut-être considérable en quelques kilomètres. En cela, si j’en crois ce que disait  Géminiani,  on peut le comparer à Bartali qui montait par saccades 100 mètres debout sur les pédales, 100 mètres sur la selle, puis ensuite il mettait une ou deux dents de plus et là il n’y avait plus rien à faire.

Un dernier mot enfin, contrairement à ce qu’on pourrait croire, quels que soient les dons des meilleurs grimpeurs pour l’effort en montagne, ils sont quand même obligés de travailler leur explosivité, ce travail pouvant se faire aussi  bien sur le plat qu’en montagne. D’ailleurs la technique de Contador est presque parfaite que ce soit dans ses démarrages, les mains sur les poignées de frein et  les épaules juste au dessus du guidon, ou dans le cours de son ascension. En tout cas, vu son jeune âge, Contador n’a pas fini de nous étonner d’autant qu’il arrive dans la force de l’âge pour un coureur cycliste. Il lui restera ensuite, après avoir gagné encore plusieurs grands tours, à faire l’effort de se préparer pour les classiques à sa portée (Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Walonne, l’Amstel ou le Tour de Lombardie), sans oublier les championnats du monde (route et contre-la-montre). Et quand il aura accompli cette œuvre, le fuoriclasse madrilène pourra  se retirer en regardant d’égal à égal les Merckx, Hinault, Coppi, Bartali, Bobet ou Anquetil.

Michel Escatafal

* Voir sur le site web d’Alberto Contador (rubrique blogs à visiter) la partie multimedia dans menu

15.10.2009

Le Tour 2010 est fait pour un grimpeur

ocana.jpgcontador.jpgC’est un beau Tour de France 2010 que nous ont concocté les organisateurs, ce qui permettra aux spectateurs et téléspectateurs de se régaler pendant 3 semaines aux exploits des Contador, Schleck, Evans, Wiggins ou Armstrong, pour ne citer qu’eux. C’est même un parcours excellent pour nous tenir en haleine sur la durée du Tour, contrairement à cette année où les Pyrénées ont été escamotées, ce qui nous a valu une fastidieuse remontée vers les Alpes, via les Vosges. Je dis fastidieuse parce qu’en plus la course a été cadenassée par la volonté de l’équipe Astana, qui ne voulait pas que Contador s’impose trop vite à Armstrong.

Cette année donc nous allons démarrer par un prologue de 8 km, suffisant pour voir qui est en forme, mais très insuffisant pour faire une quelconque différence significative. Cependant les coureurs ne perdent rien pour attendre car au cours des 4 premiers jours le danger sera partout présent pour les favoris, à Spa d’abord (3è étape) même si les coureurs des grands tours sont généralement à l’aise sur ces parcours accidentés des classiques ardennaises. C’est même là qu’ils réalisent souvent quelques uns de leurs plus grands exploits (Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault etc.). Mais c’est surtout le lendemain que ce sera intéressant avec les 13 km de pavés avant Arenberg.

Evidemment ces 13 km ne seront pas un obstacle insurmontable pour des coureurs habitués à courir Paris-Roubaix (Cancellara, Boonen, Hushovd etc.), mais je suis curieux de voir comment Contador va passer ces pavés, sachant que ce n’est pas le terrain où il est le plus à l’aise, loin de là. Il pourrait même y laisser quelques plumes, ce qui nous permettra de le voir attaquer peut-être un peu plus tôt et un peu plus fort que prévu, dès la première vraie étape de haute montagne avec arrivée à Morzine, juste après le passage dans le Jura (aux Rousses). Pour ma part je me réjouis de cette ville-étape, car je n’aurai pas beaucoup à me déplacer pour voir les coureurs puisque j’habite tout près, à Saint-Claude. Pour avoir souvent roulé sur ces routes, il ne faut pas attendre de grosses différences dans le final, surtout que l’étape est courte.

Le reste des Alpes n’est pas à négliger, mais le Tour ne sera sans doute pas fini à Gap, ni à Mende où Jalabert fit son seul véritable exploit dans le Tour de France en 1995. Il restera encore les Pyrénées qui seront le gros plat de résistance de cette édition 2010. Pour avoir grimpé des cols dans les Alpes et les Pyrénées, j’ai toujours trouvé les cols pyrénéens plus durs que ceux des Alpes, à part le Granon à Serre-Chevalier qui est vraiment très difficile, même s’il ne fait qu’une douzaine de kilomètres. Cela dit l’arrivée au sommet du Tourmalet vaudra sans doute son pesant d’émotion car le col est très long (18 km) et la pente moyenne est très élevée (presque 8%). En plus même si c’est dans l’autre sens, les coureurs auront deux fois à franchir ce col, mais l’arrivée à Pau amène rarement de grandes différences parce que trop loin du dernier col. En revanche je ne connais pas l’arrivée à Ax 3 Domaines, mais je suppose qu’elle ne doit pas être très facile même si son kilométrage et son pourcentage moyen (6%) n’ont rien de très impressionnant, surtout pour les coureurs professionnels.

Il restera enfin le seul vrai contre-la-montre entre Bordeaux et Pauillac qui fera une cinquantaine de kilomètres. A mon humble avis, le Tour sera déjà joué et cette étape couronnera certainement celui qui aura déjà le maillot jaune. Et qui ce sera ? Réponse sans langue de bois : Contador. Sauf accident ou méforme improbable, Contador va gagner son 3è Tour de France, d’autant qu’il semble fait pour lui. C’est le meilleur escaladeur du peloton, et c’est aussi un des tous meilleurs contre-la-montre après Cancellara qu'il a battu cette année à Annecy. Alors qu’est-ce qui pourrait empêcher Contador de gagner, sauf accident ? Peut-être son équipe, car je doute qu’Astana 2010 soit aussi forte qu’Astana 2009. Nul doute que les équipes des autres favoris essaieront de le mettre en difficulté dans les premières étapes, compte tenu que c’est la seule chance de battre le crack espagnol. Mais s‘il passe correctement les pavés, donc sans perdre trop de temps, il aura déjà presque course gagnée, d’autant que les sprinters vont s’efforcer de contrôler la course sur les 6 ou 7 étapes qui leur sont favorables.

Cela étant à quoi ressemble ce Tour dans l’histoire en plus du fait qu’Henri Desgranges, premier maître d’œuvre du Tour de France, eut décidé de d’ajouter les Pyrénées au programme du Tour en 1910, ce qui lui valut d’être traité d’assassin par Trousselier ou par Lapize, on ne sait pas trop, même si pour presque tout le monde ce ne pouvait être que Trousselier, vainqueur en 1905. En tout cas en 1910 le vainqueur fut Lapize, devant le Luxembourgeois Faber, vainqueur en 1909. A noter qu’à l’époque le classement se faisait par points, ce qui sera le cas encore jusqu’en 1912 (vainqueur le Belge Odile Defraye). Et puisque nous sommes dans l’histoire du Tour dans les Pyrénées je voudrais rappeler que Luchon a longtemps été une ville étape incontournable du Tour de France, puisqu’il fallut attendre 1939 pour que Tour ne s’y arrête pas. Mais dès la reprise de 1947, Luchon fut de nouveau au rendez-vous pour la victoire de Bourlon. Ce sera encore le cas l’année prochaine.

Et si je devais comparer le parcours de ce Tour de France 2010 à un Tour du passé, ce pourrait être à celui de 1973. Déjà le départ avait lieu aux Pays-Bas (La Haye). Ensuite on était passé à Roubaix, puis on était descendu dans les Alpes, avant 3 grosses étapes dans les Pyrénées avec des arrivées à Pyrénées 2000 (victoire de Van Impe), Luchon encore (Luis Ocana) et Pau (P. Torres). Ensuite on était monté vers Paris en évitant, comme cette année, la Bretagne et la Normandie. Et qui fut vainqueur en 1973 ? Réponse, l’Espagnol Luis Ocana qui avait écrasé le Tour de toute sa classe, un peu à la Merckx absent cette année-là. En 1973 le Tour avait aussi été très montagneux avec 48 cols à escalader et 10 étapes sur 20 influencées par la montagne. Bref un Tour fait pour un grimpeur, comme en 2010,  avec un podium composé exclusivement d’excellents escaladeurs (Ocana, Thévenet et Fuente).

Un dernier mot enfin, cette année-là Ocana, le grimpeur-rouleur, avait assommé quelques uns de ses principaux adversaires…sur les pavés lors de l’étape Roubaix-Reims. Il avait pris par exemple plus de 2mn 30 dans cette étape à Zoetemelk et 7 mn 32 à Fuente, redoutable grimpeur, le meilleur de l’époque d’après Eddy Merckx. Ocana en effet avait attaqué une cinquantaine de km après le départ de Roubaix dans le boyau de Quérénaing, et cette offensive se poursuivra jusqu’à l’arrivée grâce à la présence auprès d’Ocana de 4 coéquipiers, à savoir Vasseur, Cattieau qui prendra ce jour-là le maillot jaune, Mortensen le Danois et…Johnny Schleck, le père des deux frères Franck et Andy. Cela étant Johnny Schleck était surtout un très bon équipier, et avait moins de classe que Franck et surtout qu’Andy considéré comme le principal rival d’Alberto Contador cette année et sans doute les années à venir.

Michel Escatafal

28.09.2009

La mondialisation a aussi touché le vélo, et c’est heureux !

evans, kolobnev et rodriguez.jpgIl y a quelques décennies le monde du vélo se conjuguait en français, en italien, en espagnol ou en néerlandais. Je devrais dire le vélo sur route car il en allait un peu différemment sur la piste, où les anglosaxons étaient un peu plus présents, comme l’Anglais Réginald Harris qui fut 4 fois champion du monde de vitesse (en 1949, 1950,1951et 1954), ou encore l’Australien Sydney Patterson, champion du monde de poursuite en 1952 et 1953. Toutefois le cyclisme professionnel était dominé par 4 ou 5 pays d’Europe Occidentale, à savoir la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, plus la Suisse. Il suffit d’ailleurs de consulter les résultats du Tour de France, du Giro, de la Vuelta et des championnats du monde,  pour s’apercevoir que la victoire revenait systématiquement à un des coureurs de ces pays, plus quelques succès individuels de coureurs luxembourgeois  ou allemands. Cela jusque vers la fin de la décennie 60.

Puis cela a commencé à changer d’abord sur la piste, où de plus en plus de coureurs britanniques ou australiens, puis américains, ont commencé à récupérer des titres. Parmi ceux-ci je citerais l'Anglais Hugh Porter, champion du monde de poursuite professionnel en 1968, 1970, 1972 et 1973, mais aussi Doyle, lui aussi poursuiteur et anglais (1980 et 1986), ou encore l’Australien Bishop, champion du monde de poursuite en 1983. Comme nous le voyons, l’extension à d’autres nations traditionnelles s’est faite d’abord sur la piste. Mais la route ne va pas être en reste avec l’arrivée au sommet de coureurs venus d’ailleurs, principalement de Colombie. Au passage je rappellerais que la Colombie retransmet le Tour de France depuis 1983, mais les chaînes colombiennes (RCN et Caracol) avaient de bonnes raisons de le faire, car leurs coureurs étaient devenus des vedettes en Europe.

Je n’en citerais que trois, Lucho Herrera, Fabio Parra et Martin Ramirez. Tous portaient les couleurs de leur sponsor colombien « Cafe de Colombia », et furent des protagonistes influents de la décennie 80. Lucho Herrera d’abord, un des plus remarquables grimpeurs que le cyclisme ait produit, remporta entre autres victoires le Tour d’Espagne en 1987, et deux fois le Dauphine Libéré en 1988 et 1991. Fabio Parra pour sa part n’a pas gagné de grand tour, mais a remporté deux étapes du Tour de France en 1985 et en 1988, année où il monta sur le podium à la 3è place. Enfin Martin Ramirez connut son heure de gloire en 1984, quand il remporta le Dauphiné Libéré devant…Bernard Hinault. L’année suivante il remportait le Tour de l’Avenir. Depuis cette époque les coureurs colombiens ont eu quelques beaux champions, comme par exemple Botero qui fut champion du monde contre-la-montre en 2002 et vainqueur du Tour de Romandie 2005, mais les Colombiens sont moins présents qu’il y a une vingtaine d’années.

Ensuite ce fut l’arrivée des Américains et des Australiens.  Le premier crack américain est bien connu, car il figure parmi les plus grands champions de sa génération, Greg Lemond. Il fut tout d’abord champion du monde sur route en 1983, premier Américain à remporter ce titre depuis la création par l’UCI du championnat du monde professionnel en 1927. Pour l’anecdote il ne fut que le 3è si on comptabilise la victoire de Banker en 1898 et de Taylor en 1896, championnats organisés par l’International Cyclist Association à partir de 1892. Ensuite Greg Lemond remportera 3 Tours de France, un Dauphiné Libéré et un autre championnat du monde. A coup sûr le meilleur coureur avec Fignon de la fin des années 80.  D'autres coureurs américains s’illustrèrent comme Jonathan Boyer, avant Hincapie, Leipheimer et Landis pour ne citer qu’eux. Bien entendu le meilleur de tous fut Lance Armstrong, champion du monde en 1993 à 22 ans, puis 7 fois vainqueur du Tour de France (1999-2006), ce qui constitue le record absolu.

Chez les Australiens, le premier vrai grand routier fut Philip Anderson qui s’est constitué un très beau palmarès avec des victoires à l’Amstel, au Dauphiné Libéré, au Tour de Suisse, à Créteil-Chaville (Paris-Tours) et au Tour de Romandie. Le « Kangourou », comme on l’appelait, allait être le premier coureur d’une belle lignée jusqu’à Cadel Evans qui a remporté hier, enfin, la grande victoire après laquelle il courait depuis si longtemps, le championnat du monde sur route. Il s’est montré pour une fois offensif, qui plus est au bon moment, et a bien mérité son titre pour l’ensemble de son œuvre, après 2 secondes places au Tour de France, une autre au Giro et une 3è au dernier Tour d’Espagne.

Sa seule victoire majeure avait été, jusque là, le Tour de Romandie en 2006. Il d’ailleurs tellement peu l’habitude de gagner, disent les mauvaises langues, qu’il a oublié de lever les bras. Cela étant, comme c’est souvent le cas pour les éternels seconds, il faut dire que la malchance ne l'a jamais épargné, comme l’an passé avec sa chute dans le Tour de France, ou cette année avec sa crevaison au pire moment dans le Tour d’Espagne. En tout cas il est entré dans l’histoire en devenant le premier Australien champion du monde sur route. Coïncidence, l’an prochain les Mondiaux sur route auront lieu en Australie. Gageons que lui comme Rogers, triple champion du monde c.l.m., s’efforceront d’être prêts pour cet évènement majeur dans leur pays, même si nous savons d’ores et déjà que le parcours sera peu sélectif.

Et oui il va falloir s’y habituer. Depuis quelques années le cyclisme sur piste et sur route parle beaucoup l’anglais. Cette langue est même devenue la plus usitée dans le peloton, la mode de l’expression en anglais ayant envahi également le cyclisme. Il est vrai qu’outre les Américains et les Australiens, il y a aussi les Britanniques, comme Wiggins passé de la piste à la route avec bonheur, qui en outre vont s’offrir une équipe bien à eux (Sky) avec de gros moyens semble-t-il. En plus il y a les coureurs de l’Est, autrefois confinés à l’intérieur de leur frontières politiques, et qui depuis la chute du communisme sont devenus eux aussi des acteurs majeurs du vélo, comme ils le furent chez les soi-disant amateurs jusqu’au début des années 1990. Au fait qui a terminé 2è hier du championnat du monde ? Le Russe Kolobnev. On comprend dans ces conditions que les Français aient de plus en plus de mal à se faire une place de choix dans le peloton, en espérant que Sicard soit enfin le crack attendu. En attendant, même s’il m’est arrivé de critiquer l’UCI, reconnaissons que sous son égide le cyclisme est vraiment devenu un sport universel.

Michel Escatafal

24.09.2009

Cancellara et l'histoire du maillot arc-en-ciel

cancellara.jpgFabian Cancellara vient de remporter son 3è titre de champion du monde contre-la-montre à Mendrisio, ce qui le situe comme le coureur le plus performant, avec l’Australien Rogers, depuis que ce championnat du monde existe, en 1994. Et si l’on fait la comparaison avec le Grand Prix des Nations c.l.m. d'autrefois, qui était considéré comme le véritable championnat du monde, il reste en très bon rang puisqu’il se situe derrière Jacques Anquetil (9 victoires) et Bernard Hinault (5 victoires), à égalité avec Charly Mottet, vainqueur à 3 reprises. Certains vont me dire qu’il ne faut comparer que ce qui est comparable, car les premiers grand prix des Nations (de 1932 à 1956) faisaient 140 km avant de descendre doucement à 90 km dans les années 70, 80 et 90, alors que le championnat du monde c.l.m. se déroule lui sur une distance légèrement inférieure à 50 km.

Cela étant, même s’il y avait 20 ou 30 km de plus le résultat serait le même, car Cancellara est bien le meilleur rouleur de son époque, dans la grande tradition des rouleurs suisses, Koblet,  Graf, Gisiger, Rominger ou Zulle, pour ne citer qu’eux, d’autant que l’an passé il a été sacré champion olympique à Pékin. Il est tellement le meilleur qu’un seul coureur l’a battu dans la discipline ces derniers mois, à savoir Alberto Contador dans l’étape d’Annecy du Tour de France sur 40 km. Et encore le crack espagnol, au demeurant excellent rouleur et champion d’Espagne de la spécialité, avait bénéficié si j’ose dire d’une côte au milieu du parcours dont il avait tiré un maximum de bénéfice, pour l’emporter finalement de 3 secondes.

Dans le cyclisme les courses contre le chronomètre ont le mérite d’être celles où il y a le moins de surprise…parce que fatalement c’est le meilleur spécialiste qui l’emporte. D’ailleurs si l’on regarde simplement le dernier Tour de France on s’aperçoit que Cancellara  avait gagné la première étape de 15  km devant Contador. La vérité du début du Tour était quasiment la même que celle de la fin. Et gageons que si Contador s’était présenté (en forme) au départ de l’épreuve d’aujourd’hui, il est très vraisemblable qu’il aurait eu la médaille d’argent, le parcours de Mendrisio étant plus plat que celui d’Annecy.

Bravo donc à Cancellara qui est en train de se confectionner un magnifique palmarès, avec en plus de ses 3 titres mondiaux et son titre olympique contre-la-montre, Paris-Roubaix, Milan-San Remo, le Tour de Suisse et Tirreno-Adriatico. Tout cela alors qu’il n’a que 28 ans, ce qui signifie que son palmarès va encore s’étoffer dans les années à venir, et pourquoi pas dès dimanche prochain sur la course en ligne. Ce serait d’ailleurs une première que ce doublé c.l.m.-route aux championnats du monde, ce qui lui vaudrait de rentrer dans l’histoire. Certes la question se pose de savoir si le circuit de Mendrisio ne sera pas trop dur pour Cancellara, avec son raidillon à 10%, mais il ne faut pas oublier qu’il est en super forme et qu’il passe de mieux en mieux la montagne.

Il a quand même gagné le Tour de Suisse, même si la concurrence n’était pas extraordinaire, et surtout on l’a vu dans le Tour de France, l’an passé comme cette année, emmener le peloton à des allures vertigineuses y compris quand la route commençait à s’élever. En fait tout dépendra de la façon dont se déroulera l’épreuve, notamment à partir de quel moment elle sera réellement durcie. Cependant il est clair que la « giclette » de Cunego pourrait faire merveille lors du dernier tour dans le raidillon, auquel cas il sera très difficile à Cancellara de suivre. Malgré tout beaucoup le placent au moins comme un bon outsider pour enfiler le beau maillot arc-en-ciel.

C’est vrai que ce maillot en impose au point que je n’ai jamais voulu en porter un à l’entraînement, comme le faisait certains de mes copains, coureurs du dimanche. Pour moi c’était comme une décoration que seul le vainqueur du championnat du monde avait le droit de porter. Je devrais d’ailleurs dire les vainqueurs car il y a les routiers et les pistards, mais aussi le cyclocross et à présent le VTT et le BMX. Tous ont droit à ce magnifique maillot distinctif qui est celui qui fait le plus rêver, après toutefois le maillot jaune de vainqueur du Tour de France. Pour les Italiens il y a aussi à un degré moindre le maillot rose du Giro, mais l’avantage du maillot arc-en-ciel c’est qu’on le porte toute l’année.

Parfois il arrive que le vainqueur du Tour s’empare aussi la même année du maillot arc-en-ciel. C’est rare dans l’histoire du cyclisme, même très rare, et c’est pour cela que je vais citer le nom des 5 coureurs qui ont accompli cet exploit : Georges Speicher en 1933, Louison Bobet en 1954, Eddy Merckx en 1971 et 1974, Stephen Roche en 1987 et Greg Lemond en 1989.  Il arrive aussi parfois que le titre de champion du monde sur route échoit à un inconnu, dont c’est le seul titre de gloire, mais sur un circuit comme celui de Mendrisio ce serait étonnant.

Là aussi je vais en citer quelques uns parce que ce sont des gens qui ont quand même eu beaucoup de chance : Heinz Muller n’a gagné qu’une course, le championnat du monde  en 1952, Ottenbros champion du monde en en 1969 qui, en plus de son titre, n’a remporté que deux fois la Flèche des polders en 1968 et 1969, Rudy Dhanenens, champion du monde en 1990 qui a gagné en 1986 la course Mandel-Lys-Escault et la même année une étape du Tour de France. En revanche Koblet, Anquetil, Ocana, Fignon ou Kelly n’ont jamais porté de maillot arc-en-ciel. Il est vrai que jusqu’en 1994, le championnat du monde c.l.m. n’existait pas. Dommage, ils ont gagné le grand prix des Nations.

Michel Escatafal

21.09.2009

Valverde a gagné sa Vuelta

valverde.jpgAvec la fin du Tour d’Espagne remporté par Alejandro Valverde s’achève la saison des courses à étapes, et le dernier des trois grands tours. Heureux Espagnols qui, par ailleurs, ont remporté ce week-end le championnat d’Europe de basket, et se sont qualifiés pour la finale de la Coupe Davis. De quoi faire rêver les Français ! Cela dit, pour avoir suivi au jour le jour la course sur la chaine publique espagnole TVE, j’avoue que j’ai été un peu déçu, car si Valverde a gagné cette Vuelta 2009 ce ne fut pas un grand cru.

Elle manquait trop de grands animateurs, après il est vrai un Tour de France très difficile pour tous les protagonistes, y compris les principaux. On avait déjà noté, bien avant le départ, que Contador serait absent et ne défendrait pas son titre acquis l’an passé, tout comme bien sûr Armstrong qui n’est intéressé que par le Tour, tandis que les frères Schleck n’étaient là que pour venir chercher quelques jours de course avant le championnat du monde, ce qui n’a d’ailleurs pas plu aux organisateurs.

Donc Valverde a enfin gagné son premier grand tour, le plus facile pour lui, ce qui lui a donné apparemment l’ambition de courir les prochaines années le Tour de France pour le gagner. Disons tout de suite qu’il aura beaucoup de mal à réussir dans son entreprise car, comme le dit J.F. Bernard dans l’Equipe, le Tour de France et même le Tour d’Italie c’est un cran au-dessus, certainement trop élevé pour Valverde. Certes ce dernier est un coureur complet, à savoir bon grimpeur, bon rouleur et même assez rapide au sprint, mais cet ensemble de qualités est insuffisant pour remporter un Tour de France, où il faut être au minimum un excellent grimpeur et un excellent rouleur. Parfois même cela suffit d’être un grand grimpeur comme les Espagnols Bahamontes en 1959 ou à un degré moindre Carlos Sastre l’an passé. Bahamontes en revanche n’a jamais gagné le Tour d’Espagne, mais il en a remporté deux fois le classement des grimpeurs.

A ce propos Bahamontes, dit l’Aigle de Tolède, a fait partie avec Charly Gaul des plus grands escaladeurs de l’histoire, juste derrière les deux campionissimi Bartali et Coppi. Bahamontes n’avait pas la classe des deux cracks italiens, mais il était aussi très loin du sérieux que ces derniers manifestaient en toute occasion, lui qui était plutôt un amuseur public. Par parenthèse tous les amateurs de cyclisme de l’époque ont rapporté son premier fait d’armes dans le Tour. C’était en 1954 (année de la 2è victoire de Louison Bobet), il venait de franchir son premier col en tête, le Col du Romeyere (1069m qui donne accès au Vercors), mais arrivé au sommet il se mit à déguster une glace, se coucha dans le fossé en attendant les autres qu’il aspergea avec son bidon, avant de se joindre à eux dans la descente. C’était le début d’une longue série d’exploits, puisqu’en plus de sa victoire au classement général en 1959, il remportera 6 fois le classement du meilleur grimpeur.

Certains anciens comparent volontiers Contador à Bahamontes avec son allure en danseuse et ses démarrages foudroyants dans les cols. Cela dit Contador est ce que les Italiens appellent un fuoriclasse, et si l’on devait faire une comparaison ce serait plutôt avec Bartali qu’il faudrait la faire en termes d’efficacité globale.  Tout cela pour dire que Valverde, puisque c’est de lui dont je parlais auparavant, sera toujours inférieur en haute montagne à Contador, mais aussi à Andy Schleck, qui sont de purs escaladeurs capables de placer de terribles accélérations, et de poursuivre leur effort pendant plusieurs kilomètres à allure élevée.  En outre, malgré ses qualités de rouleur, il est impensable que Valverde puisse inquiéter  Contador sur un chrono de 40 ou 50 km, ce dernier s’étant permis de battre Cancellara dans le contre-la-montre d’Annecy lors du dernier Tour de France. Il n’est même pas dit que si Valverde avait été là cette année, il eut battu Andy Schleck qui a beaucoup progressé dans l’exercice, même si cela reste son talon d’Achille.

Enfin pour clore le débat, Valverde a gagné cette Vuelta avec moins d’une minute d’avance sur Samuel Sanchez (55s) qui n’est quand même pas un coureur de grand tour, et  1mn 32 sur Evans dont on connaît les limites actuelles, mais qui aurait pu menacer beaucoup plus le leader s’il n’avait perdu plus d’une minute sur crevaison lors de la 13è étape au moment d’attaquer la dernière ascension.  Même Basso, loin du Basso dominateur dans le Giro 2006 après ses deux ans de suspension, ne termine qu’à 2mn12s au classement général. Tout cela pour dire que si Valverde était sans doute le meilleur avec Evans dans cette Vuelta, son succès doit être relativisé du moins pour envisager une victoire dans le Tour où tous les « gros bras » sont là, et  au sommet de leur forme.

Et puis, en plus de ses adversaires, il y a le fait que Valverde n’est pas sûr de pouvoir courir l’année prochaine, si sa suspension de deux ans qui vaut pour l’Italie est élargie au monde entier, en raison de son implication présumée dans l’affaire Puerto. Là aussi je voudrais dire qu’il est absolument anormal que l’on mette autant de temps avant de rendre une décision de ce type, d’autant que les faits remontent déjà à 3 ans. Décidément  il y a des choses à revoir dans la lutte contre le dopage, surtout chez les cyclistes qui subissent moult contrôles de toutes sortes.

En attendant Valverde va essayer de conclure son excellente saison, à la fin de cette semaine, par un titre de champion du monde qui lui a souvent échappé de peu. Il aura fort à faire avec les Italiens Cunego et Ballan, mais aussi Cancellara et d’autres auxquels on ne pense pas. Espérons qu’il y aura un ou deux français dans le final pour nous donner l’occasion de rêver. Cela fait tellement longtemps qu’un Français n’a pas été champion du monde. La dernière fois c’était en Espagne, en 1997, avec Brochard qui avait remporté la route, et Laurent Jalabert qui avait remporté l’épreuve contre-la-montre. On dirait que cela fait une éternité. Cela étant si les Espagnols occupent les deux premières places du classement UCI avec Contador, suivi de Valverde, le premier Français est 22è (Chavanel) et le second, Fédrigo, est 50è. Cela ne nous empêche pas d’y croire un peu, si les principaux favoris se neutralisent. Toutefois, ce championnat n’a pas lieu à Lourdes, mais à Mendrisio.

Michel Escatafal

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