03.07.2008

Lui aussi finira par s'en aller...

bas.jpgAinsi donc le seul français détenteur d’un titre mondial en boxe ne pourra pas défendre son titre en France comme prévu le 26 juillet prochain au Cannet. Pourquoi ? Tout simplement parce que la seule chaîne de télévision qui retransmet de la boxe en France, ne veut pas donner plus de 600 000 euros à Asloum pour une réunion où figurait aussi un championnat d’Europe des lourds-légers. Combien demandait Asloum ? Apparemment, il voulait autant que ce qu’il avait touché comme bourse lors de son dernier combat victorieux (850 000 euros), qui lui avait permis de devenir champion WBA des mi-mouche.

Certains vont me dire qu’il s’agit de sommes conséquentes, ce que je ne conteste pas, mais cela me permet aussi de dire qu’en France si cela continue on n’organisera plus aucun combat de boxe, à l'inverse de ce qui se fait en Espagne, en Italie, en Allemagne ou en Angleterre.  Bref, dans des pays où la boxe est présente sur les écrans de télévision, et qui plus est sur des écrans où il n’est pas nécessaire de payer un abonnement pour voir de beaux combats.

A ce propos, je suis surpris que France Télévision qui se flatte d’être le plus grand terrain de sport de France soit incapable de retransmettre de la boxe, alors que tout le monde reconnaît à ce sport un aspect éducatif indéniable. C’est une nouvelle preuve que notre pays, quoiqu’on en dise, n’est pas un pays sportif. Nous vivons dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres de bricolage, parfois très organisé, mais c’est quand même du bricolage. Pas de salle digne de ce nom capable d’accueillir une réunion internationale de boxe. Pas de promoteur capable de s’offrir un championnat mondial. Pas de chaîne de télévision capable de retransmettre un soir d’été un rencontre avec titre mondial en jeu, qui plus est avec un Français. Et qu’est ce que ce sera quand le service public sera privé de publicité ?

Dans ce cas il ne reste à Asloum,  s’il veut continuer sa carrière et défendre son titre mondial, qu'à aller s’installer à l’étranger, comme l’ont déjà fait tant de sportifs français de renom. Qu’on ne s’y trompe pas, si les sportifs partent s’installer ailleurs ce n’est pas que pour des raisons fiscales. C’est aussi parce qu’ils ont à leur disposition des installations, des conditions pour exercer leur activité nettement meilleures que chez nous. La France aujourd’hui a de belles vitrines, mais il n’y a rien à l’intérieur du magasin, parce qu’on n’a pas d’argent pour remplir ce magasin.

La question qui se pose est donc : comment font les autres pays ? Et bien, ils font différemment parce que les gens le demandent. S’il y a de la boxe sur les chaînes allemandes ou italiennes c’est parce que les gens le réclament. En France on ne réclame jamais rien, parce qu’au fond on n’a pas la culture du sport. Demandons à un Italien qui est Nino Benvenuti, Diulio Loï, ou Vito Antuofermo ? Ils répondront tous qu’ils ont été champions du monde et nous diront même la catégorie. Posons la même question en France à propos de Laurent Boudouani ou René Jacquot : personne ne nous répondra. Là est toute la différence, et cette différence nous la retrouvons dans les autres sports.

Le sportif français fait rarement rêver parce que les rares qui font rêver sont assimilés à une cause nationale, mais les autres? On les oublie aussi vite qu'on les a encensés et pourtant eux aussi méritent notre respect. J'admire beaucoup Zidane, mais je n'oublie pas les autres champions du monde. J'admire la carrière de Marcel Cerdan, mais je n'oublie pas Halimi, Hamia, Humez, Lamperti, Josselin, Tonna, Menetrey ou les Tiozzo qui, eux aussi, font partie du patrimoine national. Cela aussi c'est l'exception française, mais il ne faut pas se plaindre si nous n'avons pas les mêmes succès que les étrangers. D'ailleurs si Ferrari était une marque française, aurait-elle les mêmes résultats et la même notoriété? Sans doute pas. La preuve, qui connaît les marques Talbot ou Gordini, pourtant aussi prestigieuses que Ferrari à une certaine époque?

Michel Escatafal

11:37 Publié dans boxe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sports

14.05.2008

Quel dommage!

1707425313.jpgLa boxe qui fait partie des sports les plus anciens (datant sans doute de 3000 ans avant J.C.) reste, comme je l'ai souvent dit et répété, un sport maginifique mais il est dommage qu'elle souffre d'un manque d'organisation. Pourtant de l'organisation il y en a, mais celle-ci se situe au niveau des amateurs. Voilà pourquoi un titre olympique en boxe reste une récompense de tout premier ordre, et si quelqu'un en doutait il suffit de voir la carrière que font les champions olympiques quand ils passent professionnels. D'ailleurs parmi les plus grands de ce sport, nombre d'entre eux furent champions olympiques (Patterson, Ali, Frazier, Foreman, Leonard, Lewis, de la Hoya etc.).

Dans le même ordre d'idées la quasi totalité des médaillés olympiques français français furent de très bons champions d'Europe ou détenteurs de titres mondiaux. Je citerai notamment Christophe Tiozzo, Laurent Boudouani, et plus récemment Brahim Asloum qui fut champion olympique en 2000 et qui détient une couronne mondiale dans la catégorie qui lui a valu la médaille d'or en 2000 (mi-mouche 48 kg).

Cela étant les confrontations entre amateurs et professionnels sont encore impossibles comme au bon vieux temps de l'olympisme amateur ou de l'Union Soviétique. C'est encore le cas à Cuba de nos jours, où la boxe professionnelle est interdite. Cela nous a valu de ne pas voir se rencontrer des boxeurs de très grand talent, catalogués amateurs, contre les meilleurs professionnels.

Sans remonter trop loin, nous en citerons trois qui furent des champions exceptionnels et qui auraient mérité plus que tout autre le titre de champion du monde. Tout d'abord Laszlo Papp le Hongrois, un boxeur poids welter- poids moyen qui remporta 3 titres olympiques à Londres en 1948, à Helsinki en 1952 et à Melbourne en 1956. Après 320 combats amateurs pour seulement 11 défaites, il réussit enfin à convaincre ses dirigeants de passer professionnel en 1958 à 32 ans. Devenu champion d'Europe des poids moyens en 1962, il défendit 5 fois son titre victorieusement et se retira des rings invaincu en 1964 à l'âge de 38 ans. Hélas, il n'a jamais été champion du monde professionnel...parce qu'aucun américain n'a jamais voulu le rencontrer.

Un autre boxeur de très grand talent, Teofilio Stenvenson, a remporté lui aussi 3 médailles d'or aux Jeux Olympiques entre 1972 et 1980. En 1972, il battit sans problème l'Américain Bobick, longtemps considéré comme le grand espoir blanc en poids lourds. Stevenson aurait aussi détenu une ceinture mondiale s'il avait eu le droit de passer professionnel. Avec ses 93 kg pour 1,90m, ce magnifique boxeur poids lourds aurait à coup sûr pu rivaliser avec Ali ou Foreman. Pour tous les techniciens, il était au moins aussi fort qu'Ali à ses débuts pro et supérieur à lui dans les années 72 à 76.

Enfin nous citerons Felix Savon (en photo), lui aussi cubain et triple champion olympique (1992-1996 et 2000) , magnifique athlète au gabarit proche de celui de Stevenson, qui disputa 380 combats amateurs pour seulement 17 défaites. Il aurait pu avec de bonnes chances de succès affronter Mike Tyson ou Evander Holyfield. Mais il n'a jamais voulu quitter Cuba, refusant une fortune pour affronter ces monstres sacrés. Il se retira des rings à 33 ans soit un an avant la limite d'âge amateur. Quel dommage, d'autant qu'il arrêtait sa carrière intact sur le plan physique, et que celle-ci aurait pu se poursuivre en professionnels pendant au moins 4 ou 5 ans.

Espérons seulement qu'un jour la boxe pourra réunir ses meilleurs éléments sans se préoccuper de leur nationalité. Espérons aussi, ce que je répète chaque fois sans trop y croire, qu'on aura un jour un seul champion du monde par catégorie, comme chez les amateurs. Mais cela est une autre histoire, car la boxe véhicule pour certains combats des sommes astronomiques, pour le plus grand profit de quelques promoteurs qui, évidemment, ne veulent surtout pas du contrôle d'une fédération unique. Alors...

Michel Escatafal

 

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06.05.2008

La France a deux champions d'Europe...

745322343.jpgAinsi donc la France a deux champions d'Europe de boxe avec Bernard Inom (poids mouche) et Jean-Marc Monrose (poids lourd-légers), ce qui ne lui était plus arrivé depuis un moment. Cela étant que valent de nos jours des titres de champion d'Europe? J'aimerais dire que cela reste un titre européen, mais j'ai peur de mentir et de me mentir à moi-même, car de nos jours un titre européen en boxe est très dévalué. La faute à quoi ou à qui?

La faute au système qui a multiplié les catégories et les fédérations, même si c'est la seule EBU qui gère les championnats d'Europe. En effet, il y a aujourd'hui le double de catégories qu'à l'époque où la boxe était considérée comme un sport majeur, c'est à dire jusque dans les années 50 ou 60. Il y avait en effet à ce moment 8 catégories qui étaient les suivantes : poids mouches, poids plumes, poids coqs, poids légers, poids welters, poids moyens, poids mi-lourds et poids lourds. Aujourd'hui on a rajouté des super quelque chose pratiquement dans toutes les catégories.

De plus, comme il y a quatre voire même cinq fédérations censées régir la boxe, cela fait une cinquantaine de ceintures mondiales. Je n'ose même plus dire champions du monde tellement ce vocable est surrané pour la boxe. Dans ces conditions, pour un boxeur d'aujourd'hui, il suffit d'avoir remporté quelques victoires pour avoir une chance dite mondiale. Bien entendu, les boxeurs qui pensent avoir cette chance ne sont pas intéressés par un championnat d'Europe. C'est comme cela qu'on se retrouve avec des titres européens très dévalués, alors qu'autrefois être champion d'Europe voulait vraiment dire quelque chose.

Les Français ont eu quelques grands champions qui ont été de vrais champions d'Europe par le passé. Citons pêle-mêle en remontant jusque dans les années 50 des boxeurs comme Langlois, Charles Humez, Chérif Hamia, Alphonse Halimi qui fut champion du monde, Gracieux Lamperti, Jean Josselin, Roger Ménetrey, Jean-Claude Bouttier, Gratien Tonna, René Roques pour ne citer que les plus connus. Je sais que j'en oublie quelques uns, mais les noms que je viens de citer sont très parlants pour les plus anciens d'entre nous, car ces boxeurs étaient de très grande qualité et avaient tous obtenu une chance d'être champion du monde. Ensuite il y eut notamment Christophe Tiozzo et Laurent Boudouani qui furent en amateurs médaillés olympiques, ce qui est un gage de grande classe comme on peut le constater de nos jours avec Brahim Asloum.

Cela dit Tiozzo, Boudouani et bien sûr Asloum n'appartiennent pas à la catégorie de ceux que j'ai cités en premier, car eux ont vécu ou vivent l'ère des multi champions du monde. Cette ère a tellement dévalué la boxe qu'on s'est retrouvé avec des boxeurs détenteurs de titres dans cinq catégories différentes. Certes ce n'était pas n'importe qui, puisque ces boxeurs qui auraient pu rivaliser avec les géants du passé s'appelaient Sugar Ray Leonard ou Thomas Hearns, mais cinq titres différents ça ne fait pas très sérieux même pour eux. Les géants dont je parlais (Robinson, Olson, Griffith etc) étaient déjà bien heureux quand ils avaient été champions du monde dans deux catégories différentes, alors on imagine quand on parle de cinq catégories...

Voilà pourquoi, je crois qu'il faut simplement être satisfait de voir deux boxeurs français champions d'Europe, en espérant que l'un d'entre eux pourra aller un peu plus loin et décrocher une des multiples ceintures de leur catégorie comme l'ont fait les frères Tiozzo, Boudouani, Jacquot ou plus près de nous Monshipour ou Mormeck. Tous ces boxeurs étaient assez doués et auraient peut-être (ou sans doute) pu, pour quelques uns d'entre eux, décrocher une ceinture européenne il y a quelques décennies. C'est la raison pour laquelle les amateurs de boxe se rappellent leur nom. Espérons que dans dix ou vingt ans on se rappellera de Bernard Inom et Jean-Marc Monrose, car cela signifierait qu'ils ont fait une carrière honorable.

Michel Escatafal

18:30 Publié dans boxe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport

17.01.2008

Un beau sport en perdition

Je n’ai jamais boxé de ma vie, mais j’ai toujours été fasciné par les boxeurs, du moins les grands champions. Mes premiers émois pour ce sport (j’avais moins de 10 ans) l’ont été pour Ray Sugar Robinson, extraordinaire poids moyen, dont  certains disent qu’il fut le plus grand de tous parce qu’il a rencontré et battu beaucoup de monstres sacrés qui ont laissé une trace dans l’histoire de la boxe (La Motta, Turpin, Graziano, Basilio, Fullmer etc.). Chez les Français à l’époque, la vedette s’appelait Charles Humez parce qu’il était champion d’Europe des poids moyens. J’avais été très triste quand il avait perdu son titre contre un Allemand (Scholz) en 1958.

Ce qu’il faut préciser c’est que dans les années 50 et même 60 il n’y avait pas cette ridicule litanie de champions du monde avec 17 catégories, et 4 ou 5 fédérations différentes. De plus, les combats pour un titre mondial ou continental se faisaient en 15 reprises et non 12 comme aujourd’hui. Dans ces conditions, quel boxeur de nos jours aurait une chance contre les grands anciens ? Sans doute aucun, car les meilleurs n’affrontent jamais d’adversaires de haut calibre. Et même s’ils battent des boxeurs invaincus, ceux-ci le sont après 15 ou 20 combats professionnels, alors qu’autrefois il fallait généralement avoir rencontré 40 ou 50 adversaires avant d’avoir une chance mondiale.

J’ai parlé auparavant de Charles Humez, mais dans les années 50 la France a compté 2 vrais champions du monde en 1954 et 57 à savoir Robert Cohen en poids coq (que je n’ai pas connu) et ensuite Alphonse Halimi dans la même catégorie. Ce dernier se rendra très célèbre grâce à la télévision quand, après avoir gagné un combat pour le titre européen contre un britannique au début des années 60, il s’écrira « j’ai vengé Jeanne d’Arc ». Cela dit, cette notoriété ne l’empêchera pas de finir sa vie dans le dénuement malgré des sommes importantes amassées sur les rings américains, européens ou français.

Un autre boxeur m’a beaucoup fasciné, mais cette fois un peu plus tard. Il s’appelait aussi Ray Sugar, et son nom était Léonard. Comme Ray Sugar Robinson, Ray Léonard était un prodige de vitesse et d’adresse. C’est lui qui mit fin à la carrière de Marvin Marvelous Hagler en 1987, un des deux ou trois plus grands poids moyens, à l’issue d’un combat très crispant et  indécis jusqu’à la fin, mais le verdict fut pour celui qui s’était avéré le plus malin. Pourtant Hagler avait beaucoup d’atouts avant le combat,  et notamment celui d’avoir disputé auparavant une douzaine de championnats du monde, tous conclus par des victoires. Le malheur pour lui est qu’il a affronté un extraordinaire surdoué qui avait arrêté sa carrière en 1982 en raison d’un décollement de la rétine mais qui, ayant été opéré avec succès, a repris sa carrière en 1987 pour rencontrer Hagler.

Ceux qui me font le plaisir de me lire vont être surpris que je ne parle pas de Cassius Clay devenu par la suite Mohammed Ali, mais aussi de certains boxeurs français comme Bouttier ou Menetrey qui furent d’excellents champions d’Europe. Cela dit, il y a eu tellement de grands champions dans ce sport qu’il faudrait des pages pour faire le résumé de leurs combats. Il reste à souhaiter, ce qui sera sans doute un vœu pieux, que ce sport très populaire dans la première moitié du 20è siècle retrouve une certaine crédibilité.

Pour cela il faudrait évidemment que les 4 ou 5 fédérations qui distribuent des ceintures mondiales décident de s’unifier pour n’attribuer qu’un seul titre par catégorie. Il faudrait aussi qu’il y ait, comme autrefois, une véritable hiérarchie pour arriver à combattre pour un vrai titre. Aujourd’hui on voit des boxeurs de 23 ou 25 ans qui n’ont été ni champion de France, ni champion d’Europe, disputer un titre mondial ce qui leur vaut parfois de mettre un terme prématuré à leur carrière. D’autres au contraire, ayant chanté pendant leurs belles années, se trouvent fort dépourvus quand l’heure de la retraite a sonné. Alors, ils font ce que l’on appelle le combat de trop. Puisse ce beau sport nous réserver à l’avenir beaucoup de moments merveilleux comme nous en avons connu tellement par le passé.

Michel Escatafal