09.11.2009

Mes idoles de jeunesse

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Quand on est jeune on a des idoles, et celles-ci sont souvent des sportifs. Quand je dis des sportifs, je devrais dire  de nos jours les vedettes des sports les plus médiatisés, ce qui entre parenthèse leur permet de gagner énormément  d'argent grâce au merchandising. Aujourd'hui dans les rues de tous les pays ou presque, on voit énormément de jeunes porter la réplique du maillot de Messi, Cristiano Ronaldo, Drogba ou Henry, pour ne citer qu’eux, ce qui n'était pas le cas quand j'étais adolescent à la fin des années 50 ou au début des années 60. Tout cela pour dire  qu'à cet âge un  jeune homme, plus peut-être qu’une jeune fille, aime à s’identifier à ceux qu’il admire.

Qui dans sa vie, à un moment ou un autre, ne s’est pas pris pour ce qu’il n’a jamais été ou aurait voulu être? J’observe d’ailleurs en écrivant ces lignes que, pour ce qui me concerne, je n’ai voulu être « un autre » que dans le domaine du sport. Pourtant ceux qui me connaissent à travers mes blogs savent pertinemment que je suis un amoureux de la littérature et de l’histoire, mais ce n’est pas pour cela que j’ai rêvé d’être un de ces grands poètes qui m’ont ému, ou un de ces hommes politiques qui marquent leur temps.

Non mes idoles quand j’avais moins de 20 ans c’étaient des sportifs, et rien que des sportifs, qui étaient coureurs cyclistes, joueurs de rugby, athlètes et plus particulièrement sprinters ou coureurs de demi-fond, pilotes de F1, boxeurs et footballeurs. Un peu plus tard la palette s’élargira au tennis…quand j’ai commencé à y jouer. Voilà pourquoi sur mon blog je parle essentiellement de ces disciplines.

Mais au fait quelles furent mes idoles dans ma prime jeunesse? Réponse, ma toute première idole fut Fausto Coppi. Très jeune à 7 ou 8 ans je suivais déjà ses résultats, notamment le Tour d’Italie 1953 et son duel avec Hugo Koblet, pour qui j’avais aussi une grande admiration, et qui perdit le maillot rose dans l’avant-dernière étape. Cette année 53 sera sa dernière grande saison, avec un titre de champion du monde sur route à la clé.

Certes il avait déjà porté à deux reprises le maillot arc-en-ciel, mais c’était en poursuite (en 1947 et 1949). Toutefois cette admiration béate pour le campionissimo ne m’empêchait pas d’être très content quand à Solingen, Louison Bobet remporta le titre mondial en 1954. Plus tard, une fois Coppi disparu, c’est pour Roger Rivière que je me prenais quand je chevauchais mon premier vélo de course, au demeurant un peu trop grand, puis ensuite pour Anquetil après la chute du double recordman de l’heure et triple champion du monde de poursuite.

A peu près à la même époque, j’étais fasciné par un autre immense champion, Juan-Manuel Fangio. J’ai toujours aimé le sport auto et la F1 en particulier. Je me souviens notamment de la paire de pilotes alignée par Mercedes en 1955 composée de Fangio et de Stirling Moss, qui n’a eu d’égale que Senna et Prost à la fin des années 80 chez Mac Laren. Cette année-là les deux hommes furent aussi associés pour former une équipe de rêve aux 24 h du Mans, endeuillées par l’accident de Levegh, lui aussi sur Mercedes, qui causa la mort de plus de 80 personnes.

Cet accident entraîna l’arrêt des voitures grises sans attendre la fin de course, et mit fin au retour de Mercedes en F1 à la fin de l’année. Il faudra attendre l’arrivée au sommet de Jim Clark avec notamment ses victoires à Pau, auxquelles j’ai assisté avec mes parents, puis sa domination au volant des mythiques Lotus (25 ou 49) pour que je retrouve pareille fascination pour un pilote qui, fait très rare, remporta aussi les 500 miles d’Indianapolis en 1965.

Cela dit à partir de 1957, époque à laquelle j’ai commencé à apprendre à manipuler un ballon de rugby, mon idole absolue s’est appelée Roger Martine. J’ai souvent parlé de lui sur ce site, mais je redis encore une fois qu’il fut à coup sûr l’un des attaquants les plus doués de l’histoire du rugby. C’était lui qui avait dit un jour cette phrase pleine de signification pour les amoureux du rugby : « Aux équipes qui chantent sous la douche, je préfère celles qui chantent sur le terrain ». En tout cas il pouvait tout se permettre dans la mesure où il avait tout pour lui.

Il avait la vitesse, le coup de rein, mais aussi une vision du jeu exceptionnelle, sans oublier un excellent jeu au pied. Il pouvait jouer avec le même bonheur à l’arrière, à l’ouverture, mais c’est au centre qu’il fit l’essentiel de sa carrière formant avec Maurice Prat une paire de centre exceptionnelle, la meilleure au monde dans les années 50. J’étais tellement admiratif que j’avais réussi à me faire coudre sur un vieux maillot rouge et bleu (couleurs du F.C. lourdes) le numéro 13, alors que je n’ai occupé que très occasionnellement le poste de centre.

Un dernier mot enfin pour parler de deux athlètes qui m’ont également fasciné, à savoir Abdou Seye et Armin Hary. J’ai parlé récemment de ce dernier pour souligner son extraordinaire départ qui lui permit d’être à la fois recordman du monde et champion olympique du 100 mètres. Quant à Abdou Seye, d’origine sénégalaise, j’ai le souvenir d’un sprinter de très grande classe, capable de courir le 100m en 10s,2, le 200m en 20s,4, et le 400m en 45s,9. Il aurait pu lui aussi être champion olympique en 1960 à Rome, mais il dut se contenter de la médaille de bronze sur 200m. Si le professionnalisme avait existé à son époque, il aurait pu devenir une sorte d’Usain Bolt avant l’heure tellement il était doué.

Bien entendu bien d’autres champions m’ont fait rêver dans ma prime jeunesse, entre autres Kopa et Fontaine les footballeurs, mais aussi le boxeur Charles Humez qui fut longtemps champion d’Europe des poids moyens, sans oublier Ray Sugar Robinson, un des 3 ou 4 plus grands boxeurs de tous les temps, ou encore les frères Boniface, autre exceptionnelle paire de centres du rugby moderne, Richard Sharp le grand ouvreur anglais, sans oublier Michel Jazy, certainement le plus grand miler que l’athlétisme français ait jamais possédé. Cela dit, comme on peut le remarquer, on ne pouvait guère m’accuser d’être trop chauvin. Il est vrai qu’entre 10 et 15 ou 16 ans, on ne se préoccupe guère de la nationalité des gens qu’on admire. Ce qui compte ce sont les émotions qu’ils nous donnent, et les émotions ne sont pas que françaises.

Michel Escatafal