29.10.2009
Le fuoriclasse madrilène
Pour Alberto Contador l’année 2009 aura été celle de tous les succès ou presque. Elle a été d’autant plus belle qu’il a eu à affronter la vedette absolue du cyclisme du début du 21è siècle, Lance Armstrong. J’ajouterais même que sans le retour d’Armstrong, son succès dans le Tour de France 2009 eut été loin d’avoir le même éclat. Certes, n’en déplaise à ses laudateurs, le septuple vainqueur du Tour n’était pas de taille à lutter avec Contador, mais il avait avec lui un atout considérable, à savoir une équipe à sa totale dévotion ou presque. En fait compte tenu de l’absence dans la course de Benjamin Noval, son ami et confident dans le peloton, on peut même dire qu’Alberto Contador se sentait extrêmement seul dans cette équipe Astana. Cela a même fait dire à certains qu’il avait gagné le Tour tout seul, ce qui d’ailleurs était la marque d’une méconnaissance totale de ce sport.
Cela dit Contador n’a pas gagné que le Tour, et même si sa saison l’an passé paraissait un peu plus fournie en grandes victoires avec le doublé Giro-Vuelta, il a quand même animé avec brio toutes les courses par étapes auxquelles il a participé. On n’oublie pas ses victoires d’étapes dans Paris-Nice, notamment la montée de Lure, mais aussi ses premières places au Tour d’Algarve et au Tour du Pays Basque, qui est devenu aujourd’hui une épreuve de référence parmi les belles courses à étapes. Certes ses qualités de grimpeur peuvent s’exprimer pleinement dans ce type d’épreuve, mais il a aussi gagné l’étape contre-la-montre, ce qui n’est pas une surprise tellement il est devenu un des tous meilleurs rouleurs du peloton, comme il l’a démontré à Annecy pendant la « grande boucle » en battant Cancellara.
Tout cela lui a valu de terminer à la première place du classement mondial UCI, et d’être élu Vélo d’Or pour la 3è année consécutive. Par parenthèse l’Espagne est omniprésente dans ce classement UCI, puisque le second de Contador est Valverde, vainqueur entre autres de la Vuelta et du Dauphiné Libéré. Quand au 3è de ce classement mondial, le champion olympique Samuel Sanchez, s’il n’a pas gagné d’épreuves du Pro Tour il a fait preuve d’une grande régularité au cours de la saison, avec notamment une belle seconde place au Tour d’Espagne. Ensuite on trouve deux coureurs qui ont connu des fortunes diverses en cours de saison, mais qui ont réussi un ou deux exploits majeurs. Andy Schleck (4è) a remporté Liège-Bastogne-Liège et a terminé second du Tour, et Cadel Evans (5è) a remporté le titre de champion du monde après avoir connu beaucoup de malheurs pendant le Tour de France. A noter que le premier Français, SylvainChavanel, est 22è de ce classement mondial, loin devant Fédrigo qui occupe la 51è place. Quelle tristesse pour le pays de Bobet, Rivière, Anquetil, Poulidor, Hinault, Fignon ou Jalabert ! Toutefois la France a peut-être trouvé son champion avec Sicard, champion du monde de la catégorie espoir et vainqueur du Tour de l’Avenir.
Refermons cette longue parenthèse pour revenir à Contador qui pour moi, comme pour beaucoup de coureurs et de suiveurs, est un véritable super crack. D’abord, comme tous les plus grands, il a gagné très tôt le Tour de France (24 ans). Ensuite il est devenu très rapidement un coureur complet, comme le furent quelques uns des plus grands grimpeurs qui ont marqué l’histoire du cyclisme. Bartali a gagné nombre d’étapes contre-la-montre, comme plus tard Charly Gaul qui a même battu Anquetil dans le Tour de France 58 (Châteaulin 46 km). Quant à Fausto Coppi, il figure à la fois parmi les plus grands rouleurs et les meilleurs grimpeurs de tous les temps. Incontestablement Contador est en bonne compagnie.
Les grimpeurs ont été longtemps catalogués en deux catégories, avec des coureurs comme Bartali et Coppi capables de passer plusieurs cols en tête dans la même journée, et d’autres comme Contador qui font le dernier col de l’étape à une allure extraordinaire, après un démarrage qui laisse sur place ses adversaires. Dans les deux cas, les grands grimpeurs font un maximum de dégâts chez la concurrence, et plus encore si j’ose dire si les conditions de course sont très dures. Autre caractéristique, les grimpeurs se révèlent très tôt dans la carrière car ils peuvent exploiter rapidement ce don particulier qui les rend irrésistible. Parmi les coureurs en activité Andy Schleck, sans aucun doute le meilleur grimpeur après Contador, n’a que 24 ans. Bartali et Coppi étaient déjà les meilleurs en montagne à 20-22 ans. Charly Gaul a commencé à marquer les esprits à l’âge de 23 ans. Quand à Contador, tout le monde se rappelle ses démarrages dans le premier Tour de France qu’il a remporté (en 2007) dans le col de Peyresourde ou au Plateau de Beille, alors qu’il avait 24 ans.
Ces fameuses attaques de Contador * parlons-en, notamment celles qu’il avait lancées contre Rasmussen, à qui il avait fait très mal malgré la forme stupéfiante que tenait ce dernier dans le Tour de France 2007 avant que son équipe ne l’oblige à abandonner. Alberto Contador rééditera ces exploits dans l’Angliru pendant la Vuelta 2008, et bien sûr lors du dernier Tour de France à Arcalis et à Verbier. A chaque fois il a démontré une fantastique capacité à changer de rythme qui condamne ses adversaires très rapidement, surtout si ceux-ci essaient de le suivre, erreur à ne surtout pas commettre. Problème, si les adversaires ne réagissent pas très vite, Contador sera très rapidement loin devant, et la perte de temps peut-être considérable en quelques kilomètres. En cela, si j’en crois ce que disait Géminiani, on peut le comparer à Bartali qui montait par saccades 100 mètres debout sur les pédales, 100 mètres sur la selle, puis ensuite il mettait une ou deux dents de plus et là il n’y avait plus rien à faire.
Un dernier mot enfin, contrairement à ce qu’on pourrait croire, quels que soient les dons des meilleurs grimpeurs pour l’effort en montagne, ils sont quand même obligés de travailler leur explosivité, ce travail pouvant se faire aussi bien sur le plat qu’en montagne. D’ailleurs la technique de Contador est presque parfaite que ce soit dans ses démarrages, les mains sur les poignées de frein et les épaules juste au dessus du guidon, ou dans le cours de son ascension. En tout cas, vu son jeune âge, Contador n’a pas fini de nous étonner d’autant qu’il arrive dans la force de l’âge pour un coureur cycliste. Il lui restera ensuite, après avoir gagné encore plusieurs grands tours, à faire l’effort de se préparer pour les classiques à sa portée (Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Walonne, l’Amstel ou le Tour de Lombardie), sans oublier les championnats du monde (route et contre-la-montre). Et quand il aura accompli cette œuvre, le fuoriclasse madrilène pourra se retirer en regardant d’égal à égal les Merckx, Hinault, Coppi, Bartali, Bobet ou Anquetil.
Michel Escatafal
* Voir sur le site web d’Alberto Contador (rubrique blogs à visiter) la partie multimedia dans menu
07:23 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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