27.10.2009
A propos d'épopées européennes
Dans l’histoire du football français il y a eu des situations paradoxales, voire même très paradoxales, avec une équipe qui brille en Coupe d’Europe alors que personne ne comptait sur elle. Ce fut le cas avec le S.C. Bastia en 1977-78. Pourtant rien ne prédestinait les Bastiais à devenir des finalistes de la Coupe de l’UEFA en 1978. A priori ce club avait peu de moyens, des structures plutôt indigentes (stade Furiani), bref le SC Bastia était un club voué à disparaître très rapidement dans la compétition. En plus au premier tour le tirage au sort n’avait pas été tendre, puisque les Bastais devaient affronter les Portugais du Sporting de Lisbonne, une très bonne équipe de valeur européenne, qui n’avait certes pas la réputation de Benfica, deux fois vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions, mais qui avait quand même remporté la Coupe des coupes en 1964, après avoir éliminé Lyon en demi-finale.
Cela étant cette équipe de Bastia avait un excellent entraîneur, ancien international du Toulouse F.C., Cahuzac, lequel allait tirer la quintessence d’un groupe de joueurs de très grande valeur, dont on se demande encore comment ils avaient pu atterrir à Bastia. Dans cette équipe en effet il y avait un excellent gardien breton, Pierrick Hiard, puis à l’arrière de très bons défenseurs comme Marchioni ou Cazes, les deux latéraux, et deux défenseurs centraux de grand talent, Guesdon et le stoppeur Orlanducci qui ont postulé un certain moment en équipe de France (1 sélection pour Orlanducci). Ensuite on trouvait au milieu du terrain des joueurs comme Félix Lacuesta , un surdoué en provenance de Saint-Etienne, tout comme J.F. Larios (17 sélections). A ces deux joueurs il fallait ajouter Franceschetti et Claude Papi (3 sélections), sans doute à l’époque le meilleur meneur de jeu français…après Michel Platini.
Enfin en attaque on retrouvait deux joueurs de grand talent qui ont commencé la saison comme titulaires, Félix et Mariot (1 sélection), remplacés en cours d’année pour cause de blessure par deux éléments qui allaient s’avérer décisifs, Krimau, le buteur remplaçant de Félix, et de Zerbi (18 ans à l’époque) pour suppléer Mariot. Le plus extraordinaire était que ces deux joueurs remplaçants étaient totalement inconnus à ce moment-là. Et pourtant ils furent remarquables, notamment Krimau qui marqua deux buts au prestigieux Torino à Turin. Je dis prestigieux parce qu’à l’époque le Torino était un club huppé en Italie, avec des joueurs comme les défenseurs Caporale et Salvadore et des attaquants comme Graziani et Pulici qui formaient un redoutable tandem.
Mais l’équipe corse était tellement soudée que plus rien ne pouvait lui arriver jusqu’à la finale. La preuve, en quart de finale le SC Bastia pulvérisait les Allemands de l’Est de Carl Zeiss Iena, notamment à l’aller où Bastia l’emporta par 7 buts à 2, avec notamment deux buts de Félix (70 et 78è minute) qui venait de remplacer Krimau. L‘exploit était vraiment grand, car ces Allemands de l’Est étaient de sérieux clients puisque trois ans plus tard ils allaient en finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe. Et Bastia avait réalisé cet exploit sans leur grande vedette Johnny Rep, ancien joueur du grand Ajax d’Amsterdam, arrivé à Bastia en provenance du F.C. de Valence. Au total les Bastiais allaient remporter 7 victoires pendant cette campagne européenne, en éliminant successivement le Sporting de Lisbonne, puis Newcastle, Torino, C.Z. Iena et les Grasshoppers de Zurich.
Restait à gagner la finale contre le grand PSV Eindhoven de l’entraîneur, ex-excellent joueur de Saint-Etienne, Kees Rijvers. Bastia fera match nul à Furiani au match aller (0-0) sur une véritable patinoire, avant d’être logiquement battu par Eindhoven au match retour à Eindhoven par 3 à 0. Les Néerlandais n’étaient pas tellement plus forts que les Corses, mais surtout ils disposaient en fin de saison de forces plus vives que celles des Bastiais. Comme on dirait aujourd’hui, ils avaient un banc beaucoup plus fourni que celui des Bastiais. Ce fut la fin de la belle épopée européenne de Bastia, avec cette équipe que les Corses eux-mêmes appelaient « di quadri soldi », mais qui allait enflammer la France et faire connaître la célèbre tête de Maure partout en Europe.
Jamais aucune autre équipe ne fera autant vibrer les supporters de notre pays, à l’exception de l’Olympique de Marseille en 1991 et surtout en 1993 avec leur victoire en C1, et à un degré moindre l’équipe des Girondins de Bordeaux de 1996, qui parviendra en finale de la Coupe de l’UEFA… pour laquelle elle ne s’était qualifiée que grâce à feu la Coupe Intertoto. Les Girondins furent battus eux aussi en finale, mais par le Bayern de Munich. Pour mémoire ces Girondins, dirigés par Gernot Rohr, avaient à cette époque dans leurs rangs trois jeunes joueurs qui seront plus tard de tous les triomphes de la plus belle équipe de France de tous les temps, à savoir Zidane, Dugarry et Lizarazu. Pas étonnant au fond qu’ils aient réussi pareils exploits, notamment celui d’avoir terrassé en quart de finale le grand Milan A.C.où jouaient Maldini, Desailly, Viera et Georges Weah, avec 2 buts de Dugarry au match retour à Bordeaux. Entre l’épopée bastiaise et celle de Bordeaux, que de merveilleux souvenirs !
Michel Escatafal
09:41 Publié dans football | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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