15.10.2009
Le Tour 2010 est fait pour un grimpeur

C’est un beau Tour de France 2010 que nous ont concocté les organisateurs, ce qui permettra aux spectateurs et téléspectateurs de se régaler pendant 3 semaines aux exploits des Contador, Schleck, Evans, Wiggins ou Armstrong, pour ne citer qu’eux. C’est même un parcours excellent pour nous tenir en haleine sur la durée du Tour, contrairement à cette année où les Pyrénées ont été escamotées, ce qui nous a valu une fastidieuse remontée vers les Alpes, via les Vosges. Je dis fastidieuse parce qu’en plus la course a été cadenassée par la volonté de l’équipe Astana, qui ne voulait pas que Contador s’impose trop vite à Armstrong.
Cette année donc nous allons démarrer par un prologue de 8 km, suffisant pour voir qui est en forme, mais très insuffisant pour faire une quelconque différence significative. Cependant les coureurs ne perdent rien pour attendre car au cours des 4 premiers jours le danger sera partout présent pour les favoris, à Spa d’abord (3è étape) même si les coureurs des grands tours sont généralement à l’aise sur ces parcours accidentés des classiques ardennaises. C’est même là qu’ils réalisent souvent quelques uns de leurs plus grands exploits (Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault etc.). Mais c’est surtout le lendemain que ce sera intéressant avec les 13 km de pavés avant Arenberg.
Evidemment ces 13 km ne seront pas un obstacle insurmontable pour des coureurs habitués à courir Paris-Roubaix (Cancellara, Boonen, Hushovd etc.), mais je suis curieux de voir comment Contador va passer ces pavés, sachant que ce n’est pas le terrain où il est le plus à l’aise, loin de là. Il pourrait même y laisser quelques plumes, ce qui nous permettra de le voir attaquer peut-être un peu plus tôt et un peu plus fort que prévu, dès la première vraie étape de haute montagne avec arrivée à Morzine, juste après le passage dans le Jura (aux Rousses). Pour ma part je me réjouis de cette ville-étape, car je n’aurai pas beaucoup à me déplacer pour voir les coureurs puisque j’habite tout près, à Saint-Claude. Pour avoir souvent roulé sur ces routes, il ne faut pas attendre de grosses différences dans le final, surtout que l’étape est courte.
Le reste des Alpes n’est pas à négliger, mais le Tour ne sera sans doute pas fini à Gap, ni à Mende où Jalabert fit son seul véritable exploit dans le Tour de France en 1995. Il restera encore les Pyrénées qui seront le gros plat de résistance de cette édition 2010. Pour avoir grimpé des cols dans les Alpes et les Pyrénées, j’ai toujours trouvé les cols pyrénéens plus durs que ceux des Alpes, à part le Granon à Serre-Chevalier qui est vraiment très difficile, même s’il ne fait qu’une douzaine de kilomètres. Cela dit l’arrivée au sommet du Tourmalet vaudra sans doute son pesant d’émotion car le col est très long (18 km) et la pente moyenne est très élevée (presque 8%). En plus même si c’est dans l’autre sens, les coureurs auront deux fois à franchir ce col, mais l’arrivée à Pau amène rarement de grandes différences parce que trop loin du dernier col. En revanche je ne connais pas l’arrivée à Ax 3 Domaines, mais je suppose qu’elle ne doit pas être très facile même si son kilométrage et son pourcentage moyen (6%) n’ont rien de très impressionnant, surtout pour les coureurs professionnels.
Il restera enfin le seul vrai contre-la-montre entre Bordeaux et Pauillac qui fera une cinquantaine de kilomètres. A mon humble avis, le Tour sera déjà joué et cette étape couronnera certainement celui qui aura déjà le maillot jaune. Et qui ce sera ? Réponse sans langue de bois : Contador. Sauf accident ou méforme improbable, Contador va gagner son 3è Tour de France, d’autant qu’il semble fait pour lui. C’est le meilleur escaladeur du peloton, et c’est aussi un des tous meilleurs contre-la-montre après Cancellara qu'il a battu cette année à Annecy. Alors qu’est-ce qui pourrait empêcher Contador de gagner, sauf accident ? Peut-être son équipe, car je doute qu’Astana 2010 soit aussi forte qu’Astana 2009. Nul doute que les équipes des autres favoris essaieront de le mettre en difficulté dans les premières étapes, compte tenu que c’est la seule chance de battre le crack espagnol. Mais s‘il passe correctement les pavés, donc sans perdre trop de temps, il aura déjà presque course gagnée, d’autant que les sprinters vont s’efforcer de contrôler la course sur les 6 ou 7 étapes qui leur sont favorables.
Cela étant à quoi ressemble ce Tour dans l’histoire en plus du fait qu’Henri Desgranges, premier maître d’œuvre du Tour de France, eut décidé de d’ajouter les Pyrénées au programme du Tour en 1910, ce qui lui valut d’être traité d’assassin par Trousselier ou par Lapize, on ne sait pas trop, même si pour presque tout le monde ce ne pouvait être que Trousselier, vainqueur en 1905. En tout cas en 1910 le vainqueur fut Lapize, devant le Luxembourgeois Faber, vainqueur en 1909. A noter qu’à l’époque le classement se faisait par points, ce qui sera le cas encore jusqu’en 1912 (vainqueur le Belge Odile Defraye). Et puisque nous sommes dans l’histoire du Tour dans les Pyrénées je voudrais rappeler que Luchon a longtemps été une ville étape incontournable du Tour de France, puisqu’il fallut attendre 1939 pour que Tour ne s’y arrête pas. Mais dès la reprise de 1947, Luchon fut de nouveau au rendez-vous pour la victoire de Bourlon. Ce sera encore le cas l’année prochaine.
Et si je devais comparer le parcours de ce Tour de France 2010 à un Tour du passé, ce pourrait être à celui de 1973. Déjà le départ avait lieu aux Pays-Bas (La Haye). Ensuite on était passé à Roubaix, puis on était descendu dans les Alpes, avant 3 grosses étapes dans les Pyrénées avec des arrivées à Pyrénées 2000 (victoire de Van Impe), Luchon encore (Luis Ocana) et Pau (P. Torres). Ensuite on était monté vers Paris en évitant, comme cette année, la Bretagne et la Normandie. Et qui fut vainqueur en 1973 ? Réponse, l’Espagnol Luis Ocana qui avait écrasé le Tour de toute sa classe, un peu à la Merckx absent cette année-là. En 1973 le Tour avait aussi été très montagneux avec 48 cols à escalader et 10 étapes sur 20 influencées par la montagne. Bref un Tour fait pour un grimpeur, comme en 2010, avec un podium composé exclusivement d’excellents escaladeurs (Ocana, Thévenet et Fuente).
Un dernier mot enfin, cette année-là Ocana, le grimpeur-rouleur, avait assommé quelques uns de ses principaux adversaires…sur les pavés lors de l’étape Roubaix-Reims. Il avait pris par exemple plus de 2mn 30 dans cette étape à Zoetemelk et 7 mn 32 à Fuente, redoutable grimpeur, le meilleur de l’époque d’après Eddy Merckx. Ocana en effet avait attaqué une cinquantaine de km après le départ de Roubaix dans le boyau de Quérénaing, et cette offensive se poursuivra jusqu’à l’arrivée grâce à la présence auprès d’Ocana de 4 coéquipiers, à savoir Vasseur, Cattieau qui prendra ce jour-là le maillot jaune, Mortensen le Danois et…Johnny Schleck, le père des deux frères Franck et Andy. Cela étant Johnny Schleck était surtout un très bon équipier, et avait moins de classe que Franck et surtout qu’Andy considéré comme le principal rival d’Alberto Contador cette année et sans doute les années à venir.
Michel Escatafal
23:33 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

Ecrire un commentaire