11.10.2009
Comme si le dopage n'existait que dans le vélo...
Parmi les informations relevées hier samedi, il en est une qui est complètement passée inaperçue, à savoir que le Comité olympique italien (Coni) avait indiqué que Fabio Cannavaro, footballeur de la Juventus, n'avait pas commis d'infraction de dopage, après avoir pris seul de la cortisone pour soigner une piqûre d'abeille. Le procureur chargé de l'affaire, Ettore Torri, a précisé qu'il allait recommander au tribunal anti-dopage de ne pas poursuivre le joueur. Curieux que pareille affaire ne fasse pas plus de quelques lignes dans les grands médias. En disant cela, je tiens à préciser que ce n’est pas le cas de Cannavaro qui me préoccupe, mais plutôt ce qui se serait passé si, par exemple, la même chose était arrivée… à Lance Armstrong. J’imagine déjà les gros titres des journaux, et toutes les âneries proférées par les forumers…plus particulièrement en France. Il suffit de lire tout ce qui a pu être dit lors du dernier Tour de France sur le retour d’Armstrong, la vitesse à laquelle Contador monte un col, ou le fait que Wiggins soit passé avec bonheur de la piste à la route. Comme si Contador était le premier grand grimpeur de l’histoire du vélo, ou si un poursuiteur capable d’être champion olympique (2 fois) et du monde (3 fois) n’était pas nécessairement un coureur de grande classe !
C’est surtout cela qui me choque dans la lutte contre le dopage. On dirait que celle-ci est essentiellement concentrée sur le cyclisme, comme si c’était le seul sport touché par ce fléau. D’ailleurs il suffit de voir ce qui s’est passé avec l’affaire Puerto pour en être convaincu. Qui a été inquiété à propos de ce vaste réseau de dopage sanguin ? Que des cyclistes, avec au minimum deux ans de suspension (par exemple Basso), et parfois la fin de carrière pour certains coureurs (Ullrich). Le CONI (Comité Olympique italien), qui vient d’absoudre Cannavaro a même été jusqu’à suspendre pendant deux ans Alejandro Valverde de toute course sur le territoire italien, ce qui a privé ce dernier de la possibilité de disputer le Tour de France. Bref on est en plein dans l’atmosphère des romans de Kafka.
Cela dit, pour être juste reconnaissons que le CONI est aussi très sévère avec les coureurs cyclistes italiens, comme peut en témoigner Alessandro Petacchi, suspendu un an suite à un contrôle positif après avoir été blanchi par la Fédération italienne de cyclisme…parce que le CONI avait contesté cette décision devant le Tribunal arbitral du sport (TAS). Pour mémoire, suite à un contrôle Petacchi avait des urines contenant un taux de salbutamol de 1320 nanogrammes par millilitre, le seuil toléré étant de 1000. Ce médicament utilisé pour soigner l’asthme est interdit au-delà d’un certain seuil lorsqu’il n’est pas assorti d’une autorisation d’usage thérapeutique. Bref, on avait été très sévère pour Petaccchi, à qui en plus on avait enlevé les 5 victoires d’étapes remportées dans le Giro cette année-là. On l’a été d’autant plus que le TAS avait reconnu que la surdose n’avait pas été prise dans l’intention d’améliorer la performance. On est quand même plus cool en Formule 1, où même si un pilote d’une écurie avoue avoir causé sciemment un accident pour favoriser son coéquipier, on n’enlève même pas la victoire au coéquipier qui a profité de cette ignominie.
Décidément les instances et les médias de toutes sortes n’aiment pas beaucoup le vélo ! Pourquoi au fait ? Parce que c’est un spectacle gratuit, donc qui attire des foules considérables sur les bords des routes? Je ne sais pas, mais le résultat est là : on ne cesse de vilipender le vélo, alors que c’est le sport qui est le plus contrôlé en terme de dopage. C’est d’ailleurs le seul où le résultat n’est jamais véritablement entériné pendant des années, dans la mesure où on peut revenir plusieurs années en arrière sur les contrôles, au fur et à mesure que l’on progresse dans la lutte anti-dopage. Cette année encore, de nouvelles analyses ont été diligentées à partir d’échantillons prélevés l’an passé concernant des coureurs « ciblés », ce qui a fait écrire en juillet au journal l’Equipe que ces nouvelles analyses « promettent probablement quelques mauvaises surprises à venir pour les intéressés ». Manque de chance pour l’Equipe qui a perdu une occasion de ne rien écrire, et heureusement pour le vélo et les coureurs, tous ces tests se sont avérés négatifs !
Et puis même si tout va bien, il y a l’AFLD (Agence Française de lutte contre le dopage) qui est là pour venir à la rescousse des contempteurs du cyclisme. C’est curieux d’ailleurs, cette AFLD on ne l’entend pratiquement que sur le vélo! Il est vrai que j’oublie toujours que le cyclisme est le seul sport où on se dope. Je suis vraiment incorrigible, comme le sont les centaines de milliers de spectateurs qui se pressent sur le bord des routes des épreuves routières de mars à Octobre. Combien étaient-ils sur les pentes du Ventoux lors du dernier Tour de France ? 500.000 nous dit-on, ce qui n’est pas rien. En fait le seul endroit où le cyclisme n’attire pas vraiment énormément de monde, c’est Monaco. Cependant, il y avait quand même 80.000 personnes au départ du Tour 2009, autant que pour le grand prix de F1, mais les commerçants n’étaient pas satisfaits…parce que les spectateurs ont peu dépensé sur place. Evidemment les gens qui dépensent plusieurs centaines d’euros par personne un jour de grand prix, au demeurant de moins en moins nombreux, ne sont pas les mêmes (pour la plupart) que ceux qui assistaient au départ du Tour.
Toutefois, cela ne veut pas dire que le vélo ne brasse pas des sommes considérables, même si elles sont supérieures dans le foot, en NBA ou en Formule1. La principauté de Monaco précisément a investi 6,2 millions d’euros pour accueillir la première étape du Tour de France, ce qui n’est pas rien. Une bonne équipe de Pro-Tour avec un coureur capable de faire un podium sur le Tour nécessite un investissement annuel allant de 12 à 20 millions d’euros, ce qui n’est pas rien non plus. En tout cas, crise ou pas, les nouveaux sponsors fleurissent à nouveau…ce qui montre que le vélo reste très attractif. Il est vrai que le Tour de France ou le Giro sont regardés par des millions de téléspectateurs chaque jour pendant 3 semaines, et dans le cas du Tour sa couverture est universelle, aux 4 coins du monde. Pas étonnant que Quick-Step, Garmin, Caisse d’Epargne et Sky, guettent avec anxiété si Astana va perdre ou non sa licence Pro-Tour auquel cas Contador, vainqueur de 4 grands tours en 3 ans, serait libre de s’engager dans l’une de ces équipes. De nouveaux sponsors qui s’engagent, des spectateurs toujours plus nombreux et enthousiastes sur les routes, un cyclisme qui s’universalise de plus en plus, voilà ce qui réjouit les amateurs de vélo, n’en déplaise aux cassandres qui pariaient sur son déclin.
Michel Escatafal
18:29 Publié dans dopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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