29.09.2009
L'intérêt supérieur du rugby...
Décidément le rugby français marche sur la tête, et je pèse mes mots. On se moque de qui avec l’affaire Bastareaud ? Certes il n’y a pas eu mort d’homme, et j’étais le premier à réclamer des mesures justes vis-à-vis d’un jeune joueur qui avait fait une faute suffisamment grave pour être sanctionnée, mais qui en revanche ne méritait pas une longue suspension comme s’il avait blessé gravement un autre joueur. Et c’est pour cela que je suis très à l’aise pour dire que les responsables de la FFR (Fédération française de rugby) se sont montrés particulièrement nuls quant au jugement de cette affaire, celle-ci ayant eu des résonances au plus haut niveau gouvernemental. Rappelons pour mémoire, que Mathieu Bastareaud a menti sur une prétendue agression dont il aurait été victime au petit matin, pendant la tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande l’été dernier. Ce mensonge avait même provoqué un début de crise diplomatique entre la France et le pays des All Blacks, une tâche dans le décor du rugby français.
Pour revenir à la sanction, je croyais que la FFR allait quand même marquer le coup, car apparemment un incident comme celui-là n’était jamais arrivé à ma connaissance. En plus, personne ne semble être réellement au courant de ce qui s’est passé. Rien que pour cela il fallait que Bastareaud soit sanctionné, ne serait-ce que pour rappeler que quand on a la chance de porter le maillot de l’Equipe de France, on essaie de se comporter dignement si on décide de faire une petite sortie. Certes, comme disent certains dirigeants ou entraîneurs, après tout Bastareaud n’a que 21 ans ! Et alors serais-je tenté de répondre, cela veut-il dire que parce qu’on a une vingtaine d’années on est totalement irresponsable ? Ridicule comme argument, surtout venant de la part des entraîneurs qui, a priori, sont des éducateurs. Quant aux dirigeants, ils ne voient que le handicap que va subir leur club si le joueur est suspendu. En outre il arrive souvent que ce sont des gens qui ont découvert le rugby…à travers leur fonction de dirigeant, ce qui ne les excuse pas pour autant.
Donc pour revenir à Bastareaud, il ne sera même pas suspendu trois mois puisque sa peine a été ramenée à l’exécution d’activités d’intérêt général. Autant dire, rien du tout ! Cela n’a pas empêché la Commission de la FFR de se ridiculiser un peu plus en disant, à propos de la faute qu’elle reproche à Mathieu Bastareaud, qu’elle constitue « une atteinte à l’intérêt supérieur du rugby ». Rien que ça ! Alors comment se fait-il que le joueur s’en tire aussi bien si « l’intérêt supérieur du rugby » a été atteint ? Incompréhensible ! En fait cette sanction de pure forme fait plaisir à la fois aux responsables du Stade Français, à commencer par son président Max Guazzini, et à Marc Lièvremont qui d’ailleurs ne s’en cache pas, puisqu’il a affirmé que la sanction infligée à Mathieu Bastareaud « était bonne » et que le joueur « était sélectionnable ». Simplement on n’ose pas le sélectionner pour les test-matches de novembre, notamment contre…les All Blacks.
Autre chose, toujours à propos du sélectionneur, pourquoi dit-il qu’il y aurait beaucoup à dire sur cette histoire, et la façon dont elle a été traitée dans les médias ? Après tout si les médias en ont parlé c’est bien parce qu’il y a eu quelque chose. On ne va pas reprocher à ces mêmes médias d’avoir rapporté les propos de Mathieu Bastareaud, ce dernier disant qu’il avait été agressé, avant d’affirmer quelques jours plus tard que ce n’était pas vrai. Il ne faut quand même pas inverser les rôles ! Si l’image du rugby a été salie, pour parler comme Lièvremont, ce n’est pas la faute des gens qui ont rapporté des faits qu’on leur a livrés ou qui les ont commentés. En revanche je pense que, quoi qu’en pense le sélectionneur, cette histoire a été mal gérée en termes de communication par le staff du XV de France. Et si Mathieu Bastareaud est affecté par cette affaire, ce que je veux bien croire, c’est la moindre des choses, et c’est même en quelque sorte sa punition puisqu’il n’a pas été puni par les dirigeants de sa fédération.
Un dernier mot enfin, qui figure dans les communiqués délivrés à la presse, et qui ne manque pas de sel : Mathieu Bastareaud ne fera pas appel de la sanction qui est censé le frapper. Et pour cause, comme l’a dit son avocat : « nous avions sollicité que la sanction (3mois de suspension) soit ramenée à des activités d’intérêt général, et ces activités se dérouleront du 1er octobre 2009 au 30 juin 2010. Mathieu Bastareau a considéré que le fait d’aller consacrer de son temps auprès de clubs, et notamment d’équipes de jeunes, était une sanction positive et il l’a acceptée ». Finalement, il ne reste plus à la FFR qu’à remercier Bastareaud. Reconnaissons que si le rugby professionnel en est là, il ne tardera pas à souffrir des mêmes dérives que le foot business ou la Formule1.
Et dire qu’il y a 56 ans (en 1953), un des plus fameux ¾ centres de l’histoire du rugby, Jean Dauger n’a pu jouer en tout et pour tout qu’un seul match du Tournoi des 5 nations…parce qu’il avait commis le crime d’avoir joué à XIII en junior. Thomas Manterola, excellent pilier lourdais de cette époque (6 fois champion de France entre 1952 et 1960), n’aura même pas cette chance parce son amateurisme n’aurait pas été irréprochable…aux yeux des Britanniques. Heureusement que tout cela a évolué, et que la France du rugby n’a plus peur comme autrefois des sanctions de ces mêmes Britanniques. La preuve en a été donnée avec Jean-Pierre Garuet, lui aussi pilier lourdais (des années 1980). Celui-ci, en effet, connut le déshonneur d’être le premier Français expulsé en test-match, contre l’Irlande en 1984, l’arbitre ayant cru distinguer une fourchette du joueur français sur le 3è ligne irlandais O’Driscoll, lequel se refusa à tout commentaire sur l’incident.
Garuet dut même endurer au banquet d’après-match la vindicte du président de la FFR, Albert Ferrasse, qui le traita d’« imbécile», ce qui n’a pas plu au capitaine de l’époque, J.P. Rives, qui prit la défense de son joueur sous les applaudissements de ses équipiers. Après une suspension de 3 mois, effective celle-là, il allait reprendre le cours de sa carrière et ajouter 36 sélections (jusqu’en 1989) aux 4 qu’il comptait déjà. Espérons pour Bastareaud qu’il se fasse la même place que Garuet dans l’histoire du rugby français. S’il y parvient, son affaire ne sera plus qu’une anecdote supplémentaire dans le monde du rugby professionnel, même si elle n’a rien de glorieux.
Michel Escatafal
17:30 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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