28.09.2009

La mondialisation a aussi touché le vélo, et c’est heureux !

evans, kolobnev et rodriguez.jpgIl y a quelques décennies le monde du vélo se conjuguait en français, en italien, en espagnol ou en néerlandais. Je devrais dire le vélo sur route car il en allait un peu différemment sur la piste, où les anglosaxons étaient un peu plus présents, comme l’Anglais Réginald Harris qui fut 4 fois champion du monde de vitesse (en 1949, 1950,1951et 1954), ou encore l’Australien Sydney Patterson, champion du monde de poursuite en 1952 et 1953. Toutefois le cyclisme professionnel était dominé par 4 ou 5 pays d’Europe Occidentale, à savoir la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, plus la Suisse. Il suffit d’ailleurs de consulter les résultats du Tour de France, du Giro, de la Vuelta et des championnats du monde,  pour s’apercevoir que la victoire revenait systématiquement à un des coureurs de ces pays, plus quelques succès individuels de coureurs luxembourgeois  ou allemands. Cela jusque vers la fin de la décennie 60.

Puis cela a commencé à changer d’abord sur la piste, où de plus en plus de coureurs britanniques ou australiens, puis américains, ont commencé à récupérer des titres. Parmi ceux-ci je citerais l'Anglais Hugh Porter, champion du monde de poursuite professionnel en 1968, 1970, 1972 et 1973, mais aussi Doyle, lui aussi poursuiteur et anglais (1980 et 1986), ou encore l’Australien Bishop, champion du monde de poursuite en 1983. Comme nous le voyons, l’extension à d’autres nations traditionnelles s’est faite d’abord sur la piste. Mais la route ne va pas être en reste avec l’arrivée au sommet de coureurs venus d’ailleurs, principalement de Colombie. Au passage je rappellerais que la Colombie retransmet le Tour de France depuis 1983, mais les chaînes colombiennes (RCN et Caracol) avaient de bonnes raisons de le faire, car leurs coureurs étaient devenus des vedettes en Europe.

Je n’en citerais que trois, Lucho Herrera, Fabio Parra et Martin Ramirez. Tous portaient les couleurs de leur sponsor colombien « Cafe de Colombia », et furent des protagonistes influents de la décennie 80. Lucho Herrera d’abord, un des plus remarquables grimpeurs que le cyclisme ait produit, remporta entre autres victoires le Tour d’Espagne en 1987, et deux fois le Dauphine Libéré en 1988 et 1991. Fabio Parra pour sa part n’a pas gagné de grand tour, mais a remporté deux étapes du Tour de France en 1985 et en 1988, année où il monta sur le podium à la 3è place. Enfin Martin Ramirez connut son heure de gloire en 1984, quand il remporta le Dauphiné Libéré devant…Bernard Hinault. L’année suivante il remportait le Tour de l’Avenir. Depuis cette époque les coureurs colombiens ont eu quelques beaux champions, comme par exemple Botero qui fut champion du monde contre-la-montre en 2002 et vainqueur du Tour de Romandie 2005, mais les Colombiens sont moins présents qu’il y a une vingtaine d’années.

Ensuite ce fut l’arrivée des Américains et des Australiens.  Le premier crack américain est bien connu, car il figure parmi les plus grands champions de sa génération, Greg Lemond. Il fut tout d’abord champion du monde sur route en 1983, premier Américain à remporter ce titre depuis la création par l’UCI du championnat du monde professionnel en 1927. Pour l’anecdote il ne fut que le 3è si on comptabilise la victoire de Banker en 1898 et de Taylor en 1896, championnats organisés par l’International Cyclist Association à partir de 1892. Ensuite Greg Lemond remportera 3 Tours de France, un Dauphiné Libéré et un autre championnat du monde. A coup sûr le meilleur coureur avec Fignon de la fin des années 80.  D'autres coureurs américains s’illustrèrent comme Jonathan Boyer, avant Hincapie, Leipheimer et Landis pour ne citer qu’eux. Bien entendu le meilleur de tous fut Lance Armstrong, champion du monde en 1993 à 22 ans, puis 7 fois vainqueur du Tour de France (1999-2006), ce qui constitue le record absolu.

Chez les Australiens, le premier vrai grand routier fut Philip Anderson qui s’est constitué un très beau palmarès avec des victoires à l’Amstel, au Dauphiné Libéré, au Tour de Suisse, à Créteil-Chaville (Paris-Tours) et au Tour de Romandie. Le « Kangourou », comme on l’appelait, allait être le premier coureur d’une belle lignée jusqu’à Cadel Evans qui a remporté hier, enfin, la grande victoire après laquelle il courait depuis si longtemps, le championnat du monde sur route. Il s’est montré pour une fois offensif, qui plus est au bon moment, et a bien mérité son titre pour l’ensemble de son œuvre, après 2 secondes places au Tour de France, une autre au Giro et une 3è au dernier Tour d’Espagne.

Sa seule victoire majeure avait été, jusque là, le Tour de Romandie en 2006. Il d’ailleurs tellement peu l’habitude de gagner, disent les mauvaises langues, qu’il a oublié de lever les bras. Cela étant, comme c’est souvent le cas pour les éternels seconds, il faut dire que la malchance ne l'a jamais épargné, comme l’an passé avec sa chute dans le Tour de France, ou cette année avec sa crevaison au pire moment dans le Tour d’Espagne. En tout cas il est entré dans l’histoire en devenant le premier Australien champion du monde sur route. Coïncidence, l’an prochain les Mondiaux sur route auront lieu en Australie. Gageons que lui comme Rogers, triple champion du monde c.l.m., s’efforceront d’être prêts pour cet évènement majeur dans leur pays, même si nous savons d’ores et déjà que le parcours sera peu sélectif.

Et oui il va falloir s’y habituer. Depuis quelques années le cyclisme sur piste et sur route parle beaucoup l’anglais. Cette langue est même devenue la plus usitée dans le peloton, la mode de l’expression en anglais ayant envahi également le cyclisme. Il est vrai qu’outre les Américains et les Australiens, il y a aussi les Britanniques, comme Wiggins passé de la piste à la route avec bonheur, qui en outre vont s’offrir une équipe bien à eux (Sky) avec de gros moyens semble-t-il. En plus il y a les coureurs de l’Est, autrefois confinés à l’intérieur de leur frontières politiques, et qui depuis la chute du communisme sont devenus eux aussi des acteurs majeurs du vélo, comme ils le furent chez les soi-disant amateurs jusqu’au début des années 1990. Au fait qui a terminé 2è hier du championnat du monde ? Le Russe Kolobnev. On comprend dans ces conditions que les Français aient de plus en plus de mal à se faire une place de choix dans le peloton, en espérant que Sicard soit enfin le crack attendu. En attendant, même s’il m’est arrivé de critiquer l’UCI, reconnaissons que sous son égide le cyclisme est vraiment devenu un sport universel.

Michel Escatafal

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