24.09.2009
Cancellara et l'histoire du maillot arc-en-ciel
Fabian Cancellara vient de remporter son 3è titre de champion du monde contre-la-montre à Mendrisio, ce qui le situe comme le coureur le plus performant, avec l’Australien Rogers, depuis que ce championnat du monde existe, en 1994. Et si l’on fait la comparaison avec le Grand Prix des Nations c.l.m. d'autrefois, qui était considéré comme le véritable championnat du monde, il reste en très bon rang puisqu’il se situe derrière Jacques Anquetil (9 victoires) et Bernard Hinault (5 victoires), à égalité avec Charly Mottet, vainqueur à 3 reprises. Certains vont me dire qu’il ne faut comparer que ce qui est comparable, car les premiers grand prix des Nations (de 1932 à 1956) faisaient 140 km avant de descendre doucement à 90 km dans les années 70, 80 et 90, alors que le championnat du monde c.l.m. se déroule lui sur une distance légèrement inférieure à 50 km.
Cela étant, même s’il y avait 20 ou 30 km de plus le résultat serait le même, car Cancellara est bien le meilleur rouleur de son époque, dans la grande tradition des rouleurs suisses, Koblet, Graf, Gisiger, Rominger ou Zulle, pour ne citer qu’eux, d’autant que l’an passé il a été sacré champion olympique à Pékin. Il est tellement le meilleur qu’un seul coureur l’a battu dans la discipline ces derniers mois, à savoir Alberto Contador dans l’étape d’Annecy du Tour de France sur 40 km. Et encore le crack espagnol, au demeurant excellent rouleur et champion d’Espagne de la spécialité, avait bénéficié si j’ose dire d’une côte au milieu du parcours dont il avait tiré un maximum de bénéfice, pour l’emporter finalement de 3 secondes.
Dans le cyclisme les courses contre le chronomètre ont le mérite d’être celles où il y a le moins de surprise…parce que fatalement c’est le meilleur spécialiste qui l’emporte. D’ailleurs si l’on regarde simplement le dernier Tour de France on s’aperçoit que Cancellara avait gagné la première étape de 15 km devant Contador. La vérité du début du Tour était quasiment la même que celle de la fin. Et gageons que si Contador s’était présenté (en forme) au départ de l’épreuve d’aujourd’hui, il est très vraisemblable qu’il aurait eu la médaille d’argent, le parcours de Mendrisio étant plus plat que celui d’Annecy.
Bravo donc à Cancellara qui est en train de se confectionner un magnifique palmarès, avec en plus de ses 3 titres mondiaux et son titre olympique contre-la-montre, Paris-Roubaix, Milan-San Remo, le Tour de Suisse et Tirreno-Adriatico. Tout cela alors qu’il n’a que 28 ans, ce qui signifie que son palmarès va encore s’étoffer dans les années à venir, et pourquoi pas dès dimanche prochain sur la course en ligne. Ce serait d’ailleurs une première que ce doublé c.l.m.-route aux championnats du monde, ce qui lui vaudrait de rentrer dans l’histoire. Certes la question se pose de savoir si le circuit de Mendrisio ne sera pas trop dur pour Cancellara, avec son raidillon à 10%, mais il ne faut pas oublier qu’il est en super forme et qu’il passe de mieux en mieux la montagne.
Il a quand même gagné le Tour de Suisse, même si la concurrence n’était pas extraordinaire, et surtout on l’a vu dans le Tour de France, l’an passé comme cette année, emmener le peloton à des allures vertigineuses y compris quand la route commençait à s’élever. En fait tout dépendra de la façon dont se déroulera l’épreuve, notamment à partir de quel moment elle sera réellement durcie. Cependant il est clair que la « giclette » de Cunego pourrait faire merveille lors du dernier tour dans le raidillon, auquel cas il sera très difficile à Cancellara de suivre. Malgré tout beaucoup le placent au moins comme un bon outsider pour enfiler le beau maillot arc-en-ciel.
C’est vrai que ce maillot en impose au point que je n’ai jamais voulu en porter un à l’entraînement, comme le faisait certains de mes copains, coureurs du dimanche. Pour moi c’était comme une décoration que seul le vainqueur du championnat du monde avait le droit de porter. Je devrais d’ailleurs dire les vainqueurs car il y a les routiers et les pistards, mais aussi le cyclocross et à présent le VTT et le BMX. Tous ont droit à ce magnifique maillot distinctif qui est celui qui fait le plus rêver, après toutefois le maillot jaune de vainqueur du Tour de France. Pour les Italiens il y a aussi à un degré moindre le maillot rose du Giro, mais l’avantage du maillot arc-en-ciel c’est qu’on le porte toute l’année.
Parfois il arrive que le vainqueur du Tour s’empare aussi la même année du maillot arc-en-ciel. C’est rare dans l’histoire du cyclisme, même très rare, et c’est pour cela que je vais citer le nom des 5 coureurs qui ont accompli cet exploit : Georges Speicher en 1933, Louison Bobet en 1954, Eddy Merckx en 1971 et 1974, Stephen Roche en 1987 et Greg Lemond en 1989. Il arrive aussi parfois que le titre de champion du monde sur route échoit à un inconnu, dont c’est le seul titre de gloire, mais sur un circuit comme celui de Mendrisio ce serait étonnant.
Là aussi je vais en citer quelques uns parce que ce sont des gens qui ont quand même eu beaucoup de chance : Heinz Muller n’a gagné qu’une course, le championnat du monde en 1952, Ottenbros champion du monde en en 1969 qui, en plus de son titre, n’a remporté que deux fois la Flèche des polders en 1968 et 1969, Rudy Dhanenens, champion du monde en 1990 qui a gagné en 1986 la course Mandel-Lys-Escault et la même année une étape du Tour de France. En revanche Koblet, Anquetil, Ocana, Fignon ou Kelly n’ont jamais porté de maillot arc-en-ciel. Il est vrai que jusqu’en 1994, le championnat du monde c.l.m. n’existait pas. Dommage, ils ont gagné le grand prix des Nations.
Michel Escatafal
21:29 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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