08.09.2009
Il fallait y penser avant...
Comme je le répète dans chacun de mes billets sur le football, je ne suis pas assez compétent pour dire comment doit jouer l’Equipe de France, pour qu’elle puisse avoir le rôle que l’on est en droit d’attendre d’une équipe qui compte dans ses rangs deux joueurs titulaires au F.C. Barcelone, deux autres au Real Madrid, plus un à Manchester United, plus deux à Arsenal et à Chelsea, un au Bayern de Munich, plus quatre des tous meilleurs joueurs de notre Ligue 1 jouant chez les deux derniers champions de France (Lyon et Bordeaux). Voilà l’armada sur laquelle peut compter Raymond Domenech, sans parler de ceux qui ne sont pas sélectionnés sans que l’on en connaisse les raisons. Je crois même pouvoir affirmer que jamais dans l’histoire de notre football, un sélectionneur n’a possédé autant de joyaux en même temps pour pouvoir former son équipe de France. Et pourtant jamais depuis bien longtemps (fin des années 1960 et début des années 70), nous n’avons ressenti un tel sentiment d’impuissance de la part de notre sélection nationale. Nul besoin d’être un technicien pour s’en rendre compte.
Je ne sais pas ce qu’a dit Thierry Henry, le capitaine emblématique de cette équipe, au cours du rassemblement précédant le match contre la Roumanie puisque, apparemment, ce qui a été rapporté par le journal Le Parisien aurait été exagéré, mais le moins que l’on puisse dire est que la sérénité ne règne pas dans cette équipe. Les joueurs, si brillants dans leur club, du moins pour certains d’entre eux, n’arrivent manifestement pas à s’exprimer en équipe de France, ce qui est quand même curieux. En effet, j’ai toujours entendu dire que « quand il y avait du talent on finissait toujours par se trouver sur le terrain ». Or du talent il y en a à revendre, où alors c’est que des gens comme Guardiola, Pellegrini, Ferguson, Wenger ou Laurent Blanc n’y connaissent rien. Ce n’est évidemment pas le cas, les uns et les autres étant bardés de titres comme joueur et ou entraîneur.
En outre ceux qui s’expriment dans les médias ces derniers jours, comme ils l’ont fait déjà la saison dernière, ne sont pas des sélectionneurs de cafés du commerce. Ils s’appellent, pour ne citer que les derniers que j’ai entendus ou qui se sont exprimés dans les médias, Yannick Stopyra qui était l’avant-centre de l’Equipe de France qui a fini 3è en 1986 au Mexique, mais aussi Dugarry et Petit, l’un et l’autre champions du monde et d’Europe en 1998 et 2000, sans parler de gens comme Larqué qui fut, rappelons-le, le capitaine de l’AS Saint-Etienne finaliste de la C1 en 1976. Ces gens-là savent de quoi ils parlent, et apparemment ils font tous le même constat : d’une part l’Equipe de France joue contre-nature alors que notre football est basé sur la création, et d’autre part « on aligne des individualités et on les laisse se débrouiller » pour parler comme Christophe Dugarry. En plus il n’y a pas de complémentarité entre les joueurs. Voilà le résumé des opinions de ceux qui, à des titres divers, ont porté haut nos couleurs.
Si j’avais été Domenech, je crois que je me serais retiré à la fin de la Coupe du Monde 2006, comme l’avait fait Aimé Jacquet après la Coupe du Monde 1998. En disant cela je ne fais que reprendre ce que tous les connaisseurs disent, à savoir que n’importe quel autre sélectionneur aurait fait au moins aussi bien que Domenech en 2006, avec Zidane à la baguette entouré de quelques « grognards » comme Barthez, Thuram, Vieira, Makele ou Henry, plus quelques joueurs de grande classe comme Sagnol, Gallas, Abidal, Malouda et Ribéry. Rien que les six premiers noms représentent à eux seuls plus de 600 sélections. Il y avait quand même une grosse dose d’expérience dans cette équipe…qui avait souffert mille morts pour se qualifier en éliminatoires, et pour sortir d’une poule comprenant la Suisse, le Togo et la Corée avec qui nous avions fait match nul.
En tout cas, dans l’histoire de notre football, Raymond Domenech restera à des années-lumière de Michel Hidalgo ou d’Aimé Jacquet, voire même d’Henri Michel ou Roger Lemerre, qui avaient eu l’un et l’autre l’intelligence de ne pas bousculer ce qui avait été mis en place par leurs prédécesseurs (après 1984 et après 1998). Cela leur avait permis d’accrocher une demi-finale de Coupe du Monde (1986) pour Michel et le titre de champion d’Europe (2000) pour Lemerre. A propos d’Henri Michel j’ajoute que, contrairement à Domenech qui n’a jamais rien gagné, il avait auparavant remporté la médaille d’or aux J.O. de 1984 avec l’Equipe de France olympique.
Alors que va-t-il se passer maintenant ? Je n’en sais rien mais je me demande si comme beaucoup le suggèrent, en cas de défaite ou de match nul en Serbie, il ne faudrait pas carrément mettre quelqu’un d’autre à la place de Domenech, ne serait-ce que pour préparer les barrages dans les meilleures conditions. En outre le nouveau sélectionneur aurait deux matches pour mettre en place ce qui peut l’être. Je ne me permettrais pas de citer de nom, mais il doit bien y avoir dans notre pays des gens qui ont fait leurs preuves, donc susceptibles de remplacer avantageusement Domenech.
Et puisqu’on est en plein dans les éliminatoires de la prochaine Coupe du Monde, il y a un autre sélectionneur qui pourrait être sérieusement sur la sellette, Maradona, même si a priori sa place n’est pas vraiment menacée, du moins tant que son équipe se situe encore dans les pays en passe de se qualifier. Cela dit, quand on a des Messi, Agüero, Tevez , Lisandro, Zanetti, Maxi Rodriguez, Mascherano ou Heinze, cela fait désordre de voir que le Paraguay est presque qualifié et pas l’Argentine. Cependant chacun sait qu’un grand joueur, fut-il parmi les meilleurs de l’histoire, ne fait pas nécessairement un bon sélectionneur ou un grand entraîneur. Les exemples sont nombreux pour le confirmer.
Un dernier mot enfin qui ne nous consolera pas pour autant des déboires de l’Equipe de France, pour rappeler que parfois les meilleurs entraîneurs n’arrivent pas à tirer partie d’une équipe nationale composée avec des grands noms. Je n’en citerais qu’un, le Français Helenio Herrera, qui fut entre autres 4 fois champion d’Espagne avec l’Atlético de Madrid et le FC Barcelone, mais aussi 3 fois champion d’Italie avec l’Inter de Milan, équipe avec laquelle il a remporté 2 fois la C1 et la Coupe intercontinentale en 1964 et 1965, bref un énorme palmarès. Cela dit comme sélectionneur de l’Equipe d’Espagne, de 1959 à 1962, il n’a eu que des résultats médiocres pour lui, surtout si l’on sait que dans cette équipe il y avait des joueurs comme Ramallets le gardien, Santamaria le défenseur, Verges et Segarra les demis, et des attaquants qui avaient pour nom Di Stefano, Kubala, Puskas, Suarez et Gento. Une véritable dream team sur le papier, incapable de passer le 1er tour de la Coupe du Monde au Chili en 1962. Comme quoi…Alors comment en vouloir à Domenech qui n’a pas la moindre ligne sur son palmarès d’entraîneur ! Si l’on doit en vouloir à quelqu’un c’est plutôt au président de la Fédération française de football de l’époque (2004), C. Simonet, car parmi les candidats il y avait aussi Jean Tigana et Laurent Blanc.
Michel Escatafal
22:13 Publié dans football | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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