06.09.2009

Brahim Asloum jette l'éponge : l'indigence du sport français !

B. Asloum.jpgAprès avoir fait une bonne marche autour de Saint-Claude (dans le Jura), je suis rentré chez moi de fort bonne humeur, d’autant que j’allais ensuite pouvoir regarder sur TVE (chaîne espagnole)  la fin de la première étape de montagne de la Vuelta. A la fin de l'étape j'étais d’autant plus content que j’ai assisté à la victoire d’un coureur que j’apprécie beaucoup, Damiano Cunego, vainqueur à 22 ans d’un Giro, mais qui a eu quelque mal à confirmer par la suite même si son palmarès comporte aussi 2 victoires dans le Tour de Lombardie ou encore l’Amstel.  Donc tout allait bien jusqu’à ce que je tombe par hasard sur l’émission Stade 2, avec la présence de Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux Sports, et de Brahim Asloum.

Bien entendu j’ai écouté attentivement ce qu’a dit Brahim Asloum, et surtout deviné ce qu’il aurait aimé dire si on l’avait laissé parler, parce qu’évidemment il n’a pas pu s’exprimer autant qu’il l’aurait voulu, et surtout autant que nous aurions aimé qu’il le fît. Et tout cela m’a mis dans une telle colère que je me suis cru obligé de le transcrire aussitôt, en espérant que nous serons nombreux à faire de même. Pour ce qui me concerne cette colère je l’ai déjà exprimée il y a peu sur ce site, à propos de Mahyar Monshipour (billet du 6-07), lequel en est arrivé à dépenser ses deniers personnels pour pouvoir disputer un championnat mondial…et essayer d’aider autant que faire se peut deux jeunes boxeurs qui ont été médaillés olympiques il y a un an à Pékin, Daouda Sow et Khedafi  Djelkir. Or ces deux jeunes boxeurs pour continuer à exercer leur métier sont obligés de s’expatrier…au Panama avec un promoteur haïtien, à la condition toutefois que la commission de boxe de Panama donne son accord. Voilà où en est la boxe dans notre pays.

Le plus triste est que cette situation soit connue de tous, sans que personne ne réagisse autrement qu’en bonnes paroles, comme l’a fait Rama Yade cet après-midi au cours de l’émission Stade 2, en expliquant qu’il n’était pas possible qu’on laisse tomber un boxeur comme Brahim Asloum. En ajoutant aussi, très justement, qu’autrefois la boxe permettait à des jeunes issus de milieux défavorisés de très bien gagner leur vie « en recevant des coups sur la figure ». Je pense que Rama Yade était sincère en disant cela, mais elle l’était parce qu’elle a laissé parler son cœur. En revanche quand je l’entends dire qu’il faut que tout le monde s’y mette pour aider Brahim Asloum, toujours détenteur du titre mondial WBA des mi-mouches, là j’ai envie d’exploser car si le pouvoir politique voulait autant aider la boxe qu’il s’en moque, je suis persuadé qu’Asloum trouverait une chaîne publique ou privée pour ses combats. Je le suis d’autant plus que chez nos voisins allemands ou italiens, pour ne citer qu’eux, on voit de la boxe quasiment toutes les fins de semaines. Et je ne parle pas des Britanniques qui ne cessent d’organiser des grands combats.

Comme l’a suggéré Brahim Asloum au cours de Stade 2, je dis bien suggéré car le présentateur était pressé de passer à autre chose (le zapping !), il est aujourd’hui impossible en France de trouver un diffuseur pour retransmettre les combats de nos meilleurs boxeurs. En d’autres termes, il n’est plus possible d’organiser un évènement de boxe chez nous. Il n’est même pas possible de le faire comme dans d’autres pays, où parfois ce sont les boxeurs eux-mêmes qui sont les organisateurs, car il manquera toujours la manne télévisuelle, sauf à faire comme Monshipour, c’est-à-dire en mettant de l’argent de sa poche. Partout ailleurs les boxeurs sont payés pour boxer, sauf chez nous où il faut qu’ils paient. Et pourtant comme a réussi à le dire Brahim Asloum dans le peu de temps qui lui était imparti, et en étant coupé sans arrêt par le présentateur, la France est pourtant une nation qui depuis quelques olympiades se situe à une bonne place sur le plan international. Mais de cela le microcosme politique et sportif ne se soucie guère.

C’est sans doute qu’on considère qu’il est plus gratifiant de se faire voir dans les tribunes d’un match de football comme hier soir, mais le football n’est quand même pas le seul sport qui puisse mériter considération. Il y a 30, 40 ou 50 ans, on se battait pour aller voir les grandes soirées de boxe, et il était de bon ton d’y aller se faire voir même si l’on n' y connaissait rien. Mais il y avait une exposition médiatique qui n’existe plus, et c’est bien dommage. Je me souviens encore de l’époque (il y a presque 20 ans) où le service public retransmettait le championnat du monde de Christophe Tiozzo, plus quelques championnats d’Europe, comme on le fait je le répète chez nos voisins européens. Pourquoi ne le fait-on plus chez nous, ce qui amènerait nombre de jeunes dans les salles ?  

Par ailleurs qu’on ne vienne pas me dire que ça coûte cher, car il suffit de voir les sommes que mettent les chaînes de télévision pour le football, ou le tennis pour Roland-Garros et la Coupe Davis…si la France joue un rôle. Idem pour le Tour de France ou Paris-Roubaix, mais on ignore superbement la plupart des autres grandes courses du calendrier. Et on s’étonnera après d’avoir 6 coureurs au championnat du monde sur route quand les autres grandes nations en ont  3 de plus. Et tout le reste à l’avenant, que ce soit l’athlétisme, la natation, qui n’existent que par les championnats continentaux ou mondiaux. Et ne parlons pas de l’escrime ou du judo qu’on ne voit presque plus, ce qui se traduit immédiatement par des résultats en baisse, alors que nous étions parmi les nations les plus fortes dans ces sports.

Notre pays n’a pas d’infrastructures dignes de ce nom, notre pays manque de moyens pour ses éducateurs, pour ses élites, pour tout. Le sport français c’est une sorte de miracle permanent, mais chacun sait que les miracles sont d’abord et avant tout des phénomènes extraordinaires. Tous nos grands succès, dans quelque sport que ce soit, sont toujours le fruit d’une conjonction d’éléments favorables à une certaine époque, par exemple une génération exceptionnelle, ce qui amène fatalement des lendemains qui déchantent quand les circonstances ne sont plus aussi favorables. Et cela m’oblige à dire que  j’en veux quand même un peu à Brahim Asloum de n’avoir pas parlé de tous ces problèmes avec Nicolas Sarkozy, dans la mesure où il était parmi les invités du président de la République dans l’avion qui l’amenait  à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin l’an passé. Cela étant peut-être qu’il l’a fait, mais chacun sait que ce qui comptait pour N. Sarkozy c’était d’être vu avec Asloum, Hinault, Mimoun etc. Pauvre sport français !

Michel Escatafal

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