05.09.2009

Le R.C. Toulon a déjà gagné avec Wilkinson !

jonny-wilkinson.jpgPersonnellement comme je l’avais écrit ici même sur ce site j’ai toujours pensé que Jonny Wilkinson n’était pas un joueur fini, et qu’il pouvait même revenir à son meilleur niveau. Bien entendu je ne connaissais pas l’étendue de ses blessures, mais les sportifs de haut niveau n’étant  pas comme le commun des mortels, il y avait de fortes chances pour que Wilkinson redevienne ce remarquable demi d’ouverture qu’il a été notamment lors des coupes du monde 2003 et 2007. Et puisque ce blog s’intitule l’histoire du sport, je citerais deux grands joueurs de l’Equipe de France des années 50 qui, après de graves blessures, sont revenus au premier plan alors qu’on les croyait perdus pour le sport, du moins au plus haut niveau. Il s’agit de Roger Martine et Michel Vannier. Je pourrais évidemment en citer beaucoup d’autres, mais leur histoire est édifiante et me fait penser à celle de Wilkinson.

Roger Martine d’abord, qui fut ma première idole rugbystique au moment où j’ai commencé à tenir dans les mains ce merveilleux ballon ovale, qui a certes des rebonds capricieux, mais qui procure un plaisir à nul autre pareil si nous arrivons  à le maîtriser au pied ou à la main. Je rappelle une fois encore que Roger Martine fut certainement  le plus talentueux des attaquants que notre rugby ait connu dans les années 50. Il était considéré de la même manière chez les Britanniques et autres Sud-Africains, et ces derniers (les plus anciens évidemment) se rappellent que c’est lui qui a réussi le drop de la victoire française contre les Sud’Afs chez eux, lors de la mémorable tournée de 1958. Ils se souviennent aussi que ce fut lui le vrai patron de l’attaque française à la mode lourdaise au cours de cette tournée. Et pourtant il a bien failli ne jamais rejouer au rugby, du moins au plus haut niveau, après une terrible blessure à l’épaule à Dublin contre les Irlandais. D’ailleurs il fallut attendre 3 longues années pour le revoir en Equipe de France…parce que la patrie était en danger.

C’était en 1958, et cette année-là fut pour lui l’année de tous les bonheurs avec un titre de champion de France, un de plus avec le F.C. Lourdais, avec une victoire à Cardiff contre le Pays de Galles, ce qui n’était jamais arrivé à l’Equipe de France, avec enfin la première victoire d’une équipe nationale sur le sol sud-africain depuis 1896. Cette victoire remportée sur les Springboks  bouclait la boucle si j’ose dire, puisqu’elle permettait à Roger Martine de pouvoir s’enorgueillir d’avoir battu toutes les grandes nations du rugby, à savoir la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Afrique du Sud, plus les autres participants au Tournoi des 5 nations, sans oublier une nation qui est devenue majeure dans le rugby d’aujourd’hui, l’Argentine, battue à Buenos-Aires en septembre 1954 par l’Equipe de France (30 à 3). A l’époque nous savions battre les Pumas. Comme quoi même avec une épaule disloquée on peut réaliser de grandes choses !

Et puisque je parle de cette victoire de l’Equipe de France en Argentine, je voudrais rappeler que l’arrière du XV de France s’appelait Michel Vannier, qui jouait au R.C.F. C’était la 4è de ses 44 sélections, et ce jour-là Michel Vannier réussit une pénalité, deux drops et trois transformations (15 points). Il faut savoir en effet que cet arrière  gaucher, à la fois adroit et très rapide (sélectionné en Equipe de France militaire d’athlétisme sur 100 et 200m), était aussi un excellent buteur. Son histoire est d’ailleurs assez intimement liée à celle de Roger Martine. Il ne jouait pas au F.C. Lourdes, mais avec Danos, le demi de mêlée de l'A.S. Béziers, il fit partie de cette fameuse Equipe de France commandée par Lucien Mias  mais à moitié lourdaise, avec toute la ligne de trois-quarts composée de Rancoule, Martine, M. Prat, Tarricq, plus l’ouvreur Antoine Labazuy, et les deux immenses 3è lignes qu’étaient Jean Barthe et Henri Domec. Cette « dream team » permit au rugby français de sortir de la spirale de l’échec après deux défaites humiliantes pour ses deux premiers matches du Tournoi 1958, contre l’Ecosse et l’Angleterre, et surtout le propulsa vers les sommets pour plusieurs années.

Bien entendu celui que l’on appellera plus tard « Brin d’Osier » embarqua avec l’Equipe de France pour sa tournée d’été en Afrique du Sud. Hélas pour lui il fut victime à Springs, au cours d’un match contre une sélection appelée Eastern Transvaal, Natal and Transvaal, d’une blessure que les rugbymen connaissent bien de nos jours, à savoir un arrachement des ligaments croisés du genou. A l’époque c’était une blessure encore plus grave qu’aujourd’hui, car depuis 50 ans la médecine et la chirurgie ont fait des progrès. En tout cas en voyant cette jambe gauche désarticulée, nombreux furent ceux qui pensaient qu’on ne reverrait plus jamais Michel Vannier en Equipe de France, ni même avec son club le Racing. Et bien ils avaient tort, car il revint spectaculairement au premier plan  au point de rejouer en Equipe de France dès janvier 1960, ce qui tombait bien car son remplaçant en Afrique du Sud et dans le tournoi 1959, le surdoué lourdais Pierre Lacaze, était passé à XIII. A ce moment-là ce n’était pas comme aujourd’hui, on passait à XIII pour gagner de l’argent puisque les treizistes étaient des professionnels, alors que les quinzistes étaient officiellement amateurs. Vannier poursuivra sa carrière internationale jusqu’à la fin de la tournée en Nlle Zélande et Australie en août 1961.

Pour revenir à Jonny Wilkinson, son apport est déjà décisif dans sa nouvelle équipe, le RC Toulon. Outre qu’il a déjà inscrit une cinquantaine de points au pied, malgré ses échecs au cours du dernier match, il a su se montrer un remarquable maître à jouer, mais aussi il a un effet d’entraînement considérable vis-à-vis de ses coéquipiers, à l’image de Carter l’hiver dernier à l’USAP. Il a même réussi l’exploit de redonner confiance à son remplaçant, Fauqué, qui en quelques mois est passé du rang de buteur médiocre à celui de sauveur de son équipe contre Clermont (3 coups de pied réussis, dont 2 de 50 m, en moins d'une demi-heure). Rien que pour cela Toulon peut se réjouir d’avoir recruté Jonny  Wilkinson. Et ce n’est pas fini, ce qui va donner bien du souci aux équipes qui vont rencontrer le RC Toulon…mais aussi malheureusement à l’Equipe de France, à qui Wilkinson va encore faire bien des misères. Comme il exerce son talent chez nous, nous lui pardonnons bien volontiers. En tout cas, pour ma part, je suis très heureux de son retour.

Michel Escatafal

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