01.09.2009

L'US Open, un des quatre grands tournois...

borg.jpgconnors.jpgJusqu’à dimanche en huit nous allons vivre deux semaines excitantes, du moins pour ceux qui aiment le tennis, avec l’US Open ou, pour parler comme les anciens, les championnats internationaux des Etats-Unis. C’est la quatrième levée du grand chelem après, respectivement, l’Australie (Melbourne), la France (Roland-Garros) et la Grande-Bretagne (Wimbledon). C’est aussi parmi les grands tournois celui qui a la particularité de s’être déroulé sur gazon jusqu’en 1974, puis sur la terre battue américaine jusqu’en 1977 et depuis sur ciment. Au passage, je rajouterais pour mon petit neveu Quentin (bientôt 15 quelque chose), qu’un seul joueur a gagné ce tournoi sur les trois surfaces, Jimmy Connors, que j’aurai l’occasion d’évoquer plus loin.

Ce tournoi est chargé d’histoire comme peut-être aucun autre parmi « les majeurs ». Il fut surtout dans le passé le fossoyeur de beaucoup d’espoirs, y compris pour les plus grands joueurs. Je n’en citerais que deux : Lewis Hoad et Bjorn Borg, deux des plus grands joueurs de tous les temps. Lewis Hoad parce qu’à 21 ans, en 1956, pour sa deuxième année de vraie carrière amateur, il échoua contre toute attente dans sa conquête du grand chelem en étant battu par son copain du même âge et australien comme lui, Ken Rosewall, qu’il avait dominé en Australie et à Wimbledon. Cette défaite inattendue fut d’autant plus cruelle pour lui, qu’elle l’obligea à attendre presque un an de plus pour passer dans les rangs professionnels avec la troupe de Jack Kramer, alors que Rosewall signa immédiatement après sa victoire à Forest-Hills.

Mais le plus malheureux de tous les grands joueurs à l’US Open fut sans conteste le Suédois Bjorn Borg. Ce dernier en effet a dominé le tennis de la fin des années 70, même si sa domination fut contestée par l'Américain Jimmy Connors, notamment à l’US Open. Malgré tout Borg est quand même le joueur qui a gagné 6 fois à Roland-Garros entre 1974 et 1981, et 5 fois Wimbledon consécutivement entre 1976 et 1980. En revanche il n’a jamais gagné l’Open des Etats-Unis ce qui, on en conviendra, est presque une incongruité. Et pourtant chaque année à partir de 1976 il en était le favori, mais chaque fois il a été victime d’une forme de malédiction ajoutée, pour être juste, au grand talent de certains de ses adversaires.

Déjà en 1975 il avait été balayé par Connors en demi-finale à Forest-Hills sur terre battue. Ensuite en 1976, il sera de nouveau battu par le même adversaire, Connors, cette fois en finale. En 1977 il est arrivé blessé à l’épaule, et doit quitter le tournoi après avoir passé les trois premiers tours. Un an plus tard, en 1978, il tombe de nouveau sur Connors en finale, après avoir battu ce dernier très facilement à Wimbledon. Problème, Connors pratiqua en finale de Flushing Meadow le meilleur tennis de sa vie et le pulvérisa en 3 sets. Et pour couronner le tout, sans que Borg ne s’en plaigne réellement, il était handicapé par une blessure aux doigts. En 1979, contre tous les pronostics, il est battu en ¼ de finale par Roscoe Tanner, un grand serveur, qu’il avait dominé en finale à Wimbledon deux mois plus tôt. En 1980 il perd en finale contre Mac Enroe qui prenait sa revanche (en 5 sets) après avoir été battu en finale à Wimbledon. Enfin, en 1981, il sera de nouveau vaincu par Mac Enroe en finale, cette fois en 4 sets. Ce sera le chant du cygne d’un joueur à qui il n’aura manqué qu'une victoire à Flushing pour se situer au niveau d’un Laver…ou d’un Federer. D'ailleurs s'il avait gagné l'US Open, il aurait sans doute fait le grand chelem car il serait allé disputer les championnats d'Australie qui, à l'époque, étaient désertés par les meilleurs.

Federer, parlons-en pour essayer de voir ce qui lui reste à gagner pour boucler complètement la boucle qu’il est en train de dessiner pour l’éternité. Déjà son prochain objectif sera de réussir enfin le grand-chelem, et donc rejoindre Donald Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969). L’exploit est possible dans la mesure où il a réalisé trois fois le petit chelem (3 victoires sur 4), et surtout parce qu’il a enfin gagné Roland-Garros cette année. A ce propos, s’il gagne à Flushing Meadow il pourra déjà réaliser le grand chelem à cheval sur deux années en gagnant en Australie. Ce n’est pas encore fait, mais il semble de nouveau sur une pente ascendante…et Nadal ne semble plus faire aussi peur. Prudence quand même, mais Federer peut encore faire le grand chelem.

Le deuxième objectif à réaliser est le plus grand nombre de semaines en étant numéro un mondial depuis que ce classement existe (1969). Pour l’instant il est devancé par Sampras (286 semaines), Lendl (270 semaines) que l’on oublie souvent alors qu’il fut un immense joueur (8 titres du grand chelem), avec des concurrents qui s’appelaient Borg, Connors, Mac Enroe pour ne citer que les plus grands, et Jimmy Connors (268 semaines). C’est sans doute l’objectif qui sera pour lui le plus facile à réaliser, d'autant qu'il en est presque à 250, surtout s’il gagne de nouveau l’US Open cette année.

Le troisième c’est d’être champion olympique. Certes on va me dire que cela n’a rien à voir avec une victoire en tournoi du grand chelem, mais ce tournoi olympique est à présent devenu incontournable. Il a raté l’occasion en 2004 à Athènes où, peu motivé, il fut battu très tôt par Berdych, et en 2008, parce qu’il n’était plus tout à fait Federer à cause de sa mononucléose qui a laissé des traces infiniment plus longtemps qu’on ne l’imaginait. Il reste Londres en 2012. Si ça se trouve il se retirera sur une médaille d’or en simple, en rappelant qu’il a déjà gagné le double avec Wawrinka l'an passé à Pékin. Et cela me permet de dire que s’il veut réellement s’investir dans cette épreuve,  il peut avoir pour objectif de gagner la Coupe Davis.

 Que faut-il pour gagner la Coupe Davis ? Au minimum un grand joueur de simple et une excellente équipe de double. La Suisse a tout cela et même mieux : Federer est numéro un mondial, son équipe de double est championne olympique, et Wawrinka figure dans les 15 ou 20 meilleurs joueurs du monde. Après tout quand Borg a gagné la Coupe Davis en 1975 l’équipe de Suède n’était pas aussi forte. Qui se rappelle en effet du nom du deuxième joueur suédois cette année-là ? Personne puisque c’était Birger Anderson qui, toutefois, va permettre plusieurs fois à la Suède de remporter le 3è point avant d'arriver en finale. Que je sache le Federer d’aujourd’hui n’est pas inférieur au Borg de l’époque, et Wawrinka est meilleur que Birger Anderson. Alors bientôt la Suisse remportant le Saladier d’argent ? Pourquoi pas.

La France a bien gagné la Coupe Davis 3 fois depuis 1991, sans avoir dans ses rangs le numéro un mondial, même si en 1991 nous avions en finale une super équipe avec Leconte qui valait bien dans ses grands jours un numéro un, et Forget qui était numéro 4, les deux formant en outre la seule équipe de double invaincue dans l’histoire de la Coupe Davis (11 victoires). Ah la France, heureusement qu’elle a eu la Coupe Davis et aussi Amélie Mauresmo et Marie Pierce, sinon nous serions au niveau ou presque des Italiens ou des Britanniques. Cela dit ces derniers ont Murray qui occupe, à ce jour, une place (2è) qu’aucun Français (homme) n’a réussi à occuper.

Michel Escatafal

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