24.08.2009

Un voyage à la Jamaïque pour régler nos problèmes...

Pour ceux qui aiment l’athlétisme en France et qui de surcroît sont chauvins, c’est un véritable calvaire qu’ils ont dû endurer tout au long des championnats du monde d’athlétisme. En effet les Français, comme je l’avais craint dans un précédent billet, n’ont pas brillé, ou plutôt se sont situés au niveau attendu. Certes nous savons bien que nous n’avons pas la densité en termes  d’élite de certains pays, mais ce qui est terrible c’est ce sentiment d’impuissance qu’on ressent chez nos athlètes.  On a toujours l’impression que s’il y a quelque chose d’anormal qui arrive c’est sur les Français que ça tombe. Cela peut-être un faux départ, ou un mauvais couloir, ou des crampes, ou une contracture, bref il y a toujours quelque chose qui empêche nos athlètes d’aller au bout de leurs intentions.

Nous sommes en athlétisme à peu près dans la même situation que dans le cyclisme sur route. Tous les autres ont de médailles ou gagnent, et les Français n’y arrivent pas.  En fait il faut qu’ils soient chez eux pour tirer leur épingle du jeu, ce qui explique nos 9 médailles aux championnats du monde au Stade de France en 2003, et les quelques victoires d’étapes que les routiers français remportent sur le Tour de France. En dehors de nos frontières on dirait que nos athlètes ou nos coureurs ne sont plus les mêmes compétiteurs.  En tout cas, à Berlin la semaine dernière, si les organisateurs avaient oublié de préparer le CD de la Marseillaise cela n’aurait pas été trop grave, car la France n’a pas décroché le moindre titre.

Alors devons-nous désespérer de retrouver un jour une équipe de France d’athlétisme capable de nous valoir plusieurs médailles d’or dans des compétitions planétaires ? Peut-être pas, mais chaque fois que la France a connu la réussite dans ces compétitions, c’est presque toujours par hasard. De temps en temps nous sortons un champion et ou une championne exceptionnels, le plus souvent d’ailleurs grâce au flair et à l’opiniâtreté d’un entraîneur qui ne l’est pas moins. C’est du bricolage, certes de génie, mais c’est quand même du bricolage, et les bons résultats tiennent du miracle. Et comme il n’y a pas réellement de relève derrière ces athlètes, si par malheur il y en a un qui déçoit ou qui est blessé c’est naturellement la catastrophe, alors que la Russie par exemple a très bien supporté le zéro à la perche d’Elena Isinbayeva, tout comme Cuba la blessure de Robles.

Le phénomène est valable aussi pour d’autres pays européens, même si la densité chez eux est souvent plus importante que chez nous. Cependant avec 9 médailles dont 2 en or, l’Allemagne chez elle n’a pas fait mieux que la France en 2003. En revanche la Pologne, avec  ses 2 titres et 8 médailles en tout, retrouve peu à peu son rang tout en restant très loin de sa belle époque (avant les années 90), comme d’ailleurs la Russie malgré ses 13 médailles dont 4 en or. Cela dit même si les autres, à part la Jamaïque avec ses 7 titres et le Kenya avec 4 médailles d’or, ne sont pas aussi brillants qu’ils pouvaient l’espérer, cela ne nous console pas du fiasco qui a été le nôtre.

Et pourtant cela n’empêche pas le nouveau DTN, Ghani Yalouz, d’affirmer presque avec candeur qu’il était satisfait de ce qu’il avait vu…parce que nos athlètes « avaient mouillé le maillot ». Désolé mais quand on amène 75 athlètes pour récolter 3 breloques en argent et en bronze, c’est notoirement insuffisant.  Le président de la fédération, Bernard Amsalem, est  plus réaliste en affirmant « que nous ne sommes pas un pays d’athlétisme », et que les étoiles du passé (Marie-Jo  Pérec, Christine Arron, Muriel Hurtis, Eunice Barber, Jean Galfione ou Stéphane Diagana etc.) étaient l’arbre qui cachait la forêt. C’est hélas le seul constat que l’on puisse faire, et je suis heureux de lire que le président comme le DTN ont l’intention d’amener à Barcelone l’an prochain, aux championnats d’Europe, une délégation plus élitiste. Enfin !

Malgré tout, je reste quand même sceptique sur les résultats à venir dans le sport olympique n°1, car notre pays manque quand même de beaucoup de choses, tant au niveau des infrastructures  que de l’encadrement. Nous n’avons quasiment pas de sport à l’école, et pourtant dans un sport comme l’athlétisme c’est le seul endroit où on peut dénicher les talents. A ce propos c’est au mot près ce qu’a dit, je ne sais plus où, le président  sénégalais de l’IAAF (fédération internationale d’athlétisme), Diack Lamine,  qui a porté les couleurs de la France (saut en longueur) avant la décolonisation. Il sait de quoi il parle !

Mais le fin du fin c’est la déclaration sur RTL de la secrétaire d’Etat aux Sports, Yama Rade, qui après s’être réjouie qu’on ait fait mieux à Berlin qu’à Pékin, où n’avions obtenu que 2 médailles, a trouvé la solution à tous nos problèmes puisqu’elle va aller «inaugurer dans quelques semaines un nouveau complexe sportif aux Antilles, pour justement pousser nos athlètes antillais à donner le meilleur d’eux-mêmes, et faire un petit tour en Jamaïque pour comprendre pourquoi ils courent si vite ».  En entendant cela, et devant une telle niaiserie, les bras m’en sont tombés.

Comme si en allant se promener au pays d’Usain Bolt, Asafa Powell ou Shelley-Ann Fraser, on allait améliorer les performances de nos sprinters. Que l’on commence déjà par leur offrir des conditions satisfaisantes pour qu’ils puissent s’entraîner, et  la partie sera déjà bien engagée. Un Christophe Lemaître a quand même réalisé à 19 ans des performances supérieures à celles de Bolt sur 100m au même âge. Manifestement Rama Yade n’avait pas l’air au courant. Triste, très triste ! En fait le seul domaine où les Français sont les incontestables champions du monde concerne les éternelles suspicions sur le dopage. Là nous sommes vraiment les meilleurs, comme en témoignent les remarques crétines sur le sujet dans les divers forums des journaux.

Michel Escatafal

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