21.08.2009

A propos d'une interview d'Armin Hary...

hary.jpgEn lisant As (quotidien de sport en Espagne) ce matin, j’ai découvert une interview très intéressante d’Armin Hary, le double champion olympique du 100m et du 4X100m  à Rome en 1960, mais aussi le premier coureur a avoir réussi, la même année, 10s au 100m. C’était à Zurich, et même si j’étais très jeune à l’époque je m’en souviens très bien, comme je me souviens de la finale du 100m des J.O. où Hary avait battu Dave Sime, un très grand sprinter américain, malgré un faux-départ…qu’il n’avait pas commis. Son avis sur Bolt est donc fatalement très intéressant, et à coup sûr pertinent, comme d’ailleurs sur l’évolution de l’athlétisme et du sport.

Armin Hary est venu à Berlin au moment de l’inauguration des championnats du monde, mais seulement précise-t-il pour deux jours, le temps de voir la finale du 100m. Cela dit que fait Armin Hary en ce moment, lui qui a connu quelques difficultés par le passé, une fois sa carrière terminée ? Et bien, répond-il, il s’occupe de la Fondation Armin Hary, AHA-F, qui cherche des jeunes talents et oriente les jeunes gens de 4 à 12 ans défavorisés. Et cette recherche se fait pour tous les sports olympiques. Dans l’interview, Hary fait remarquer que 3 millions d’enfants ne peuvent avoir accès au sport de compétition, faute d’argent.

 Ensuite, après cette introduction, le journaliste Alejandro Delmas entre dans le vif du sujet, et demande à l’ancienne star du sprint allemand ce qu’il pense des performances et des limites d’Usain Bolt. La réponse fuse en disant tout de suite que ce que fait Bolt à Berlin est tout à fait exceptionnel. Il ajoute aussi que Bolt bénéficie à Berlin de conditions absolument idéales, d’une part sur le plan physique, mais aussi en raison de la qualité de la piste et de la chaleur qui régnait  dans la capitale allemande jusqu’à hier soir. Il aurait pu ajouter que Bolt a été obligé de s’employer, au moins sur 100m, en raison de la qualité de la concurrence même si Gay a fini à 13 centièmes. Cependant, la remarque ne vaut pas sur le 200m, puisque le second de cette course a fini à…62 centièmes. Enorme !

 Armin Hary ajoute ensuite que, sans vouloir critiquer, il aimerait voir les sprinters d’aujourd’hui sur des pistes en cendrée comme à l’époque où il était en activité. Effectivement cela permettrait de faire des comparaisons plus fines, mais ce n’est pas possible, pas plus qu’il n’est possible de comparer la vitesse atteinte par les coureurs du Tour de France dans un col, selon que celui-ci a été escaladé en 1952 ou en 2009 (revêtement, vélo..).  Puis il aborde très rapidement les doutes que suscitent, chez certains, des exploits aussi extraordinaires que réaliser 9s58 au 100m ou 19s19 au 200m. En fait il se contente de dire ce que j’ai toujours affirmé personnellement, à savoir que jusqu’à preuve du contraire il n’est permis à personne de douter de ces performances. Hary déclare très exactement : « S’il n’y a rien contre lui, il n’y a rien ».

 On en vient ensuite dans l’entretien aux limites qui peuvent être celles de Bolt. Hary commence par  dire qu’honnêtement il ne sait pas d’autant, ajoute-t-il,  qu’il ne s'estime pas capable d'avoir d’opinion à ce sujet. Il pense que seuls les médecins ou des spécialistes de la biomécanique peuvent avoir un point de vue, mais eux aussi peuvent se tromper.  Et de nouveau il répète que toutes les conditions étaient  réunies, y compris un public « renversant », pour accomplir un grand exploit. Et c’est vrai que si Bolt avait eu en finale du 100m ou du 200m les conditions de ce soir, il n’aurait pas couru aussi vite, et peut-être nous poserions-nous moins de questions.

 Le journaliste évoque également la question de savoir si un homme blanc peut descendre sous les 10s au 100m. Armin Hary répond oui, évidemment. De toute façon il est bien placé pour répondre à la question parce que, comme il le dit lui-même, il était déjà considéré comme un cas exceptionnel. Au passage j’en profite pour répéter que le podium des Jeux Olympiques de 1960 était entièrement blanc, et que 12 ans plus tard, aux J.O. de Munich, l’Ukrainien (Soviétique) Borzov avait remporté le 100 et le 200m. Cela prouve que le fait d’être blanc, noir, jaune ou métis n’a strictement rien à voir avec telle ou telle performance. J’espère que Lemaître, (futur Hary français?) le démontrera dans l’avenir.

 Une autre question fut posée à Hary sur Jesse Owens, le quadruple champion olympique (100,200, 4X100m et longueur) aux J.O. de Berlin en 1936. Il en profita pour dire que les J.O. de Rome furent vraiment « ses Jeux » car, en plus de ses résultats,  il connut Owens, qui l’a toujours encouragé. Ce dernier est à ses yeux le meilleur athlète de tous les temps, à la fois pour ses 4 médailles d’or, mais aussi pour l’influence qu’il eut en son temps. Il en profite aussi pour constater qu’aujourd’hui la vie des champions est très différente de celle de l’époque d’Owens, et de la sienne, avec surtout  l’influence de la presse de nos jours. Ce n’est pas le seul changement qui touche le sport et les sportifs de haut niveau,  car pour lui la camaraderie n’existe plus guère dans le sport, chacun ne s’occupant que de lui-même. Ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde, mais les enjeux sont devenus tellement considérables que cette évolution était inéluctable.

 

Michel Escatafal

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