15.08.2009

Quelques réflexions avant les championnats du monde d'athlétisme...

quénéhervé.jpgLes championnats du monde d’athlétisme vont commencer aujourd’hui, et si le spectacle s’annonce somptueux, comme d’habitude, il va être encore douloureux pour les Français dans la mesure où le nombre de médailles que nous allons récolter va être faible…comme d’habitude. Certes en 2003 et en 2005 on en avait obtenu  un nombre intéressant (pour nous) avec respectivement 9 et 7 breloques, mais dès 2007 (2 médailles d'argent pour le marcheur Diniz et le perchiste Mesnil) nous étions revenus à notre niveau habituel.  Alors qu’en sera-t-il cette année ? Et bien au mieux nous en obtiendrons 5 (Lavillenie, Mesnil, Diniz, Tahri et Baala, plus peut-être Mekhissi s’il est rétabli de ses problèmes de publagie), ce qui déjà ne sera pas si mal, du moins si l’on ne tient pas compte du fait que notre délégation dépassera les 70 athlètes. Quand  la FFA comprendra-t-elle qu’il ne sert à rien d’emmener autant de monde pour un nombre famélique de médailles ? J’observe à ce propos que nous avons obtenu nos meilleurs résultats en natation dans les compétitions planétaires quand nous avions des critères à la fois stricts et très sévères.

Parmi les noms que j’ai cités il y en a deux que je mettrais au dessus des autres, à savoir Lavillenie et Baala. Lavillenie parce qu’il est en pleine ascension, qu’il n’a semble-t-il peur de rien, et qu’il me fait penser aux patineurs russes en artistique qui ne tombaient jamais en grande compétition. Avec Lavillenie on a l’impression que, quoiqu’il arrive, il va sauter haut, même si on me fera remarquer qu’aux championnats de France il a manqué son concours. Raison de plus pour penser que cela l’aura rendu plus fort et plus méfiant. Quant à Baala, je suis persuadé que son principal adversaire c’est lui-même. Quand va-t-il rééditer sa performance aux championnats du monde 2003 derrière l’immense champion qu’était El Guerrouj ? Cela dit sa médaille de bronze aux J.O. de Pékin, acquise sur le tapis vert, va lui donner encore plus de cœur à l’ouvrage, et quelque chose me dit que cette année c’est la bonne, même s’il devra se méfier du futur champion olympique (suite au déclassement pour dopage de Ramzi), Kiprop, qui dispose à peu près des mêmes atouts. Toutefois ce Kiprop devra gérer la pression du favori, ce qu’il n’était pas à Pékin, car tous les regards étaient tournés vers Ramzi.

A propos de médailles réattribuées, on va donner celles acquises par Marion Jones aux Jeux de Sydney en 2000 aux concurrentes immédiatement classées derrière elle. Cela vaut aussi pour le relais, ce qui va permettre à Christine Arron et Muriel Hurtis de compléter leur collection avec une médaille de bronze supplémentaire au relais 4X100m. A force de déclassements des concurrentes dans diverses compétitions, elles vont finir par avoir un magnifique palmarès ! Elles ne sont pas les seules car il y en a une autre, Ekaterina Thanou, qui va se retrouver championne olympique, ce qui est un peu gros dans la mesure où elle fut elle-même reconnue coupable de dopage et bannie en 2004, juste avant les Jeux Olympiques d’Athènes. Là on touche aux problèmes posés par la lutte contre le dopage dans la mesure où on ne veut pas laisser le titre vacant, mais aussi parce qu’on risque de l’attribuer à quelqu’un qui a eu recours dans sa carrière au dopage. Pas simple tout cela, sauf que le CIO pouvait décréter qu’exceptionnellement on n’attribuait pas de médaille d’or pour le 100m à Sydney, compte tenu des circonstances. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…et injuste ?

Puisque je parle du 100m,  il semble bien que ce sera l’épreuve reine de ces championnats à tous points de vue, avec l’affrontement de deux supers sprinters chez les hommes, Usain Bolt et Tyson Gay. Le champion olympique (2008)  du 100, 200 et 4X100m contre le champion du monde (2007) des mêmes épreuves. S’il y a un peu de suspens, même si les techniciens pensent que Bolt est le plus fort, il y a au moins une certitude, à savoir que sauf accident les médailles d’or et d’argent sont déjà attribuées. Ensuite c’est la bouteille à l’encre, et je ne désespère pas de voir enfin un sprinter français en finale, Christophe Lemaître, dont j’ai parlé récemment sur ce site. Sa marge de progression est énorme, et derrière les deux cracks personne ne se détache pour les places en finales et la médaille de bronze.

Et si Lemaître refaisait  l’exploit de Gilles Quénéhervé aux championnats du monde à Rome en 1987 sur 200m ? A cette époque Quénéhervé avait 21 ans, et était arrivé avec un meilleur temps, qu’il venait de battre en Italie, de 20s34, ce qui paraissait très insuffisant pour décrocher une médaille.  Mais dès le début des championnats, en séries, Quénéhervé réalise facilement 20s59. Puis il gagne son quart de finale en 20s48, et récidive en demi-finale en battant son record de France en 20s31. Et en finale il pulvérisera son record en réalisant 20s16, exactement le même temps (à 6 millièmes près) que le vainqueur, Calvin Smith. En une seule compétition et 4 courses, il avait abaissé son meilleur temps de 18 centièmes.  Si Lemaître parvient à abaisser son meilleur temps de seulement la moitié, cela l’amènera à 9s95. A ce niveau tous les espoirs sont permis derrière les fusées Bolt et Gay. J’en ai déjà l’eau à la bouche ! Et de ce pas je vais regarder les épreuves à la télévision.

Michel Escatafal

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