05.08.2009

Lemaitre : un grand espoir du sprint...

lemaitre.jpgAujourd’hui dans son site web l’Equipe titre : "Et si Lemaitre…".  Jusque là pourquoi pas, dans la mesure où je m’attendais à ce que le grand quotidien de sport dise que ce jeune homme, tout juste 19 ans, allait franchir la barrière des 10s au 100m. Certes ce n’est pas une performance extraordinaire de nos jours que réaliser 10s au 100m, puisqu’il serait le 70è à la réaliser. Même Pognon, autre sprinter français l’a fait, puisque le record de France est 9s99. Cela dit, réaliser 10s04 au 100m à 19 ans, en étant un véritable gringalet de 74 kg pour 1,89m, devient beaucoup plus intéressant parce qu’ils sont très peu nombreux à l’avoir fait. A son âge Carl Lewis, Asafa Powell et Tyson Gay ne courraient pas aussi vite que lui, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il fera la même carrière qu’eux.

On a connu en effet beaucoup d’espoirs français qui ont été très brillants en juniors, et qui n’ont pas confirmé par la suite. Malgré tout, aux yeux de tous les observateurs éclairés, il semble que la France tienne enfin son grand sprinter de niveau mondial, c’est-à-dire un coureur de 100m capable d’avoir une médaille aux Jeux Olympiques. Je ne dis pas aux championnats du monde parce que la performance est déjà plus banale, puisque ceux-ci ont lieu tous les deux ans. Un coureur aussi, capable de réaliser régulièrement des temps proches du record du monde. Bref un sprinter comme nous n’en avons plus  depuis…Roger Bambuck en 1968.

Mais dans  l’article de l’Equipe,  on souligne aussi que Christophe Lemaitre...est de race blanche. Comme si la couleur de la peau avait quelque chose à voir avec la performance d’un sprinter, ce que confirme  Jeremy Wariner, le champion olympique du 400m en 2004, et meilleur performeur actuellement en activité sur la distance. Une fois encore il faut dire et redire que le fait d’être blanc, noir ou jaune, n’a strictement rien à voir avec la vélocité naturelle d’un athlète, de même que la couleur de la peau n’a rien à voir avec le fait d’être un grand miler, un grand coureur de fond, un grand lanceur ou un grand sauteur. Je crois beaucoup plus qu’il s’agit tout simplement d’une question de talent bien sûr, mais aussi de goût et de mode. En effet je suis persuadé que si Lemaitre devient le grand sprinter qu’il peut envisager d’être, il fera des émules dans notre pays.

Comme le dit J. Piasenta, l’ancien entraîneur de Marie-Jo Pérec, Christine Arron ou Muriel Hurtis, "pour la course il faut avoir faim" et donc s’entraîner très dur. Sans travail on n’y arrive pas, comme l’a prouvé une certaine Laure Manaudou en natation, qui n’a plus eu aucun résultat à partir du moment où elle a quitté Philippe Lucas, celui-ci lui imposant un entraînement et une discipline qu’elle ne pouvait plus supporter. C’est pareil évidemment pour l’athlétisme, d’autant qu’il y a en plus les risques de blessure qui obligent à faire encore plus attention à son corps. La preuve, depuis son année faste en 2005 où il avait été double champion du monde du 110 haies et du 4X100m, Ladji  Doucouré n’a plus rien fait à la mesure de son talent en raison de nombreux pépins de santé. Et pourtant tout le monde semble dire qu’il se prépare très sérieusement.

Mais revenons aux purs sprinters pour bien montrer qu’on peut être un "très grand" quelle que soit sa couleur de peau. Prenons quelques exemples dans l’histoire de l’athlétisme depuis une cinquantaine d’années, avec des athlètes comme Bobby Morrow que l'on a surnommé "la flèche blonde du Texas", Dave Sime et sa foulée de géant, Armin Hary qui était un extraordinaire partant, Livio Berruti qui pour les Italiens était "l'ange du sprint", Valéry Borzov ce merveilleux technicien, et Pietro Mennea à la vitesse de jambes stupéfiante, qui ont tous à des titres divers marqué l’histoire du 100 et du 200m. Bobby Morrow a régné presque sans partage sur le sprint mondial entre 1955 et 1958. Je dis presque parce que le seul athlète qui ait pu le battre à plusieurs reprises s’appelle Dave Sime, magnifique  sprinter de la même taille que Christophe Lemaitre (1m90). Est-ce un signe ? En tout cas, dans cette période, les deux meilleurs sprinters de la planète étaient tous deux blancs et américains. Bobby Morrow remportera le 100, le 200 et le 4X100m aux J.O. de Melbourne en 1956, bénéficiant  au passage de la blessure de Dave Sime avant les sélections américaines auxquelles il n’a pas pu prendre part.

Sime se rattrapera partiellement en 1960 à Rome sur 100m, où il sera battu sur le fil par Armin Hary, l’Allemand, qui venait de battre le record du monde en 10 s (temps manuel). Le podium sera d’ailleurs entièrement blanc, puisque l’Anglais Radford a terminé à la 3è place. Et sur 200m c’est un Italien, Berruti, qui l’emportera chez lui devant Carney et  Abdou Seye qui courait encore sous les couleurs de la France.  Ensuite en 1972 ce sera le règne du Soviétique (Ukrainien)Valéri Borzov, qui fera le doublé 100 et 200m aux J.O. de Munich, puis sur 200m celui de l’Italien Pietro Mennea qui  avec 19s72 battra le record du monde de Tommy Smith (19s83 en 1968), et sera champion olympique à Moscou en 1980. Voilà, si besoin en était, la preuve qu’il ne faut pas parler de couleur de la peau pour évoquer le sprint, l’athlétisme et le sport.

Michel Escatafal

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