03.08.2009
Des championnats du monde pollués par les combinaisons...
Les championnats du monde de natation viennent de s’achever à Rome, et on en est aujourd’hui à faire les bilans. Français tout d’abord, et là le constat n’est pas aussi brillant qu’on aurait pu l’espérer. Heureusement que nous avons nos sprinters (Bernard, Bousquet, Leveaux), plus le brasseur Dubosq, pour sauver l’honneur et récolter 6 médailles, sinon ces championnats auraient été dans l’ordre habituel des choses jusqu’en 2000, avec l’apparition de Laure Manaudou. Au total si nous sommes 21è dans la hiérarchie des nations en ne comptabilisant que les médailles d’or, nous sommes 10è en comptabilisant toutes les médailles, ce qui nous met davantage à notre vraie place.
Un simple regret quand même, c’est de ne pas avoir gagné la médaille d’or au 4X100m libre alors que nous avons placé trois champions sur les podiums de sprint. Cette contre-performance est bien française, comme le fait de n’avoir pas fait concourir Leveaux pour ce relais en finale. Ce n’est pas moi qui le dit car je n’en ai pas les compétences, mais d’authentiques anciens grands champions. Cela dit, pour un pays qui n’a pas de stade nautique digne de ce nom, je trouve que nos nageurs se sont bien débrouillés. Après avoir parlé des Français, parlons maintenant des étrangers et plus particulièrement de trois d’entre eux, à savoir Federica Pellegrini, Dara Torres et Michael Phelps.
Federica Pellegrini est devenue une grande star de la natation italienne et mondiale, parce qu’après avoir été championne olympique du 200m nage libre l’an passé, elle a remporté cette année le titre mondial sur 200m et 400m. Sur ce plan elle a succédé à Laure Manaudou mais si « la Pellegrini », comme disent nos amis italiens, est une très grande championne, d’après les techniciens elle n’est pas aussi douée que Laure Manaudou. Reste à savoir si cette dernière reprendra un jour la compétition, ce qui apparaît de plus en plus improbable au fur et à mesure que le temps passe. Pourtant rien n’est perdu, car l’Américaine Dara Torres a montré qu’on pouvait reprendre avec bonheur la compétition après des années et des années sans s’entraîner.
Cette Dara Torres a 42 ans, et elle a disputé la finale du 50 m libre hier après-midi aux championnats du monde, après avoir obtenu 3 médailles d’argent aux derniers J.O. à Pékin l’an passé. Tout cela paraît d’autant plus extraordinaire qu’en natation la plupart des grands nageurs ont moins de 25 ans…ce qui veut dire qu’elle concourt avec des concurrentes pouvant être sa fille. Mais plus extravagant encore, sa carrière s’étend en longueur sur 27 ans puisqu’elle a battu son premier record du monde à 15 ans en 1982. Cela dit, elle a interrompu deux fois sa carrière, d’abord en 1992, puis après un premier come-back en 1999, elle s’est de nouveau arrêtée en 2000, avant de reprendre le cours de sa carrière en 2006 en vue des J.O. de Pékin. Et chacun de ses retours s’est soldé par de grands succès, même s’ils ont été obtenus en relais.
Sa vie n’a d’ailleurs pas été un long fleuve tranquille à tous points de vue, mais cela on s’en serait douté avec un pareil destin dans le sport. Les grands champions ne sont pas des gens tout à fait comme les autres, ce qui est normal parce qu’ils ne seraient pas devenus des champions. Cela étant Dara Torres qui s’est essayé à plusieurs métiers (mannequin, commentatrice télé…) semble surtout très douée pour le sport en général, et la natation en particulier. Et même si cela devient de plus en plus difficile pour elle parce qu’elle souffre d’arthrose, elle n’en continue pas moins à s’entraîner très dur comme si elle refusait de vieillir. Il y a de la Jeannie Longo chez Dara Torres, mais je doute qu’on la trouve encore dans les bassins pour les grandes compétitions à 50 ans. En tout cas hier elle n’a pu faire mieux que 8è, donc dernière des finalistes. Toutefois, je ne sais pas avec quelle combinaison elle nageait, car cela aussi a son importance.
Et oui la natation est actuellement polluée par la guerre des combinaisons. Je ne connais rien sur le plan technique à la natation, mais ceux qui s’y connaissent ont l’air de dire qu’on ne peut pas gagner sans la bonne combinaison, ce qui est faux puisque Phelps a gagné 5 médailles d’or cette année aux championnats du monde à Rome avec une combinaison qui n’est pas tout en polyuréthane. Il a donc battu des concurrents qui étaient mieux équipés que lui, alors que l’an passé j’avais cru comprendre qu’il bénéficiait du meilleur matériel. Bon, j’avoue que je ne m’y reconnais plus dans ces histoires de « combis » qui, de toute façon, seront interdites à partir du 1er janvier prochain. Petit cocorico en passant, j’ai l’impression qu’on va voir longtemps les 20s94 de Bousquet comme record du monde du 50 m.
Un dernier mot enfin, et c’est une bonne chose : quand on évoque pour la natation l’avantage procuré par ces combinaisons, au moins on ne parle pas de dopage comme on ne cesse de le faire pour le vélo, en oubliant que si l’on monte les cols plus vite aujourd’hui qu’il y a 20 ans, le matériel et le revêtement sur le route y sont aussi pour quelque chose. Fermons la parenthèse pour dire que, finalement, Phelps a bien de la chance avec ces histoires de combinaisons en polyuréthane de ne pas se voir suspecté d’avoir battu, sans dopage, des adversaires mieux équipés que lui. Tant mieux pour lui et la natation, et espérons que cela continue car rien n’est pire pour un sport que la suspicion permanente, comme c’est le cas pour le vélo et à un degré moindre l’athlétisme. Pour moi Phelps est un immense champion, comme le sont Usain Bolt ou Alberto Contador !
Michel Escatafal
11:37 Publié dans natation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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