27.07.2009

Vive le Tour 2010 !

patrick Sercu.jpgLe Tour de France 2009 est fini, vive le Tour de France 2010 ! Voilà ce que l’on dit chaque année à la même époque à la fin de la « Grande Boucle » qui a vu cette année la victoire d’un très grand coureur, Alberto Contador. Rappelons qu’à 26 ans et demi, il a déjà remporté 2 Tours de France, un Giro, une Vuelta, plus Paris-Nice et 2 Tours du Pays Basque. C’est un palmarès qui suffit déjà à le faire entrer dans les 35 plus beaux palmarès du cyclisme depuis 1945. On peut d’ores et déjà dire qu’à la fin de sa carrière il aura rejoint les plus grands, en tout cas le top 10 des plus beaux palmarès où figurent Merckx, Hinault, Anquetil, Coppi, Kelly, Armstrong, Bartali, Indurain, Van Looy et Gimondi.  En tout cas il appartient déjà au club très fermé des coureurs ayant gagné les 3 grands tours, avec Anquetil, Merckx, Gimondi et Hinault.

Son principal adversaire dans les années à venir, sauf révélation soudaine, sera à coup sûr Andy Schleck. Ce dernier,  à tout juste 24 ans,  a déjà terminé 2è du Tour de France (2009) et du Giro (2007), sans oublier une victoire cette année dans la doyenne des classiques, Liège- Bastogne-Liège. Là aussi point de démonstration supplémentaire, ce jeune homme a la grande classe. Il grimpe remarquablement bien, il commence à rouler correctement, donc il a tout pour être le successeur de Charly Gaul, dernier Luxembourgeois vainqueur d’un grand tour (un Tour de France en 1958  et deux Tours d’Italie en 1956 et 1959). Cela nous laisse augurer, dès l’année prochaine sans doute, d’un de ces duels dont le cyclisme a tellement besoin pour entretenir sa légende.

Il y a quand même un troisième coureur qui mérite la citation dans le Tour de France qui vient de s’achever, à savoir Mark Cavendish dont j’avais déjà parlé en début d’année. Il a pleinement confirmé ses extraordinaires capacités de sprinter, en enlevant 6 étapes cette année dans le Tour de France portant son total à 10, plus 3 étapes dans le Giro portant son total à 5. Si l’on ajoute à cette collection une victoire dans une des plus belles classiques du calendrier, Milan-San Remo, là aussi on voit que le cyclisme sur route s’est découvert un phénomène pour quelques années, car lui aussi n’a que 24 ans.  En tout cas après avoir été un remarquable pistard, puisqu’il fut deux fois champion du monde de l’américaine en 2005 et 2008, il est en train de devenir une grande star du cyclisme sur route.

Qui pourra le battre au sprint dans les années à venir ? A priori personne, tellement il domine son sujet. En outre son équipe semble parfaitement rodée pour l’amener là où il faut et quand il faut, pour lui permettre d’exercer « son jump » dans les deux cents derniers mètres.  En tout cas il est tellement au dessus du lot dans les derniers hectomètres, qu’il n’a quasiment jamais besoin de jeter son vélo sur la ligne pour remporter un sprint. Cependant et c’est un pronostic qui n’engage que moi, je lui verrais bien un rival si toutefois Théo Bos persiste dans sa reconversion sur la route. Ce coureur hollandais, connu jusque là pour ses remarquables qualités de pistard (3 fois champion du monde de vitesse en 2004, 2006 et 2007, mais aussi du km en 2005, et du keirin en 2006), a en effet décidé cette année  de devenir routier, après des J.O. décevants pour lui l’an passé, et il a déjà gagné deux ou trois courses…au sprint bien entendu.

Pourra-t-il aller jusqu’à battre Cavendish dans les grandes courses ? Nul ne le sait encore, même si ses débuts ont été  assez encourageants. Il devra d’abord acquérir la résistance pour passer le cap des 180-200 km et 250 -260 km pour les classiques Pro-Tour, ensuite il devra apprendre à frotter et à éviter les manœuvres dangereuses, ce qui lui a valu une suspension d’un mois récemment, enfin il faudra surtout qu’il soit patient car tout cela ne viendra pas d’un coup. S’il y parvient c’est bien le seul qui semble pouvoir rivaliser dans les derniers mètres avec Cavendish. Cependant nous en sommes pour le moment au stade des hypothèses, et rares ont été les champions de vitesse à avoir réussi à devenir de très bons routiers.

Il y a bien eu Oscar Plattner, le Suisse, qui après avoir été champion du monde de vitesse amateur en 1946 avait remporté deux épreuves suisses sur route, mais il était revenu très vite à la piste ce qui lui a permis de remporter le titre mondial en vitesse chez les professionnels en 1952. En fait je ne vois guère que Patrick Sercu,  qui fut champion olympique du km en 1964, puis champion du monde de vitesse amateur en 1963 et professionnel en 1967 et 1969, grand coureur de « six-jours » dont il détient le record de victoires, qui puisse s’enorgueillir d’un joli petit palmarès sur la route. Il a remporté notamment 6 étapes du Tour de France et a même réussi à ramener le maillot vert à Paris en 1974, ce que Cavendish n’a pu réaliser cette année. Enfin, plus près de nous, un autre coureur suisse, Urs Freuler, a été à la fois champion du monde de keirin (1984 et 1985) et a remporté une étape du Tour de France en 1981. Bref, pour Théo Bos ce n’est pas gagné, mais cela vaut la peine d’essayer.

Un dernier mot enfin, il semble que « le coup de gueule » de Bernard Hinault il y a quelques semaines ait été salutaire, du moins le pense-t-il, au risque de faire hurler quelques directeurs sportifs qui ont été ses coéquipiers autrefois. Les Français se sont très bien comportés cette année avec 3 victoires d’étapes (Voeckler, Fédrigo et B. Feillu), et surtout avec 4 coureurs dans le top 20 et 7 dans les 30 premiers. C’est un beau tir groupé. Il manque simplement un jeune espoir capable de venir « titiller » les Contador et Andy Schleck pour la conquête des futurs maillots jaunes ou roses. Peut-être qu’il existe, mais qu’on ne le connaît pas encore. L’espoir fait vivre !

Michel  Escatafal

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