20.07.2009
Encore une exception française!
Alors que le Tour de France est en train de vivre son deuxième jour de repos, je voudrais encore une fois souligner les passions malsaines qu’il suscite auprès du public français. En effet, au lieu de s’émouvoir de l’ambiance pour le moins bizarre pour ne pas dire délétère qui règne au sein de l’équipe Astana, avec un Armstrong qui a beaucoup de mal à se faire à l’idée qu’il n’est plus le meilleur, et bien sur les divers forums des journaux comme d’ailleurs dans les discussions de cafés du commerce on ne cesse d’évoquer le sempiternel sujet du dopage. Comme si la pharmacopée était l’élément essentiel du Tour de France !
Le plus triste dans cette affaire est que l’immense majorité des gens qui évoquent le dopage à tout propos ne connaissent absolument rien au vélo, qui a toujours été pour eux un simple moyen de locomotion, ou au mieux l’objet de quelques balades le dimanche matin. Cela ne les empêche pas de disserter longuement sur le sujet du dopage, et donc de discréditer le cyclisme autant qu’ils le peuvent. J’ai lu par exemple qu’il était impensable qu’un coureur comme Wiggins puisse suivre les meilleurs en montagne alors que l’an passé il ne pouvait pas passer les cols. C’est vrai que la révélation Kohl en 2008 est encore présente dans tous les esprits, mais ce n’est pas parce qu’un coureur a été confondu et a avoué s’être dopé que tous les autres le font. Il ne faut pas obligatoirement tout confondre.
Un rouleur comme Wiggins capable de réaliser 4mn 15s sur 4 km est nécessairement un coureur de grande classe, surtout en ayant perdu quelques kilos pour pouvoir briller sur la route et notamment dans la montagne. Je rappellerais simplement que Roger Rivière qui fut certainement le meilleur de tous dans l'exercice de la poursuite était capable de suivre les meilleurs dans les cols. Et Coppi qui fut deux fois champion du monde de poursuite n’était-il pas le meilleur grimpeur de sa génération ? Et Rudi Altig, autre grand poursuiteur, n’a-t-il pas remporté un Tour d’Espagne ? On me répondra qu’ils n’ont pas perdu 6 kg comme le coureur britannique, ce qui est vrai. Mais doit-il pour autant être immédiatement suspecté parce qu’il se situe à présent parmi les meilleurs dès que la route s’élève ?
A mon avis non, jusqu’à preuve du contraire. Idem pour Contador, les frères Schleck et les autres, car cela voudrait dire que l’exploit est interdit parce qu’immédiatement suspecté. Décidément il y a quelques décennies je finis par croire que c’était le bon temps, car si Coppi ou Koblet accomplissaient un exploit personne ne se préoccupait de savoir ce qu’ils avaient pris. Je ne veux pas dire pour autant que je suis contre les contrôles anti-dopage, au contraire, mais je veux pouvoir apprécier une belle « giclette » de Contador ou un beau sprint de Cavendish, sans tout de suite me demander s’ils ont pris quelque chose. Pour être franc cela ne me traverse même pas l’esprit…d’autant que le meilleur reste toujours le meilleur.
Pour terminer, je voudrais simplement dire à ceux qui passent leur temps à dénigrer le vélo qu’ils arrêtent de dire des âneries. Si le Tour de France ne les intéresse pas qu’ils cessent d’en parler, et qu’ils laissent les millions de spectateurs et de téléspectateurs rêver autant qu’ils peuvent le faire. Au passage j’observe que malgré toutes ces insinuations sur le dopage, les gens sur le bord de la route sont toujours aussi nombreux et vibrent toujours autant aux exploits de Contador, Schleck ou Armstrong, comme ils ont vibré à ceux de Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Gaul, Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond ou Indurain.
Alors que les moralistes de tout poil qui trouvent normal de boire cinq ou six cafés par jour pour tenir le coup à leur boulot, de prendre du viagra pour essayer d’être performant dans certaines circonstances, d’user de boissons énergétiques pour faire semblant de courir quand ils font un footing, bref que tous ces zozos mènent leur vie comme ils en ont envie, mais qu’ils cessent de médire sur les coureurs et ceux qui les admirent. J’observe à ce propos que c’est chez nous, en France, pays de la surconsommation médicale, que l’on parle le plus de dopage. Encore une exception française !
Michel Escatafal
21:53 Publié dans dopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

Ecrire un commentaire