18.07.2009
Duels entre équipiers
Si l’on en croit les rumeurs il y aurait comme un malaise chez Brawn Grand Prix, comme en témoignent les déclarations de Barichello après le dernier grand prix d’Allemagne de F1, où il disait que son équipe lui avait fait perdre la course. Rien que ça ! En réalité, même si son équipe marque de plus en plus sa préférence pour Jenson Button, c’est tout simplement parce que le pilote britannique a gagné cette saison à 6 reprises, et a été régulièrement plus rapide que son équipier brésilien. En plus, le courroux de Barrichelo à la fin du grand prix d’Allemagne était exagéré, car en aucun cas il n’aurait pu devancer les Red Bull qui étaient les meilleures ce jour-là, comme elles le sont depuis quelques grands prix.
Cela dit je comprends un peu la frustration de Barrichello qui se voit confiné une nouvelle fois dans le rôle de numéro 2 au sein de son équipe…comme à l’époque où il était chez Ferrari. Cependant il faut ajouter que chez Ferrari son équipier s’appelait Michael Schumacher, et celui-ci était presque toujours devant lui que ce soit en qualifications ou en course. Bref, Barrichello est un excellent pilote mais ce n’est pas un super pilote, et cela il va falloir qu’il l’admette une fois pour toutes. Malgré tout, à 37 ans, il a quand même de la chance de faire partie d’une écurie qui lui a donné les moyens de se classer régulièrement dans les points, pour ne pas dire dans les gros points. Je suis certain que beaucoup de jeunes pilotes, en attente de leur premier volant en F1, seraient très heureux d’être à sa place.
En revanche, pour le moment, il n’y a pas de numéro 1 et 2 chez Red Bull pour la bonne raison que, contrairement à ce qui se passe chez Brawn où Button compte 24 points d’avance sur son équipier, Vettel et Webber ne sont séparés que par 1 point et demi. Et vu la domination de plus en plus marquée de Red Bull, ce chassé-croisé pour la victoire pourrait se prolonger et devenir à la limite dangereux pour cette écurie. J’ajouterais même que c’est sans doute la grande chance de Button, qui compte encore 21 points d’avance sur son second Vettel et 22, 5 points sur Webber, mais qui voit avec effroi la montée en puissance des grosses écuries, notamment Ferrari et Mac Laren, qui ne tarderont pas à se mêler à la lutte pour les premières places. Or si Red Bull confirme sa domination dans les prochains grands prix, il faudra impérativement que Button se batte au minimum pour une 3è place s’il veut conserver la tête du championnat jusqu’au bout.
En tout cas cela nous laisse penser que titre 2009 est loin d’être joué, comme certains commentateurs l’ont dit un peu vite il y a déjà quelques semaines. Déjà après la Hongrie on y verra plus clair, et surtout on verra si Vettel a repris l’ascendant sur son équipier australien…que l’on avait enterré un peu vite, en oubliant qu’il a toujours été considéré comme un pilote très rapide, et surtout qu’il a commencé la saison très handicapé par un accident domestique à l’intersaison. A présent que ses soucis de santé sont presque terminés, il retrouve son niveau de toujours et la lutte pour le leadership de l’écurie Red Bull s’annonce acharnée, d’autant que Webber a été dominateur en Allemagne, ce qu’a reconnu sportivement Vettel.
L’équipier en F1, qu’on le veuille ou non, c’est quand même le premier adversaire d’un pilote. C’est lui qui sert de comparatif et malheur à l’équipier qui est régulièrement dominé, comme c’est le cas pour Barrichello depuis le début de la saison, et comme ce fut le cas pour Bourdais face à Vettel l’an passé. En revanche si les deux pilotes font jeu égal, chacun y retrouve son compte pratiquement jusqu’à la fin de la saison où, en cas de lutte pour le titre on est bien obligé d’appliquer des consignes, sauf si l’écurie est dominatrice jusqu’au bout, comme ce fut le cas par exemple en 1988 et 1989 avec Senna et Prost. En effet à cette époque Mac Laren disposait de la meilleure voiture, pilotée par les deux meilleurs pilotes. Dans ce cas il ne peut pas y avoir de hiérarchie, et c’est le plus fort qui gagne.
On pourrait citer beaucoup d’autres grands duels d’équipiers au cours de l’histoire de la F1, notamment Fangio-Moss sur Mercedes en 1955, ou encore dans les années 60 Clark et Graham Hill sur Lotus, puis plus tard dans les années 70 Andretti et Petterson également sur Lotus, Prost et Lauda dans les années 1984 et 85 sur Mac Laren, ou encore Piquet et Mansell en 1986 et 1987 sur Williams. Pourtant je ne manquerais pas d’évoquer celui ayant opposé en 1982 Gilles Villeneuve à Didier Pironi qui, sans doute, coûta la vie indirectement à Villeneuve. Tout le monde se rappelle ce fameux grand prix de Saint-Marin où les deux hommes, jusque là très amis, s’accusèrent de n’avoir pas suivi les consignes de l’équipe, ce qui nous valut d’ailleurs une course magnifique notamment dans les derniers tours, avec Villeneuve prenant la tête dans l’avant-dernier tour avant d’être dépassé le tour suivant par Pironi qui remporta la victoire.
Désormais fâchés, ce fut la guerre entre les deux pilotes dès les qualifications du grand prix suivant à Zolder, où Pironi prit la tête 7 mn avant la la fin de ces qualifs. Vexé, le pilote canadien que chacun jugeait le plus rapide de tous dans cet exercice, s’élança pour un dernier effort afin de dépasser celui qui n’était plus seulement son équipier, mais son adversaire privilégié. On connaît la suite, Villeneuve ne se comprit pas avec Jochen Mass et percuta la March de l’Allemand par l’arrière. La Ferrari fit un tonneau, Villeneuve fut éjecté et mourut sur le coup. Heureusement tous les duels entre équipiers ne se terminent pas de manière aussi dramatique, surtout que la sécurité a fait d’immenses progrès depuis cette époque. Si l’accident de Villeneuve avait eu lieu dans les conditions de sécurité d’aujourd’hui, le pilote canadien serait à coup sûr encore en vie.
Michel Escatafal
16:07 Publié dans automobile | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

Commentaires
D’abord, félicitations pour cet excellent blog sur lequel je reviendrai régulièrement.
Je vous félicite aussi de votre pondération dans l’exposé de la rivalité entre Didier Pironi et Gilles Villeneuve. Un désaccord qui fit couler beaucoup d’encre.
A Imola, deux authentiques champions ont offert au public et aux téléspectateurs le duel sportif auquel ils avaient droit. Un duel d’hommes, un combat magnifique qui ne fut pas faussé par des enjeux plus ou moins troubles. Didier Pironi a défendu ses chances et a remporté la victoire. Je considère pour ma part que son choix fut parfaitement légitime.
Didier Pironi a tout simplement considéré qu’il n’avait pas à se sacrifier sur l’autel des aspirations de son équipier qui ne jouissait contractuellement d’aucune prépondérance sur lui. N’oublions pas que nous n’en étions qu’au début du championnat. Objectivement, pour quelle raison Didier aurait-il dû laisser gagner son équipier sans défendre ses chances ? Certes, Villeneuve avait été engagé avant lui chez Ferrari, mais si la Scuderia avait fait appel à Didier, c’était pour adjoindre une pointure au Canadien, pas un faire-valoir ni un porteur d’eau. Pas question à cette époque d’aligner un brave Fisichella ou un jeune Piquet cantonné dans un rôle de faire-valoir et dont on sabote les courses, les stratégies, voire la préparation de la voiture pour faire monter artificiellement la côte de la tête de gondole d’un patron de team intéressé aux recettes de son poulain.
Dans le Dossier Michel Vaillant consacré par les Èditions Graton à « Enzo Ferrari, le dernier des empereurs », quatre pages retracent la cohabitation de Didier Pironi avec Gilles Villeneuve. Le contenu rédactionnel de cet album a été élaboré par Xavier Chimits et Jacques Swaters. La version qu’ils rapportent de l’incident d’Imola (page 38) est claire. Villeneuve crie à la trahison. Didier Pironi ne comprend pas. Quant à Marco Piccini, il affirme que ses pilotes restaient libres de se battre pour la victoire. Les auteurs soulignent ensuite qu’Enzo Ferrari n’apporta pas à Villeneuve le soutien qu’il espérait. Enzo Ferrari portait une grande affection à Gilles Villeneuve.
Que conclure de cet ensemble de circonstances si ce n’est qu’Enzo Ferrari considéra la décision de Didier comme parfaitement légitime ?
D’ailleurs, Villeneuve comprit forcément que Didier ne lui laisserait pas la victoire. A défaut de Panneau ordonnant expressément Gil 1, Didi 2, il devait accepter la confrontation sportive pour l’emporter.
Que les plus virulents constatent aussi une différence de traitement de l’autre pilote dans les commentaires. Certains supporters de Villeneuve se montrent fort désagréables à l’égard de Didier Pironi. Les supporters de Didier Pironi affirment leur respect de Gilles Villeneuve. Simplement, ils ne sont pas d’accord avec son interprétation des faits à Imola.
Didier et Villeneuve font partie des pilotes mythiques, des personnalités qui ne laissent personne indifférent. La preuve, 27 ans après cette dure saison 1982, tous les amateurs de F1 s’en souviennent encore.
En réalité, l’accident de Villeneuve en Belgique ne se produisit même pas dans une chasse à la pole. Didier était devant son rival, mais pas en pole. Et lorsque Villeneuve reprit la piste, ses pneus étaient détruits et il ne pouvait donc pas espérer améliorer son temps. Villeneuve était certainement dans un état de rage extrême contre son team et contre son équipier. Sa colère l’a poussé à la faute. Il voulait d’ailleurs quitter Ferrari et nous savons maintenant qu’il envisageait de créer sa propre équipe avec Ducarouge ou d’aller chez McLaren. C’est dur de faire cohabiter deux pilotes d’exception.
Les monoplaces étaient particulièrement brutales et dangereuses à cette époque. Les pieds du pilote étaient situés devant l’habitacle. Aucune « cellule de survie » ne protégeait le corps du champion. Sur ce point au moins, les instances dirigeantes de la F1 auront accompli un vrai travail depuis même si leurs comportements se révèlent souvent aberrants et indignes.
Les relations entre Didier Pironi et Gilles Villeneuve se seraient-elles apaisées avec le temps ? Peut-être. C’est en tout cas la conviction de Catherine Goux, compagne de Didier au moment de sa disparition (Cf. Lettre à Didier). D’ailleurs, Les fils de Didier ne s’appellent-ils pas Didier-Gilles et Gilles-Didier ?
Je signalerai qu’au GP du Canada cette année-là, Didier fut bien accueilli et rencontra longuement le père de Gilles Villeneuve (source : Didier Pironi, La Flèche brisée, Éditions du Palmier, page 86).
Et je me permets de vous inviter à découvrir ou redécouvrir d’autres épisodes beaucoup moins connus de la vie de Didier Pironi :
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2009/06/08/didier-pironi-et-jose-dolhem-deux-frangins-sur-la-piste.html
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2007/08/23/didier-pironi-20-ans-déjá.html
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2008/02/09/didier-pironi-alain-colas-deux-trajectoires-parallèles-i.html
(une comparaison des trajectoires de Didier Pironi et d’Alain Colas en 4 notes qui se suivent)
Ecrit par : Thierry | 18.07.2009
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