08.07.2009
Ils ne sont pas français, mais suisses
Roger Federer n’a (peut-être) pas eu la chance d’être né français, car on peut s’imaginer ce que cela aurait pu donner sur le plan médiatique, d’autant qu’il est le champion des champions d’un des sports les plus pratiqués et médiatisés de la planète. J’imagine que s’il avait la nationalité française, Nicolas Sarkozy aurait fait le déplacement à Wimbledon dimanche dernier avec Rama Yade, et peut-être aussi avec Carla. Et la télévision publique aurait retransmis au minimum les demi-finales et la finale du tournoi le plus célèbre du calendrier. Ensuite il aurait été reçu à l’Elysée, et on lui aurait remis je ne sais quelle médaille qu’il n’avait pas encore eu. Tous les partis politiques auraient essayé avant 2007 de l’avoir parmi leurs soutiens pour l’élection présidentielle. Il serait déjà passé plusieurs fois chez Drucker et on connaîtrait tout de sa vie. Bref ce serait une immense star dans notre pays à l’égal de Zidane. D’ailleurs rappelons-nous la folie Noah il y a 25 ans, alors que son palmarès pèse peu à coté de celui de Roger Federer.
Hélas ou heureusement pour lui, Roger Federer est né dans un pays (la Suisse) qui est beaucoup plus tranquille que le notre, presque trop diront certains. Cela dit les journaux suisses trouvent pour la plupart qu’on n’en fait pas assez pour Federer, et que les politiciens ne savent pas l’utiliser comme ambassadeur. Surtout ils reprochent aux politiques de n’avoir pas su en faire un symbole, alors que c’est un jeune homme bien sous tout rapport, une sorte de gendre idéal comme on dirait chez nous. Il est vrai que s’il devait aller voir le président de la Confédération chaque fois qu’il fait un exploit monumental, il connaîtrait par cœur le chemin qui mène à sa résidence. Décidément ces Suisses ne sont pas comme nous Français ! Encore que…En effet, nous avons en France quelques immenses champions qui sont assez peu connus ou pas du tout. Je n’en citerais que quelques uns qui me viennent à l’idée, à commencer par Sébastien Loeb malgré ses 5 titres de champion du monde des rallyes, ou encore Julien Absalon, double champion olympique de VTT et multiple champion du monde, ou encore Brahim Asloum, seul boxeur français à avoir été champion olympique et détenteur d’un titre mondial en boxe.
Pourquoi ces champions n’ont pas la même notoriété que d’autres ? Je ne sais pas, car nous rentrons ici dans un domaine qui n’appartient plus au sport à proprement parler. Il faut avoir « un look » comme on dit, ce qui permet de devenir « un produit » qui se vend bien. Sébastien Chabal par exemple n’est pas un immense joueur de rugby, mais en revanche ses cheveux et sa stature lui donnent une image pour les publicitaires infiniment plus porteuse que celle qu’a eu Yannick Jauzion, qui pourtant a été longtemps le meilleur trois-quart centre du monde et le numéro un des joueurs français. Et puisque je parlais de la Suisse, je pense que si Hugo Koblet avait aujourd’hui 25 ou 26 ans, il serait une véritable idole, plus encore que Federer car il avait vraiment tout pour lui et notamment « un look » d’enfer. Ce n’est pas pour rien si on l’avait surnommé " le Pédaleur de charme", au contraire de son grand rival Ferdi Kubler au palmarès plus éloquent encore, mais qui ressemblait à un tâcheron à coté du bel Hugo. De fait on l’appelait "le champion hennissant" avec son nez à la Cyrano et ses grognements en plein effort.
Parmi les sportifs suisses, et pour rester dans le cyclisme, il y en a un qui a été assez vite oublié en dehors des amateurs de cyclisme, Tony Rominger. Et pourtant il a un palmarès enviable, parmi les plus beaux du cyclisme avec entre autres victoires 3 Tours d’Espagne, un Tour d’Italie, 2 Paris-Nice, 3 Tours du pays Basque, 2 Tours de Lombardie et le record de l’heure. Malheureusement pour lui il n’avait pas « le look », et d’ailleurs son surnom dans le vélo était « le dromadaire », ce qui se passe de commentaire. Son successeur dans le cœur des amateurs de vélo suisses, Fabian Cancellera, a déjà un surnom plus parlant puisqu’on l’appelle « Spartacus ». Cela étant je ne pense pas qu’il atteindra au degré de notoriété d’Hugo Koblet, mais il s’en rapprochera pour peu qu’il continue à figurer encore un certain temps parmi les tous meilleurs coureurs actuels, comme en témoignent ses victoires dans Paris-Roubaix ou Milan San-Remo, ses 2 succès dans le championnat du monde contre-la-montre, son titre olympique dans la même spécialité ou sa victoire dans le dernier Tour de Suisse.
Parmi les champions suisses médiatisés il y eut aussi le skieur Pirmin Zurbriggen, qui dans les années 80 fut une grande star avec une médaille d’or en descente aux J.O. en 1988, puis 3 titres mondiaux en descente et au combiné en 1985 et au super G en 1987.En outre il est un des très rares skieurs à s’être imposé dans toutes les disciplines de la Coupe du Monde, qu’il a remportée 4 fois. Enfin n’oublions pas les dames avec Denise Bielmann qui fut championne du monde et d’Europe de patinage artistique en 1981, et qui a laissé son empreinte dans le patinage en étant la première femme à réaliser le triple lutz en 1978, et plus encore en inventant la pirouette qui porte son nom. Elle fut une grande star chez nos amis helvètes, tout comme la tenniswoman Martina Hingis, qui fut la plus jeune numéro 1 mondiale à moins de 17 ans et la plus jeune joueuse à avoir gagné un tournoi du grand chelem, au même âge. Son palmarès est parmi les plus beaux du tennis open avec 5 titres majeurs en simple (3 à Melbourne, 1 à Wimbledon et 1 à Flushing-Meadow), plus 9 titres en double et un en double mixte. Elle aussi fut une star en Suisse, mais je suis sûr qu’elle l’aurait été davantage encore en France. Encore que…je n’en sois pas si sûr, car les critères pour cela sont loin d’être définis.
Michel Escatafal
15:01 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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