06.07.2009

Monshipour, un homme d'honneur

monshipour.jpgJ’ai regardé sur W9 le combat entre Mahyar Monshipour et le Panaméen Anselmo Moreno, champion WBA des poids coqs, qui a conservé son titre. Outre le résultat qui n’a finalement pas beaucoup d’importance à mes yeux, je crois surtout qu’il faut une nouvelle fois se poser la question du devenir de la boxe dans notre pays. Un pays qui est totalement incapable de promouvoir le sport et se contente de « faire des coups » médiatiques. Résultat, alors que l’on a un champion qui a détenu à plusieurs reprises un titre mondial, alors surtout que ce champion essaie d’aider des jeunes espoirs médaillés olympiques, donc très doués, il ne se trouve personne pour le soutenir jusqu’au bout dans son nouveau métier de promoteur.

Certes, je sais que la crise est toujours là, certes je veux bien que l’on discute de certaines aides qui vont permettre de donner une bourse à des boxeurs dans le cadre d’une soirée de boxe, mais personne ne semble réaliser que ce sport a un coté éducatif indéniable, et qu’il permet à des jeunes désoeuvrés de se trouver une occupation à défaut de devenir des champions. Tout cela pour dire que je trouve Mahyar Monshipour bien courageux de s’être lancé dans cette aventure de promoteur-organisateur «  pour son honneur », au lieu d’essayer de préserver ses économies si durement gagnées.

Il aurait d’ailleurs pu se douter que ceux qui l’encourageaient il y a peu dans son entreprise, ne seraient pas forcément enclins à l’aider quand il passerait du projet aux actes. N’oublions pas ce que disait Madame Bachelot, la ministre des Sports qui n’est pas à une galéjade près, lors d’une rencontre l’an passé avec Mahyar Monshipour : « Si la boxe est devenu un sport apprécié en France c’est grâce à des champions tels que Mahyar Monshipour ». Elle reconnaissait en lui « un modèle d’engagement auprès des jeunes dans l’association sportive Sport Education 86 ». Enfin, pour faire bonne mesure, elle l’assurait de son soutien. Bref que des phrases qui sonnent creux, comme seuls les femmes ou hommes politiques sont capables d’en inventer à longueur de journée.

En attendant, comme l’a avoué Mahyar Monshipour à la télévision W9 après son combat, non seulement il a subi une défaite mais surtout il va y être de 70 ou 75000 euros de sa poche. A cela s’ajoute l’argent investi depuis son retour sur les rings et ses débuts de promoteurs, sans oublier les engagements qu’il a pris vis à vis de Daouda Sow et de Khedafi Djelkir, les deux médaillés olympiques de Pékin que j'évoquais précédemment. Et malheureusement pour lui, pour respecter ses ultimes engagements, je ne suis pas convaincu qu’il obtiendra les aides qu’il espérait dans un premier temps de la part des promoteurs privés ou publics.

Certes, il a été aidé lors de son retour sur les rings, mais c’étaient des aides ponctuelles qui n’avaient rien à voir avec la mise en place d’une politique sportive, comme celle du Futuroscope qui, si j’en crois les journaux, a refusé de faire le geste qui aurait pu lui permettre d’équilibrer les comptes de la réunion de samedi dernier. Enfin, faute de voir des combats à la télévision sur les chaînes gratuites, les gens ont perdu l’envie d’aller assister à des combats de boxe. Résultat, on met les places à un tarif obligatoirement assez élevé…et les gradins sonnent creux à certains endroits.

Et pendant ce temps en Italie, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, où on passe de la boxe à la télévision très régulièrement, les promoteurs se battent pour obtenir l’organisation d’un combat comptant pour une couronne continentale ou mondiale. Et le public vient nombreux, vibre, le tout sous les yeux des caméras. Tout cela est pathétique pour notre pays, et j’avais vraiment mal quand j’entendais Mahyar Monshipour dire avec force : « Quand j’aurai 50 ans, je n’aurai pas de regret. Je suis allé au bout de mon histoire » avant d’ajouter : « Le 1er janvier je retournerai travailler avec beaucoup de plaisir au Conseil général de la Vienne ».

Est-ce que vraiment il n’y aurait pas mieux à faire pour un champion de son acabit que retrouver son job administratif, alors que notre pays manque si cruellement d’éducateurs, de techniciens, de promoteurs, bref comme disait la ministre des Sports d’exemples pour les jeunes, et j’ajouterais de gens prêts à investir de leur temps et de leur argent ? Pauvre France, tu ne mérites pas les champions qui te tombent du ciel de temps en temps au milieu de structures administratives, humaines ou techniques d’un autre âge.

Pourquoi un Brahim Asloum, qui serait une grande vedette partout ailleurs en Europe, n’arrive pas à trouver un endroit dans notre pays pour défendre son titre WBA des mi-mouches ? Pourquoi n’y-a-t-il jamais depuis des années un Français dans les cinq premiers du Tour de France ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi…Et dire que si Mahyar Monshipour avait gagné son combat samedi soir, et si plus tard il avait unifié le titre de la catégorie des poids coqs, par exemple au Madison Square Garden à New-York devant les télévisions américaines, il aurait reçu les félicitations du président de la République, de la ministre des Sports, de la présidente de la région Poitou-Charentes, sans oublier peut-être un passage chez Drucker ou à Stade 2 ! Quelle tristesse !

Michel Escatafal

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