30.06.2009
Oh les filles, on veut du spectacle !
Je ne sais pas qui gagnera le tournoi féminin de Wimbledon cette année mais une chose est sûre : celle qui gagnera ne sera pas une joueuse dominatrice comme peuvent l’être chez les hommes un Federer ou un Nadal, ou comme ont pu l’être Chris Evert, Martina Navratilova, ou plus près de nous Steffi Graf. En fait, sur le circuit WTA (féminin) il n’y a pas de véritable numéro une depuis le retraite de Justine Hénin, puisque la tête du classement a été occupée par 4 joueuses en 18 mois, dont deux sans aucune victoire en tournoi du grand chelem, comme c’est le cas avec Dinara Safina ou peu avant avec Jelena Jankovic, chose extrêmement rare chez les messieurs (je ne connais que le Chilien Rios). En tout cas cela dénote l’impossibilité de dégager une vraie hiérarchie dans les grands tournois féminins, où on a l’impression que tout le monde peut battre tout le monde. En fait les deux meilleures sont tout simplement les sœurs Williams qui, à elles deux, ont remporté 17 tournois du grand chelem au cours des dernières annnées (10 pour Serena et 7 pour Venus).
Cela dit les sœurs Williams sont loin d’avoir la constance de celles qui les ont précédées dans les palmarès des tournois du grand chelem, que ce soit Margaret Court avec 24 victoires en 14 ans, Steffi Graf avec 22 victoires en 13 ans, Chris Evert et Martina Navratilova avec 18 victoires en 13 ans l’une et l’autre, sans oublier Billie Jean King qui outre ses 12 victoires en tournois majeurs entre 1966 et 1972 eut le grand mérite de donner une réelle impulsion au tennis féminin professionnel. Si aujourd’hui les féminines touchent des sommes quasiment équivalentes aux hommes dans les grands tournois, elles le doivent pour une bonne part à Billie Jean King. Cela dit combien de temps cela durera-t-il, si toutes les filles jouent de la même manière en tapant de toutes leurs forces et sans la moindre fantaisie mis à part, si j’ose dire, les couinements plus ou moins stridents de ces demoiselles à chaque frappe de balle.
Force est de reconnaître que depuis 10 ans, mis à part Martina Hingis, Amélie Mauresmo et Justine Hénin, toutes ces joueuses donnent l’impression aux spectateurs et téléspectateurs de jouer exactement de la même façon, avec une sorte de désarroi pathétique quand elles tombent sur une adversaire qui leur pose quelques problèmes. Résultat, il y a de plus en plus de gens à regretter le bon vieux temps où l’on donnait en exemple à ceux qui s’initiaient au tennis…les joueuses plutôt que les joueurs. Je puis en témoigner à titre personnel car ayant appris à jouer sur le tard, mon professeur de tennis me conseillait d’aller à Roland-Garros voir jouer Chris Evert parce que c’était la perfection sur le plan technique. De nos jours au contraire, on a l’impression que toutes les meilleures ont tendance à jouer comme les anciens « crocodiles » de la terre battue, à savoir les Vilas, Solomon, Dibbs ou Higueras, ce qui explique pourquoi Wilander parle tout simplement de « filles élevées en batterie », d’autant qu’elles sont toutes ou presque issues des mêmes académies.
En outre ces demoiselles programmées très tôt pour cogner et gagner, arrivant sur le circuit très jeunes dans les bagages de leurs parents, et plus particulièrement de quelques pères que Cathy Tanvier a qualifiés « d’immondes » dans un livre souvenir, ont une carrière qui le plus souvent ne dure que quelques années, sous le poids des efforts faits dès le plus jeune âge et des blessures y afférents. Combien de ces jeunes filles gagnent quelques tournois, montent dans le classement, et ensuite disparaissent aussi vite qu’elles sont venues…comme Cathy Tanvier dont j’ai évoqué le nom, et qui fut hélas une sorte de précurseur à ce niveau. En effet, après des débuts prometteurs à 16 ans, dans les années 80, Cathy Tanvier n’a jamais confirmé et a fini sa carrière dans des conditions indignes de son talent. La « borguette », en référence à Bjorn Borg dont elle avait imité tous les tics y compris le bandeau et les boucles blondes, comme la chèvre de Monsieur Seguin s’était bien battu pendant quelque temps…avant de succomber sous de multiples pressions, sans avoir profité des avantages financiers que procure la peopolisation, au contraire de certaines de ses collègues qui pourtant ont un palmarès quasiment identique au sien.
Tout cela pour dire que les vrais amateurs de tennis regrettent des filles comme Martina Navratilova ou Jana Novotna, qui battit Nathalie Tauziat dans une finale de Wimbledon, qui étaient l’équivalent chez les hommes d’un Stefan Edberg, véritable référence sur le plan de la beauté du jeu. Du coup, de nouveau on ne parle que du tennis masculin avec les duels au sommet qui sont nombreux entre, non seulement Nadal et Federer, mais aussi Djokovik, Murray et quelques autres comme Tsonga et Monfils dont la « folie » ravit les fans de ce sport. Avec tous ces joueurs le spectacle est garanti, et c’est pour cela que les gens aiment le tennis. Peu importe ensuite que ce soit toujours le même qui gagne ou qui se retrouve en finale comme Federer, l’essentiel c’est d’avoir droit à des finales comme celles qui ont opposé Nadal à Federer à Wimbledon l’an passé et à Melbourne cette année, où les joueurs pratiquent un super tennis pendant 3 ou 4 h. Alors attendons que la relève chez les féminines voit l’émergence d’une nouvelle Martina Hingis, en espérant que cela arrive le plus rapidement possible sous peine de voir le fossé se creuser définitivement entre les circuits féminin et masculin.
Michel Escatafal
11:27 Publié dans tennis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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