26.06.2009
Le principal rival de Contador dans le prochain Tour de France...
Quand on voit les noms qui sont alignés par l’équipe Astana pour le Tour de France, on se dit qu’avec un leader unique cette équipe aurait été absolument imbattable. Et normalement ce leader unique aurait dû être Alberto Contador, qui a déjà gagné à 26 ans les 3 grands tours (France, Italie et Espagne). D’ailleurs dans toute autre équipe il le serait, et je suis persuadé que tous les directeurs sportifs se réjouiraient d’avoir un tel joyau comme figure de proue. Tous les directeurs sportifs…sauf un Johan Bruyneel, parce que Bruyneel est celui qui a dirigé Armstrong et son équipe (US Postal et Discovery Channel) pendant les 7 victoires du coureur américain. C’est donc une relation plus amicale que professionnelle qui unit les deux hommes. Je ne suis pas sûr que ce soit la même chose entre Contador et Bruyneel.
Déjà au vu de la composition de l’équipe Astana pour le Tour j’ai bien vu que Contador n’avait pas eu totale satisfaction, car il avait souhaité avoir à ses cotés ses deux plus fidèles lieutenants, Paulinho et Noval. Il y aura Paulinho, mais pas Noval. Or en lisant son blog, j’ai vu qu’Alberto Contador avait reconnu la montée vers Arcalis avec Benjamin Noval, qualifié sur le site comme un homme de confiance du crack espagnol. J’en conclus donc que Contador aura beau porter le maillot d’Astana avec le numéro du leader, il ne le sera pas davantage qu’Armstrong. D’ailleurs celui-ci pourra compter sur des équipiers comme Leipheimer et Popovych qui lui sont totalement dévoués.
Est-ce si difficile d’avoir plusieurs coureurs dans une équipe capable de gagner le Tour ? Non si l’équipe fonctionne parfaitement, c’est-à-dire si ce sont bien les circonstances de la course qui font la différence. L’an dernier dans l’équipe Saxo-Bank cela avait bien fonctionné entre les frères Schleck et Sastre, les rouages apparaissant parfaitement huilés dans cette formation. Il faut ajouter que la défaillance d’Andy Schleck dans les Pyrénées avaient facilité les choses, sachant que Carlos Sastre est meilleur grimpeur que Franck Schleck. De plus, Sastre avait aussi bénéficié du soutien de l’équipe Saxo-Bank qui défendait le maillot jaune de Franck Schleck. Et dans la montée vers l’Alpe d’Huez Andy Schleck avait fait preuve de beaucoup d’altruisme envers son frère, et avait contré toutes les attaques de ceux qui étaient susceptibles d’essayer de revenir sur Sastre. C’était de la belle ouvrage !
Quelque chose me dit en revanche que cela ne se passera pas comme cela chez Astana…sauf si Armstrong n’est pas du tout dans le coup. Et pour ma part c’est une hypothèse à laquelle je ne crois pas trop, même si à presque 38 ans il serait pour le moins surprenant qu’il puisse battre « à la pédale » un coureur aussi doué que Contador…qui a 12 ans de moins. Il y a quand même des lois de la nature, même si un coureur comme Zoetemelk a été champion du monde à 39 ans, et si Raymond Poulidor est monté sur le podium du Tour de France à 40 ans. Cela dit ni l’un, ni l’autre, n’avaient interrompu leur carrière pendant 3 ans. Malgré tout, Armstrong sera très performant sur le Tour, comme il l’a prouvé déjà à la fin du Giro où il accompagnait les meilleurs très loin dans les cols, ce qui est une mauvaise nouvelle pour Contador. Dans ces conditions il paraît inconcevable de voir Armstrong faisant le train pour son leader, dès les premières étapes de montagne. Au contraire, il fera tout pour profiter du travail des équipiers…et de Contador.
Heureusement pour Contador, celui-ci en cas de problème n’aura pas que des ennemis. J’ai du mal à croire que les coureurs de la Caisse d’Epargne, équipe espagnole comme son nom ne l’indique pas, fassent une quelconque misère à Contador qui a si bien travaillé pour Valverde au Dauphiné Libéré. D’ailleurs Cadel Evans lui-même a affirmé que ce Dauphiné c’était un match entre l’Espagne et l’Australie. Pour avoir suivi la course à la télévision c’est effectivement cette impression que j’ai eue. De toutes façons des alliances dans le Tour il y en a toujours eu, et parfois pas du tout celles qu’on attendait.
Prenons le cas du Tour 1959 qui a vu la victoire de Bahamontes, lui aussi coureur espagnol et lui aussi grand grimpeur comme Contador, sauf que Contador est nettement meilleur que ne l’était l’Aigle de Tolède contre-la-montre et en descente. Cette année-là donc, il y a tout juste 50 ans, la situation dans l’équipe de France ressemblait un peu à celle de l’équipe Astana cette année avec deux voire 3 leaders potentiels, Jacques Anquetil, Roger Rivière et Louison Bobet, ce dernier au prestige déclinant. De plus, pour compliquer la chose il y avait hors de l’Equipe de France Henri Anglade, le champion de France, évoluant dans une équipe régionale (Centre-Midi) à sa totale dévotion.
Le marquage impitoyable que se sont réservés Anquetil et Rivière était évidemment une aubaine pour lui. Et il en profita si bien que dans la grande étape alpestre (Grenoble-Aoste) il était en position de remporter le Tour de France. Anglade en effet, qui avait attaqué dans le col du Petit-Saint-Bernard, était échappé avec deux grands rouleurs à ses cotés, Ercole Baldini l’ancien recordman du monde de l’heure et Gérard Saint un grand espoir du cyclisme à cette époque, alors que le maillot jaune Bahamontes, déjà piètre descendeur et qui venait de crever deux fois, se trouvait en perdition.
Heureusement pour lui, Anquetil et Rivière qui n’étaient d’accord sur rien sauf empêcher Anglade de gagner le Tour, avaient été eux aussi retardés par une crevaison. Bien que n’ayant plus aucune chance de gagner le Tour, ils décident néanmoins de mener une chasse effrénée avec Bahamontes sur le porte-bagage. Avec deux rouleurs de cet acabit, peut-être les deux meilleurs de l’histoire du vélo, Bahamontes avait touché le gros lot pour pouvoir défendre son maillot. Et finalement il préservera la plus grande partie des 4mn41s d’avance qu’il avait au départ de l’étape, car à l’arrivée le trio Anquetil-Rivière et Bahamontes s’était rapproché à 47 s à l’arrivée à Aoste.
Et voilà comment on peut perdre un Tour de France avec un « micmac » franco-français ou a contrario comment on peut le gagner grâce à une alliance providentielle…qui n’aurait pas été possible si l’équipe de France n’avait pas eu plusieurs leaders. Si elle n’en avait eu qu’un seul, et surtout si Anquetil et Rivière n’avaient pas couru dans la même équipe, il est quasi sûr que Rivière aurait gagné le Tour car il avait dominé Anquetil dans les deux étapes contre-la-montre, et avec une équipe à sa disposition (comme Anglade) il ne se serait pas laissé surprendre dans l’étape du Tourmalet ou encore dans celle d’Aurillac qui lui coûtèrent la victoire.
Contador sera donc peut-être bien heureux, lui aussi, de pouvoir compter sur quelques alliés providentiels pour pouvoir gagner son deuxième Tour de France, dont il sera malgré tout le grand favori. A voir la facilité avec laquelle il répliquait dans le Dauphiné aux attaques de Cadel Evans en montagne, il est inconcevable que sauf accident il ne triomphe pas tellement il est supérieur en montagne à tout le peloton. En fait le principal rival de Contador est son équipe qui va le soumettre à une énorme pression, avant éventuellement de se mettre à sa totale disposition. Espérons pour lui que tout le monde se montre plus intelligent que ne l’ont été les coureurs de l’Equipe de France en 1959, auquel cas un Carlos Sastre pourrait bien renouveler son bail avec le maillot jaune, sans oublier Andy Schleck, Evans, Menchov ou encore Franco Pelizzotti dont personne ne parle, mais qui est à la fois bon rouleur et excellent grimpeur.
Michel Escatafal
09:26 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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