24.06.2009
Pauvre sport français !
Aujourd’hui remaniement ministériel oblige, je vais dire quelques mots sur les sportifs reconvertis en politique, et qui par conséquent ont été ministres. Cela dit j’ai quand même quelque difficulté à comprendre que l’on ne mette pas à ce poste un authentique sportif. Celui-ci en effet, bien encadré, devrait quand même arriver à faire évoluer certaines choses dans le sport, notamment dans le sport de haut niveau, même si l'on est obligé de constater que tous les ministres qui ont été de brillants sportifs n’y sont pas réellement parvenus. D’ailleurs leur empreinte est quasi nulle en tant que ministre de la République, et les gens continuent à ne se souvenir d’eux que comme sportifs.
En attendant, avec la nomination de la nouvelle secrétaire d’Etat aux Sports en remplacement de l’ancien sélectionneur du XV de France Bernard Laporte, il y a peu de chances que les choses évoluent, dans la mesure où elle n’a jamais fait étalage de son goût pour le sport. En fait tout le monde a l’impression que Nicolas Sarkozy ne savait pas trop quoi faire de Rama Yade, donc elle a atterri aux sports, ce qui montre encore une fois le peu de considération que le pouvoir a pour le sport. Cela ne veut pas dire pour autant que les pouvoirs précédents en avaient beaucoup plus, même en nommant des sportifs prestigieux comme ministre, car si cela avait été le cas notre pays ne serait pas dans un tel état de délabrement en termes d’infrastructures. D’autre part nous aurions obtenu au moins une fois l’organisation des Jeux Olympiques, que nous n’avons pas organisés…depuis 1924, alors que le Comité International Olympique a été créé en 1894 sous l’impulsion d’un Français, le baron Pierre de Courbetin.
A ce propos, comme je l’avais souligné dans un précédent article, si nous n’avons pas obtenu l’organisation des Jeux Olympiques en 2012, c’est uniquement parce que les hommes politiques professionnels se sont emparés complètement du dossier au détriment des sportifs. C’est une erreur que n’avait pas commise Tony Blair, le Premier ministre britannique de l’époque, en mettant en première ligne Sebastian Coe, double champion olympique du 1500m (1980 et 1984). On a beau dire mais face à Coe, il valait mieux par exemple un tandem composé du ministre des Sports J.F. Lamour (ancien champion olympique d’escrime) et de Stephane Diagana, qui a été champion d’Europe et du monde du 400 m haies et champion du monde du 4X400m, plutôt qu’un Jean-Pierre Raffarin ou un Bertrand Delanoë. Ce n’était pourtant pas difficile à comprendre !
Parlons donc de ces ministres qui, à défaut d’avoir marqué leur passage dans les affaires publiques, ont été des acteurs majeurs de l’histoire du sport français. Le premier d’entre eux qui me vient à l’esprit s’appelle Alain Calmat. Il a fait une très belle carrière de patineur, puisqu’il a été 3 fois champion d’Europe de 1962 à 1964, et une fois champion du monde en 1965. Il aurait même dû être champion olympique en 1964 s’il n’avait pas été victime d’une machination au bénéfice d’un Allemand moins talentueux que lui, Schnelldorfer. C’était l’époque où dans le patinage artistique les figures imposées comptaient autant que les figures libres, ce qui faisait le régal des juges. Je ne dis pas qu’aujourd’hui il n’y a pas encore quelques injustices, mais le système est quand même meilleur. Quant à Calmat, à 24 ans, après avoir arrêté sa carrière sur un titre de champion du monde, il reprendra ses études et deviendra chirurgien avant de faire partie du gouvernement Fabius entre 1984 et 1986. A mon avis il était plus à l’aise sur la glace ou dans les salles d’opération que dans la politique !
Le second ministre auquel je pense fut une de mes idoles de jeunesse, Roger Bambuck. Il m’avait fait même lever à 2h du matin en 1967 lors d’un match Amérique-Europe à Montréal, où il avait dominé les sprinters américains. En 1968 il sera même un éphémère recordman du monde du 100m en 10s (manuel), avant que celui-ci ne soit battu moins d’une heure après par Jim Hines, qui sera quelques semaines plus tard champion olympique à Mexico, et Charles Greene. Il aurait pu monter sur le podium olympique s’il n’avait été amoindri par une angine au moment des Jeux. Il aurait même dû être champion olympique du 4X100m sans un passage de témoin catastrophique entre Piquemal et lui en finale de l’épreuve. Il sera ministre du gouvernement Rocard entre 1988 et 1991. En tout cas, il restera pour moi le plus grand sprinter (homme) de l’histoire de l’athlétisme français.
Bien entendu on ne peut pas faire ce tour d’horizon sans parler de Guy Drut, champion olympique du 110m haies à Montréal en 1976, après avoir eu la médaille d’argent en 1972. C’est un exploit extraordinaire qu’avait réalisé Drut, car c’était la première fois qu’un Européen gagnait le titre suprême sur la distance. Cela dit son engagement politique (RPR) très connu et affirmé, ne lui avait pas permis de faire l’unanimité sur son nom. Il avait même divisé la France en deux si j’ose dire. Pour ma part j’ai retenu que ce fut un de nos plus brillants athlètes toutes périodes confondues. Pour le reste, son engagement politique lui permit d’être député-maire de Coulommiers (77) et ministre des Sports dans le gouvernement Juppé (1995-1997). Je ne me souviens plus du tout de lui dans cette fonction.
Pas plus d’ailleurs que de Jean-François Lamour qui fut ministre des Sports pendant tout le quinquennat de Jacques Chirac. En revanche, même si je ne connais pas ce sport, je sais qu’il fut deux fois champion olympique du sabre, la première fois à Los Angeles en 1984, en l’absence des pays de l’Est, titre qu’il confirma par un titre mondial en 1987 et surtout par un nouveau titre olympique en 1988 à Séoul où, cette fois, tous les meilleurs étaient présents. Il poursuit toujours sa carrière politique puisqu’il est député de Paris (UMP). Comme les autres champions dont j’ai parlé, on se rappellera surtout du grand champion qu’il fut dans un sport très ancien et qui figure au programme des Jeux Olympiques depuis 1896.
Michel Escatafal
14:59 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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