22.06.2009

La perche française peut rêver de nouveau

lavillénie.jpgDe quoi pourrions-nous parler aujourd’hui, tant les sujets d'actualité sont nombreux ? De l’affaire de la présidence de l’OM avec ses multiples rebondissements ubuesques qui, en attendant, ont empêché jusque là le club de recruter ? C’est un sujet qu’il sera intéressant d’évoquer quand tout cela sera fini. Des combinaisons homologuées ou non sans que personne n’y comprenne rien ? Là aussi, il faut attendre la suite, et notamment voir comment les nageurs vont utiliser leurs équipements sachant que certains sont payés, parfois très chers, pour porter un type de combinaison et pas un autre. Je crois donc qu’il est plus intéressant d'évoquer les 6m01 réussis à la perche par le jeune Français, champion d’Europe en salle, Renaud Lavillénie.

Cette magnifique performance autorise bien des espoirs et nous rappelle en même temps de bons souvenirs, la perche étant une spécialité bien française qui nous a rapporté beaucoup de médailles au cours des dernières décennies. Déjà nous avons eu deux champions olympiques, avec Quinon en 1984 et Galfione en 1996. Peu de spécialités dans l’athlétisme français ont été aussi prolifiques en médailles olympiques, d’autant que Vigneron a aussi gagné la médaille de bronze en 1984 aux Jeux Olympiques. Beaucoup d’autres suivront depuis cette époque que ce soit aux championnats d’Europe ou aux championnats du monde.

A cela s’ajoute les records du monde battus au début des années 80, c’est-à-dire entre 1980 et 1984. Ce fut Vigneron qui battit ce record du monde le premier, justement le 1er juin 1980 à Colombes lors des championnats interclubs. Il passa ce jour-là 5,75m et redonna à la France le record du monde du saut à la perche qu’elle n’avait plus détenu...depuis 1905. A l’époque  c’était Fernand Gonder, qui avait pour surnom « le casse-cou », qui avait sauté d’abord  3,69 m en 1904 …avec une perche en bambou et l’année suivante 3,74 m. Peu après l’exploit de Vigneron,  Philippe Houvion portera ce record à 5,77m.

Philippe Houvion était le fils de son père, excellent perchiste des années 60 et entraîneur notamment de Jean Galfione, qui avait été le pionnier de la perche en fibre de verre ce qui lui permit de franchir 4,87 m en 1963, alors qu’il plafonnait à 4,40m deux ans plus tôt avec la perche en métal. Cette révolution, qui permettait de pulvériser les records presque à chaque meeting, ressemble un peu  à celle que l’on connaît aujourd’hui avec les combinaisons en polyuréthane de la natation. Le record du monde va en effet passer entre 1961 et 1994 de 4,83m (Georges Davis) à 6,14m (Bubka) soit une différence de 1,31m, alors qu’entre 1898 et 1960 on est passé de 3,61m (Clapp) à 4,82m (Gutowski) soit 1,11m de plus.

Pour revenir aux Français recordmen du monde, il y eut de nouveau Vigneron en 1981 avec 5,80m, puis  en 1983 Quinon qui l’amènera en août à 5,82m, puis encore  Vigneron qui passera 5,83m en fin de saison. Ensuite en 1984 commencera le règne du plus grand perchiste de tous les temps, du moins avec la fibre de verre, l’Ukrainien ex- Soviétique Bubka. Il battra son premier record du monde en mai 1984 avec 5,85m et l’améliorera sans discontinuer jusqu’en 1994 avec 6,14m à Sestrières. Il franchira même 6,15m en salle en 1993. Cela dit, il y a quand même un sauteur qui a réussi à prendre le record du monde à Bubka pendant son règne, Thierry Vigneron encore lui.

Oh certes, il ne redevint recordman du monde qu’une dizaine de minutes le 31 août 1984 à Rome, mais c’est quand même à signaler. En fait, si Vigneron reprit le record du monde c’est parce qu’il tenta et passa  5,91m à son second essai, soit un centimètre de mieux que le record mondial de Bubka, alors que ce dernier a préféré garder ses deux derniers essais pour tenter 5,94m, hauteur qu’il franchit à sa première tentative. Plus personne à l’avenir ne réussira à s’élever aussi haut que Sergueï Bubka qui aura battu en tout 35 fois le record du monde entre la salle et le plein air. Aujourd’hui encore le meilleur saut derrière Bubka se situe à 6,05m.

C’est dire la portée de l’exploit de Renaud Lavillénie,  avec ses 6,01 m réussis hier, qui pourrait bien devenir le nouveau roi de la spécialité car il n’a pas encore 23 ans. En plus il semble n’avoir peur de rien comme en témoigne les 6,10m qu’il a tentés après son exploit. Il avait déjà montré auparavant qu’il avait les nerfs solides puisqu’il avait remporté cet hiver le championnat d’Europe en salle. Bref, Renaud Lavillénie a tout pour être un futur très grand champion. En tout cas son prédécesseur comme recordman de France, mais aussi ancien champion olympique et champion du monde en salle avec 6m, Jean Galfione, croit beaucoup en lui. On peut donc espérer que, dès cette année aux championnats du monde, Lavillénie nous amène une belle médaille, pourquoi pas en or. En tout cas avec lui et Romain Mesnil (vice champion du monde et d’Europe), la perche française a renoué avec ses rêves de grandeur.

Michel Escatafal

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