19.06.2009
Qui fait le spectacle en F1? Les pilotes sur des machines fabriquées par les constructeurs...
Si tout va bien le championnat du monde de F1 devrait fêter l’an prochain sont soixantième anniversaire, mais rien n’est moins sûr car, apparemment, le conflit est profond entre la FIA (fédération internationale) et la FOTA (le groupement des constructeurs). Ce sujet je l’ai déjà évoqué plusieurs fois sur ce site, mais je crois que cette fois il y a un risque important de voir le championnat, tel que nous le connaissons depuis 1950, vidé de son sens. Pourquoi ? Tout simplement parce que personne ne veut céder dans le bras de fer qui oppose les constructeurs à la FIA et au grand argentier ou, pour être plus précis, au président de la FIA, Max Mosley, et à Bernie Ecclestone, l’un et l’autre s’accrochant avec force à leur pouvoir…malgré leur âge. En effet Mosley a 69 ans et Ecclestone va avoir 79 ans, ce qui devrait les inciter à envisager sérieusement de se mettre en retraite.
En attendant ils dirigent toujours l’un comme l’autre « leur machin », et ils veulent continuer à décider de tout ce qui concerne la F1. Problème, ils ont affaire à forte partie, car pour la première fois depuis très longtemps les constructeurs semblent unis pour faire entendre leur voix. Après tout, ces derniers sont quand même en position de force car ce sont eux qui paient pour courir et la F1 sans eux…ne serait plus la F1. Imaginons un instant que la FOTA crée sa propre compétition : dans ce cas chacun sait bien vers qui se déplaceraient les spectateurs et téléspectateurs. Ils iraient là où se trouveraient Ferrari, Mac Laren, Renault, Toyota, Brawn, BMW, Red Bull et Toro Rosso. Ils iraient là où ils pourraient voir Raikkonen, Alonso, Hamilton, Massa, Vettel, Trulli, Kubica, Button, Webber pour ne citer qu’eux.
Cela signifie que dans cette affaire les constructeurs ont tous les atouts de leur coté, mis à part le label « championnat du monde de F1 », mais si un championnat parallèle était créé gageons que très vite celui-ci serait de nouveau intégré dans le giron de la FIA…qui n’aurait pas le choix. Les gens, je le répète, ne se déplaceront pas pour voir des pilotes de second plan et un plateau sans prestige, surtout si la FOTA tient sa promesse de mettre des prix plus bas que ceux d’aujourd’hui qui sont tout à fait exorbitants. Ils le sont tellement qu’en Turquie, lors du dernier grand prix, il y avait 32.000 spectateurs sur un circuit contenant 130.000 places disponibles. C’est ce qui s’appelle « un bide » complet. Mais comment pourrait-il en être autrement avec des places assises valant entre 240 et 335 euros, et des places à 43 euros où on ne voit pratiquement rien !
Certains vont me faire remarquer que la Turquie n’est pas un pays de tradition automobile, mais je répondrais que sur le circuit mythique de Spa-Francorchamps, haut lieu du championnat du monde depuis ses débuts, il n’y avait que 52.000 spectateurs l’an passé. Pour mémoire lors des premiers championnats du monde dans les années 50, on enregistrait systématiquement plus de 100.000 spectateurs à chaque grand prix avec des pointes à 260.000, comme au Nurburgring en 1952. Cela Bernie Ecclestone devrait s’en rappeler d’autant qu’à cette époque il avait déjà 22 ans. Mais apparemment ce n’est pas le cas, à moins qu’il n’ait pour principal souci l’argent que rapporte la F1. En tout cas il se moque de l’histoire car il a décidé de rayer d’un trait de plume le circuit de Silverstone, au grand dam des pilotes qui apprécient beaucoup ce circuit, à la fois rapide et technique, et qui faisait la fierté de tous les pilotes anglais. Désormais le grand argentier a décidé que si un grand prix doit avoir lieu en Angleterre, ce sera à Donington, même si tout est à reconstruire sur ce circuit.
Peu importe à Ecclestone que Silverstone ait été le lieu où s’est disputé le premier grand prix de l’histoire de la F1, sur un aérodrome abandonné par les célèbres « Spitfire ». C’était le 13 mai 1950 et cette course avait vu la victoire de Farina, qui aura été à la fois le premier poleman, le premier vainqueur d’un grand prix de F1 et le premier champion du monde…devant celui qui allait devenir pour des années la référence absolue, à savoir l’Argentin J.M. Fangio. Celui-ci en effet remportera le titre en 1951 et de 1954 à 1957 sur Alfa-Romeo, Mercedes, Ferrari et Maserati. A noter que sur les marques que je viens de citer il y en a encore deux en course, même si Mercedes n’est qu’associé à Mac Laren. Cela dit Mercedes motorise aussi l’écurie du probable champion du monde de cette année (Button sur Brawn GP).
Si je rappelle cela c’est pour montrer que, quoi que puissent penser Messieurs Mosley et Ecclestone, il y a aussi un poids de la tradition en F1 à travers les écuries et les circuits. Ecclestone a eu grand tort de refuser un Grand Prix de France, même si le circuit de Magny-Cours n’est pas facile d’accès, car c’est quand même la France qui a permis au sport automobile de devenir ce qu’il est de nos jours. Notre pays a la plus grande épreuve du monde, les 24 heures du Mans, qui a accueilli plus de 235.000 spectateurs le dernier week-end, mais c’est aussi celui qui a abrité le premier grand prix de l’après-guerre à Nice, sur la Promenade des Anglais, en avril 1946. Mais beaucoup d’autres grands prix ont été organisés dans notre pays dans les mois et les années qui ont suivi, notamment à Marseille, Albi, Perpignan, Nantes, Dijon, Saint-Cloud, Roubaix, et plus tard à partir de 1947 dans une petite ville comme St Gaudens (12.000 habitants), sur le circuit du Comminges où s’entassaient des dizaines de milliers de spectateurs (80.000 en 1948) et qui a vu triompher des pilotes aussi prestigieux qu’Ascari et Villoresi.
Alors si je ne suis pas contre le fait d’organiser un grand prix à Singapour ou Barhein, je pense que cela n’empêche pas de respecter les pays pionniers du sport automobile…où se situent l’essentiel des fans de la discipline. En outre, pourquoi vouloir à tout prix changer les règles tous les ans sachant que la F1 a nécessairement un coût élevé pour les constructeurs qui, toutefois, devraient pouvoir s’y retrouver en termes d’investissement par la publicité qu’ils peuvent en retirer. En outre pourquoi vouloir créer un championnat à deux vitesses au nom de la limitation des coûts, qui détruit l’image même du sport automobile, alors que cette année le championnat est dominé par une des écuries les moins riches du plateau.
Max Mosley semble avoir oublié que la F1 est une discipline où les ingénieurs de génie sont légion, et que ceux-ci ont souvent permis à leur équipe de compenser, grâce à une géniale trouvaille, l’argent dont disposait des grands constructeurs. Ce fut le cas dans les années 60 et 70 de Colin Chapman, créateur de Lotus, de Patrick Head chez Williams dans les années 70 et 80, et de nos jours d’Adrian Newey chez Red Bull ou Ross Brawn qui, avant d’être le patron de son écurie, est passé chez Benetton et Ferrari. Et oui la F1 ce n’est, ou ce ne devrait pas être que du fric. D’ailleurs celui-ci ne suffit pas pour gagner sinon l’écurie Toyota serait championne du monde, alors qu’elle attend toujours sa première victoire !
Michel Escatafal
16:16 Publié dans automobile | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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