17.06.2009
Un Britannique enfin vainqueur à Wimbledon?

Bien que les Anglais ou disons les Britanniques aient inventé le tennis, lui-même issu du jeu de paume, rares ont été les grands joueurs britanniques depuis que le tennis s’est universalisé. Pire même, ils n’ont plus eu de vainqueur d’un tournoi du grand chelem depuis…1936. Ce joueur, qui avait remporté 8 tournois du grand chelem (comme Rosewall, Connors, Lendl ou Agassi), s’appelait Frederik Perry et il a été le premier Britannique vainqueur à Wimbledon depuis l’année de sa propre naissance en 1909. Outre son palmarès, Fred Perry a la particularité d’avoir été d’abord le premier champion anglais d’origine modeste (son père était ouvrier), et d’avoir abandonné le pantalon pour le short en 1933 en même temps d’ailleurs qu’un autre joueur anglais, Harry Austin, et que le Français Cochet. Hors des courts il a également créé sous son nom une griffe vestimentaire bien connue.
Revenons à son palmarès pour dire qu’il fait partie des rares joueurs ayant remporté les 4 tournois du grand chelem au moins une fois, comme Budge, Laver, Emerson, Agassi et Federer. Ce club est quand même très fermé, ce qui situe la valeur de ce joueur qui a aussi gagné à 4 reprises la Coupe Davis (45 victoires en 52 matches joués). Bref un immense joueur qui fait partie de la grande histoire du tennis. Et en plus il fut un pionnier du professionnalisme, puisqu’il signa un contrat en 1936 pour une tournée contre un Américain du nom de Vines qui lui permettra de gagner 250.000 dollars. Ce passage chez les pros fera scandale au point qu’excédé par les polémiques Perry demandera la nationalité américaine. Depuis les Britanniques n’ont plus eu de joueur figurant parmi les tous meilleurs mondiaux. Ils auront quelques excellents joueurs comme Billy Knight, Robert Wilson, Mike Sangster, Roger Taylor, Mark Cox, John Lloyd, Buster Mottram, Tim Henman ou Greg Rusedski, mais aucune grande vedette du circuit.
Cela dit il semble que ce temps soit révolu, car ils ont découvert il y a peu (en 2005) un joueur qui est aujourd’hui n°3 mondial après une série d’excellents résultats depuis la mi- 2008, ponctués par une place en finale de l’US Open (battu par Federer) et par 4 titres en 2009, dont le dernier remporté dimanche dernier au tournoi du Queen’s. Si l’on ajoute à cette régularité dans les performances 4 victoires de suite sur Roger Federer, cela donne aux Anglais et aux Britanniques l’occasion de rêver, et notamment d’une victoire au prochain Wimbledon. J’aurais tendance à dire : heureux Britanniques, car je crains qu’en France nous n’ayons pas pour le moment de joueurs du niveau de Murray.
J’insiste sur l’adjectif « britannique » car Murray est Ecossais, et les Anglais ont quelque peine à l’adopter et à avoir pour lui l’engouement que les Français ont eu par exemple pour Yannick Noah. Il paraît même qu’il y a des t-shirts qui fleurissent à Wimbledon sur lesquels est écrit : « Anyone but Murray ». Pourquoi nombre d’Anglais préfèrent-ils n’importe qui à Murray ? Tout d’abord parce que Murray est d’abord Ecossais avant d’être Britannique et le revendique sans ambages. Pire même pour lui, ce qui explique l’histoire des t-shirts, il aurait dit un jour à des journalistes au moment de la dernière coupe du Monde de football : « Anyone but England ». Et comme en plus il est parfois mal embouché, cela a de quoi choquer le public policé qui arpente les courts de Wimbledon.
Il paraît qu’il a compris le danger de n’avoir pas avec lui le soutien du public s’il veut gagner Wimbledon, et que par conséquent il fait quelques efforts en termes de communication. Cela sera-t-il suffisant face à un Federer, champion adulé partout dans le monde, si par cas il se retrouve en finale contre lui ? Je ne sais pas, mais apparemment le jeune homme est nettement meilleur raquette en main que comme communicant. Cela étant pour remporter un tournoi du grand-chelem il vaut mieux qu’il en soit ainsi, d’autant que s’il gagne à Wimbledon il trouvera nombre de conseillers pour lui donner un aspect davantage « bon chic, bon genre ».
En tout cas, en attendant de savoir si Nadal sera de la partie, le plus vieux des tournois du Grand-Chelem (créé en 1877) s’annonce somptueux, sur une surface où l’on joue très peu de nos jours en dehors du mois de juin. Et puis il y a la tradition dans ce temple du tennis, qui pourrait paraître un peu pesante mais à laquelle tout le monde se prête de bonne grâce depuis des décennies. Les dames ont souffert de cette tradition à partir de 1884. Par exemple en 1887, on considéra que Lottie Dod avait battu son adversaire en finale Mlle Bingley (6-2,6-0)…parce qu’elle portait une jupe courte lui arrivant au haut de la cheville. Autre scandale en 1905 avec la victoire de May Sutton, l’Américaine (première étrangère au palmarès), qui a cumulé les audaces d’abord en servant au dessus-de la tête, ensuite en portant une jupe qui couvrait seulement une partie du mollet, et enfin parce qu’elle avait retroussé ses manches…ce qui paraît-il avait handicapé l’autre finaliste, Mlle Douglas (6-3,6-4). Shocking !
Michel Escatafal
12:16 Publié dans tennis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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