12.06.2009

Heureusement que l'argent ne fait pas tout dans le sport...

real madrid.jpgQuelle est la différence entre le Real Madrid de la fin des années 50 et celui d’aujourd’hui ? Si je pose la question, c’est parce qu’il y a une cinquantaine d’années comme de nos jours le Real achetait les meilleurs joueurs de la planète, parfois d’ailleurs pour ne pas les faire beaucoup jouer (Didi). Cela dit le Real des années 50 avait les moyens de sa politique. Par ailleurs le Real de Santiago Bernabeu gagnait chaque année la Coupe d’Europe des clubs champions, ce qui n’est plus le cas de celui de Perez et Calderon. A ce propos, il faut noter que Santiago Bernabeu fut président du Real Madrid pendant 35 ans, alors que depuis  1995 le Real vient de changer pour la 4è fois de président.

Tout cela signifie que, hormis le désir exacerbé de grandeur de la part du club le plus mythique de la planète, le Real de Florentino Perez n’a plus rien à voir avec celui de Santiago Bernabeu et son fidèle gestionnaire Raimundo Saporta, dont Raymond Kopa disait que pour parler affaire il fallait toujours s'adresser à lui. Au passage j’en profite pour dire qu’à cette époque la section basket du Real Madrid était presque aussi prestigieuse que la section football. Elle gagnait en effet presque chaque année le championnat d’Espagne et ensuite la Coupe d’Europe quand elle fut créée, notamment 4 fois entre 1964 et 1968. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, la dernière victoire en C1 de la section basket du Real Madrid remonte à 1995, et depuis cette date elle n’a remporté que 3 fois le championnat d’Espagne. Les résultats ne sont plus du tout les mêmes, et c’est aussi le cas pour le football.

En football comme je l’ai rappelé précédemment,  le grand Real a remporté la Coupe d’Europe 5 fois consécutivement entre 1956 et 1960. La galaxie madrilène comptait dans ses rangs à cette époque quelques uns des meilleurs footballeurs de la planète venus d’Argentine comme  Di Stefano et Rial, de France comme Kopa, de Hongrie comme Puskas, du Brésil comme Didi, d’Uruguay comme Santamaria, plus des joueurs internationaux espagnols comme Marquitos, Lesmes, Munoz, Zarraga ou Gento. De nos jours le Real compte moins de joueurs de premier plan espagnols dans ses rangs, pour la bonne raison que le club n’achète que des joueurs étrangers pour renforcer son équipe. Renforcer d’ailleurs c’est beaucoup dire quand on voit le nombre de joueurs  qui cirent  le banc sans jamais jouer, dont certains auraient même du mal à avoir leur place dans de nombreux  clubs français.

Cela étant revenons au palmarès du Real Madrid depuis les débuts de l’ère Perez en 2000. Depuis cette date le Real a gagné une fois la C1 en 2002 et quatre fois la Liga (championnat d’Espagne). C’est un résultat dont on se contenterait en France, mais c’est très moyen pour un club qui a engagé pendant cette période des joueurs comme Zidane, Figo, Ronaldo, Beckham, Cannavaro ou Robinho qui figuraient tous parmi les meilleurs joueurs du monde…et qui ont coûté très cher au point que le Real est aujourd’hui un club très endetté. Et pourtant  il y a moins de 7 ans le club a vendu pour 500 millions d’euros ses terrains d’entraînement de la Ciudad Deportiva, ce qui n’a pas empêché le précédent président, Calderon, d’affirmer qu’en 2007 il avait hérité de 270 millions de dettes laissé par l’ancien président Perez, redevenu depuis quelques semaines le nouveau président. Ce dernier en tout cas a de la suite dans les idées puisqu’il est en train de recommencer le schéma de son ancienne présidence, en achetant à tout va les stars du football…par l’emprunt, alors que la dette du club est déjà colossale. C’est tout bonnement ahurissant !

Certes Cristiano Ronaldo comme Kaka, et sans doute bientôt Ribéry et Villa sont tous de grands joueurs, mais rien ne dit qu’avec eux le Real battra Barcelone en Espagne ou Manchester United en Ligue des Champions. C’est bien beau d’avoir les meilleurs joueurs mais,  et c’est heureux, ce n’est pas suffisant. La preuve, tous les meilleurs techniciens ont prétendu que l’erreur majeure du Real Madrid a été de laisser partir Makelele en 2003, année où fut recruté Beckham. Loin de moi l’idée de dire que Beckham n’est pas un grand joueur, mais force est de constater que depuis le départ de Makelele le Real n’a plus gagné de compétition européenne. Cela dit Beckham fait vendre plus de maillots que Makelele. Etait-ce pour autant un bon investissement ? Oui d’après Florentino Perez qui affirme que le transfert du seul Kaka sera rentabilisé en moins d’une saison grâce au merchandising…ce qui est contredit par les faits au cours des dernières années. Et en plus aujourd’hui l’Espagne, comme le reste du monde, est durement frappée par la crise économique et financière. La conjoncture n’est donc pas en faveur des prévisions de Perez.

La seule question qui se pose est de savoir ce que l’on peut faire devant une telle gabegie. J’ai lu que Michel Platini le président de l’UEFA s’inquiétait de « ces transferts mirobolants ». Mais que fait-il ? N’y-a-t’il pas moyen d’imposer l’équivalent en France de la DNCG ? Ce serait pourtant le meilleur garde-fou pour éviter que des clubs pillent impunément  les autres moins prestigieux ou ayant le souci d’une bonne gestion. Où est l’équité sportive quand des clubs peuvent par l’emprunt s’offrir les meilleurs joueurs, alors que d’autres sont sévèrement contrôlés dans leur pays, par exemple en France? Les passionnés de football, et ils sont très nombreux de par le monde, aimeraient j’en suis sûr avoir des réponses à ces questions. Ils l’aimeraient d’autant plus qu’on en arrive à cette situation surréaliste où un club comme Manchester United, qui figure déjà parmi les plus riches du monde, va pouvoir se renforcer sérieusement avec l’argent versé  par le Real Madrid pour l’acquisition de C. Ronaldo. Le Bayern de Munich avec Ribéry sera sans doute dans le même cas de figure.

Et pendant ce temps l’Olympique de Marseille, pour pouvoir recruter, va devoir trouver un acquéreur pour Djibrill Cissé ou Loris Cana. Oui vraiment le football marche sur la tête, car ces transferts faramineux engendrent également une inflation des salaires contagieuse. Pour revenir au cas Makelele, il faut se souvenir que s’il a quitté le Real Madrid en 2003 c’était parce que son salaire était infiniment moindre que celui de Zidane, Ronaldo ou Figo, alors que tout le monde s’accordait à louer son importance dans le dispositif de l'équipe. Et bien entendu c’est en Angleterre (Chelsea)  qu’il s’en est allé pour avoir la revalorisation salariale qu’il souhaitait, car il était beaucoup trop cher pour la France. Ainsi va le football du début du 21è siècle.

Malgré tout il y a une morale : les joueurs qui opèrent en France, qui par parenthèse gagnent quand même très bien leur vie, sont au moins sûrs d’être payés par leur club, ce qui est loin d’être le cas partout. J’ai lu quelque part que, selon le président de l’Association des footballeurs espagnols, 80% des clubs espagnols ont des dettes envers leurs joueurs. Il est vrai qu’avec une dette cumulée de 3,5 milliards d’euros la situation est assez catastrophique en Espagne, tout comme d’ailleurs en Angleterre où les dettes s’élèvent à un niveau voisin de celui-là. En France, comme en Allemagne on est beaucoup plus sage, et même plus récemment en Italie…ce qui se voit quand on regarde le tableau des demi-finales de la Ligue des Champions avec 3 clubs anglais et un club espagnol. Heureusement l’exemple du F.C. Porto en 2004, battant en finale l’AS Monaco qui avait éliminé le Real Madrid et Chelsea, est là pour rappeler que ceux qui gagnent ne sont pas nécessairement ceux qui dépensent le plus d’argent. C’est d’ailleurs ce qui fait la beauté du sport, et c’est pour cela que nous l’aimons .

Michel Escatafal

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