25.05.2009

Des comparaisons imbéciles...

En lisant la presse ou en écoutant la radio ce matin j’ai été attristé par la somme d’âneries que j’y ai lu ou entendu, surtout celles concernant  l’élimination d’Amélie Mauresmo à Roland-Garros. En effet, on y faisait la comparaison…avec Charlotte Gainsbourg. C’est vraiment du grand n’importe quoi, car le cinéma et le sport de haut niveau sont tout à fait incomparables. Je ne me souviens plus de quel journal régional il s’agissait, mais il y avait même un journaliste qui reprochait à Amélie Mauresmo de n’avoir pas su faire ce que Charlotte Gainsbourg avait réussi à faire dans le film qui lui a permis d’avoir la Palme d’Or à Cannes, à savoir se dépasser. Je ne connais pas ce journaliste, mais je suis au moins certain d’une chose : il ne connaît rien au sport et il ferait mieux de se contenter de parler du cinéma.

Le sport c’est certes le dépassement de soi, mais en face il y a un adversaire qui lui aussi sait se dépasser. Le sport, surtout au plus haut niveau, c’est un ensemble de petites choses qui peut faire qu’un jour, qu’à un certain moment, on peut réussir quelque chose de magnifique, mais aussi qu’on rate des choses en apparence faciles, mais qui ne le sont jamais. Voilà pourquoi un pilote de Formule 1, y compris parmi les plus grands, fait une faute à Monaco. Cela est même arrivé en 1988 à Ayrton Senna…qui avait 48 secondes d’avance sur Prost, alors qu’il ne restait plus que quelques tours à couvrir. Comment un pilote tel que le génial Brésilien a-t-il pu taper le rail dans de telles conditions ?

Les réponses ne sont pas toutes identiques. Certains commentateurs disent que c’est en voulant récupérer le record du tour que détenait Prost que Senna commit cette erreur. D’autres disent qu’on lui avait demandé d’assurer la victoire, ce qui lui avait fait perdre de sa concentration. En fait personne ne sait, sauf que Senna n’a jamais plus commis ce type d’erreur. Et oui, dans le sport on ne recommence pas plusieurs fois une prise jusqu’à ce qu’elle donne satisfaction. Non dans le sport la plus petite erreur se paie cash…parce que c’est la nature même du sport de haut niveau de tutoyer constamment la perfection.

Un exemple me vient à l’esprit : il s’agit du fameux quart de finale entre la France et le Brésil au cours de la Coupe du Monde de football en 1986 au Mexique. Qui manqua son tir au but pour la France ? Réponse : Platini, oui je dis bien Michel Platini, qui était à l’époque le meilleur joueur du monde (3 Ballons d’Or) avec Maradona et Zico qui, pour sa part, ne transforma pas un pénalty en cours de match (arrêt de Joël Bats). Comment des techniciens de cette valeur ont-ils pu manquer quelque chose en apparence aussi facile ? Nul ne le sait. En tout cas, en sport on n’a pas droit à l’erreur…car l’erreur est souvent irréparable.

Cette erreur « disqualifiante » est arrivée à Linford Christie, le champion olympique du 100m en athlétisme (1992). En finale en 1996, il a été victime de deux  faux-départs ce  qui l’a empêché de défendre ses chances, laissant le champ libre à Donovan Bailey qui remportera la médaille d’or. C’était une faute de débutant pour un athlète comme Christie, qui avait quand même 36 ans à l’époque, donc avec une énorme expérience.  Autre exemple toujours en athlétisme, la mésaventure qui est arrivé à Mehdi Baala en 2005 aux championnats du monde sur le 1500m, dont il était le favori d’autant qu’El Guerrouj avait pris sa retraite. Et bien en demi-finale, sous les yeux horrifiés de tous ses fans, il se fait piéger en demi-finale et ne se qualifie pas pour la finale.

Dernièrement, c’est un autre type de mésaventure qui est arrivé au meilleur coureur cycliste actuel, Alberto Contador. C’était au mois de mars dernier et Contador dominait Paris-Nice autant qu’il était possible de le faire. Problème, lors de la dernière étape il oublie de s’alimenter et voit tous ses adversaires le lâcher les uns après les autres, victime d’une fringale. En quelques kilomètres, lui le grimpeur ailé, il perd plus de 3 minutes dans des cotes qui ne posent aucun problème aux non-grimpeurs. Contador  avait commis une erreur de jeunesse qui, comme pour Ayrton Senna, ne se reproduira sans doute jamais. D’ailleurs Armstrong ne s’est pas gêné pour lui faire savoir qu’il était certes le plus fort, mais qu’il avait encore beaucoup à apprendre.

On pourrait multiplier ainsi les exemples et c’est pour cela que j’en veux à ces journalistes qui parlent à propos d’Amélie Mauresmo de choses qu’ils ne connaissent pas. Amélie Mauresmo a quand même été numéro un mondiale à deux reprises entre 2004 et 2006, elle remporté deux tournois du Grand-chelem en 2006 (Melbourne et Wimbledon), le « Masters » en 2005, elle a eu une médaille d’argent aux J.O. d’Athènes en 2004 et a remporté la Fed Cup. Qui dit mieux dans notre pays depuis l’apparition du tennis « open » ? Personne. Alors de grâce évitons les comparaisons imbéciles, et ne disons surtout pas qu’Amélie Mauresmo ne sait pas se dépasser. Laissons-là plutôt se préparer tranquillement pour le prochain Wimbledon où peut-être elle va nous étonner de nouveau.

Michel Escatafal

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