12.05.2009

Le match du siècle? En tout cas celui de la décennie 80

hagler leonard.jpgParmi les plus beaux moments de sport que l’on ait pu vivre au 20è siècle, il y a le combat entre Hagler et Leonard le 6 avril 1987 au Caesar Palace de Las Vegas. Pour quelqu’un comme moi qui aime la boxe, je suis heureux d’avoir vécu ces moments fabuleux où ce sport n’a jamais plus mérité son appellation de « noble art », et j’apprécie encore de pouvoir en visionner des extraits de temps en temps. La boxe aime bien employer le terme de « combat du siècle », et c’est vrai que des combats du siècle il y en a eu beaucoup dans les deux catégories reines, les poids lourds et les poids moyens. Pourtant j’ai vraiment l’impression que ce Leonard-Hagler en était un pour tout un tas de raisons, à la fois techniques, financières et émotionnelles. Ce combat déjà c’était le choc entre les deux meilleurs boxeurs de la décennie 80, entre aussi deux boxeurs qui ont marqué l’histoire de la boxe…parce qu’ils avaient battu tous ceux qui leur avaient été opposés, y compris des superchampions comme Duran ou Hearns. Et au moment où ils se sont affrontés, l’un comme l’autre étaient déjà entrés dans la légende de ce sport.

D’ailleurs l’un, Ray Sugar Leonard, était retraité depuis un moment puisque sa carrière s’était arrêtée en novembre 1982 à cause d’un décollement de la rétine suivi d’une opération. Tout juste s’était-il essayé à un come-back deux ans après contre un modeste boxeur, Kevin Howard, contre qui il avait gagné avant la limite (9è round)…après être allé au tapis. Pour tout le monde Leonard avait fait une bêtise, et beaucoup lui avaient reproché ce retour qui n’en était pas un. Après tout il n’avait pas besoin d’argent, et il remplissait à la perfection son rôle de consultant pour la télévision. Cela dit il en avait sans doute assez de voir Marvin Hagler démolir ses adversaires les uns après les autres, et il lui semblait que le seul boxeur qui aurait pu battre l’incontestable champion du monde des poids moyens, c’était lui.

Certes il avait commencé sa carrière chez les super-légers, catégorie dans laquelle il fut champion olympique en 1976, mais ensuite il avait fait toute sa carrière professionnelle en welters et super-welters. Donc en s’attaquant au titre des poids moyens, il ne faisait que suivre le chemin naturel de beaucoup d’autres boxeurs, notamment Ray Sugar Robinson (dans les années 50) à qui il avait emprunté le surnom de « Sugar ». Malgré tout sans avoir boxé depuis 4 ans, il fallait oser s’attaquer à Marvin Hagler, mais Sugar Leonard avait pris sa décision en toutes connaissances de cause…contre l’avis de ses proches, mais avec le feu vert médical. Il se sentait de taille à relever ce défi un peu insensé à condition évidemment de pouvoir affronter Hagler directement, titre des moyens en jeu. Ce n’était pas une revendication exagérée pour le milieu de la boxe, et même si le combat n’était reconnu que par la seule WBC, le championnat du monde sera bien organisé…en 12 rounds à la demande de Leonard. C’était l’époque où on commençait à abandonner les 15 rounds pour les championnats du monde.

En face Marvelous Marvin Hagler apparaissait dubitatif au début, se disant qu’affronter un boxeur retraité depuis 4 ans ne pouvait guère lui apporter un supplément de gloire. Mais pour 12 millions de dollars (contre 11 à Leonard) cela valait quand même la peine de se préparer sérieusement à affronter un boxeur…considéré comme le meilleur toutes catégories confondues avant lui. Et puis à 33 ans, sa carrière était déjà bien entamée, donc va pour Leonard d’autant que Marvelous semblait être au sommet de son art et de sa puissance. On parlait de lui comme d’un monstre sanguinaire, comme il l’avait prouvé deux ans plus tôt contre Thomas Hearns, un terrible puncheur surnommé « Hit Man », qui après l’avoir blessé en début de combat subit un terrible KO au 4è round. Avec ce combat d’une extraordinaire férocité, Hagler avait définitivement forgé sa légende de boxeur indestructible, doté d’une énorme confiance en lui.

D’ailleurs lui-même le confirmait au cours d’une conférence d’avant match en affirmant qu’il était « fort comme un taureau ». Et il ajoutait que pour « avoir la prétention de me battre, c’est se prendre pour un dieu ». Problème Leonard n’était pas Dieu, mais à coup sûr une sorte de boxeur divin, un virtuose génial doué d’une vista comme on en avait plus vu depuis Ray Sugar Robinson. Il ne pouvait d’ailleurs y avoir de combat plus contrasté entre deux hommes que tout opposait, le styliste pur, aérien face à une sorte de rouleau compresseur, l’habileté et l’intelligence contre la puissance sauvage. Pour la boxe, ce combat était une sorte de remake entre Ali et Frazier, à un niveau technique peut-être encore supérieur.

Je ne vais pas décrire ce qui s’est passé dans ce combat, sauf pour souligner que le verdict aurait très bien pu être un match nul entre les deux hommes. Seulement voilà, un tel combat devait avoir un vainqueur, et chacun dans son camp s’était vu gagner. Par deux juges contre un c’est Leonard qui fut déclaré vainqueur après un combat vraiment magnifique, où Marvin Hagler n’a jamais réellement pu toucher le maestro qui était en face de lui. Cela étant le maestro en question, Leonard, même s’il a davantage touché sa cible qu’Hagler n’a jamais mis ce dernier en difficulté, tout cela expliquant l’embarras des juges, sauf un, au moment de donner un verdict juste après le combat, et les polémiques que la décision a soulevées. Et 22 ans après qu’en est-il ? Et bien avec le recul il semble que les spécialistes soient moins circonspects. Je ne rentrerais pas dans le débat à titre personnel, car même si j’adore ce sport, je ne suis pas assez compétent pour donner un avis vraiment motivé. Cela étant de nombreux techniciens affirmant avoir vu le combat plusieurs fois estiment à présent que le verdict donnant Leonard vainqueur était juste.

Pour eux Léonard dans les premiers rounds a frappé presque à volonté Marvin Hagler qui, en revanche n’arrivait quasiment jamais à s’approcher de son adversaire. Ensuite dans les rounds 6 à 8 la tendance s’est inversée, et le combat a été beaucoup plus indécis au point que Leonard a été en difficulté au 9è round. Mais ce dernier a su réagir en grand champion malgré la fatigue qui commençait à se faire sentir, mais Hagler n’était guère plus frais épuisé qu’il était à courir après un adversaire insaisissable. Et dans les deux derniers rounds c’est encore Leonard qui frappe le plus souvent, surtout en fin de reprise…pour mieux impressionner les juges. Pour autant, pour de nombreux connaisseurs du « noble art » Marvin Hagler a été le plus grand poids moyen de tous les temps, mais le 6 avril 1987 il a été battu par « un extra-terrestre » de la boxe, capable de briller des poids super-légers (moins de 63,503 kg) jusqu’aux poids mi-lourds (moins de 79,378kg). Il a d’ailleurs obtenu une couronne mondiale dans 5 catégories différentes (des poids welters aux mi-lourds), mais son plus bel exploit il l’a signé dans ce match contre Hagler.

Michel Escatafal

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