29.04.2009
Il s'en va et sans doute on le regrettera à Marseille
Ainsi donc Eric Gerets va quitter l’Olympique de Marseille, après avoir vraisemblablement permis à ce club mythique du football français de remporter de nouveau le titre de champion de France, ce qui ne lui est plus arrivé depuis 1992. Cela fait un long bail en effet pour un club qui a cumulé en tout 8 titres de champions, 10 Coupes de France, plus une victoire en Ligue des Champions. Alors quelle est la part de Gerets dans ce renouveau de l’OM ? A coup sûr important, parce que les joueurs mis à sa disposition sont certes de très bonne qualité, mais ce n'est pas une galaxie comme par exemple en 1999, année où l’OM a été coiffé sur le poteau par Bordeaux…qui était loin d’avoir le même effectif. Rappelons-nous qu’en 1999 l’OM, entraîné par Courbis, comptait dans ses rangs Laurent Blanc, Gallas, Pirès, Dugarry et Ravanelli pour ne citer que les plus connus.
C’est d’ailleurs amusant parce que cette année le résultat pourrait bien être inversé au profit de l’OM, alors que l’effectif olympien ne vaut pas sur le papier celui des Girondins de Bordeaux, avec Diawara, Alou Diarra, Fernando, Gourcuff, Wendel, Cavenaghi et Chamakh. Sur ce plan l’OM semble en retrait, et c’est là que l’on retrouve l’apport de Gerets qui a réussi à donner confiance à certains joueurs qui, jusque là, étaient loin d’avoir défrayé la chronique, sinon par leurs erreurs ou insuffisances. Il y a quelque temps Taïwo ou Civelli étaient loin de passer pour les bons joueurs qu’ils sont devenus. Quant à Valbuena ou Kaboré, il fallait savoir leur faire confiance pour qu’ils deviennent des éléments importants du dispositif olympien. Et ne parlons pas de Brandao que personne ne connaissait…parce qu’il jouait en Ukraine, à Donetsk, qui est quand même qualifié pour les ½ finales de la Coupe UEFA.
Alors pourquoi Gerets s’en va ? Je n’en sais rien, et à la limite ce n’est pas cela l’important. L’important c’est d’abord pour l’OM d’assurer le titre de champion, et ensuite de continuer à vivre relativement dans la sérénité pour un club qui n’en a jamais vraiment eu, du moins sur la durée. En tout cas, on peut simplement être surpris que l’actionnaire et le président de l’OM n’aient pas tout tenté pour garder Gerets au moins un an de plus. Cela dit, il y a des choses que nous ignorons et que ne nous rapportent pas les journaux…parce qu’eux-mêmes ne sont pas forcément au courant. Du coup on se pose beaucoup de questions sur le nom du remplaçant…à moins qu’il ne soit déjà entériné par le staff du club. Deschamps?
Mais au fait est-ce que l’entraîneur est tellement important pour un club ? Oui à coup sûr, que ce soit au football, au rugby, au hand-ball ou au basket. On en a la preuve chaque jour ce qui ne veut pas dire que tous les entraîneurs réussissent partout où ils passent. Cela dépend bien évidemment de la qualité des joueurs mis à disposition, mais aussi d’un ensemble de choses qui font la différence entre un entraîneur qui réussit et un peut-être moins bon, en tout cas qui ne réussit pas. Prenons le cas de Chelsea cette année. Le moins que l’on puisse dire est que le matériel dont disposait Scolari, le Brésilien qui a entraîné l’équipe du Brésil vainqueur de la Coupe du Monde 2002, était de première valeur. Problème il n’avait pas beaucoup d’affinité avec certains joueurs, et notamment avec ce monument du club qu’est Didier Drogba. Donc il ne le faisait pas jouer. Pourquoi au juste ? Lui seul le savait.
Faute de résultats, il est démis de ses fonctions début février, puis est remplacé par le Hollandais Guus Hiddink, qui a entraîné beaucoup de clubs prestigieux mais qui est loin d’avoir réussi partout. Ainsi il a gagné la C1 avec le PSV Eindhoven en 1988, mais a échoué au Real Madrid et au Betis de Séville. Il a qualifié la Corée du Sud pour les demi-finales de la Coupe du Monde 2002, mais n’a jamais rien gagné avec les Pays-Bas qui ont pourtant un nombre impressionnant de très grands joueurs. Bref, la carrière d’Hiddink résume celle du métier d’entraîneur, faite de hauts et de bas. En fait un entraîneur doit trouver l’alchimie adéquate pour que son équipe marche. Qu’a fait Hiddink depuis qu’il est revenu à Chelsea ? Il a refait de Drogba un titulaire et a remis en confiance un joueur comme Malouda, ce qui donne à son équipe un équilibre qu’elle n’avait plus, aux dires des techniciens. Et ça marche !
Un dernier mot enfin pour bien montrer que l’entraîneur qui a tout réussi n’existe pas. Je ne vais prendre qu’un exemple avec le Français d’origine argentine, Helenio Herrera. Il a gagné quelque chose presque partout où il est passé, notamment des titres de champion d’Espagne avec l’Atletico de Madrid et le F.C. Barcelone, de champion d’Italie avec l’Inter de Milan, la Coupe d’Europe avec l’Inter, la Coupe des villes de Foire avec Barcelone, la Coupe d’Italie avec l’AS Rome, mais il n’a jamais rien gagné avec les équipes nationales qu’il a entraîné qu’il s’agisse de l’équipe de France entre 1946 et 1948, ni avec l’équipe d’Espagne entre 1959 et 1962, ni avec l’équipe d’Italie entre 1966 et 1967.
Et pourtant dans l’équipe d’Espagne à cette époque il y avait beaucoup de très grands joueurs comme Santamaria, Kubala, Di Stefano, Suarez, Gento, et même Puskas l’exilé hongrois qui avait obtenu la nationalité espagnole. Idem pour l’equipe d’Italie qui comptait dans ses rangs des stars comme Burgnich, Faccheti, Rivera, Corso ou Mazzola qui figuraient tous parmi les meilleurs joueurs du monde. Il est vrai qu’entraîner une équipe nationale et une équipe de club est certainement très différent. En tout cas Guus Hiddink fait les deux pour le moment (Chelsea et l'équipe de Russie), comme l’a fait par le passé Albert Batteux qui était entraîneur du grand Reims et de l’équipe de France, notamment en Suède (en 1958) à l’époque de Jonquet, Penverne, Kopa, Piantoni, Fontaine et Vincent. Cela dit, il reste pour l'OM à trouver un entraîneur qui lui donne des titres, dans la continuité des résultats de Gerets, et bonne chance à ce dernier qui aura laissé un très bon souvenir à Marseille.
Michel Escatafal
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27.04.2009
Les grands milers (3è partie)

Aujourd’hui nous allons parler des coureurs de 1500-5000m et des purs spécialistes du 1500m, pour la 3è partie de ce rapide panorama des plus grands milers depuis le milieu des années 50. Cela étant on va remonter un peu en arrière en se rappelant que Paavo Nurmi (4mn10s4 au mile en 1923), le Finlandais, a réalisé le premier doublé 1500-5000m aux Jeux Olympiques de Paris en 1924. Il avait même été champion olympique du 10.000m en 1920 à Anvers. D’une certaine manière il avait fait l’inverse de ce que feront les coureurs de l’ère moderne qui montent sur 5000m après avoir brillé sur 1500m. Dans les années 1942-1945, un coureur extrêmement célèbre à l’époque, le Suédois Haegg, va être à la fois recordman du monde du 1500m (3mn43s en 1944), du mile (4mn1s4 en 1945), du 2000m, du 3000m, mais aussi du 3 miles et du 5000m, distance sur laquelle il sera le premier à franchir la barrière des 14 mn (13mn 58s2).
Comme évidemment je n’ai pas connu cette époque (je n’étais pas né), je vais me projeter immédiatement sur le milieu des années 50, dont m’a souvent parlé un homme qui jouait les entraîneurs en athlétisme, et qui m’a donné le goût pour ce sport. Et je ne sais pas pourquoi mais il était fasciné par les sportifs…hongrois. Il m’avait avoué avoir pleuré à chaudes larmes quand l’Allemagne, en 1954, avait battu en finale de la Coupe du Monde de football la grande équipe de Hongrie. Il avait aussi été très malheureux qu’après la révolte de Budapest en 1956, réprimée par les chars soviétiques, la plupart des grands sportifs hongrois aient préféré quitter leur pays, comme les footballeurs (Puskas, Kocsis, Czibor) ou Sandor Iharos qui était un extraordinaire coureur qui en 1955 (à 25 ans) a battu les records du monde du 1500m (3mn40s8), du 3000m (7mn55s6), du 2 miles (8mn33s4), et du 5000m à deux reprises, record qu’il portera à 13mn40s6. Hélas, il s’expatriera en 1956 et renoncera à la compétition, se privant d’un ou plusieurs titres olympiques aux Jeux Olympiques de Melbourne.
Le successeur de Sandor Iharos sera Michel Jazy, le Français. Celui-ci à une époque où le sport français n’enregistrait pas beaucoup de triomphes, allait devenir une idole dans notre pays, arrivant même à faire bousculer les programmes de la télévision pour suivre ses tentatives de record du monde, ou pour les compétitions auxquelles il participait face aux plus grands champions de son époque. Je consacrerai un jour un chapitre entier à Michel Jazy qui fut médaille d’argent du 1500m à Rome en 1960, champion et recordman d’Europe du 1500m, recordman du monde du mile en 1965, du 2000m, du 3000m et du 2 miles, mais aussi champion et recordman d’Europe du 5000m. Il ne lui aura manqué que le record du monde du 1500m qu’il aurait dû battre, dans la mesure où le record du monde du mile (3mn53s6) qu’il a battu en 1965 était d’un niveau équivalent à celui du 1500m d’Elliott. Hélas pour lui, il choisira ensuite le 5000m en vue des Jeux de Tokyo, plutôt que le 1500m qu’il aurait remporté à coup sûr.
Cela dit je me demande si le plus grand exploit de Jazy n’a pas été de battre tous les meilleurs sur 5000m en juin 1965 à Helsinki, avec un record d’Europe à la clé 13mn27s6). Son second dans cette course s’appelait Kip Keino, qui est le précurseur des grands athlètes des hauts-plateaux (Kenya, Ehiopie, Erythrée) qui vont écumer jusqu’à ce jour la plupart des courses du 5000m au marathon. Keino était à la fois rapide, moins toutefois qu’un Jazy ou qu’un Ryun, mais surtout extraordinairement résistant. Il détiendra les records du monde du 3000m (7mn39s6) et du 5000m (13mn24s2), et sera champion olympique du 1500m en 1968 au dépens de Jim Ryun (merci l’altitude de Mexico !) et du 3000m steeple en 1972. Bref Keino a été un remarquable coureur de 1500-5000m, plus naturellement porté sur le 5000 contrairement à Jazy qui était avant tout un miler capable de briller sur 5000m
Finalement le coureur qui ressemblera le plus à Jazy sera Saïd Aouita, le Marocain…qui voulait régner sur le demi-fond du 800m au 10.000m. Rien que ça ! Et pourtant même s’il était un peu prétentieux, il ne sera pas très loin de son objectif. A la fois très rapide et résistant, il sera champion olympique du 5000m en 1984, et médaille de bronze sur 800m en 1988. Mais il sera aussi recordman du monde du 1500m (3mn29s46) en 1985 après avoir été médaillé de bronze sur la distance aux championnats du monde de 1983, rivalisant sur cette distance avec Steve Cram, et le premier athlète à moins de 13 mn sur 5000m en 1987. Sur cette distance il sera invaincu pendant 10 ans entre 1979 et 1989. Il battra aussi en 1985 les records du monde du 2000m et du 3000m. Cela dit, les spécialistes regretteront tous qu’il n’ait pas choisi de se spécialiser sur le 1500m et le 5000m au lieu de se disperser comme il l’a fait.
Le dernier monstre sacré du 1500-5000m sera Hicham El Guerrouj. Certains disent de lui qu’il fut le plus grand coureur de demi-fond avec Nurmi. Je ne sais pas tellement il est difficile de faire des comparaisons entre les meilleurs de chaque époque, mais ce fut d’abord un extraordinaire miler avec ses records du monde du 1500m (3mn26s), du mile (3mn43s13) et du 2000m (4mn44s79)en 1998 et 1999, ses 4 titres de champion du monde sur 1500m (1997 à 2003), et son titre olympique en 2004 à Athènes où il fera le doublé avec le 5000m…comme Nurmi 80 ans plus tôt. Dans toute sa carrière ce merveilleux miler, qui faisait irrésistiblement penser à Jim Ryun pour son élégance sur la piste, n’aura connu que deux vrais échecs sur sa distance fétiche du 1500m, sa chute aux J.O. d’Atlanta qui l’empêcha de défendre ses chances contre Morceli qu’il aurait sans doute battu dans le dernier tour, et sa défaite en finale des J.O. 2000, contre Noah N’Gueny, le recordman du monde du kilomètre, au finish impressionnant.
Enfin il y a deux coureurs qu’on ne peut pas oublier dans cette galerie prestigieuse des milers, à savoir Filbert Bayi, le Tanzanien et Nouredine Morceli, l’Algérien. Filbert Bayi est surtout considéré comme un pur spécialiste du 1500, mais il faut préciser qu’il n’était pas que cela car à la fin de sa carrière il s’était orienté vers le 3000m steeple dont il remporta la médaille d’argent aux J.O. de 1980. Cela dit, entre 1974 et 1976, il a été avec sa foulée légère et sa science innée du train le roi des milers de son époque. Il battit notamment le record du monde de Jim Ryun sur 1500m avec un temps de 3mn32s2, en 1974 aux Jeux du Commonwealth, après avoir mené la course de bout en bout laissant derrière lui Walker, le futur champion olympique à Montréal. Il battra l’année suivante le second record de Ryun, celui du mile en 3mn51s. Hélas pour lui, le boycott africain le priva des J.O. de Montréal…et sans doute d’une médaille d’or.
Nouredine Morceli, champion d’une grande discrétion hors des pistes, fut lui aussi un très grand miler. Certes il n’avait pas la grâce d’Hicham El Guerrouj, son successeur, mais il était terriblement efficace sur la piste. Dans sa meilleure période il était quasiment imbattable car il était à la fois impossible de le lâcher au train et son dernier tour était toujours très rapide. Son palmarès est tout simplement somptueux avec un titre olympique en 1996, 3 titres de champion du monde consécutifs (1991-1993-1995), auxquels s’ajoutent ses records du monde du 1500m en 1992 et 1995 (3mn27s37), du mile (3mn44s39), en 1993, du 2000m en 1995 et du 3000m en 1994. En outre, de 1993 et 1996 il accumulera 45 victoires successives, jusqu’à sa défaite en finale du Grand Prix face à El Guerrouj.
Pour terminer cette épopée dans le temps je voudrais aussi préciser que les Français ont parfois été présents dans les luttes au sommet qui ont fait la légende du 1500m et du mile. Outre Michel Jazy, je vais en citer quelques uns, Jules Ladoumègue dans les années 30, qui fut recordman du monde du 1500m (3mn49s2) et du mile (4mn9s2), puis dans les années 50 et 60 Michel Bernard, grand adversaire national de Jazy, à qui Elliott doit son record du monde en finale olympique à Rome. Bernard avait une extraordinaire bravoure. Ensuite Jean Wadoux qui battra le record d’Europe du 1500m en 1970 en 3mn 34s, à 9/10 seulement de Jim Ryun. Il ne lui manquait qu’une qualité, un finish à la hauteur de sa facilité au train, ce qui lui commandera de monter sur 5000m où il pensait, sans doute à tort, qu’il avait plus de chances que sur 1500m.
Ensuite la France subira une longue traversée du désert jusqu’à l’avènement de Medhi Baala, qui est notre meilleur représentant aujourd’hui, mais qui aurait dû faire encore mieux que 2 titres européens consécutifs sur 1500m en 2002 et 2006 et une médaille d’argent aux championnats du monde en 2003. Il aurait dû combler le vide laissé par la retraite d’El Guerrouj. Il est bon au train, il est rapide comme en témoigne ses records sur 800m (1mn43s15) et 1000m (2mn13s96), donc a priori il a tout pour briller sur 1500m où son record est de 3mn28s98 à 3 centièmes du record d’Europe. Peut-être cette année aux championnats du monde. Et s’il remportait enfin une médaille d’or ?
Michel Escatafal
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25.04.2009
Les grands milers (2è partie)

Dans la suite de ce que j’écrivais sur « les milers » je vais continuer le tour d’horizon des grands champions qui ont donné ses lettres de noblesse à la distance, en rappelant que nous en étions aux coureurs de 800-1500m. En disant cela je parle bien entendu de coureurs qui ont figuré parmi les tous meilleurs sur les deux distances. Après l’Australien Herb Elliott et le Néo-Zélandais Peter Snell, il y a un coureur qui n’a jamais été champion olympique certes, mais qui reste un des plus grands de l’histoire du demi-fond, à savoir Jim Ryun, que certains ont appelé « l’archange du demi-fond américain » tellement il était magnifique à voir courir.
Son histoire a commencé par le 800m, même s’il n’en a pas couru beaucoup. En tout cas il a accompli sur la distance un exploit fabuleux alors qu’il n’avait pas 20 ans (en 1966). Il a en effet réalisé le même temps que le record du monde détenu par Snell…mais sur 880 yards (1mn44s9). Peu après il va réaliser 3mn53s7 sur le mile tout près du record du monde de Michel Jazy (3mn53s6). L’athlétisme et le demi-fond venait de se trouver un maître qui va accumuler les exploits jusqu’en 1968, où il sera battu en finale olympique… par l’altitude, et donc par un homme des Hauts-Plateaux du Kenya, Kep Keino, dont on reparlera plus tard.
Auparavant Ryun avait effacé en 1966 le record du monde du mile détenu par Jazy (3mn51s3 contre 3mn53s6 pour le Français), puis en 1967 le record du 1500m d’Herb Elliott de 2 secondes et demie (3mn33s1 contre 3mn35s6), dans une course qu’il terminera loin devant Keino. Ryun était un coureur vraiment extraordinaire capable de boucler un dernier tour en moins de 50 secondes, comme lors du 1500m du match Etats-Unis – RFA de 1967 où il avait atomisé Bodo Tummler, pourtant excellent finisseur comme il l’avait prouvé l’année précédente en battant Jazy en finale du 1500m des championnats d’Europe. Jim Ryun stoppera sa carrière en 1972 aux J .O. de Munich, en série du 1500m, où il sera victime d’une chute due à une bousculade. Comme quoi, on peut être un super grand et n’avoir jamais été champion olympique, chance que d’autres moins doués ont eu comme Barthel (1952), Delany (1956), Vasala (1972) ou Cacho (1992).
Son successeur dans le même registre, mais avec moins de classe, s’appelle John Walker, lui aussi Néo-Zélandais. Excellent coureur de 800m (1mn 45s3 en 1973), Walker va très vite se révéler un grand miler. Il battra le record du monde du mile en 1975, devenant le premier coureur à passer sous les 3m50s avec un temps de 3mn49s4, soit 10 secondes de moins que Bannister, le premier à avoir franchi la barrière ultra mythique des 4 mn. Il sera champion olympique en 1976, avec toutefois la chance de n’avoir pas eu à affronter son grand rival de l’époque, Bayi, qui avait été victime du boycott de son pays, la Tanzanie. Nous reparlerons de Bayi.
Et nous en arrivons à la période anglaise avec 3 supers cracks qui vont faire de la Grande-Bretagne, pendant quelques années (décennies 70 et 80), le pays roi du demi-fond. Ces 3 grands champions mériteraient un chapitre à eux seuls, notamment les deux meilleurs ennemis que furent Coe, le lord galopant qui se signalera en outre par sa perpétuelle lutte contre le dopage, et Ovett, le cabochard au visage bosselé. Difficile pour eux de dire quelle était leur meilleure distance, car si Coe détint très longtemps le record du monde du 800m (1mn41s73) et du kilomètre (2mn12s18), il fut 2 fois consécutivement champion olympique du 1500m (1980 et 1984), exploit unique dans les annales.
En revanche Ovett, sans doute plus naturellement coureur de 1500m, fut certes recordman du monde du 1500m (à 3 reprises en 1980 et 1983) et du mile (deux fois en 1980 et 1981), comme Coe (en 1979 sur 1500m, et sur le mile en 1979 et 1981), mais sera champion olympique du 800m en 1980, battant à la surprise générale… Sebastian Coe, qui se vengera sur 1500m avec un dernier 200m en 24s7. Amusant de voir que ni l’un, ni l’autre, n’ont été champion olympique sur leur meilleure distance, mais cela démontre aussi l’intensité de leur duel.
Cette domination totale de Coe et Ovett sur le demi-fond va durer jusqu’en 1984, mais dès 1982 on va voir l’avènement d’un autre super crack, Steve Cram, qui va être le premier en 1985 à descendre sous les 3mn30 au 1500m, juste devant Aouita dont nous reparlerons. Cram battra également le record du monde du mile (3mn46s32 en 1985), mais aussi la même année celui du 2000m (4mn51s39). Il ne sera jamais champion olympique, battu par Coe en 1984 sur 1500m, mais il sera champion du monde en 1983, et aussi champion d’Europe en 1986 avec en plus une médaille d’argent sur 800m, à nouveau battu par Coe qui décidément aura été sa bête noire.
Enfin pour terminer cette épopée des coureurs de 800-1500m il ne faut pas oublier Rachid Ramzi, athlète marocain naturalisé Barheïnien, qui est actuellement le meilleur miler en activité. Ramzi a fait en 2005 le doublé 800-1500m aux championnats du monde, renouvelant l’exploit de Snell en 1964 dans une compétition planétaire. Il sera également champion olympique du 1500m en 2008 à Pékin. Cela dit il lui manque quand même pour rejoindre ses glorieux ainés un record du monde. Apparement Rachid Ramzi est plus un homme de championnats qu’un homme de records. En tout cas c’est le meilleur depuis la retraite d’El Guerrouj.
Et puis il faut être honnête, les records du monde du 800m jusqu’au 2000m sont vraiment très haut perchés, car ils sont la propriété de Kipketer sur 800m (1mn41s11) depuis 1997, de N’Geny (champion olympique du 1500m en 2000) sur le kilomètre (2mn11s96) depuis 1999, et surtout d’Hicham El Guerrouj sur 1500m depuis 1998, sur le mile et sur 2000m depuis 1999. El Guerrouj fera partie de la troisième partie de cette brève histoire des milers, où nous parlerons des coureurs de 1500-5000 et des purs spécialistes du 1500m. Nous évoquerons aussi quelques athlètes français qui, outre Jazy, ont porté haut les couleurs du demi-fond français.
Michel Escatafal
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23.04.2009
Les grands milers

Ceux qui aiment l’athlétisme, j’en fais partie, ont bien de la chance car dans une réunion d’athlétisme il y en a pour tous les goûts. C’est d’autant plus vrai que nombre d’entre nous ont participé à des épreuves scolaires de ce sport, le plus naturel de tous même s’il y a beaucoup plus de technique que les purs profanes ne l’imaginent. En tout cas la variété est de mise en athlétisme plus que dans tout autre sport puisqu’il y a les courses, les lancers, les sauts, et même avec le décathlon ou l’heptathlon un ensemble de tout cela. Bref le spectacle est partout dans un meeting, avec un avantage pour ceux qui se contentent de regarder la télévision, quand on daigne faire une retransmission, parce qu'ils voient tout de près, ce qui n’est pas le cas pour le spectateur.
Malgré tout pour l’ambiance, pour le plaisir de côtoyer des amateurs éclairés, il est bien d’assister chaque fois qu’on le peut à une réunion réunissant quelques uns des meilleurs athlètes nationaux ou internationaux, en regrettant encore une fois que le prix des places soit aussi élevé. Pour ma part ma préférence va au sprint, ce qui était déjà le cas quand je pratiquais en scolaire, et au demi-fond. Pourquoi le demi-fond plus que les sauts ou les lancers, en précisant que j’aime bien aussi les concours ? Peut-être parce que quand j’ai commencé à m’intéresser au sport (fin des années 50), c’était le domaine où les Français étaient les plus brillants ou plutôt devrais-je dire les moins mauvais. Si j’affirme cela c’est parce que la première compétition à laquelle je me suis vraiment intéressée, les championnats d’Europe 1958 qui avaient lieu à Stockholm, nous n’avions obtenu qu’une médaille de bronze avec Delecour sur 200m en 21s 3. C'était l'horreur!
Cela dit Delecour, Abdou Seye, nos deux sprinters, et déjà Michel Jazy sur 1500 m, faisaient partie de l’élite europénne et internationale, et ce sera le début d’une belle époque pour l’athlétisme français (époque Robert Bobin). Cela veut dire que si j’ai aimé le demi-fond, c’est en grande partie grâce à Michel Jazy, le meilleur miler que la France ait eu. De fait je me suis toujours intéressé ensuite plus particulièrement à cette épreuve, au moins autant qu’aux épreuves de sprint. Et sur ce plan les Français que nous sommes ont été gâtés avec des champions comme Jazy, bien sûr, mais aussi Bernard, Wadoux, Boxberger, Marajo, et depuis 2000 Mehdi Baala.
Le 1500m est une épreuve spéciale parce que les grands champions de la distance avaient une épreuve de référence typiquement britannique, le mile (1609m), d’où le nom de « miler » donné aux coureurs de 1500m. Aujourd’hui on ne court presque plus le mile, dont le record du monde est détenu par Hicham El Guerrouj depuis 1999 en 3mn43s13, mais cette distance est mythique au point que tous les amateurs d’athlétisme connaissent Roger Bannister, qui fut le premier athlète à courir le mile en moins de 4 mn. Il n’est d’ailleurs connu que pour cet exploit, même s’il fut aussi cette année là champion d’Europe du 1500m.
Les coureurs de 1500m peuvent être classés en plusieurs catégories. Les coureurs de 800-1500m, les coureurs de 1500-5000m, et ceux capables de courir avec bonheur du 800m au 5000m, dont Jazy fut le précurseur. Il faut dire que c’est dans la première catégorie que l’on trouve le plus grand nombre de super champions. Le plus impressionnant fut l’Australien Herb Elliott, entraîné par un véritable gourou (Percy Cerruti) adepte de l’entraînement naturel au bord de la mer, qui a marqué tous les esprits aux J.O. de Rome en 1960 en remportant le titre olympique avec près de 3 secondes d’avance sur son second…Michel Jazy.
Elliott en profita pour pulvériser le record du monde 3mn 35s 6, grâce il faut bien le dire à Michel Bernard le Français qui imprima un train d’enfer jusqu’au kilomètre. Autre élément extraordinaire à porter au crédit d’Elliott, il se retira invaincu sur la distance 1500m-mile, après 43 courses. Mais Elliott était aussi un remarquable coureur de 800m, puisqu’il sera le numéro un de l’année sur la distance en 1958, en remportant notamment cette année-là les Jeux du Commonwealth. Une fois retiré, Elliott trouvera très rapidement un remplaçant lui aussi venu des antipodes, Peter Snell.
Lui était d’abord un coureur de 800m, puisqu’il fut champion olympique du 800m à 22 ans à Rome en 1960, en disposant du recordman du monde le Belge Roger Moens qu’il crucifia dans la ligne droite. Il sera de nouveau champion olympique sur la distance en 1964, à Tokyo, mais en faisant le doublé 800-1500m, qu’il n’aurait pas fait selon ses dires si Jazy avait choisi le 1500m au lieu du 5000m...parce qu'il ne se serait pas engagé sur le 1500m. Il n’empêche, même s’il n’a jamais atteint sur le 1500m ou le mile ses sommets du 800m, c’était quand même un grand miler puisqu’il a battu à 2 reprises le record du monde du mile d’Elliott (3mn 54s 5) en 3mn 54 s 4 et en 3mn 54 s 1, mais ses records du mile se situaient à un niveau nettement inférieur à celui du 1500m établi 4 ans plus tôt à Rome par Elliott. Snell arrêtera sa carrière en 1965, laissant l’empreinte d’un immense champion, mais il n’était pas un miler du calibre d’Elliott, ni de celui de Jazy, Ryun, Coe ,Ovett, Cram, Aouita, Morcelli ou El Guerrouj, dont je parlerai dans mon prochain article.
Michel Escatafal
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21.04.2009
Les clubs anglais ne tirent pas dans la même catégorie que les clubs français
«Drogba est un grand joueur parce qu'il marque dans les grands matches. Il plonge parfois trop mais il reste un grand joueur. Voilà ce que dit Arsène Wenger qui passe, à raison, pour un des meilleurs techniciens du football européen, à propos de l’ancien joueur du Mans, de Guingamp et de l’OM. Alors évidemment je ne vais pas apporter un commentaire technique à ce que dit Wenger, car ce serait prétentieux de ma part vu que mon passé footballistique se limite aux cours de récréation, mais simplement noter que depuis l’arrivée au club de Chelsea de Guus Hidddink (en février dernier), cela va beaucoup mieux qu’à l’époque où Scolari était l’entraîneur. Et s’il en est ainsi c’est parce que Didier Drogba a retrouvé sa place à la pointe de l’attaque. Je crois qu’on n’a pas besoin d’être un grand connaisseur pour s’en apercevoir. Dit autrement, Chelsea ne gagne et ne devient une grande équipe que quand Drogba est là, et qu’il marque des buts. Tout le reste ce ne sont que billevesées.
Après ce long préambule force est de reconnaître que l’amateur de football que je suis s’est régalé la semaine dernière, en regardant deux matches importants opposant 3 des 4 meilleurs équipes anglaises. Mercredi la rencontre de ¼ de finale de la Ligue des Champions entre Chelsea et Liverpool, magnifique d’intensité avec un excellent Didier Drogba (un but), et samedi la ½ finale de la FA Cup entre Arsenal et Chelsea qui s’est qualifié pour la finale avec ses Frenchies (Malouda, Anelka et Drogba qui, je le rappelle, a un passeport français) au détriment d’une équipe qui est presque française puisqu’elle compte dans ses rangs 6 joueurs français (Clichy, Diaby, Sagna, Gallas, Silvestre et Nasri) entraînés par un entraîneur français lui aussi (Wenger). On se console comme on peut!
Fermons la parenthèse pour noter que le football anglais est bien le roi en Europe et dans le monde pour ce qui concerne les clubs, et c’est vrai que quand on compare le niveau des 2 championnats, français et anglais, même si cela nous agace, il n’y a pas photo. D’ailleurs si l’Angleterre a 3 clubs sur 4 qualifiés pour les demi-finales de la Ligue des Champions, la France elle n’avait que 2 clubs qualifiés pour les ¼ de finale de la Coupe de l’UEFA, tous deux éliminés…par des équipes ukrainiennes. Or les deux clubs en question, l’OM et le PSG, sont tout de même premier et quatrième de notre championnat, ce qui pourrait signifier que l’élite de la Ligue 1 est inférieure à l’élite de la première division de l’Ukraine. Certes les meilleurs clubs ukrainiens ont les moyens de s’offrir quelques très bons joueurs, mais ils n’ont pas dans leurs rangs des super joueurs comme ceux qui opèrent dans les meilleurs clubs anglais.
A ce propos, il y a ce matin sur le site web de l’Equipe une remarque du propriétaire du club de Fulham, Mohamed Al-Fayed, qui en dit long sur l’évolution des clubs en Angleterre puisqu’il dit que le football anglais est «dirigé par des ânes qui ne comprennent rien aux affaires et qui sont éblouis par l'argent», car ils refusent d'introduire des règles de limitation des salaires de joueurs. Par ailleurs une commission parlementaire britannique estime, dans le même ordre d’idées, que les clubs anglais (Manchester United, Liverpool et Chelsea) font « du dopage financier », et appelle à une meilleure régulation pour que les clubs ne puissent plus s’endetter à des hauteurs pharamineuses.
On comprend pourquoi il est absolument vital pour les grands clubs anglais de participer chaque année à Ligue des Champions…et à y briller. Cette commission prône aussi pour le 6+5, règle consistant à aligner au moins 6 joueurs de la nationalité du club qu’ils défendent. Ce serait effectivement une sacrée révolution, car dimanche dans le match entre Arsenal et Chelsea il y avait à peine une demi-douzaine de joueurs anglais sur le terrain, tous les autres étant étrangers. Cela dit cette règle est contraire à la législation européenne, donc les clubs anglais ne risquent rien sur ce plan, car la plupart des étrangers opérant dans le championnat anglais ont un passeport d’un pays appartenant à l’Union Européenne.
En France nous n’avons pas ce type de problèmes car d’une part il y a la DNCG qui surveille de près les finances de nos clubs, et ceux-ci de toute façon n’ont pas les moyens suffisants pour acquérir les plus grands joueurs. Et s’ils ont ces supers joueurs ils les vendent très vite pour renflouer leurs finances, ce qui signifie qu’ils ne remplacent pas les joueurs partants. Marseille n’a jamais remplacé Didier Drogba, et Lyon n’a jamais trouvé de vrais remplaçants à Diarra, Essien, Tiago, Abidal ou Malouda. Résultat, Lyon va sans doute perdre son titre de champion de France, et J.M. Aulas risque d’attendre longtemps avant de voir l’Olympique Lyonnais gagner une compétition européenne. Nous ne tirons pas dans la même catégorie que les clubs anglais, espagnols ou italiens même si ces derniers semblent en chute libre depuis deux ans.
Cela me rappelle une situation que nous avons connue dans les années 60 et 70. A cette époque en effet, le football français était incapable de qualifier un de ses clubs en finale d’une coupe européenne, au point qu’entre 1964 et 1974 nous n’avons eu qu'une place de demi-finaliste et une de quart de finaliste en Coupe des Coupes, les deux fois grâce à l'Olympique Lyonnais qui en 1964 avait échoué de peu pour la finale (contre le Sporting de Lisbonne) avec Aubour, Djorkaeff, Di Nallo, Combin et Rambert, et en 1968 où il avait été éliminé par le SV Hambourg. Cela dit depuis la victoire de l’OM en 1993 en Ligue des Champions, et du PSG en 1996 dans la défunte Coupe des Coupes, nous n’avons pas gagné le moindre trophée européen. Deux victoires en 53 ans de compétitions européennes, cela ne fait pas beaucoup en comparaison de pays comme l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, le Portugal et la Hollande.
Même la Belgique avec ses 3 victoires en C2 (1976 et 1978 avec Anderlecht et 1989 avec le F.C. Malines) a fait mieux que nous. Tout cela pour dire que nos clubs ont bien de la chance d’être aussi bien traités en ce qui concerne les droits télévisés. Merci pour eux à Canal + et Orange, mais est-ce que cela durera ? Espérons que oui, mais pour cela il faudra gagner des trophées européens, et pour les gagner il faut jouer à fond les compétitions, ce qui n’a peut-être pas été fait depuis quelques années…sous le prétexte qu’on joue à fond le championnat pour être qualifié pour la Ligue des Champions. On tourne en rond !
Michel Escatafal
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19.04.2009
Le bel avenir qui s'offre à Vettel et à son écurie (Red Bull)
Il y a quelques jours j’avais écrit un article évoquant le rêve de voir Bourdais gagner un grand prix…grâce à la pluie. Ce matin, au grand prix de Chine, il y a eu la pluie pendant toute la course mais Bourdais n’a pas gagné, et je crains que le rêve ne soit jamais réalité. Comme beaucoup de Français, un peu chauvins, je fais partie de ceux qui lui ont trouvé beaucoup d’excuses l’an passé. Son bon début de saison avec la première voiture qu’il ait conduite chez Toro Rosso en était une, puis le fait que son équipier Sebastian Vettel se soit senti beaucoup mieux que lui dans la nouvelle voiture, ce qui peut arriver, en était une autre, enfin ses bonnes performances en qualification en fin de saison, dans l’ombre toutefois de son jeune coéquipier, pouvaient laisser supposer que cette année 2009 s'annonçait sous de meilleurs auspices.
Sebastian Vettel s’étant avéré à la fois très rapide et très fiable tout au long de la saison 2008, on avait fini par accepter peu ou prou la supériorité qu’il manifestait sur la piste par rapport à Bourdais, en se disant que ce dernier n’aurait pas toujours un équipier de ce calibre. Vettel est à coup sûr déjà un grand champion, comme en témoigne ses 2 victoires en grands prix à 21 ans, dont celle de ce matin remportée comme à Monza l'an passé sous la pluie. Il est peut-être aussi le successeur de Michael Schumacher, non seulement dans le cœur des Allemands, mais aussi sur la piste, tellement il apparaît dominateur quand sa voiture peut rivaliser avec les meilleures. Et il semble que ce soit le cas avec sa Red Bull à moteur Renault.
En revanche, Sébastien Bourdais est en train de se faire dominer par son nouvel équipier suisse Buemi, certes lui aussi très prometteur mais qui n’en est qu’à son troisième grand prix. En dehors d’une petite erreur qui a failli lui être fatale ainsi d’ailleurs qu’à Vettel, Buemi a fait un sans-faute tout le week-end loin devant Bourdais. Cela signifie deux choses : ou bien Bourdais n’est qu’un bon pilote parmi d’autres, ou bien il est très bon mais il a eu la malchance de tomber sur deux pilotes exceptionnels qui lui dament le pion. On aura confirmation de cela dans les grands prix suivants, pour Buemi bien entendu car pour Vettel c’est déjà fait.
Vettel et cette écurie Red Bull me font penser à ce qui s’est passé à la fin des années 50 avec Cooper. Il y a beaucoup de points de commun entre ce qui arrive aujourd'hui à Vettel et Red Bull et ce qui est arrivé à Jack Brabham et à l’écurie Cooper autrefois. Et il n'y a pas de raison pour que le binôme Vettel-Red Bull ne fasse pas aussi bien en 2009 que le binôme Cooper –Brabham en 1959, en rappelant que cette année-là l'Australien Jack Brabham avait été champion du monde pour la 1è fois et Cooper aussi. Mieux même, le parallèle apparaît d’autant plus frappant que Red Bull a gagné un grand prix l’an passé, par procuration avec Toro-Rosso l'écurie soeur ( Vettel au volant), comme Cooper en 1958 avait gagné 2 grands prix, en Argentine tout d'abord, avec au volant de sa petite voiture équipée du 2 litres Coventry-Climax le meilleur pilote du moment, Stirling Moss (1è victoire d’un moteur central en championnat du monde), et à Monaco grâce à notre « Pétoulet » national, Maurice Trintignant, qui renouvelait son succès de 1955 sur Ferrari.
On connaît la suite de l’histoire. L’année suivante, en 1959, l’écurie Cooper l’emportera à Monaco et à Aintree en Angleterre, chaque fois avec Jack Brabham... qui gagnera le championnat du monde, Cooper-Climax gagnant aussi le championnat des constructeurs devant Ferrari. En 1960 le scenario va se reproduire, mais avec 6 victoires dont 5 pour Brabham et une pour Bruce Mac Laren, qui donnera son nom à l’écurie qu’il va créer un peu plus tard (en 1963). Bien évidemment Brabham remportera le deuxième des ses 3 titres mondiaux. On souhaite à Vettel la même carrière, mais pour beaucoup d’observateurs il pourrait faire mieux que cela encore.
En effet par rapport à Brabham il dispose sans doute d’un talent supérieur à celui auquel je suis en train de le comparer. Brabham était jugé à l’époque comme un excellent pilote, mais au style rugueux et, rares étaient ceux qui le voyaient s’installer très haut dans la hiérarchie. Il était moins doué qu’un Stirling Moss ou plus tard qu’un Jim Clark, mais il sera davantage titré qu’eux. Par parenthèse il sera aussi l’unique champion du monde des conducteurs sur une voiture qui portait son nom (en 1966 sur une Brabham propulsée par un moteur V8 de la marque australienne Repco). Vettel ne sera peut-être pas champion du monde sur une voiture à son nom (encore que…), mais en revanche il va remporter beaucoup de courses, et il pourrait à la fin de l’année s’octroyer son premier titre mondial.
En plus il sait pouvoir compter sur le talent de l’ingénieur Adrian Newey qui a déjà construit une remarquable voiture sans aucun appendice (extracteurs…) et qui est encore en plein développement. Or Newey a déjà conçu quelques une des F1 les plus performantes de l’histoire de la F1 chez Williams (FW14) et chez Mac Laren (M4-14). On peu donc penser que le destin de Vettel est dans de bonnes mains. Espérons quand même que Bourdais finira par tirer son épingle du jeu quand le développement de la Toro Rosso sera terminé, sous peine de voir sa carrière en F1 s’achever à la fin de cette année. Il n'est d'ailleurs pas le seul à être menacé de la sorte, comme Piquet par exemple qui pourrait être remplacé par Grosjean, le pilote franco-suisse.
Michel Escatafal
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16.04.2009
Il faut toujours de l'expérience pour faire une grande équipe
Au début je dois avouer que j’étais un peu comme tout le monde, c’est-à-dire que j’étais content de voir partir Bernard Laporte du poste de sélectionneur de l’Equipe de France de rugby. Cela faisait quand même longtemps qu’il était à ce poste, et il n’avait pas réussi à donner à l’Equipe de France le titre qui lui manque, à savoir la Coupe du Monde. Pourtant la dernière édition se jouait en France essentiellement, donc chez nous, et la déception n’en fut que plus grande, car on rêvait tous de revoir le scenario de 1998 avec le football. On connaît la suite et le désamour avec Laporte fut complet, d’où l’espoir qui a envahi les fans de rugby quand un autre sélectionneur fut nommé à sa place. Je dois d’ailleurs préciser qu’il eut été identique avec tout autre sélectionneur. Pour les amateurs de rugby en France, il faut gagner et…éventuellement pratiquer du beau jeu.
Pour l’instant l’Equipe de France ne fait ni l’un, ni l’autre, ce qui commence à provoquer une certaine impatience. Et ce n’est pas en lisant dans l’Equipe la dernière interview de Marc Lièvremont que les choses vont s’arranger pour lui. En effet, chose curieuse pour un sélectionneur, il s’est mis à porter sur la place publique un jugement sur nombre de joueurs susceptibles de jouer dans le XV de France…ou de ne plus y jouer. Parmi ces derniers, j’ai été extrêmement surpris de voir le nom de Jean-Baptiste Elissalde, sous le prétexte qu’il ne progressera plus à son âge (31 ans).
Certes cette année il a accumulé les blessures, conséquence en partie des efforts faits depuis la préparation à la Coupe du Monde 2007 jusqu’à la finale du Top 14 fin juin, mais que je sache il y a peu JBE était considéré comme un joueur de très grand talent, capable en plus d’opérer avec le même bonheur ou presque aux postes de demi de mêlée et d’ouverture. Et de fait il a réalisé une excellente Coupe du Monde en 2007 à la mêlée, et une remarquable saison 2007-2008 à l’ouverture. De surcroît il s’est avéré presque toujours un buteur fiable, tant en Equipe de France que dans son club. Enfin, si j’ai bonne mémoire, il y a un an Lièvremont le trouvait indispensable au XV de France.
Que s’est-il donc passé entre le mois de novembre, où Elissalde a été sonné par un placage dangereux de Nalaga dans le match contre les Iles du Pacifique, et ces derniers jours, pour qu’il devienne soudain « un has been » ? Réponse : Il a été blessé à plusieurs reprises, notamment au coude…par Fabien Pelous, ce qui témoigne en plus d’une certaine malchance. Cela étant est-ce une raison pour qu’il ait perdu tout son talent, au point d’être relégué dans la hiérarchie du sélectionneur en 4 ou 5è position pour le poste de demi de mêlée, où de surcroît personne ne s'est réellement imposé ? Certainement pas, et je trouve que les arguments de Monsieur Lièvremont sonnent faux. Je dirais même que c’est trop gros pour être vrai.
En outre, sans vouloir me mettre à la place du sélectionneur, on peut imaginer qu’un JBE parfaitement reposé aurait pu apporter à l’Equipe de France, pour la tournée aux antipodes du mois de juin, sa fraîcheur, son envie, et plus encore son expérience à une équipe qui en manque cruellement. Alors si je comprends bien il ne reste plus qu’à souhaiter, horreur, qu’un joueur ait un empêchement pour voir de nouveau JBE avec le maillot bleu. C’est triste à dire, mais je ne pense pas qu’avec de pareilles méthodes on construira une équipe compétitive pour la Coupe du Monde 2011. Si cela continue on va finir par regretter Bernard Laporte. Il avait peut-être des défauts, mais au moins avec lui nous avions des résultats, même si nous n'avons pas obtenu celui que nous espérions tous en 2007. On attend toujours ceux de Lièvremont, et je crains qu’il ne faille les attendre longtemps encore avec un tel management.
En outre ce que semble oublier Lièvremont c’est que généralement les plus grandes équipes sont celles qui font preuve de stabilité, notamment aux postes clés. C’est d’ailleurs pour cela qu’on disait à l’époque du rugby amateur, qu’une équipe n’est jamais aussi forte qu’à la fin d’une longue tournée. Et de fait on a vu plusieurs grandes équipes naître au cours d’une tournée et battre chez eux des adversaires supposés plus forts. Je ne citerai qu’un exemple dans l’histoire du rugby national qui en est la parfaite démonstration. C’était en 1958.
Cette année-là l’Equipe de France n’avait pas remporté le Tournoi des 5 Nations, mais en 4 matches elle allait montrer qu’elle était de loin la meilleure équipe de l’hémisphère Nord, après deux défaites concédées au début du tournoi contre l’Ecosse à Murrayfield (9-11) et contre l’Angleterre à Colombes (0-14), dans un match où les Français eurent 3 joueurs blessés avec un pack réduit à …6 unités. Cela dit, malgré ces circonstances atténuantes, les sélectionneurs avec à leur tête Roger Lerou décidèrent d’apporter 7 changements à l’équipe. Celle-ci aura une ossature lourdaise avec 7 joueurs opérant dans la meilleure équipe de club de l'époque, dont toute la ligne de ¾. Cette équipe pulvérisa les Australiens (19-0), battit pour la 1ére fois les Gallois chez eux (16-6), puis les Italiens en Italie (11-3) et enfin les Irlandais à Colombes (11-6).
Problème pour aller en Afrique du Sud, cette équipe allait subir une invraisemblable série de forfaits dont ceux de Crauste, la grande révélation du Tournoi en 3è ligne, mais aussi Henri Domec l’autre 3è ligne aile, Antoine Labazuy l’ouvreur lourdais, et Maurice Prat l’hôtelier, qui ne pouvait s’absenter en pleine saison dans la cité mariale. Bref, on fit un peu de rafistolage et on partit en Afsud, comme on disait, avec Mias comme capitaine et Roger Martine comme dépositaire du jeu lourdais pour les lignes arrières. On connaît le dénouement de l’aventure avec 10 matches joués, pour 5 victoires, 3 défaites et 2 matches nuls, mais surtout une victoire et un match nul dans les deux tests-matches. Pour la 1ére fois depuis 1896, une équipe nationale avait battu l’équipe d’Afrique du Sud chez elle dans les tests. Comme quoi la cohésion a quand même du bon, même si dans cette équipe il y avait beaucoup de talent tant au niveau du pack (Moncla, Barthe, Mommejat, Roques, Quaglio et Mias le capitaine conquérant), qu’à celui des lignes arrières (Danos, Dupuy, Lacaze et l’incomparable Roger Martine). De l'expérience, de la cohésion, c'est tout ce qui manque aujourd'hui au XV de France. Et on se prive de JBE!
Michel Escatafal
17:22 Publié dans rugby | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
13.04.2009
Paris-Roubaix : c'est toujours le plus fort qui gagne...ou presque
Tom Boonen est en train de devenir le grand spécialiste de notre époque en ce qui concerne Paris-Roubaix, mais aussi tout simplement des classiques du calendrier. Il a en effet remporté 3 fois Paris-Roubaix (2005-2008-2009), mais aussi 2 fois le Tour des Flandres (2005-2006) et Gand-Wevelgem en 2004. Il a aussi été champion du monde en 2005, et compte tenu de son âge (28 ans) il a encore le temps de l’être une fois ou deux encore. Il a aussi la possibilité de meubler dans les années à venir un palmarès déjà conséquent, mais qu’il devra étoffer s’il veut faire un jour partie des plus grands coureurs de l’histoire du vélo.
Dimanche j’ai regardé Paris-Roubaix à la télévision et c’est vrai, comme l’a dit Laurent Fignon (3è en 1988), que cette course ne pouvait pas échapper à Tom Boonen…parce que c’était le plus fort. Et quand on parle de Paris-Roubaix c’est presque toujours le plus fort qui l’emporte, même si dans l’histoire de la course on trouvera toujours un coureur qui ne l’a jamais remportée parce qu’il a été victime de la malchance. Ce fut le cas de Jacques Anquetil en 1958, la seule année où il se prépara réellement pour cette course tellement spéciale. En tête avec 3 autres coureurs (Barone, Truye et Verpalaerse) à 13 km de l’arrivée avec encore une minute d’avance sur le premier peloton, il fut victime d’une crevaison qui, à coup sûr, lui coûta la victoire. Ce jour-là effectivement le plus fort n’avait pas gagné et ce fut le belge Léon Van Daele, très rapide au sprint, qui remporta l’épreuve au nez et à la barbe de Van Steenbergen et Van Looy.
En parlant de Van Looy, c’est vrai que Tom Boonen fait un peu penser à celui que l’on appelait l’Empereur d’Hérentals, avec un peu moins de classe toutefois. Van Looy ne l’oublions pas figure aux yeux de tous les amateurs de cyclisme parmi les 10 plus grands champions de tous les temps en terme de palmarès. Il a d’ailleurs gagné, exploit unique dans les annales, toutes les grandes classiques du calendrier qui existaient à son époque. Certes Eddy Merckx en en a gagné davantage en nombre (27 contre 15 à Van Looy), mais il n’a pas gagné Paris-Tours. En outre Rik Van Looy a été également deux fois champion du monde en 1960 et 1961. On le voit, s’il veut ressembler vraiment à Van Looy, Boonen a encore du pain sur la planche avec ses 6 victoires dans les grandes classiques.
Par rapport à Van Looy il lui manquera aussi sans doute des victoires dans les classiques ardennaises, qui ne correspondent pas suffisamment à ses qualités spécifiques. Il ne faut donc pas l’attendre à l’Amstel Gold Race, la Flèche Wallone et Liège-Bastogne-Liège la doyenne des classiques, certains disent même la plus belle de toutes ce qui est très subjectif. Pour les Français la reine des classiques c’est Paris-Roubaix, mais pour les Italiens c’est Milan San-Remo et pour les Flamands c’est le Tour des Flandres. Disons que toutes celles que je viens de citer sont belles à gagner au même titre que Paris-Tours ou le Tour de Lombardie. On est quand même là en plein dans l’histoire du cyclisme, et c’est vrai que par nature les coureurs belges sont des coureurs de classique, avec toutefois une prédilection particulière pour le Tour des Flandres et Paris Roubaix.
D’ailleurs ce n’est pas pour rien si à part quelques très grands champions comme Merckx bien sûr, de Vlaeminck (15 classiques à son palmarès), Van Steenbergen (7), Fred de Bruyne (8) ou Raymond Impanis (5), il n'y a pas tellement de grands coureurs belges à tirer ou avoir tiré leur épingle du jeu dans les Ardennaises, surtout ces 30 dernières années. Celles-ci en effet de par leur profil beaucoup plus accidenté, sont plutôt le domaine réservé des Italiens, des Français et des Hollandais, souvent moins à l’aise dans les Flandres et sur les pavés de Roubaix, même si Fiorenzo Magni fut surnommé le Lion des Flandres pour ses 3 victoires entre 1949 et 1951 dans le Tour des Flandres, et même si Francesco Moser a gagné 3 fois Paris-Roubaix (1978,1979 et 1980). Il ne l’a pas gagné en 1981, pas plus que de Vlaeminck, car cette année-là Bernard Hinault qui avait consenti à s’y préparer l’a emporté au sprint sur le vélodrome de Roubaix, succédant au palmarès des Français à Louison Bobet qui avait gagné en 1956.
Louison Bobet, Bernard Hinault, mais aussi Fausto Coppi qui accomplit seul les 45 derniers km en 1950 pour l'emporter devant Maurice Diot, lequel considérait avoir gagné car il classait l'Italien hors concours, Gimondi (1966), Merckx (1968, 1970, 1973), autant de noms qui sont depuis bien longtemps au Panthéon du cyclisme, ce qui veut dire que Paris-Roubaix malgré sa spécificité est aussi capable de sourire aux campionissimi, même si un Bartali ou un Anquetil ne l’ont jamais gagné, pas plus que Kubler, Koblet, Indurain ou plus près de nous Armstrong. En tout cas, malgré le fait que « la chance joue un rôle trop important » pour parler comme Jacques Anquetil, je suis persuadé que ce dernier aurait dû faire après 1958 ce que Bernard Hinault a fait en 1981, c’est-à-dire préparer sérieusement cette course.
Dans ce cas il aurait fini par gagner cette classique mythique, comme il a gagné en 1966 Liège-Bastogne-Liège. Avec la classe qui était la sienne, il aurait bien trouvé un jour ou l’autre le moyen de triompher de l’adversité. D’ailleurs quand Bernard Hinault a gagné en 1981, il aurait pu tout perdre par la faute de 4 crevaisons, de 3 chutes en 200 mètres, et d’un chien qui a traversé la route devant lui le faisant chuter une nouvelle fois. Il avait eu certes la chance de s’en tirer à chaque fois sans mal mais il voulait tellement gagner, avec le maillot de champion du monde sur les épaules, que rien ne pouvait l’empêcher de triompher sur le vélodrome de Roubaix. En plus en remportant l’épreuve, il savait qu’on « ne le tarabusterait plus », comme il disait, avec Paris-Roubaix et ses pavés.
Michel Escatafal
21:41 Publié dans cyclisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
11.04.2009
Désigner le meilleur ne peut être qu'un jeu
Pour son numéro 20.000 le journal l’Equipe a fait un numéro spécial et s’est livré à un jeu que les gens aiment bien, à savoir désigner le meilleur…depuis 1946. N’oublions pas que l’Equipe et ses filiales ont créé le Ballon d’Or, le Champion des champions Français et mondial, le Vélo d’Or etc., et à l’occasion du passage à l’an 2000, ce journal désigna aussi le champion du 20è siècle, Pelé. Bref ce n’est qu’un jeu, mais on s’y livre souvent. Je ne vais pas critiquer, car il m’est arrivé sur ce site de me livrer à l’exercice sur le vélo et la Formule 1. Et même si je me suis appuyé sur des statistiques très bien documentées et complètes, je sais bien que je n’ai pas forcément désigné le meilleur…parce que ce n’est pas possible. D’ailleurs comment cela serait-il possible alors qu’il est souvent difficile de désigner le meilleur de sa génération.
Il y a certains sports tels que le cyclisme, l’athlétisme, la natation, voire même l’automobile (F1 et rallye) où le palmarès permet quand même de faire des comparaisons crédibles, mais elles sont beaucoup plus difficiles à établir dans les sports collectifs. Un excellent défenseur au football ne sera quasiment jamais désigné comme Ballon d’Or, alors qu’au contraire un milieu offensif ou un attaquant a les plus grandes chances s’il fait une bonne saison ponctuée par un titre. Pour mémoire, depuis 1956, seuls Yachine le gardien soviétique en 1963, Beckenbauer le libéro allemand en 1972 et 1976, Matthias Sammer lui aussi libéro allemand en 1996 et Cannavaro le défenseur central italien du Real Madrid en 2006, ont connu l'honneur d'être Ballon d'Or. C’est peu, c’est même très peu, d’autant qu’un grand gardien ou un grand défenseur peut être aussi important pour une équipe qu’un grand meneur de jeu ou un grand buteur.
Cette longue parenthèse aura déjà permis de voir la part de subjectivité qu’il peut y avoir quand on veut désigner le meilleur des meilleurs dans un sport collectif. Au rugby par exemple, la star d’une équipe est souvent le botteur (Puig-Aubert, Barry John, Grant Fox, Jonny Wilkinson etc) parce qu'il meuble le score. Cependant un grand match de la première ligne est parfois aussi important, mais un talonneur ou un pilier est très rarement une star. Pareil nous dit-on au basket ou au hand-ball, sport que je ne connais pas sur le plan technique, mais que je connais suffisamment pour savoir que le meneur- scoreur à la Parker est plus souvent mis en avant que le défenseur type Bruce Bowen.
Cela dit je suis quand même surpris du classement établi par les personnalités sportives sélectionnées par l’Equipe pour désigner le meilleur sportif depuis 1946. D’ailleurs se contenter du vote d’une quinzaine de votants, fussent-ils des grands champions du présent et du passé, pour réaliser un tel classement ne pouvait qu’entraîner quelques absences notables, et une certaine frustration des lecteurs. Par exemple dans les 24 nominés on ne trouve qu’une femme, Nadia Comaneci, qui a recueilli les suffrages de Doucouré, Douillet et Merckx. Pour ma part je pense que si on avait fait appel au vote des lecteurs, il y aurait aussi eu parmi les nominées la nageuse Dawn Fraser (3 médailles d’or consécutives sur 100m nage libre aux J.O. en 1956, 1960 et 1964), la joueuse de tennis Martina Navratilova (18 titres en simple du grand-chelem) et pourquoi pas Marie-José Pérec qui a fait le doublé 200-400m aux J.O. d’Atlanta en 1996, ou encore la skieuse Marielle Goistchel (2 titres olympiques et 7 titres de championne du monde).
Pareil pour les hommes, car si le palmarès a désigné en premier le boxeur Ali, devant Michael Jordan le basketteur et Carl Lewis l’athlète, Pelé ne venant qu’en 4è position juste devant Merckx, ce qui peut se concevoir, il y a quand même quelques absences qui étonnent. Pour ma part je n’en citerais que quelques unes parmi les plus criardes à savoir l’immense Fauto Coppi, roi du cyclisme dans la période où jamais il n’y a eu autant de grands champions en même temps (entre 1946 et 1953), mais aussi Juan-Manuel Fangio (24 victoires en F1 en 51 grands prix entre 1950 et 1957), ou encore Jim Clark (25 victoires en 72 grands prix entre 1960 et 1968) et Ayrton Senna ( 65 poles en 161 grands prix entre 1984 et 1994), sans oublier Rod Laver qui a réalisé 2 fois le grand chelem en tennis (1962 et 1969), Rocky Marciano le boxeur poids lourds invaincu dans les années 40 et 50, Ray Robinson le boxeur poids moyen sans doute le plus accompli de la même époque, et Daniel Morelon qui a été double champion olympique de vitesse (1968 et 1972) et 7 fois champion du monde (entre 1966 et 1975). J’en oublie sans doute beaucoup d’autres, notamment dans des sports que je ne connais pas ou peu, qui pourtant ferait bien dans cette galerie de portraits, par exemple Nicola Karabatic le handballeur français qui a gagné à 25 ans tout ce qu’il est possible de gagner dans son sport, y compris être sacré meilleur joueur du monde.
En attendant l’Equipe a bien fait de faire un numéro spécial pour son numéro 20.000, car cela nous a permis de réfléchir à un sujet aussi léger que passionnant. Cela ne nous interdit pas d’avoir une pensée pour ceux qui souffrent dans leur chair et dans leur cœur, notamment dans les Abbruzes, région sinistrée où le Tour d’Italie passe quasiment chaque année et qui a vu naître un grand champion, Danilo di Luca, mais aussi les victimes de la crise économique et financière, sans oublier tous ceux qui essaient de survivre au milieu des conflits à travers le monde (Irak, Afghanistan etc.). En parlant de cela j’ai quand même un regret que j’ai souvent évoqué sur ce site, à savoir que le sport coûte aussi cher à ceux qui veulent le pratiquer, mais aussi aux supporters qui sont obligés de faire de nombreux sacrifices pour voir jouer ou courir leurs sportifs ou équipes préférés. Hélas pour eux le business n’a que faire de ces considérations, crise ou pas. Heureusement il reste la possibilité d’aller voir les coureurs cyclistes sur les routes. C’est un spectacle gratuit et le plus souvent grandiose. Alors profitons-en !
Michel Escatafal
20:43 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
09.04.2009
I have un dream for Bourdais!
Sébastien Bourdais vient de finir les deux premiers grands prix de la saison et il a déjà un point. Certes il n’y a pas de quoi sauter au plafond devant ses résultats, mais sa nouvelle voiture ne sera réellement opérationnelle pour viser mieux qu’à Barcelone. Le prochain grand prix d’Espagne est en effet le premier où l’on pourra réellement voir l’état des forces en présence cette saison. Pour ma part j’ai fait un rêve où je me voyais tout près du stand Renault, avec Fernando Alonso en position de gagner son grand prix national, ce qui quelque part réjouirait aussi les fans de F1 français qui considèrent toujours que Renault est une marque française. Mais dans ce rêve j’ai vu aussi la pluie se mettre à tomber alors qu’il ne reste que quelques tours, au moment où Sébastien Bourdais rentre au stand pour effectuer son dernier arrêt. Miracle, il pleut fort et Bourdais avant tout le monde monte ses pneus pluie. Il repart le couteau entre les dents sachant qu’il a un énorme avantage sur les autres qui sont sur le circuit, essayant vainement de rester sur la piste.
Immédiatement mon cœur s’est mis à battre très fort, car Sébastien Bourdais jouant à chaque grand prix sa survie en F1 allait peut-être gagner son premier grand prix. Même s’il est loin d’être le pilote le plus rapide du circuit, pour une fois il semble avoir la chance avec lui…et il va la saisir. Les Français autour de moi sont ivres de joie de voir un des leurs, le seul, en tête du grand prix, mais aussi stressés comme il n’est pas possible à l’idée que le chat noir au dessus de la tête du Français se réveille. Va-t-il aller au bout dans ces conditions ? Surtout ne va-t-il pas être percuté par un concurrent en perdition, alors qu’il a course gagnée. Forza Sébastien, s’écrient autour de moi des Italiens qui ne voient que le triomphe de Toro Rosso avec un moteur Ferrari… et qui oublient que Ferrari est encore dans la course.
Les deux Ferrari justement remontent à toute vitesse sur Bourdais alors qu’il ne reste que deux tours à couvrir. On retrouve à cette occasion le vrai Raikkonen, celui qui jongle avec ses adversaires…s’il est en confiance. Et de fait il l’est, après une longue disette sans victoire. Ne va-t-il pas venir coiffer Bourdais dans les derniers hectomètres ? Non, ce serait trop bête. Sébastien ne doit surtout pas se laisser faire cette fois, il faut qu’il s’affirme, et de toute façon il n’a rien à perdre…mais beaucoup à gagner. Encore un tour et Raikkonen, le fauve, est dans les roues de la Toro Rosso, mais il faut avoir confiance car la Toro Rosso a un moteur Ferrari, et il est très difficile de tenter un dépassement…qui pourrait coûter 8 points au Finlandais. Les Italiens à coté de moi n’ont cure de ces considérations et leur amour de Ferrari prend le dessus, donc ils encouragent Kimi.
Plus que trois virages, Sébastien tient le bon bout mais il faut rester vigilant car nul ne sait quels sont les sentiments de Raikkonen à cet instant. Et s’il se disait « je veux la victoire et rien d’autre », comme à Spa l’an passé dans sa passe d’armes avec Hamilton ? Effectivement il tente une manœuvre désespérée en essayant de s’infiltrer à la corde, comme Senna sur Prost à Suzuka en 1989. Heureusement la conclusion sera différente, car si la Ferrari touche la Toro Rosso, celle-ci reste sur la piste et devant la Ferrari. Bourdais a gagné son premier Grand Prix et il a battu un des cracks du plateau, champion du monde en 2007. Près de moi, les Italiens sont atterrés même si c’est un moteur Ferrari qui a gagné, et le resteront encore un peu sur le podium.
Ah ce podium ! Qu’il est beau ce podium avec Fratelli d’Italia, l’hymne national italien, qui célèbre la victoire de Toro Rosso et atténue quelque peu la déception de nos amis transalpins, et enfin la Marseillaise que nous n’avons plus entendu pour un pilote depuis …13 ans (Olivier Panis à Monaco sur une Ligier propulsée par un moteur Mugen Honda). Cette Marseillaise, nous Français la chantons à tue-tête, comme si tout d’un coup nous revivions les grandes heures de l’époque où nous l’entendions très souvent, presque un grand prix sur deux avec Alain Prost. Un sentiment de fierté envahit soudain toute la colonie française, comme si elle éliminait d’un coup toutes ses frustrations, en nous disant que cette victoire allait peut-être libérer définitivement Sébastien Bourdais. Pour ma part, j’affirmais que je le verrais bien faire une carrière à la Emerson Fittipaldi, dont ses pairs disaient qu’il n’était pas très rapide, mais qui a quand même remporté 14 victoires et a été 2 fois champion du monde. Pas mal pour un pilote peu rapide ! Bon voilà c’était un rêve, mais je me dis que parfois du rêve à la réalité il n’y a qu’un pas…Puisse-t-il se réaliser !
Michel Escatafal
18:19 Publié dans automobile | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport
