27.04.2009
Les grands milers (3è partie)

Aujourd’hui nous allons parler des coureurs de 1500-5000m et des purs spécialistes du 1500m, pour la 3è partie de ce rapide panorama des plus grands milers depuis le milieu des années 50. Cela étant on va remonter un peu en arrière en se rappelant que Paavo Nurmi (4mn10s4 au mile en 1923), le Finlandais, a réalisé le premier doublé 1500-5000m aux Jeux Olympiques de Paris en 1924. Il avait même été champion olympique du 10.000m en 1920 à Anvers. D’une certaine manière il avait fait l’inverse de ce que feront les coureurs de l’ère moderne qui montent sur 5000m après avoir brillé sur 1500m. Dans les années 1942-1945, un coureur extrêmement célèbre à l’époque, le Suédois Haegg, va être à la fois recordman du monde du 1500m (3mn43s en 1944), du mile (4mn1s4 en 1945), du 2000m, du 3000m, mais aussi du 3 miles et du 5000m, distance sur laquelle il sera le premier à franchir la barrière des 14 mn (13mn 58s2).
Comme évidemment je n’ai pas connu cette époque (je n’étais pas né), je vais me projeter immédiatement sur le milieu des années 50, dont m’a souvent parlé un homme qui jouait les entraîneurs en athlétisme, et qui m’a donné le goût pour ce sport. Et je ne sais pas pourquoi mais il était fasciné par les sportifs…hongrois. Il m’avait avoué avoir pleuré à chaudes larmes quand l’Allemagne, en 1954, avait battu en finale de la Coupe du Monde de football la grande équipe de Hongrie. Il avait aussi été très malheureux qu’après la révolte de Budapest en 1956, réprimée par les chars soviétiques, la plupart des grands sportifs hongrois aient préféré quitter leur pays, comme les footballeurs (Puskas, Kocsis, Czibor) ou Sandor Iharos qui était un extraordinaire coureur qui en 1955 (à 25 ans) a battu les records du monde du 1500m (3mn40s8), du 3000m (7mn55s6), du 2 miles (8mn33s4), et du 5000m à deux reprises, record qu’il portera à 13mn40s6. Hélas, il s’expatriera en 1956 et renoncera à la compétition, se privant d’un ou plusieurs titres olympiques aux Jeux Olympiques de Melbourne.
Le successeur de Sandor Iharos sera Michel Jazy, le Français. Celui-ci à une époque où le sport français n’enregistrait pas beaucoup de triomphes, allait devenir une idole dans notre pays, arrivant même à faire bousculer les programmes de la télévision pour suivre ses tentatives de record du monde, ou pour les compétitions auxquelles il participait face aux plus grands champions de son époque. Je consacrerai un jour un chapitre entier à Michel Jazy qui fut médaille d’argent du 1500m à Rome en 1960, champion et recordman d’Europe du 1500m, recordman du monde du mile en 1965, du 2000m, du 3000m et du 2 miles, mais aussi champion et recordman d’Europe du 5000m. Il ne lui aura manqué que le record du monde du 1500m qu’il aurait dû battre, dans la mesure où le record du monde du mile (3mn53s6) qu’il a battu en 1965 était d’un niveau équivalent à celui du 1500m d’Elliott. Hélas pour lui, il choisira ensuite le 5000m en vue des Jeux de Tokyo, plutôt que le 1500m qu’il aurait remporté à coup sûr.
Cela dit je me demande si le plus grand exploit de Jazy n’a pas été de battre tous les meilleurs sur 5000m en juin 1965 à Helsinki, avec un record d’Europe à la clé 13mn27s6). Son second dans cette course s’appelait Kip Keino, qui est le précurseur des grands athlètes des hauts-plateaux (Kenya, Ehiopie, Erythrée) qui vont écumer jusqu’à ce jour la plupart des courses du 5000m au marathon. Keino était à la fois rapide, moins toutefois qu’un Jazy ou qu’un Ryun, mais surtout extraordinairement résistant. Il détiendra les records du monde du 3000m (7mn39s6) et du 5000m (13mn24s2), et sera champion olympique du 1500m en 1968 au dépens de Jim Ryun (merci l’altitude de Mexico !) et du 3000m steeple en 1972. Bref Keino a été un remarquable coureur de 1500-5000m, plus naturellement porté sur le 5000 contrairement à Jazy qui était avant tout un miler capable de briller sur 5000m
Finalement le coureur qui ressemblera le plus à Jazy sera Saïd Aouita, le Marocain…qui voulait régner sur le demi-fond du 800m au 10.000m. Rien que ça ! Et pourtant même s’il était un peu prétentieux, il ne sera pas très loin de son objectif. A la fois très rapide et résistant, il sera champion olympique du 5000m en 1984, et médaille de bronze sur 800m en 1988. Mais il sera aussi recordman du monde du 1500m (3mn29s46) en 1985 après avoir été médaillé de bronze sur la distance aux championnats du monde de 1983, rivalisant sur cette distance avec Steve Cram, et le premier athlète à moins de 13 mn sur 5000m en 1987. Sur cette distance il sera invaincu pendant 10 ans entre 1979 et 1989. Il battra aussi en 1985 les records du monde du 2000m et du 3000m. Cela dit, les spécialistes regretteront tous qu’il n’ait pas choisi de se spécialiser sur le 1500m et le 5000m au lieu de se disperser comme il l’a fait.
Le dernier monstre sacré du 1500-5000m sera Hicham El Guerrouj. Certains disent de lui qu’il fut le plus grand coureur de demi-fond avec Nurmi. Je ne sais pas tellement il est difficile de faire des comparaisons entre les meilleurs de chaque époque, mais ce fut d’abord un extraordinaire miler avec ses records du monde du 1500m (3mn26s), du mile (3mn43s13) et du 2000m (4mn44s79)en 1998 et 1999, ses 4 titres de champion du monde sur 1500m (1997 à 2003), et son titre olympique en 2004 à Athènes où il fera le doublé avec le 5000m…comme Nurmi 80 ans plus tôt. Dans toute sa carrière ce merveilleux miler, qui faisait irrésistiblement penser à Jim Ryun pour son élégance sur la piste, n’aura connu que deux vrais échecs sur sa distance fétiche du 1500m, sa chute aux J.O. d’Atlanta qui l’empêcha de défendre ses chances contre Morceli qu’il aurait sans doute battu dans le dernier tour, et sa défaite en finale des J.O. 2000, contre Noah N’Gueny, le recordman du monde du kilomètre, au finish impressionnant.
Enfin il y a deux coureurs qu’on ne peut pas oublier dans cette galerie prestigieuse des milers, à savoir Filbert Bayi, le Tanzanien et Nouredine Morceli, l’Algérien. Filbert Bayi est surtout considéré comme un pur spécialiste du 1500, mais il faut préciser qu’il n’était pas que cela car à la fin de sa carrière il s’était orienté vers le 3000m steeple dont il remporta la médaille d’argent aux J.O. de 1980. Cela dit, entre 1974 et 1976, il a été avec sa foulée légère et sa science innée du train le roi des milers de son époque. Il battit notamment le record du monde de Jim Ryun sur 1500m avec un temps de 3mn32s2, en 1974 aux Jeux du Commonwealth, après avoir mené la course de bout en bout laissant derrière lui Walker, le futur champion olympique à Montréal. Il battra l’année suivante le second record de Ryun, celui du mile en 3mn51s. Hélas pour lui, le boycott africain le priva des J.O. de Montréal…et sans doute d’une médaille d’or.
Nouredine Morceli, champion d’une grande discrétion hors des pistes, fut lui aussi un très grand miler. Certes il n’avait pas la grâce d’Hicham El Guerrouj, son successeur, mais il était terriblement efficace sur la piste. Dans sa meilleure période il était quasiment imbattable car il était à la fois impossible de le lâcher au train et son dernier tour était toujours très rapide. Son palmarès est tout simplement somptueux avec un titre olympique en 1996, 3 titres de champion du monde consécutifs (1991-1993-1995), auxquels s’ajoutent ses records du monde du 1500m en 1992 et 1995 (3mn27s37), du mile (3mn44s39), en 1993, du 2000m en 1995 et du 3000m en 1994. En outre, de 1993 et 1996 il accumulera 45 victoires successives, jusqu’à sa défaite en finale du Grand Prix face à El Guerrouj.
Pour terminer cette épopée dans le temps je voudrais aussi préciser que les Français ont parfois été présents dans les luttes au sommet qui ont fait la légende du 1500m et du mile. Outre Michel Jazy, je vais en citer quelques uns, Jules Ladoumègue dans les années 30, qui fut recordman du monde du 1500m (3mn49s2) et du mile (4mn9s2), puis dans les années 50 et 60 Michel Bernard, grand adversaire national de Jazy, à qui Elliott doit son record du monde en finale olympique à Rome. Bernard avait une extraordinaire bravoure. Ensuite Jean Wadoux qui battra le record d’Europe du 1500m en 1970 en 3mn 34s, à 9/10 seulement de Jim Ryun. Il ne lui manquait qu’une qualité, un finish à la hauteur de sa facilité au train, ce qui lui commandera de monter sur 5000m où il pensait, sans doute à tort, qu’il avait plus de chances que sur 1500m.
Ensuite la France subira une longue traversée du désert jusqu’à l’avènement de Medhi Baala, qui est notre meilleur représentant aujourd’hui, mais qui aurait dû faire encore mieux que 2 titres européens consécutifs sur 1500m en 2002 et 2006 et une médaille d’argent aux championnats du monde en 2003. Il aurait dû combler le vide laissé par la retraite d’El Guerrouj. Il est bon au train, il est rapide comme en témoigne ses records sur 800m (1mn43s15) et 1000m (2mn13s96), donc a priori il a tout pour briller sur 1500m où son record est de 3mn28s98 à 3 centièmes du record d’Europe. Peut-être cette année aux championnats du monde. Et s’il remportait enfin une médaille d’or ?
Michel Escatafal
16:28 Publié dans athlétisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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