25.04.2009
Les grands milers (2è partie)

Dans la suite de ce que j’écrivais sur « les milers » je vais continuer le tour d’horizon des grands champions qui ont donné ses lettres de noblesse à la distance, en rappelant que nous en étions aux coureurs de 800-1500m. En disant cela je parle bien entendu de coureurs qui ont figuré parmi les tous meilleurs sur les deux distances. Après l’Australien Herb Elliott et le Néo-Zélandais Peter Snell, il y a un coureur qui n’a jamais été champion olympique certes, mais qui reste un des plus grands de l’histoire du demi-fond, à savoir Jim Ryun, que certains ont appelé « l’archange du demi-fond américain » tellement il était magnifique à voir courir.
Son histoire a commencé par le 800m, même s’il n’en a pas couru beaucoup. En tout cas il a accompli sur la distance un exploit fabuleux alors qu’il n’avait pas 20 ans (en 1966). Il a en effet réalisé le même temps que le record du monde détenu par Snell…mais sur 880 yards (1mn44s9). Peu après il va réaliser 3mn53s7 sur le mile tout près du record du monde de Michel Jazy (3mn53s6). L’athlétisme et le demi-fond venait de se trouver un maître qui va accumuler les exploits jusqu’en 1968, où il sera battu en finale olympique… par l’altitude, et donc par un homme des Hauts-Plateaux du Kenya, Kep Keino, dont on reparlera plus tard.
Auparavant Ryun avait effacé en 1966 le record du monde du mile détenu par Jazy (3mn51s3 contre 3mn53s6 pour le Français), puis en 1967 le record du 1500m d’Herb Elliott de 2 secondes et demie (3mn33s1 contre 3mn35s6), dans une course qu’il terminera loin devant Keino. Ryun était un coureur vraiment extraordinaire capable de boucler un dernier tour en moins de 50 secondes, comme lors du 1500m du match Etats-Unis – RFA de 1967 où il avait atomisé Bodo Tummler, pourtant excellent finisseur comme il l’avait prouvé l’année précédente en battant Jazy en finale du 1500m des championnats d’Europe. Jim Ryun stoppera sa carrière en 1972 aux J .O. de Munich, en série du 1500m, où il sera victime d’une chute due à une bousculade. Comme quoi, on peut être un super grand et n’avoir jamais été champion olympique, chance que d’autres moins doués ont eu comme Barthel (1952), Delany (1956), Vasala (1972) ou Cacho (1992).
Son successeur dans le même registre, mais avec moins de classe, s’appelle John Walker, lui aussi Néo-Zélandais. Excellent coureur de 800m (1mn 45s3 en 1973), Walker va très vite se révéler un grand miler. Il battra le record du monde du mile en 1975, devenant le premier coureur à passer sous les 3m50s avec un temps de 3mn49s4, soit 10 secondes de moins que Bannister, le premier à avoir franchi la barrière ultra mythique des 4 mn. Il sera champion olympique en 1976, avec toutefois la chance de n’avoir pas eu à affronter son grand rival de l’époque, Bayi, qui avait été victime du boycott de son pays, la Tanzanie. Nous reparlerons de Bayi.
Et nous en arrivons à la période anglaise avec 3 supers cracks qui vont faire de la Grande-Bretagne, pendant quelques années (décennies 70 et 80), le pays roi du demi-fond. Ces 3 grands champions mériteraient un chapitre à eux seuls, notamment les deux meilleurs ennemis que furent Coe, le lord galopant qui se signalera en outre par sa perpétuelle lutte contre le dopage, et Ovett, le cabochard au visage bosselé. Difficile pour eux de dire quelle était leur meilleure distance, car si Coe détint très longtemps le record du monde du 800m (1mn41s73) et du kilomètre (2mn12s18), il fut 2 fois consécutivement champion olympique du 1500m (1980 et 1984), exploit unique dans les annales.
En revanche Ovett, sans doute plus naturellement coureur de 1500m, fut certes recordman du monde du 1500m (à 3 reprises en 1980 et 1983) et du mile (deux fois en 1980 et 1981), comme Coe (en 1979 sur 1500m, et sur le mile en 1979 et 1981), mais sera champion olympique du 800m en 1980, battant à la surprise générale… Sebastian Coe, qui se vengera sur 1500m avec un dernier 200m en 24s7. Amusant de voir que ni l’un, ni l’autre, n’ont été champion olympique sur leur meilleure distance, mais cela démontre aussi l’intensité de leur duel.
Cette domination totale de Coe et Ovett sur le demi-fond va durer jusqu’en 1984, mais dès 1982 on va voir l’avènement d’un autre super crack, Steve Cram, qui va être le premier en 1985 à descendre sous les 3mn30 au 1500m, juste devant Aouita dont nous reparlerons. Cram battra également le record du monde du mile (3mn46s32 en 1985), mais aussi la même année celui du 2000m (4mn51s39). Il ne sera jamais champion olympique, battu par Coe en 1984 sur 1500m, mais il sera champion du monde en 1983, et aussi champion d’Europe en 1986 avec en plus une médaille d’argent sur 800m, à nouveau battu par Coe qui décidément aura été sa bête noire.
Enfin pour terminer cette épopée des coureurs de 800-1500m il ne faut pas oublier Rachid Ramzi, athlète marocain naturalisé Barheïnien, qui est actuellement le meilleur miler en activité. Ramzi a fait en 2005 le doublé 800-1500m aux championnats du monde, renouvelant l’exploit de Snell en 1964 dans une compétition planétaire. Il sera également champion olympique du 1500m en 2008 à Pékin. Cela dit il lui manque quand même pour rejoindre ses glorieux ainés un record du monde. Apparement Rachid Ramzi est plus un homme de championnats qu’un homme de records. En tout cas c’est le meilleur depuis la retraite d’El Guerrouj.
Et puis il faut être honnête, les records du monde du 800m jusqu’au 2000m sont vraiment très haut perchés, car ils sont la propriété de Kipketer sur 800m (1mn41s11) depuis 1997, de N’Geny (champion olympique du 1500m en 2000) sur le kilomètre (2mn11s96) depuis 1999, et surtout d’Hicham El Guerrouj sur 1500m depuis 1998, sur le mile et sur 2000m depuis 1999. El Guerrouj fera partie de la troisième partie de cette brève histoire des milers, où nous parlerons des coureurs de 1500-5000 et des purs spécialistes du 1500m. Nous évoquerons aussi quelques athlètes français qui, outre Jazy, ont porté haut les couleurs du demi-fond français.
Michel Escatafal
13:16 Publié dans athlétisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, histoire du sport

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