16.04.2009

Il faut toujours de l'expérience pour faire une grande équipe

elissalde.jpgAu début je dois avouer que j’étais un peu comme tout le monde, c’est-à-dire que j’étais content de voir partir Bernard Laporte du poste de sélectionneur de l’Equipe de France de rugby. Cela faisait quand même longtemps qu’il était à ce poste, et il n’avait pas réussi à donner à l’Equipe de France le titre qui lui manque, à savoir la Coupe du Monde. Pourtant la dernière édition se jouait en France essentiellement, donc chez nous, et la déception n’en fut que plus grande, car on rêvait tous de revoir le scenario de 1998 avec le football. On connaît la suite et le désamour avec Laporte fut complet, d’où l’espoir qui a envahi les fans de rugby quand un autre sélectionneur fut nommé à sa place. Je dois d’ailleurs préciser qu’il eut été identique avec tout autre sélectionneur. Pour les amateurs de rugby en France, il faut gagner et…éventuellement pratiquer du beau jeu.

 

Pour l’instant l’Equipe de France ne fait ni l’un, ni l’autre, ce qui commence à provoquer une certaine impatience. Et ce n’est pas en lisant dans l’Equipe la dernière interview de Marc Lièvremont que les choses vont s’arranger pour lui. En effet, chose curieuse pour un sélectionneur, il s’est mis à porter sur la place publique un jugement sur nombre de joueurs susceptibles de jouer dans le XV de France…ou de ne plus y jouer. Parmi ces derniers, j’ai été extrêmement surpris de voir le nom de Jean-Baptiste Elissalde, sous le prétexte qu’il ne progressera plus à son âge (31 ans).

 

Certes cette année il a accumulé les blessures, conséquence en partie des efforts faits depuis la préparation à la Coupe du Monde 2007 jusqu’à la finale du Top 14 fin juin, mais que je sache il y a peu JBE était considéré comme un joueur de très grand talent, capable en plus d’opérer avec le même bonheur ou presque aux postes de demi de mêlée et d’ouverture. Et de fait il a réalisé une excellente Coupe du Monde en 2007 à la mêlée, et une remarquable saison 2007-2008 à l’ouverture. De surcroît il s’est avéré presque toujours un buteur fiable, tant en Equipe de France que dans son club. Enfin, si j’ai bonne mémoire, il y a un an Lièvremont le trouvait indispensable au XV de France.

Que s’est-il donc passé entre le mois de novembre, où Elissalde a été sonné par un placage dangereux de Nalaga dans le match contre les Iles du Pacifique, et ces derniers jours, pour qu’il devienne soudain « un has been » ? Réponse : Il a été blessé à plusieurs reprises, notamment au coude…par Fabien Pelous, ce qui témoigne en plus d’une certaine malchance. Cela étant est-ce une raison pour qu’il ait perdu tout son talent, au point d’être relégué dans la hiérarchie du sélectionneur en 4 ou 5è position pour le poste de demi de mêlée, où de surcroît personne ne s'est réellement imposé ? Certainement pas, et je trouve que les arguments de Monsieur Lièvremont sonnent faux. Je dirais même que c’est trop gros pour être vrai.

En outre, sans vouloir me mettre à la place du sélectionneur, on peut imaginer qu’un JBE parfaitement reposé aurait pu apporter à l’Equipe de France, pour la tournée aux antipodes du mois de juin, sa fraîcheur, son envie, et plus encore son expérience à une équipe qui en manque cruellement. Alors si je comprends bien il ne reste plus qu’à souhaiter, horreur, qu’un joueur ait un empêchement pour voir de nouveau JBE avec le maillot bleu. C’est triste à dire, mais je ne pense pas qu’avec de pareilles méthodes on construira une équipe compétitive pour la Coupe du Monde 2011. Si cela continue on va finir par regretter Bernard Laporte. Il avait peut-être des défauts, mais au moins avec lui nous avions des résultats, même si nous n'avons pas obtenu celui que nous espérions tous en 2007. On attend toujours ceux de Lièvremont, et je crains qu’il ne faille les attendre longtemps encore avec un tel management.

 

En outre ce que semble oublier Lièvremont c’est que généralement les plus grandes équipes sont celles qui font preuve de stabilité, notamment aux postes clés. C’est d’ailleurs pour cela qu’on disait à l’époque du rugby amateur, qu’une équipe n’est jamais aussi forte qu’à la fin d’une longue tournée. Et de fait on a vu plusieurs grandes équipes naître au cours d’une tournée et battre chez eux des adversaires supposés plus forts. Je ne citerai qu’un exemple dans l’histoire du rugby national qui en est la parfaite démonstration. C’était en 1958.

 

Cette année-là l’Equipe de France n’avait pas remporté le Tournoi des 5 Nations, mais en 4 matches elle allait montrer qu’elle était de loin la meilleure équipe de l’hémisphère Nord, après deux défaites concédées au début du tournoi contre l’Ecosse à Murrayfield (9-11) et contre l’Angleterre à Colombes (0-14), dans un match où les Français eurent 3 joueurs blessés avec un pack réduit à …6 unités. Cela dit, malgré ces circonstances atténuantes, les sélectionneurs avec à leur tête Roger Lerou décidèrent d’apporter 7 changements à l’équipe. Celle-ci aura une ossature lourdaise avec 7 joueurs opérant dans la meilleure équipe de club de l'époque, dont toute la ligne de ¾. Cette équipe pulvérisa les Australiens (19-0), battit pour la 1ére fois les Gallois chez eux (16-6), puis les Italiens en Italie (11-3) et enfin les Irlandais à Colombes (11-6).

 

Problème pour aller en Afrique du Sud, cette équipe allait subir une invraisemblable série de forfaits dont ceux de Crauste, la grande révélation du Tournoi en 3è ligne, mais aussi Henri Domec l’autre 3è ligne aile, Antoine Labazuy l’ouvreur lourdais, et Maurice Prat l’hôtelier, qui ne pouvait s’absenter en pleine saison dans la cité mariale. Bref, on fit un peu de rafistolage et on partit en Afsud, comme on disait, avec Mias comme capitaine et Roger Martine comme dépositaire du jeu lourdais pour les lignes arrières. On connaît le dénouement de l’aventure avec 10 matches joués, pour 5 victoires, 3 défaites et 2 matches nuls, mais surtout une victoire et un match nul dans les deux tests-matches. Pour la 1ére fois depuis 1896, une équipe nationale avait battu l’équipe d’Afrique du Sud chez elle dans les tests. Comme quoi la cohésion a quand même du bon, même si dans cette équipe il y avait beaucoup de talent tant au niveau du pack (Moncla, Barthe, Mommejat, Roques, Quaglio et Mias le capitaine conquérant), qu’à celui des lignes arrières (Danos, Dupuy, Lacaze et l’incomparable Roger Martine). De l'expérience, de la cohésion, c'est tout ce qui manque aujourd'hui au XV de France. Et on se prive de JBE! 

 

Michel Escatafal

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