07.04.2009

Les Allemands doivent se tourner vers l'avenir

hesslich.jpgmatthes.jpgManifestement les Allemands ont de gros problèmes existentiels avec le dopage, problèmes sans doute exagérés si on prend pour référence sportive le cyclisme. On peut même dire que cela frise le ridicule, car après avoir vu les chaînes de télévision cesser de retransmettre le cyclisme, cette fois ce sont les organisateurs d’une course de moindre importance, le Grand Prix de Cologne, qui deviennent grotesques en organisant leur course avec des équipes portant les couleurs de leur pays, donc sans publicité. Pour ma part je ne suis pas un fana de la pub, mais je sais bien que le cyclisme ne vit que grâce au sponsoring, et je trouve ce type de décision attristant d’autant que nombre d’équipes parmi les meilleures ne participeront pas. De plus, le dopage peut exister dans le sport même sans sponsoring.

Mais au fait pourquoi les Allemands se sentent à ce point concernés par le dopage ? La réponse est que, finalement, ils n’en finissent pas de s’accuser de tous les maux, et donc de culpabiliser, en raison des pratiques dopantes qui sévissaient en RDA et qui concernaient tous les sports. Hier encore j’ai vu que 5 entraîneurs d’athlétisme ont reconnu leur participation au dopage à grande échelle opéré par la RDA. Bien sûr cela n’a rien de glorieux, et cette tricherie organisée a permis de récolter beaucoup de médailles a priori indues, mais hélas les Allemands de l’Est étaient loin d’être les seuls à avoir eu recours à des pratiques illicites et dangereuses pour la santé des athlètes qu’ils entraînaient. Ce n’est pas une excuse, mais même à l’Ouest on ne marchait pas nécessairement partout à l’eau claire. Ben Johnson n’était pas Est-Allemand, et pourtant c’était un fameux tricheur. De plus, quand la RDA a disparu du paysage politique en 1990, les pratiques dopantes dans le sport ne se sont pas arrêtées, loin de là.

C’est vrai que ces gens-là ont empêché des athlètes propres de battre des records du monde ou d’être champions olympiques, comme je l’ai dit ici même sur ce site (le 14-03), mais de là à refuser de voir l’avenir sous de meilleurs auspices, il y a un pas qu’on ne doit pas franchir. Je rappelle simplement que le nombre de coureurs cyclistes dopés pris au contrôle est en constante diminution chaque année, et que l’AFLD (Agence française de lutte contre le dopage) estime que le cyclisme a fait de gros progrès dans le domaine. La remarque est valable aussi pour l’athlétisme où le filet s’est resserré sur quelques gros poissons. Et je rappelle aussi que quelques grands champions, y compris certains issus de l’Allemagne de l’Est, ont été parmi les meilleurs et le seraient sans doute encore aujourd’hui s’ils avaient l’âge de participer aux compétitions.

Je ne donnerais que deux noms parmi les plus prestigieux, le sprinter Lutz Hesslich et le nageur Roland Matthes. Ils ont été l’un et l’autre parmi les plus grands de l’histoire de leur sport et personne ne s’aviserait de dire le contraire. Lutz Hesslich a été de l’avis de Daniel Morelon le plus grand sprinter avec ses 4 titres de champion du monde de vitesse en 1979, 1983, 1985 et 1987 et plus encore 2 fois champion  olympique en 1980 et 1988. Certes il n’a pas le palmarès de Morelon (7 fois champion du monde de vitesse amateur et 2 fois champion olympique de la discipline), ni celui de Nakano qui a remporté 10 titres en professionnels entre 1977 et 1986, mais de l’avis de tous il était d’un niveau au moins équivalent, d’autant que sans le boycott de 1984 il aurait sans doute remporté un 3è titre olympique.

En outre il a eu à affronter des adversaires d’un calibre supérieur (Hubner et Kopylov notamment) à ceux qu’ont affronté Morelon et plus encore Nakano. Hesslich était à la fois très véloce et doué d’un remarquable sens tactique. Alors je ne sais s’il prenait quelque chose, mais dans tous les cas de figure il a été le meilleur sprinter de son époque avec Nakano. Lequel des deux aurait gagné s’ils s’étaient affrontés en tête à tête, ce qu’ils n’ont pas pu faire à cause de la stupide règlementation de l’époque séparant les amateurs et les pros ? Personne ne le sait, d’autant que leur seule vraie référence est le Français Yavé Cahard qu’Hesslich a battu en finale des J.O. de Moscou en 1980, et que Nakano a battu en finale des championnats du monde professionnels en 1983.

L’autre  monstre  sacré de l’ex RDA dont je voudrais parler est un nageur, spécialiste du dos, Roland Matthes. Dans le panorama ô combien controversé de la natation est-allemande, Matthes constitua une remarquable exception avec sa musculature légère (1,89 m pour 75 kg) qui ne prêta jamais à aucun soupçon de pratique dopante. Les techniciens disaient de lui qu’il avait un style d’une extraordinaire pureté, et beaucoup estiment encore aujourd’hui qu’il fut le meilleur dossiste de tous les temps. Il régna totalement sur la nage sur le dos, au grand désespoir des Américains, pendant une période très longue pour l’époque, entre 1967 et 1974 qui lui permis de battre 16 records du monde.

Il fut champion olympique à Mexico sur 100m et 200m dos et conserva ses titres à Munich en 1972, et mieux encore il a gagné pendant cette période toutes les épreuves individuelles auxquelles il a participé, avec notamment 4 titres européens,  et 3 titres mondiaux (1973 et 1975). Il fut aussi un excellent nageur en papillon (il détint le record d’Europe du 100m) et en 4 nages où là aussi il fut recordman d’Europe (200m). Il termina sa carrière en 1976 en remportant une médaille de bronze aux J.O. de Montréal. Bref, lui aussi a marqué l’histoire de son sport sans que personne n’imagine qu’il fut dopé…parce qu’il était tout simplement le plus fort. Alors je dis à nos amis allemands qu’ils cessent de se culpabiliser, et qu’ils fassent en sorte de se tourner vers l’avenir plutôt que sur le passé.

Michel Escatafal

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