30.03.2009

Une belle tradition française

michard.jpgmichel rousseau.jpgLes championnats du monde sur piste qui viennent de s’achever ont confirmé que la France est un pays qui a une grande tradition dans le cyclisme sur piste en général, et dans l’épreuve de vitesse en particulier. En effet, on ne compte plus les titres remportés dans la discipline par les coureurs français, que ce soit chez les amateurs ou les professionnels jusqu’en 1991 ou depuis les débuts de l’ère open en 1992. Depuis cette date les Français ont remporté 7 médailles d’or,  avec tout d’abord les 3 de Florian Rousseau en 1996, 1997 et 1998, puis les 2 de Laurent Gané en 1999 et 2003, celle d’Arnaud Tournant en 2001 et enfin celle de Grégory Baugé hier.  De quoi réjouir notre entraîneur national qui n’est autre que le grand Florian Rousseau, lui-même.

En outre, pour bien montrer que la filière française de la vitesse fonctionne parfaitement, l’Equipe de France de vitesse par équipe  vient de remporter sa  10è médaille d’or en 15 éditions, ce qui est tout simplement exceptionnel. Mais puisque nous sommes dans l’histoire, il faut aussi ajouter que Daniel Morelon a été le sprinter amateur le plus titré avec 7 titres dans les années 60 et 70, plus 2 titres olympiques  en vitesse. D’autre part, avec Lucien Michard deux fois titré chez les amateurs en 1923 et 1924 et 4 fois chez les professionnels entre 1927 et 1930, plus Michel Rousseau qui fut champion olympique de vitesse en 1956, puis 2 fois champion du monde amateur en 1956 et 1957, mais aussi champion du monde professionnel en 1958, la France a compté dans ses rangs quelques uns des plus beaux modèles de la discipline.

A propos de Michard, il aurait dû être champion du monde une fois de plus car il fut privé du titre en 1931 contre un Danois qui s’appelait Falk-Hansen…en raison d’une erreur de jugement. Cette année-là les championnats du monde sur piste étaient organisés à Copenhague, ce que les mauvaises langues ne manquaient pas de noter, et  toutes les photos de l’arrivée indiquaient que Michard avait gagné d’une roue. Problème le juge, au nom bien français d’Alban Collignon, ne vit pas que Michard avait remporté la manche lui donnant le titre…parce qu’il se trouvait du coté de l’homme de l’extérieur, ce qui lui donna l’illusion que Falk-Hansen avait dominé Michard qui se trouvait à l’intérieur. Bien entendu il y eut réclamation de la part des Français, la presse parla de cela pendant des semaines, mais rien n’y fit et la décision du juge fut sans appel. Cela rappelle quelque part le débat sur la vidéo dans le football aujourd’hui.

Parlons maintenant de Michel Rousseau, à coup sûr un des plus doués parmi les « aristocrates de la piste » comme on surnomme les sprinters. C’était un coureur que tout le monde trouvait sympathique d’autant qu’il avait un inégalable côté « titi parisien ». Ses mensurations étaient impressionnantes pour l’époque avec 1,73 m pour 81 kg, ce qui lui donnait une impression de puissance à nul autre pareil et lui valut d’être surnommé « le Taureau de Vaugirard ». Il avait tout d’un très grand, mais il ne fit pas la carrière qu’on aurait pu attendre de lui, laissant après 1958 la vedette à l'Italien Antonio Maspès qui  sera 7 fois champion du monde. Et pourtant en 1958, pour sa première année chez les professionnels, Michel Rousseau  jongla littéralement avec lui en demi-finale des championnats du monde, le battant sèchement en 2 manches.

Cela dit l’histoire retiendra aussi de ces deux hommes un sur-place historique en 1961, pour l’attribution du titre mondial à Zurich. En effet  Michel Rousseau, qui avait été battu par Maspès en finale du tournoi mondial en 1959, se mit dans l’idée d’imposer une  séance de surplace à son adversaire pour l’obliger à mener. Le surplace à l’époque n’était pas rare dans la mesure où les sprinters préfèrent généralement  être derrière l’adversaire, ce qui était impossible à chaque fois puisque sur deux  manches, il y en a nécessairement une où il faut partir en tête. Dans le cas où il y a surplace, c’est celui qui a les nerfs les plus solides qui réussit à obliger son adversaire à passer en tête et qui gagne le plus souvent. Ce fut Michel Rousseau qui céda et il fut battu, ce qui permit à Maspès de conserver son titre.

Ce fut son chant du cygne, car jamais plus il ne fréquentera les podiums mondiaux. Et pourtant son extraordinaire puissance, sa vélocité naturelle, plus les leçons patientes de son mentor Louis Gérardin (ancien champion du monde de vitesse amateur en 1930) auraient dû lui valoir bien d’autres satisfactions dans les années 60. Espérons que Grégory Baugé, très doué et très puissant lui aussi, fasse une carrière à la Michard et ne se contente pas, comme Michel Rousseau, de passer comme un météore parmi les étoiles de la piste. Cela dit, son exemple est tout trouvé avec son entraîneur Florian Rousseau, qui remporta 10 titres mondiaux et 3 titres olympiques en vitesse individuelle, par équipes et au keirin entre 1993 et 2001.

Michel Escatafal

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